2007

archives de l'année 2007

Sermon du 23/12/2007- 4ème dimanche de l'avent


Chants :

Saint Envoyé du Père LlS 38 : 1+5-7
Jésus, Dieu de lumière, LlS 32 : 1+3+7-8
Entonnons un nouveau cantique LlS 30 : 1-4


Es 40.1-8


40:1 « "Consolez, consolez mon peuple,"
dit votre Dieu.
40:2 "Parlez au coeur de Jérusalem,
criez-lui
que son combat est terminé,
que sa faute est acquittée,
qu'elle a déjà reçu du Seigneur
le double
de ce qu'elle méritait pour tous ses péchés."
40:3 Quelqu'un crie :
"Dans le désert,
frayez le chemin du Seigneur !
Aplanissez une route pour notre Dieu
dans la plaine aride !
40:4 Que toute vallée soit élevée,
que toute montagne
et toute colline soient abaissées !
Que les reliefs se changent en terrain plat
et les escarpements en vallons !
40:5 Alors la gloire du Seigneur se dévoilera,
et tous la verront ensemble"
– c'est la bouche du Seigneur qui parle.
40:6 Quelqu'un dit : "Crie !"
On répond : "Que crierai-je ?"
– "Toute chair est de l'herbe,
tout son éclat est comme la fleur des champs.
40:7 L'herbe se dessèche, la fleur se fane
quand le vent du Seigneur souffle dessus.
Vraiment, le peuple est de l'herbe :
40:8 l'herbe se dessèche, la fleur se fane;
mais la parole de notre Dieu
subsistera toujours." »


Chers frères et sœurs que le Seigneur traite avec sa musicothérapie divine !

Nous vivons dans un monde de bruits et de sons. Ces sons peuvent être agréables ou insupportables. Il y a la musique douce et envoûtante, mais aussi les bruits à peine supportables du monde moderne si tourmenté. Il y a les sons paisibles de la campagne, et le bruit de la vie stressante de la ville et de l’industrie. Il y a les cris joyeux des enfants en train de jouer, et les cris tragiques des couples qui se querellent.

Il y a aussi des sons qu’on aime entendre toujours à nouveau, comme il y a ceux auxquels on devrait porter plus d’attention, mais qu’on ignore et évite trop souvent. Par exemple, combien sont-ils, ce matin à éviter que les sons de la Parole de Dieu ne touche leurs oreilles ?

Ce matin, vous êtes invités – pour votre joie, pour votre délectation – à prêter l’oreille aux sons de l’Avent. Sans doute, ces sons de l’Avent composent-ils une musique bien connue de vous. Dans ce cas, laissez à ces sons la possibilité de s’amplifier, de grandir encore dans vos vies.
Et si les sons de l’Avent ne devaient pas vous être familiers, laissez-vous inonder et imprégner par la musique des sons que le prophète Esaïe veut faire résonner autour de vous avec notre texte. Ecoutez bien ce message d’Esaïe, chapitre 40 ! Vous y entendrez


LA MUSIQUE DE L’AVENT
1. Une musique qui réconforte,
2. une musique qui interpelle,
3. une musique composée sur la Parole éternelle.

 


1



D’emblée, cette musique de l’Avent du prophète Esaïe s’impose comme
UNE MUSIQUE QUI RECONFORTE.

Le morceau de notre texte ne commence-t-il pas par cette répétition, cette insistance : « Consolez ! Consolez ! » ? – « "Consolez, consolez mon peuple," dit votre Dieu. "Parlez au coeur de Jérusalem." » (v. 1-2)

Nous sommes en présence d’une musique divine. C’est Dieu qui l’a composée. Et il la fait exécuter pour son peuple, pour toi, pour moi, pour quiconque se repent de ses péchés et se tourne vers Dieu pour être absous, pour être pardonné et sauvé.

C’est une musique aux sons merveilleux, séduisants, aimables, une musique qui va droit au cœur. C’est la musique que nos cœurs harassés, secoués, éprouvés ou désespérés ont besoin d’entendre. C’est une musique faite et adaptée pour gagner les cœurs et leur redonner confiance, paix et joie. Une véritable musicothérapie divine ! – Pourquoi cela ?

Parce que ce chant prophétique annonce au peuple des croyants « que son combat est terminé » (v. 2) Comment cela ? Le combat de la foi ne dure-t-il pas toute notre vie durant ? « Le vieil homme qui est en nous ne doit-il pas être noyé dans une contrition et une repentance de tous les jours » (Martin Luther, Petit Catéchisme), et cela jusqu’à notre mort ? « Notre combat est terminé ? » – Nous ne demanderions pas mieux. Nous aimerions bien pouvoir le croire !
Eh bien, vous pouvez ! Le grand, le vrai « combat est [bel et bien] terminé » ! Jésus l’a mené à notre place. Et il en est sorti vainqueur. « Tout est achevé, » « accompli » (Jn 19.30) : c’était là son cri de victoire sur la croix. Et sa résurrection et son ascension prouvent qu’il est sorti vainqueur de ce combat qu’il a mené à notre place en sainteté et en obéissance.

Grâce à Jésus, nous n’avons plus à lutter contre la colère de Dieu : Jésus l’a affrontée pour nous. Nous n’avons plus à lutter pour mériter notre salut : par son combat suprême, Jésus nous a mérité, obtenu notre délivrance et notre salut. Nous n’avons plus à désespérer dans la lutte contre la mort : Jésus, le Fils de Dieu annoncé par Esaïe, a terrassé la mort pour nous.

Il a mené le combat de notre salut à bonne fin. Toi qui te ranges derrière lui, toi qui mets ton espoir dans la lutte qu’il a menée victorieusement pour toi, tu peux être soulagé : tu es délivré du châtiment mérité, Jésus a payé pour toi.

L’ensemble des croyants, toute l’Eglise des rachetés, peut pousser des cris de joie et de délivrance : grâce à Jésus, « la faute » des croyants « est acquittée », « expiée » (v. 2).
Dieu ne tient plus rigueur de leurs fautes aux croyants. Il leur pardonne. Telle est la merveilleuse musique de l’Avent jouée par le prophète Esaïe : une musique consolante pour les pécheurs que nous sommes, une musique qui nous touche et nous émeut profondément.


C’est aussi


2


UNE MUSIQUE QUI NOUS INTERPELLE


« Quelqu'un crie : "Dans le désert, frayez le chemin du Seigneur ! Aplanissez une route pour notre Dieu dans la plaine aride ! » (v. 3)

Cette musique prophétique – qui nous annonce un Bienfaiteur aussi éminent – nous arrache de notre insouciance, de notre léthargie, de notre immobilisme. Cette musique nous met en mouvement, elle nous pousse à la rencontre « du Seigneur, … notre Dieu », à la rencontre de personne d’autre que Jésus-Christ.

La musique que le prophète Esaïe joue dans notre texte ne laisse pas indifférent. Elle bouleverse nos cœurs pécheurs, par nature spirituellement « déserts ». Dans nos cœurs traînent pleins d’obstacles à la venue de « notre Dieu » dans nos vies. Ces obstacles ne sont pas tant nos péchés que le refus de les confesser, le refus de s’en repentir, l’impénitence.
Aussi Esaïe développe-t-il, dans sa musique de l’Avent, le thème des bénédictions que le Messie apporte à ceux qui le reçoivent dans leur cœur repentant.

Cette musique annonciatrice de grâce, de pardon et de salut « élève » dans nos cœurs « toute vallée » faite de découragement et de désespoir. Cette musique messianique nous entraîne aussi à « abaisser » dans nos cœurs « toute montagne » d’orgueil et « toute colline » d’impénitence et de propre justice.

Voilà comment la divine musique de l’Evangile « ouvre » dans nos coeurs et y « prépare le chemin au Seigneur », nous entraîne et nous amène à croire que Jésus seul nous sauve de nos péchés et de ses conséquences, par ex. de la mort.

« Alors la gloire du Seigneur se dévoilera ! » ( v. 5) Quand la divine musique de l’Avent entraîne les cœurs dans la repentance et la foi au Christ, quand les pécheurs que nous sommes sont ainsi amenés à reconnaître leur état naturel de culpabilité et de perdition, mais découvrent en même temps le salut gratuit obtenu et offert par Jésus-Christ, alors nous découvrons toute « la gloire du Seigneur », toute la gloire de notre Dieu, alors nous voyons quel Dieu merveilleux nous avons, exactement le Dieu qu’il nous faut dans notre situation de pécheurs :

un Dieu, certes, tout-puissant et saint, parfait dans toutes ses décisions et dans toutes ses œuvres, fidèle à ses engagements, à sa Parole, qui ne nous laisse pas dans le vague ; un Dieu à « la gloire » faite de toute-puissance et de sainteté.

Mais aussi de grâce et de bonté. C’est là – dans sa grâce et sa bonté – que sa gloire nous apparaît la plus grandiose, la plus impressionnante. Ou connaissez-vous quelqu’un d’autre dont on pourrait comparer la bonté à celle de Dieu ? Plus les pécheurs que nous sommes, nous contemplons l’amour que Dieu nous porte et le sacrifice qu’il nous a apporté, et plus nous sommes muets d’étonnement et de contemplation.

Quels accents merveilleux que ceux de la musique de l’Avent qui chante à nos oreilles « la gloire de notre Dieu », sa gloire telle qu’elle se manifeste en son Fils devenu homme et victime pour nous ! Comment cette Bonne Nouvelle mise en musique par le prophète Esaïe pourrait-elle nous laisser insensible ?

Si tous les passages de cette musique de l’Avent ne nous interpellent pas toujours de la même façon, il s’y trouve cependant des passages pour chacun de nous, pour chaque situation : pour faire fondre notre orgueil ou pour nous redonner de l’assurance dans nos moments de doute ; pour nous conduire dans la repentance ou pour nous affermir dans la foi ; pour corriger nos erreurs, ou pour nous encourager à persévérer dans la vérité ; pour nous consoler dans l’affliction, ou pour remplir notre cœur d’espérance, de paix, de joie et de gratitude.

Cela, la musique de l’Evangile le produit dans nos cœurs parce que « la gloire du Seigneur s’[y] dévoile ». toute la magnificence de notre Sauveur, tous les trésors de grâce qu’il nous a apportés.
Toi aussi, laisse « resplendir la bonne nouvelle de la gloire du Christ » (2 Co 4.4) dans ton cœur ! Laisse-toi imprégner, remplir, par cette musique régénératrice et sanctifiante ! Ecoute-là souvent, régulièrement, et non pas rarement seulement ! Car moins tu l’écoutes, et moins elle va avoir d’effet sur toi.

Ecoute-là, car elle est


3


UNE MUSIQUE
COMPOSEE SUR LA PAROLE ETERNELLE



Les sons avec lesquels Esaïe nous émeut tant dans notre texte, ces sons sont ceux de « la Parole de notre Dieu, » d’une Parole qui « subsistera toujours, » éternellement (v. 8).

Les autres musiques et sons de ce monde passent, changent. Même les bruits de la campagne ne sont plus ce qu’ils étaient il y a cent ans. Tout passe, tout se démode, tout fâne et dépérit. Même nous. « Toute chair est de l'herbe, tout son éclat est comme la fleur des champs. L'herbe se dessèche, la fleur se fane. » (v. 6-7)

C’est là le destin de tout ce qui est terrestre. Tout le monde l’admet, les incroyants aussi bien que nous, les croyants. Mais nous savons en plus que c’est la conséquence du péché, du péché de l’homme qui a attiré la malédiction de Dieu sur le monde et a tout rendu périssable, mortel. « le vent du Seigneur souffle dessus. » (v. 7)

Cette autre musique, nous la connaissons aussi. Elle est moins plaisante. Notre santé chancelante nous la chante ; les tombes de nos proches nous la chantent, l’imperfection de tout ce que nous faisons nous le chante ; le remplacement des choses défectueuses de ce monde nous le chante. « Tout périt, tout passe, » a dit notre Diderot national – et là il ne s’est pas trompé –

« Mais la Parole de notre Dieu subsistera toujours » (v. 8) – mais là, Diderot reste muet. Au milieu de tous ces sons lugubres de ce monde pécheur et mortel se lève avec force une musique magnifique et éternelle. Des prophètes comme Esaïe, des évangélistes comme Luc, des apôtres comme Paul, en sont les exécutants. Ils jouent en concert « la Parole [éternelle] de notre Dieu ».
Ce que cette musique éternelle nous fait entendre, c’est une partition qui n’a pas de dernière page, et dont le style, pourtant, ne sera jamais démodé. Ce qu’elle annonce se réalise. Le Sauveur qu’elle chante brise les liens de notre mortalité : ceux qui se repentent et s’attachent à lui avec foi auront part à son éternité. Alors ne retentira plus que la musique de la Parole éternelle de notre glorieux Sauveur. Il n’y aura plus de fausses notes en provenance de ce monde pécheur.
Nous sommes assaillis par tant de sons, les uns séduisants, les autres effrayants, tels ceux qui nous chantent notre péché et notre mortalité.

Mais en ce temps d’avant Noël, prêtez surtout attention aux sons de l’Avent. Là, la voix de notre Dieu nous fait entendre une musique qui réconforte, une musique qui interpelle, une musique de vie éternelle.

Laissez-vous imprégner de cette musique de l’Avent, et vivez-en !

Amen.


Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

 

 

Sermon du 16/12/2007 - 3ème dimanche de l'avent

1 Co 4.1-5


4:1 Ainsi, qu'on nous considère comme
des serviteurs du Christ
et des intendants des mystères de Dieu.
4:2 Du reste, ce qu'on demande d'un intendant,
c'est qu'il soit digne de confiance.
4:3 Quant à moi, il m'importe fort peu
d'être jugé par vous
ou par une juridiction humaine.
Je ne me juge pas non plus moi-même ;
4:4 car je n'ai rien sur la conscience,
mais je n'en suis pas justifié pour autant :
celui qui me juge, c'est le Seigneur.
4:5 Ne portez donc aucun jugement
avant le temps fixé,
avant la venue du Seigneur
qui mettra en lumière
les secrets des ténèbres
et qui rendra manifestes
les décisions des coeurs.
Alors chacun recevra de Dieu sa louange.


Chers frères et sœurs qui vous dirigez avec moi à la rencontre de notre Seigneur lors de son Dernier Avent !

L’apôtre Paul emploie ici, comme souvent, l’opposition entre « la lumière » et « les ténèbres » (v. 5) pour parler du Jour du Jugement Dernier.

Il y a quelque 2000 ans, « la lumière » du premier Avent du Christ, de sa première venue, à Bethléem, a déjà éclairé « les ténèbres » de ce monde.

Avec son deuxième Avent, sa venue continuelle à travers sa Parole et ses sacrements, il irradie aussi nos existences que le péché et les épreuves menacent d’assombrir.
Mais il ne chassera définitivement et complètement « les ténèbres » de nos vies que lors de son Dernier Avent, quand, par pure grâce, il nous aura fait « accéder à la part d'héritage des saints dans la lumière » (Col 1.12).

Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous l’attendons encore, et, heureusement, pas dans « l’obscurité » complète (Es 60.2) « car le Dieu qui a dit : "Du sein des ténèbres brillera la lumière" a brillé dans notre coeur » (2 Co 4.6). Nous attendons encore le grand Avent du Christ – sa venue triomphale – où tout sera « mis en lumière » (2 Co 4.6), au vu de tous. Notre vie de chrétiens est une vie « dans l'attente de la bienheureuse espérance et de la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ » (Tt 2.13).

En fait, nous devons considérer toute notre vie dans la perspective du retour glorieux de notre Seigneur. Cela vaut aussi pour le thème que Paul aborde ici : nous devons aussi considérer les rapports entre pasteur et paroisse dans la perspective du Dernier Avent de notre Seigneur.
En effet, aucun d’entre nous – ni vous, les paroissiens, ni moi, votre pasteur – ne nous dirigeons seuls, chacun de son côté, au-devant du Retour du Christ. Dieu attend de nous que nous fassions ce voyage ensemble. C’est pour cela qu’il m’a donné la paroisse et qu’à vous il a donné le pasteur, pour qu’ensemble nous nous préparions à la venue de notre Roi de l’Avent.

Voyons donc, à l’aide de notre texte,


A QUOI
LE FUTUR ET DERNIER AVENT DU CHRIST
NOUS POUSSE-T-IL,
1. MOI, COMME PASTEUR,
2. VOUS, COMME PAROISSIENS ?


1


QUE PROVOQUE LA PERSPECTIVE
DU DERNIER AVENT DU CHRIST
DANS MA CONDUITE
DU MINISTERE PASTORAL ?


Demandons d’abord Paul ce qu’est un pasteur. Il répond dans notre texte : « Qu’on nous considère comme des serviteurs du Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu » (v. 1).
« Serviteurs et dispensateurs », ou : « serviteurs et administrateurs ». « Serviteurs » et non pas maîtres, pas plus que la paroisse ne serait le maître : Jésus seul est le « Maître » de son Eglise dans son ensemble (Jn 13.13 ; Jd 1.4 ; Ep 1.22).


Dans notre texte, Paul souligne le lien étroit entre le ministère pastoral et le Christ, la dépendance étroite de la fonction de pasteur de l’autorité du Christ. « Qu’on nous considère comme des serviteurs du Christ », dit-il.


Nous pasteurs, nous sommes employés au service du Christ. Nous sommes soumis à son autorité et dépendants de sa volonté. Un « serviteur » ne fait pas ce qu’il veut, mais ce que son maître lui dit de faire. Il reçoit des ordres et les exécute, qu’ils lui soient agréables ou non.
Ce qui m’est, par exemple, désagréable, c’est de devoir parler de ma fonction en chaire. Cela pourrait donner l’impression que je veux me mettre en avant. Mais je ne dis pas ici ce que je veux, mais ce que mon Employeur divin me demande d’annoncer avec ce texte de son apôtre.
Et que dit-il encore de ses pasteurs ? – Qu’ils sont les « dispensateurs – ou : administrateurs – des mystères de Dieu ». Dans la 1ère Epître aux Corinthiens, Paul indique : « Nous énonçons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, celle que Dieu a destinée d'avance, depuis toujours, à notre gloire » (1 Co 2.7). Vous avez compris, il parle de l’Evangile.


« Les mystères de Dieu » que nous, pasteurs, devons dispenser, administrer, ce sont les dons divins que Dieu nous demande de vous distribuer avec ses moyens de grâce que sont sa Parole et ses sacrements. Cela, nous le faisons en public (par ex. au culte, à l’étude biblique, au catéchisme) ; mais nous le faisons aussi en privé (par ex. dans la cure d’âme).


Ce que nous, « serviteurs de Dieu », administrons parmi vous, ce n’est pas « mystérieux et caché » en ce sens que ça ne nous serait accessible qu’à nous, pasteurs, mais parce qu’aucun être humain n’aurait pu l’imaginer. « Ce n’est pas une sagesse de ce monde. […] Cela n'est pas venu au coeur de l'homme ». C’est « Dieu qui l’a préparé » et « révélé » par ses auteurs inspirés, les prophètes et les apôtres (1 Co 2.6+9-10).


Si on n’entre pas en contact avec la Parole de Dieu les vérités de l’Evangile restent du domaine de l’inconnu, du mystère. C’est la raison pour laquelle aucune autre religion – toutes sorties de l’imagination de leurs fondateurs – ne contient de bribes d’Evangile.
Et quand les incroyants rencontrent l’Evangile, il leur paraît « insensé », voire « scandaleux » (1 Co 1.23), du moins jusqu’à leur conversion.


Cette nouvelle « insensée » pour les incroyants, ce « mystère » « révélé par Dieu » dans l’Evangile, cela Dieu nous demande de vous le « dispenser », de « l’administrer » parmi vous.
« Du reste, ce qu'on demande d'un intendant, c'est qu'il soit digne de confiance, », fidèle (v. 2) Au service du Christ il n’y a ni droit de grève, ni droit de contestation envers sa Parole..


Un pasteur ne peut pas dire : « Jésus veut que j’aille trouver les égarés, que j’éveille leur conscience et essaye de les ramener à la repentance et à la foi. Mais ça pourrait m’attirer des inimitiés, ou déranger la paix superficielle qui règne dans la paroisse. Aussi je ne vais pas exécuter cet ordre de mon divin Maître. Je vais me taire – ou au moins passer des compromis. »
Ce serait faire passer l’approbation des gens – du moins d’une certaine catégorie de gens – avant celle du Maître. Ce serait de l’infidélité, même dans les cas où cela semble partir d’une bonne intention. Je dis : « semble », car comment notre raison pourrait-elle être bonne quand elle s’oppose à celle de notre Maître qui est la bonté en personne ?


Par son infidélité au Maître, un pasteur se rend aussi infidèle envers ses paroissiens, car avec son mutisme ou ses compromis il abandonne ses paroissiens dans une fausse sécurité, dans l’idée que tout est normal, qu’il n’y a pas lieu de se repentir et de changer de comportement, et on les prive ainsi du pardon du Christ et les perd dans l’incrédulité.


Dans le ministère pastoral il s’agit de fidélité salutaire ou d’infidélité mortelle. C’est pour cela que Dieu insiste autant sur la nécessité, pour ses « serviteurs », d’être « fidèles ». Car au jour du Jugement Dernier, chaque pasteur devra rendre compte de l’exercice de son ministère. Avec Paul il dit : « Celui qui me juge, c’est le Seigneur » (v. 4).


Certes, cela, chaque croyant le confesse personnellement aussi : « Celui qui me juge, c’est le Seigneur. » Il y a néanmoins, pour les ministres de la parole, toute une série de passages qui disent cela de façon particulière des pasteurs.


Tout ce que je vous prêche, je me le prêche aussi à moi-même, même si vous ne m’entendez pas dire, à tout bout de champ durant le sermon, comme on raconte qu’un prédicateur avait coutume de le faire : « Jean, cela vaut aussi pour toi ! ». Cette anecdote vous fait peut-être sourire, mais elle correspond à une vérité profonde.


Et quand un pasteur parle du Dernier Avent du Christ, il sait que ce sera le moment où il sera confronté à son divin Maître, que celui-ci mettra en « lumière » la façon dont il aura exercé le ministère pastoral.
Cette pensée n’empêche pas un serviteur fidèle du Christ de se rendre coupable dans l’exercice de son ministère – nous, pasteurs, sommes pécheurs comme vous – mais elle le pousse à l’exercer dans une repentance de tous les jours, pour la gloire de son Maître et le salut de ceux qui lui sont confiés.


Mais alors Paul n’a-t-il pas du toupet d’écrire aux Corinthiens : « Quant à moi, il m'importe fort peu d'être jugé par vous ou par une juridiction humaine. Je ne me juge pas non plus moi-même ; car je n'ai rien sur la conscience, mais je n'en suis pas justifié pour autant » (v. 3-4) ? Il ne prétend quand même pas être parfait, sans péché !


Non, Paul peut avoir des paroles extrêmement poignantes quand il déplore les tendances pécheresses contre lesquelles il doit lutter. Mais il sait aussi que nous, pasteurs repentants et croyants, nous bénéficions de la même grâce que vous, paroissiens repentants et croyants. Et si les Corinthiens, avec leurs défauts, certains graves, sont pardonnés et appelés « saints » (1 Co 1.2), car recouverts de la sainteté du Christ, ce même jugement ou verdict d’acquittement est aussi prononcé sur lui, Paul, et les pasteurs.


Alors, certes, quand notre Maître reviendra pour son Dernier Avent, nous aurons à rendre des comptes de l’exercice de notre ministère, mais nous n’aurons, pas plus que vous, à craindre les foudres du divin Maître, car le pardon et la grâce sont accordés aux pasteurs de la même façon qu’à vous : à cause de l’expiation de nos péchés par le Christ.


Heureusement, sinon l’idée du Dernier Avent de notre Maître nous paralyserait de peur dans l’exercice de notre ministère ; nous ne ferions plus rien, de peur de mal faire. Et le fait de nous savoir ainsi graciés et bénis nous pousse à toujours mieux le servir. Ce n’est pas la peur, mais l’amour pour le Seigneur et son Eglise qui nous pousse à cela.


Bien entendu, vous êtes là pour me dire ce qu’il faudrait que j’essaye de faire autrement – peut-être aussi pour m’encourager quand je suis sur la bonne voie… – mais, à moins de ne plus exercer mon ministère dans la repentance et la foi, et d’avoir ainsi perdu votre « confiance » (v. 2), je peux dire : « Je n’ai rien sur la conscience » parce que Dieu m’a lavé de mes péchés, comme il le fait avec vous aussi quand vous reconnaissez vos torts et en appelez à la médiation du Christ.
C’est dans cet esprit qu’un pasteur « fidèle » « dispense les mystères de Dieu » parmi les siens. Il veut les affermir dans la foi avec la Parole et les sacrement, pour les conduire vers « la lumière » à venir lors du retour en gloire de notre Roi de l’Avent.


2


QUE PROVOQUE LA PERSPECTIVE
DU DERNIER AVENT DU CHRIST
DANS LE COMPORTEMENT DE LA PAROISSE
VIS-A-VIS DU PASTEUR ?


Le grand Jour du Seigneur, lors de son Dernier Avent, « la lumière » de sa gloire va chasser les ténèbres de la vie des siens – totalement et une fois pour toutes ! – Mais ce ne sera le cas que pour les siens, que pour ceux qui auront mené une vie de repentance et de foi en son expiation de nos péchés.


Ce jour-là, « il mettra en lumière les secrets des ténèbres et rendra manifestes les décisions des coeurs. » (v. 5) Lors de son retour en gloire, notre Roi de l’Avent vous demandera des comptes, à vous, paroissiens, sur la façon dont vous vous serez comporté envers votre accompagnateur, le pasteur.


Si vous ne perdez pas de vue que votre Seigneur reviendra et « mettra en lumière » tous les mobiles de vos actes, alors vous essayerez d’éviter de demander à votre pasteurs des choses impossibles.


Impossibles, car contraires à la volonté de Dieu – quand vous êtes tentés de tricher avec lui… Mais surtout impossibles parce que hors des compétences ou des talents de votre pasteur.
Dieu l’a pris à son service avec les dons qu’il a et ceux qu’il a su développer, aussi avec les faiblesses qu’il a et dont il n’a pas su tout à fait se défaire. D’autres ont reçu d’autres dons du Seigneur, et leur vieil homme les a affublés d’autres faiblesses. Aussi des paroissiens ne jugeront pas leur pasteur sans amour, ce que, malheureusement, certains Corinthiens avaient fait avec l’apôtre Paul. « Ne portez aucun jugement avant le temps, » (v. 5) écrit Paul ; « ce qu’on demande d’un intendant, c’est qu’il soit digne de confiance, » ou, pour prendre l’ancienne traduction Segond : « c’est qu’il soit fidèle » (V.2)


Bien entendu, Dieu ne veut pas dire qu’une paroisse ne doit pas reprendre son pasteur quand il est infidèle, négligeant, dans l’exercice de son ministère – elle peut même être amené à déposer son pasteur si celui-ci persiste dans son infidélité !–


Mais à Corinthe, le problème était ailleurs. Tous les « serviteurs du Christ » – Paul et ses collaborateurs à Corinthe – s’ils étaient bien entendu imparfaits comme tout le monde, étaient cependant des serviteurs « fidèles ». Ce qu’on critiquait, c’était leurs dons, leurs talents. C’est cela qui avait amené des Corinthiens à les juger sans amour.


On n’attendait pas tant d’eux qu’ils « dispensent les mystères de Dieu » comme de « fidèles serviteurs du Christ », mais qu’il prêchent et administrent les sacrement plutôt de façon à plaire aux gens. Certains Corinthiens voulaient – comme quelqu’un me l’a aussi demandé un jour – qu’ils mettent unj peu d’eau dans leur vin, qu’ils ferment les yeux quand les paroissiens veulent aller contre la volonté du Seigneur.


Ce faisant, ils oubliaient complètement qu’ils étaient en route, ensemble avec leur pasteur, pour aller à la rencontre de leur Seigneur pour son Dernier Avent. Ils oubliaient que leur Seigneur leur avait donné des pasteurs pour que ceux-ci les arment de repentance et de foi pour qu’au Dernier Avent ils puissent se tenir devant leur Seigneur, pardonnés, recouverts de la lumineuse sainteté de leur Seigneur lui-même !


Chers amis, que le message de l’Avent d’aujourd’hui nous aide tous – vous comme moi – à vivre notre temps d’attente à la « lumière » des « mystères de Dieu », à la lumière de son Evangile de grâce et de vie !


Nous aspirons tous à pouvoir subsister devant lui, lors du Jugement Dernier, vous comme moi. Et vous comme moi, vous ne le pouvez par vos propres mérites.


Pourtant, il y a moyen d’aller au-devant de « la lumière » du retour de notre Roi de l’Avent sans crainte, et c’est à lui que nous le devons. Il a lui-même payé pour que cela soit possible : il a payé de sa vie, il a expié nos péchés. Grâce à lui nos péchés sont pardonnés, aussi bien les vôtres que les miens, pour que nous puissions nous présenter à « la lumière » du Jugement Dernier sans crainte.


Aussi, sur notre chemin commun au-devant de son Dernier Avent, nous voulons nous soutenir mutuellement par la prière et les conseils, par l’exemple et l’entraide, chacun à la place et dans la fonction qui sont les siennes.


Vous comme moi, traitons le ministère pastoral comme une institution divine. Cela veut dire que moi je vais m’efforcer de vous dispenser fidèlement les dons salutaires de notre Seigneur, et vous allez les recevoir avec gratitude et joie, dans l’attente commune de son Dernier Avent.


Amen.


Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

 

 

Sermon du 9 décembre 2007 - Fête de Noël des Enfants


Heureux bénéficiaires du service du Seigneur,
heureux compagnons au service du Seigneur !


1


Alors comme ça, les enfants,

AUJOURD’HUI, c’est VOUS QUI AVEZ ASSURE LA LITURGIE !


– « Ah ! bon ? La Liturgie ? » allez-vous m’objecter. « Mais non, nous avons joué une pièce de théâtre sur le thème de la naissance du Christ. Le peu de liturgie qu’il y avait, c’est vous, pasteur, qui l’avez assurée ! »


Erreur ! Vous avez bien assuré la liturgie, vous aussi ! « Liturgie » est un nom qui vient du grec leiturgia (prononcer : leïtourguia) et signifie « service ».


Généralement, nous appelons « liturgie » la partie du culte au cours de laquelle le pasteur se trouve à l’autel et au lutrin. Un peu comme l’Evangile de Luc quand il parle des « jours de service » (mot à mot : des « jours de liturgie ») du prêtre Zacharie au Temple de Jérusalem (Lc 1.23).


Nous distinguons cette partie-là des chants et de la prédication. Mais dans ce cas, nous utilisons le mot « liturgie » au sens restreint.


En fait, tout le culte, c’est de la « liturgie ». N’appelle-t-on pas aussi le culte « le service divin » ? Ainsi, pour dire que la communauté d’Antioche « célèbre le culte du Seigneur », Luc dit, mot à mot : « ils pratiquaient la liturgie du Seigneur » (Ac 13.2)
Et d’ailleurs, Paul appelle tout le ministère pastoral « le service » – mot à mot : « la liturgie » – « de votre foi » (Ph 2.17) et présente son ministère de missionnaire comme celui de « serviteur » – mot à mot : « liturge » – « de Jésus-Christ auprès des païens » (Rm 15.16).

Alors, bon, me direz-vous, que Paul soit appelé « liturge », d’accord ! Les pasteurs aussi, d’accord ! Mais nous ? – Eh bien, écoutez et soyez étonnés !


* Le simple fait de venir participer au culte, c’est déjà un service, une liturgie (leiturgia), que vous vous rendez les uns aux autres, car c’est un encouragement pour nous tous à venir nous joindre à vous pour rencontrer notre Dieu sauveur dans sa Parole et ses sacrements.


* Quand vous chantez les psaumes et les cantiques, vous apportez à Dieu un service, une liturgie (leiturgia), de louange.


* Quand vous adressez des prières à Dieu, vous lui rendez un service, une liturgie (leiturgia), d’adoration.


* Et même quand vous mettez votre offrande dans le panier, Paul appelle cela, mot à mot, « la liturgie de l’offrande » (2 Co 9.12). Ailleurs, il dit que le soutien apporté à l’Eglise est une « liturgie » (leiturgia), un service divin (Ph 2.17+25).


* Et quand vous avez joué cette pièce de théâtre, vous avez annoncé l’Evangile de Jésus-Christ à la paroisse. Ainsi,


- vous êtes entrés au service, dans la liturgie (leiturgia), de Dieu pour nous annoncer sa Parole ;


- et vous nous avez, par la même, rendu un service, une liturgie (leiturgia), à nous en nous réjouissant avec la Bonne Nouvelle de la venue de Jésus à Bethléem pour nous sauver.


* La même chose est vraie quand, lors des cultes du dimanche, vous présentez l’Evangile ou, plus rarement, le texte de l’Ancien Testament à la paroisse.


De pouvoir ainsi rendre service à Dieu et à la paroisse, de pouvoir ainsi conduire une partie de la liturgie, cela ne doit pas vous enfler d’orgueil, mais de profonde gratitude.
D’abord, parce que Jésus a bien voulu vous prendre à son service. C’est là un immense honneur, un honneur immérité.Mais ensuite aussi parce que vous lui devez tout. Votre service divin, vous ne pourriez pas le rendre, vous n’auriez pas de « liturgie » à conduire, si nous n’avions pas, aujourd’hui, à célébrer

2


LA LITURGIE – LE SERVICE –
QUE JESUS NOUS A RENDUE
ET CONTINUE DE NOUS RENDRE !


L’Epître aux Hébreux


* appelle Jésus « le serviteur », « le ministre » – mot à mot : « le liturge » – divin (Hé 8.2) et
* nous rappelle que Jésus « a accédé à un service » – mot à mot : « à une liturgie » – « plus remarquable » que tout ce que nous pourrons jamais accomplir, car il est devenu « le Médiateur » entre Dieu et nous (Hé 8.6), il est venu jeter un pont entre Dieu et nous, il a fait la paix entre Dieu et nous.


Et vous nous avez raconté et expliqué, dans votre pièce de théâtre, comment il a fait cela.
Si notre Seigneur Jésus-Christ a été « conçu du Saint-Esprit » (Symbole Apostolique), s’il s’est « incarné par le Saint-Esprit en la vierge Marie » (Symbole de Nicée), c’est qu’il a voulu nous rendre le plus grand service – ou « liturgie » qui soit : « devenir semblable aux humains » que nous sommes, « s’abaisser lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort – la mort sur la croix » (Ph 2.7-8).


Et s’il est « né de la vierge Marie » (Symbole Apostolique), c’est qu’il nous aime vraiment, c’est qu’il tient vraiment à être l’un des nôtres pour pouvoir, par sa vie sainte, nous rendre cet autre service – ou « liturgie » –, nous mériter une place auprès de lui au ciel.


S’il a bien voulu naître comme le plus pauvre des pauvres, parmi les animaux, c’est certainement aussi pour nous rendre cet autre service – ou « liturgie » – nous apprendre à « avoir les mêmes dispositions qui sont en lui » (Ph 2.5), une attitude de service – de « liturgie » – auprès de nos semblables et non pas un comportement de dominateurs.


S’il est venu s’exposer à la folie meurtrière d’Hérode, fuir sa patrie avec ses parents, c’est qu’il est venu pour nous rendre cet autre service – ou « liturgie » – demeurer saint, sans péché, y compris au milieu de l’injustice qui règne dans ce monde. D’ailleurs, les persécutions à son égard vont aller croissant, jusqu’à le conduire à la mort injuste sur la croix… par amour pour nous.

En Jésus nous voyons vraiment tout le sens que le mot « liturgie » – service – peut prendre : personne n’a jamais servi comme lui l’a fait ; personne ne nous a jamais servis comme lui l’a fait. Et aucun service ne nous a autant apporté que le sien. « C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mt 20.28).


Son service a consisté à mener une vie sainte à ta place, à la mienne, à celle du monde entier, et à payer pour nos péchés de manière à nous obtenir le pardon de la part de Dieu et une place dans son Royaume.


Et il continue à nous servir dans nos cultes. Car si les cultes sont appelés « services divins », c’est, certes, parce que nous apportons à Dieu un service de louange, mais nos cultes sont avant tout un « service divin » parce que Dieu – et plus particulièrement son Fils, Jésus-Christ – nous y rend l’éminent et précieux service – ou liturgie » de nous annoncer son Evangile de grâce et de nous administrer ses sacrements.


Son service provoque notre service en réponse.
Sa liturgie provoque notre liturgie en réponse.

Pour résumer :
grâce à la « liturgie » effectuée par Jésus pour nous à partir de la nuit de Bethléem, vous pouvez remplir votre service liturgique dans la paroisse et dans le monde
- en parlant de lui,
- en vous adressant à lui,
- en lui faisant honneur par votre soutien à son Eglise !

« Aimons ce Sauveur charitable,
Servons-le d’esprit et de cœur ;
Il n’est point de bien véritable
Pour qui s’éloigne du Seigneur.
Chantons, chrétiens, notre bonheur !
Chantons ! nous avons un Sauveur. »


(LlS 47,3)
Amen.


Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

 

Sermon du 27 mai 2007 - PENTECÔTE

PENTECÔTE Jean 15.26 – 27

Châtenay-Malabry – 27.05.2007

15:26 [Jésus dit à ses disciples :]

Quand viendra le Défenseur,
celui que, moi, je vous enverrai du Père,
l'Esprit de la vérité, qui provient du Père,
c'est lui qui me rendra témoignage ;


15:27 et vous aussi, vous rendrez témoignage,
parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.

Chère assemblée de Pentecôte,
chers témoins du Christ !


« Viens, ô Créateur de nos âmes,
Esprit saint, Dieu de vérité ;
Remplis nos cœurs des pures flammes
De ton ardente charité.
Visite-nous, Dieu de lumière,
Esprit de consolation,
Don du Très-Haut, feu salutaire,
Amour et divine onction »
(LlS n° 128, strophe 1)


Qu’est-ce qui nous fait chanter et jubiler en ce Jour de Pentecôte ? Qu’est-ce qui s’est passé à la première Pentecôte, événement dont les effets s’étendent jusqu’à nous, aujourd’hui, et qui alimente notre spiritualité, qui nourrit notre foi ? Serait-ce « le bruit comme celui d’un violent coup de vent » ? Seraient-ce « les langues qui semblaient de feu » ? Serait-ce le parler en différentes langues par les apôtres ? (Ac 2.2-4)

Chers amis, il nous faut regarder plus loin que l’apparence ; il nous faut regarder derrière l’apparence pour découvrir ce qui se trouve derrière ces manifestations phénoménales, autrement nous n’y comprendront rien, et nous ne comprendrons pas non plus en quoi cela nous concerne aujourd’hui.

En fait,


LA PENTECÔTE
EST LE MOMENT
Où L’EGLISE DE JESUS-CHRIST
S’EST MISE EN MOUVEMENT
1
Cela a commencé avec le témoignage du 
« Paraclet ».
2
Cela continue avec votre témoignage !



XXX 1 XXX


L’Eglise de Jésus-Christ
a été mise en mouvement
lorsque 
« le Paraclet » s’est mis
à rendre témoignage avec puissance.


Le Para – quoi ? – « Le Paraclet » ! C’est le nom que Jésus donne ici au Saint-Esprit – ici et en d’autres endroits, dans le texte original grec. « Quand viendra le Paraclet, celui que, moi, je vous enverrai du Père, l'Esprit de la vérité, qui provient du Père, […] »

Pour s’approcher au plus près du sens original, certaines traductions françaises ont rendu ce mot par « Consolateur », d’autres par « Défenseur », ailleurs encore par « Avocat » … de la défense, bien entendu, chacun de ces termes ne couvrant qu’une partie du sens de l’original « Paraclet » (paraklhtos), mot à mot : « l’appelé aux côtés », « l’appelé à la rescousse », « l’appelé pour assister ».

Au chapitre précédent, Jésus avait déjà employé ce terme : « Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre Paraclet pour qu’il soit avec vous pour toujours, l’Esprit de vérité » (Jn 14.16-17) « Un autre Paraclet » : Bien entendu ! Jésus est le premier « Paraclet », le premier à avoir été appelé à notre secours !

L’ancienne version Segond traduit ici chaque fois par « Consolateur ». Jésus nous a consolés en nous arrachant à la damnation éternel, en expiant nos péchés, en nous réconciliant ainsi avec Dieu.

Le Saint-Esprit quant à lui nous console en attirant notre attention sur ce que Jésus a fait pour nous, en « rendant témoignage à Jésus » (v. 26).
Le Saint-Esprit est « Paraclet » parce qu’il conduit au premier « Paraclet » : Jésus ! Mais Segond savait qu’il ne couvrait pas toute la richesse du mot « Paraclet » en traduisant par « Consolateur ». Aussi a-t-il traduit ce même mot dans cet autre passage bien connu par le mot « Avocat » et la « Nouvelle Bible Segond » par « Défenseur » : « Si quelqu'un vient à pécher, nous avons un Défenseur auprès du Père, Jésus-Christ, qui est juste » (1 Jn 2.1) On pourrait aussi dire : « un Intercesseur ».

Autrement dit : un avocat de la défense est appelé à nos côtés pour qu’il nous fasse gagner le procès devant le tribunal de Dieu. Or, devant le tribunal de Dieu, nous ne pourrions avoir de meilleur « Paraclet » ou « avocat de la défense » que Jésus. N’a-t-il pas pleinement rempli les exigences de Dieu à notre place ? N’a-t-il pas ainsi rendu caduque toute accusation contre nous ?

Jésus sait de quoi il parle quand il nous défend. Il peut présenter à Dieu le récépissé de notre rachat, de notre acquittement : son vrai corps qu’il a livré pour nous, son vrai sang qu’il a répandu pour nous, pour le pardon de nos péchés, pour notre acquittement éternel.

Et lorsque l’apôtre Paul écrit : « L’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables » quand « nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières » (Rm 8.25-26), que fait-il d’autre qu’assumer sa fonction, que remplir sa mission de « Paraclet » ?

Dans les grandes lignes, nous avons donc découvert quelle est la relation du Saint-Esprit avec nous : il est « le Paraclet » envoyé par Jésus de la part du Père ; il est celui qui est placé à nos côtés pour nous assister dans notre combat de la foi en Jésus-Christ, et pour nous réconforter et nous affermir sur le chemin de la vie avec les promesses de l’Evangile.

Avec les promesses de l’Evangile… Evidemment ! Le Saint-Esprit n’agit pas sur nous à travers les nuages, mais à travers « la Parole du Christ » (Rm 10.17). Jésus dit ici du Saint-Esprit : « C’est lui qui me rendra témoignage » (v. 26)

Que fait le Saint-Esprit dans le monde ? – C’est simple : il nous dirige vers Jésus-Christ, notre Sauveur, nous parle de lui, étale devant nos yeux les merveilleux trésors que le Christ nous a apportés, et développe le merveilleux message, la consolante vérité du salut qu’il nous a obtenu.

Apprendre cela, cela soulage ; cela soulage du poids de la culpabilité devant Dieu, cela nous libère de la peur de la mort et de la damnation, cela remplit notre cœur de joie et de vie, cela nous anime, nous fait bouger, nous met en mouvement, nous et toute l’Eglise du Christ, toute la communion de ceux qui placent leur foi en Christ !.

Le Saint-Esprit ne suscite pas en nous n’importe quelle bougeotte, il ne nous entraîne pas dans une agitation désordonnée, non, le mouvement qu’il provoque, c’est de nous mettre en marche.

Avec le témoignage qu’il rend à Jésus-Christ il nous met tous sur pied ; il nous met en marche avec le message divin du salut en Christ ; il nous entraîne dans un grand mouvement en avant par le merveilleux « Evangile, puissance de salut, » (Rm 1.16).

Un jour, Paul a écrit : « L’amour de Christ nous presse, nous qui avons discerné ceci : un seul est mort pour tous, […] » (2 Co 5.14)

Voilà ce que le Saint-Esprit nous a appris par son témoignage de la vérité ; voici la Bonne Nouvelle avec laquelle il a touché nos cœurs, voici « l’Evangile par lequel il nous a appelés » (2 Th 2.14), voici « la puissance de Dieu » par laquelle « nous sommes gardés, au moyen de la foi pour le salut » (1 P 1.5).

Cela transforme nos vies et nous fait marcher avec repentance et foi sur les traces de notre Sauveur.

Jésus avait dit : « Les paroles que, moi, je vous ai dites sont Esprit et sont vie. » (Jn 6.63) La parole d’Evangile est pleine de « vie » et rend vivant, met en mouvement, parce que le Saint-Esprit agit à travers elle sur nos cœurs pour nous faire avancer sur le chemin du « salut prêt à être révélé dans les derniers temps » (1 P 1.5)



XXX 2 XXX


Le témoignage que le Saint-Esprit rend à Jésus par l’Evangile amène la vie et du mouvement dans l’Eglise. Il fallait s’attendre que ce mouvement de l’Eglise entraîne l’Eglise à rendre, à son tour, témoignage de ce Christ dont elle a tant reçu !

« Vous aussi vous rendrez témoignage » dit Jésus dans notre texte.


1
Cela a commencé avec le témoignage du 
« Paraclet ».
2
Cela continue avec notre témoignage
de membres de l’Eglise !


Cela ne devrait d’ailleurs pas nous surprendre. Le Saint-Esprit est appelé à nos côtés, aux côtés de l’Eglise, pour nous assister. Il fallait s’attendre à ce qu’il nous entraîne avec lui dans une vie de témoignage, qu’il nous entraîne pour nous faire participer à sa mission de témoigner de l’amour de Dieu en Jésus-Christ.

Pensez au miracle de la première Pentecôte à Jérusalem ! (Ac 2.1-42) Cet événement montre comment le Saint-Esprit transforme des disciples craintifs et apeurés en témoins courageux. Subitement, les apôtres se tournent résolument vers les milliers de pèlerins présents à Jérusalem pour leur annoncer le Christ, ce qu’il est pour eux et de quelle manière ils peuvent avoir part à ses trésors célestes.

Bien entendu, nous rendons aussi témoignage à Christ quand nous sommes entre nous, dans les cultes, les études bibliques, les réunions de jeunes, les séances de catéchisme ou d’école du dimanche, dans la cure d’âme ou par notre littérature.

Mais le Saint-Esprit ne veut pas que nous nous cantonnions à faire état de son témoignage merveilleux et bouleversant en vase clos, exclusivement pour notre bien et dans notre intérêt. Il attend à ce que nous portions son témoignage devant le monde.

A Jérusalem, les apôtres sont allés au-devant des gens, là où ils se trouvaient, en l’occurrence, dans la langue dans laquelle leur vie se déroulait. « Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d’Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d’Egypte, de Libye cyrénaïque, » etc. (Ac 2.9-11)

Aujourd’hui encore, les missionnaires apprennent les langues des peuples parmi lesquels ils veulent rendre témoignage à Jésus-Christ.

Il faut aller à la rencontre et chercher les incroyants là où ils se trouvent : dans leur langue, dans leur culture, dans leur façon de penser. Il faut comprendre les gens si on veut se faire comprendre d’eux.

C’était la raison pour laquelle Jésus-Christ a appelé Saul de Tarse à devenir le grand apôtre Paul : comme érudit juif ayant étudié auprès du plus grand rabbin de Jérusalem, il pouvait prêcher dans les synagogues, et comme érudit grec de la ville universitaire de Tarse, il comprenait la façon de penser, la culture – y compris la culture sportive – des Grecs, et pouvait les aborder dans leur monde pour les conduire à Jésus-Christ.

Le témoignage que le Saint-Esprit rend à Jésus-Christ, l’Evangile du salut en Christ, ce n’est pas une formule magique ; il faut qu’il intrigue, saisisse, étonne, attire, donc qu’il soit annoncé dans une langue que mon vis-à-vis comprend.

Ainsi, à Jérusalem, le Saint-Esprit amena les apôtres à être Parthes pour les uns, Elamites pour d’autres, etc. Plus tard, Paul nous apprend : « Avec les Juifs, j'ai été comme un Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la loi, comme quelqu'un qui est sous la loi, afin de gagner ceux qui sont sous la loi – et pourtant moi-même je ne suis pas sous la loi » (1 Co 9.20)

Voilà comment l’Eglise doit se donner la peine – et nous tous avec elle – de rester en mouvement, dans ce mouvement perpétuel vers les incroyants, et chercher à leur rendre témoignage de leur Sauveur Jésus-Christ dans un langage qu’ils comprennent.

Aux ouvriers il faut parler comme à des ouvriers, aux étudiants comme à des étudiants, aux enfants comme à des enfants, aux jeunes comme à des jeunes, aux personnes âgées comme à des personnes âgées, aux forts dans la foi comme à des forts dans la foi, aux faibles dans la foi comme à des faibles dans la foi, etc.

Ce n’est pas toujours facile, vous le savez par expérience. Notre Seigneur n’attend d’ailleurs pas que nous puissions être « tout à tous » (1 Co 9.22). Mais le Seigneur a doté son Eglise de gens très différents, ou, pour le dire autrement : il a réparti les dons entre nous différemment ; nous avons des connaissances différentes et des centres d’intérêt différents.

Nous devrions être reconnaissants à Dieu pour cette diversité de dons et d’intérêts, et ne pas faire la fine bouche lorsque, par ex. les uns ont le don – comme l’apôtre Paul – de parler aux sportifs, d’autres, comme Jésus, de parler aux « gens de mauvaise vie », aux « pécheurs » notoires (Mt 9.10 ; Lc 15.2 ; etc.)

Prenons un autre exemple, de notre monde actuel, cette fois-ci : Face aux musulmans arabes ou turcs, tout le monde n’a pas la facilité de se mettre dans la peau d’un chrétien arabe ou turc pour leur parler de Jésus de façon intéressante et compréhensible. Leur culture et leur façon de penser est souvent si différente que nous avons du mal à nous faire comprendre correctement et que notre façon de nous comporter les braque plutôt et fait écran au témoignage que nous voulons rendre à leur Sauveur.

Mais si nous sommes une Eglise qui se laisse émouvoir et conduire par le témoignage du Saint-Esprit, alors chacun d’entre nous essayera d’être témoin de Jésus-Christ parmi ses semblables, parmi ceux dont il connaît la langue, la culture, la façon de penser, les loisirs. D’autres feront l’effort d’apprendre une langue pour pouvoir rendre témoignage à Jésus aux gens aui parlent cette langue.

D’autres encore étudient plutôt le monde d’une catégorie précise de gens pour pouvoir leur parler de Jésus-Christ, leur Sauveur. C’est ce que nous avons fait à « L’Heure Luthérienne » à l’occasion de la Coupe du Monde de Football de 1998 : nous avons publié un magazine spécial et avons diffusé 15 programmes radio spéciales sur RTL.

A l’occasion de cet événement qui a marqué les esprits et mobilisé les médias, nous nous sommes documentés, nous avons demandé conseil au spécialiste du sport qu’est l’apôtre Paul et nous nous sommes efforcé d’annoncer l’Evangile d’une façon qui interpelle les sportifs.

Essayez, vous aussi, de comprendre vos contemporains, du moins ceux que vous côtoyez dans votre quartier, au travail, à l’école. Essayer de les comprendre ne signifie pas les approuver en tout ; non, essayez de les comprendre pour savoir par où commencer pour leur parler de Jésus-Christ.

Alors vous avez compris ce qu’est Pentecôte : se laisser entraîner par le témoignage que le Saint-Esprit rend au Sauveur du monde, se laisser entraîner soi-même dans une vie de repentance et de foi, d’humilité et de joie de tous les jours, mais aussi se laisser entraîner à en entraîner d’autres par notre témoignage. Ne serait-il pas merveilleux qu’ils partagent notre soulagement, notre consolation, notre joie et notre espérance dans la communion du Dieu de leur salut ?

Jésus dit : l'Esprit de la vérité […] me rendra témoignage ; et vous aussi, vous rendrez témoignage ! »

Joyeuse Pentecôte, chers frères et sœurs émus par le témoignage du Saint-Esprit et témoins vous-mêmes de son bouleversant salut !


Amen.


Jean Thiébaut Haesssig, pasteur

 

 

 

Sermon du 06 mai 2007 - BAPTÊME (Cantate)

BAPTÊME (Cantate) Galates 3.27

Châtenay-Malabry 06.05.2007



« En effet, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. »


Chers amis,
resplendissants dans votre habit d’apparat !

Nous connaissons tous la valeur des habits. Les habits jouent un rôle important dans la vie. En hiver nous en portons d’autres qu’en été. Le soldat en porte d’autres qu’un civil, et chaque grade militaire a son uniforme distinctif. Le facteur est habillé autrement qu’un peintre en bâtiment, et moi-même, je suis vêtu différemment au culte que vous.

Certains de ces habits sont dictés pas la nécessité (le pull en hiver, les manches courtes en été, par exemple), d’autres sont le fait d’arrangements symboliques pour faire comprendre : celui-ci est officier, simple soldat, facteur, peintre en bâtiment ou pasteur.

On porte donc des habits

soit par nécessité ou l’exigence de la météo ou de la profession,

soit selon un arrangement symbolique pour signifier quelque chose.

Et voici que Paul écrit : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ ! »

A quelle catégorie d’habits Jésus appartient-il, lui dont nous avons été « revêtus » dans notre baptême ? Fait-il partie des habits nécessaires ou des habits symboliques ? Ou peut-être des deux à la fois ?

Notre texte nous aidera à nous rappeler que


CHRIST,
NOTRE COSTUME DE BAPTËME,


1.- recouvre notre péché,
2.- nous protège des rayons de la colère divine,
3.- nous réchauffe dans le froid de ce monde,
4.- nous confère des honneurs divins,
5.- nous remplit de joie, de gratitude et de foi,
6.- nous engage à une vie de repentance
et de foi de tous les jours.


***** 1 ******

Jésus-Christ, notre costume de baptême,
recouvre notre péché.



Paul écrit aux chrétiens de Galatie : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. »

Les habits recouvrent le corps, en entier ou partiellement. Une des raisons en est : pour que nous n’ayons pas à avoir honte. Il est vrai que la honte ou la pudeur, ce sont des notions de moins en moins à la mode. Devant qui a-t-on encore honte aujourd’hui ?

Il en est un, cependant, devant lequel nous aurions toujours plein de raisons d’avoir honte : c’est Dieu. Ou ne serait-ce pas vrai dans ton cas ? Nous n’avons rien en nous qui nous permettrait de cacher nos péchés devant Dieu. Lui-même le sait d’ailleurs très bien.

C’est pour nous éviter de devoir avoir honte devant lui, qu’il nous a lui-même procuré l’habit qui cache notre péché. Cela n’a pas été sans mal : la confection de cet habit éclatant de pureté et de sainteté lui a coûté fort cher. Les croix qui se dressent dans nos lieux de culte nous le rappellent avec insistance : l’habit de sainteté qu’il nous a confectionné lui a coûté son Fils unique.

Pour nous procurer cet habit éclatant de pureté, cet habit qui recouvre totalement nos péchés et n’en laisse plus dépasser aucun, Jésus a dû payer pour chacun, il a dû expier chacun de nos actes, de nos paroles, même de nos pensées qui devraient nous faire honte en pensant à notre Dieu d’amour.

Cet habit nous a été remis, nous en avons été « revêtus » dans notre baptême. « En effet, » – écrit l’apôtre dans notre texte – « vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. »

Dans notre baptême, la justice et la sainteté de Jésus ont été passées par-dessus nos péchés comme on peut passer un grand habit de fête par-dessus des sous-vêtements déjà un peu passés. Ainsi, la justice du Christ cache, devant Dieu, nos mauvais actes, nos paroles blessantes, nos pensées honteuses. Pour Dieu, notre péché n’existe plus. Dieu nous regarde à travers son Fils ; Dieu voit son Fils quand il nous regarde. Et comme son Fils est pur et saint, nous n’avons plus besoin d’avoir honte devant Dieu.

Voilà un des effets miraculeux propres au costume de baptême dont nous avons été revêtus dans ce sacrement.


***** 2 ******

Jésus-Christ, notre costume de baptême,
nous protège
des rayons de la colère divine.



Les habits nous protègent aussi des brûlures du soleil. On connaît assez l’effet cancérigène d’une exposition inconsidérée à ses rayons. Certes, nous aimons nous dorer au soleil, quand il fait beau. Mais généralement nous nous protégeons, et si ce n’est avec des habits, du moins en remplaçant les habits par autre chose : un parasol ou une crème antisolaire. Ce n’est pas pour rien qu’on se couvre bien dans les pays chauds.

Mais il y a quelque chose de bien plus brûlant que les rayons du soleil, ce sont les rayons incandescents de la colère de Dieu. « Qui résistera devant sa fureur ? Qui tiendra contre sa colère ardente ? » demande le prophète Nahum (1.6).

Il n’y a pas de doute quant aux sentiments que notre péché inspire à Dieu : des sentiments de colère et de rejet. Aussi a-t-il frappé l’humanité à mort depuis qu’Adam et Eve on chuté dans le péché : « Le salaire du péché, c’est la mort, » rappelle Paul aux Romains (6.23)

« Par un seul homme le péché est entré dans le monde » et nous a tous contaminés, au point que nous ne pouvons subsister par nous-mêmes devant Dieu. « Ainsi la mort est passée à tous les humains » (Rm 5.12).

Mais Dieu est aussi miséricordieux. Pour nous sauver de cette perdition, pour nous protéger de sa colère, il nous a enveloppés dans l’habit protecteur de son Fils, il nous a « revêtus » d’un vêtement de protection. Il le fait, parce que son Fils s’est déjà laissé brûler pour nous sous les rayons dévastateurs de sa colère.

Et il en a réchappé. Il était d’ailleurs le seul à pouvoir en réchapper. C’est la raison pour laquelle il a pris notre place et nous a ainsi évité d’être damnés par Dieu en colère.

Quand Dieu nous regarde, nous les baptisés, du moins ceux qui n’ont pas jeté leur habit de baptême, ceux qui n’ont pas rejeté le Christ par après, il ne voit plus nos péchés, mais la justice de son Fils qui nous recouvre, et sa colère à notre encontre se change en amour paternel, en amour sauveur.


« Le sang du Christ, mon Rédempteur,
Est mon seul vêtement d’honneur ;
Par lui je compte subsister
Devant Dieu dans l’éternité. »

(Louons le Seigneur, n° 344, strophe 1)

 


***** 3 ******
Jésus-Christ, notre costume de baptême,
nous réchauffe dans le froid de ce monde.


Les habits ne protègent pas seulement de la chaleur, ils protègent aussi du froid, est-il besoin de le rappeler.

Il est cependant un froid qui est plus mordant que le plus glacial des hivers : le froid de ce monde. Ne le ressentons-nous pas souvent ainsi : froid et sans chaleur ? Impassible et angoissant ? On se sent parfois complètement incompris, seul, abandonné.

Ce côté inhumain de notre monde moderne, le caractère anonyme de notre monde stressé et stressant, c’est du pain bénit pour Satan, ce sont les situations rêvées pour pouvoir nous plonger dans le découragement et le doute, voire le désespoir ou, pire, la dépression. Qui peut vivre sans sympathie, sans la chaleur des autres ?

Là aussi s’applique cette parole de notre Seigneur : « L’être humain ne vivra pas de pain seulement ! » (Mt 4.4). Nous avons aussi besoin de sentir l’amour de nos semblables. Or, celui-ci est parfois aux abonnés absents. Il faut alors plaindre celui qui ne sent pas l’effet réchauffant de l’habit baptismal, du Christ qui l’enveloppe.

Sois heureux, chrétien baptisé, de pouvoir te réchauffer à cet habit, auprès de l’amour sauveur de Jésus-Christ ! Lui ne va jamais battre froid. Il t’aime plus que sa propre vie. N’est-il pas allé jusqu’à la sacrifier pour toi ? C’est de lui que Dieu t’a « revêtu » dans ton baptême pour que tu puisses te savoir uni à lui pour ce temps et pour l’éternité.

Ne te laisse pas démonter par le doute ! Aussi vrai que tu es « baptisé en Christ », aussi assuré t’est son amour pour toi, sa sollicitude de tous les instants. Il se tient continuellement près de toi. S’il vient à toi dans la cène sous les espèces du pain et du vin pour t’assurer de son pardon et de son amour, il le fait aussi dans le baptême : là, il t’a enveloppé de son habit d’amour et de protection.

Cela, ne l’oubliez pas dans vos épreuves, et prenez courage dans ces moments difficiles : « car vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. »


***** 4 ******
Jésus-Christ, notre costume de baptême,
nous confère des honneurs divins.



Les habits ont aussi leur langage : celui de la pauvreté ou de l’aisance, celui de la propreté ou du laisser-aller, celui de l’honneur ou du déshonneur.

Alors, réfléchissez : Qui sommes-nous ? – des pécheurs, des coupables. Et que méritons-nous de la part de Dieu ? – d’être abandonnés et rejetés dans les peines éternelles.

Et que fait-il avec nous au lieu de cela ? – Il nous « revêt de Christ » dans le baptême ! C’est comme si, au lieu de bander les yeux pour fusiller un condamné, on déposait sur sa tête une couronne pour l’honorer devant le monde entier.

Nous ne pouvons vraiment pas comprendre le Christ, notre habit de baptême, autrement que comme le costume d’apparat le plus immérité, mais aussi le plus splendide qui soit ! Celui qu’on « revêt » d’une robe de docteur, reçoit ainsi les honneurs du doctorat. Celui qu’on « revêt » d’un manteau royal, reçoit ainsi des honneurs royaux.

Eh bien, celui qui a été « revêtu de Christ » dans le baptême, a reçu des honneurs proprement divins ! Oh ! certes, nous ne devenons pas son égal – qui pourrait être assez orgueilleux pour penser cela ? – mais il nous élève ainsi et nous permet de participer à son honneur, à ses bénédiction célestes et éternelles ; il nous accorde ainsi « l’état civil » d’enfants de Dieu, de membres de son Eglise, de « citoyens des cieux » (Ph 3.20).

***** 5 ******
Jésus-Christ, notre costume de baptême,
nous remplit de gratitude, de joie et de foi.



De gratitude ! Comment pourrait-il en être autrement ? Cet habit protecteur et vêtement d’honneur, nous n’y avions pas droit : il nous a été offert contre toute attente ! Et en tout cas, sans que nous y soyons pour quelque chose.

C’est à un autre que nous le devons. C’est un autre qui a avancé le prix fort pour que nous puissions l’avoir. Il a tellement tenu à pouvoir nous offrir ce vêtement d’honneur, qu’il a été prêt, pour cela – pour nous – à se laisser mépriser et maudire au bois de la croix. Sans croix pas de baptême. C’est cela, le sens des signes de croix dans la liturgie du baptême. D’abord Jésus a dû se faire damner et condamner avant qu’il n’ait pu nous élever, dans le baptême, aux plus grands honneurs qui soient, ceux de la gloire céleste.


« Sois loué, divin Sauveur !
A toi la gloire et l’honneur ! »

(Louons le Seigneur, n° 76,
refrain de toutes les strophes)



Aussi ne pouvons-nous faire autrement, en pensant à notre baptême, que nous réjouir au plus haut point. Là, le Seigneur nous a pourvus de ce dont nous avions le plus besoin, ce qui nous assure de son amour, de sa sollicitude, de son pardon, de sa fidélité éternels.

Si, dans notre baptême, il nous a « revêtus » de son Fils, « le Christ », c’est aussi pour que nous n’ayons pas à douter de notre adoption et de « notre citoyenneté dans les cieux », pour que nous puissions en être certains.

Car ainsi il nous a pourvus de l’habit protecteur nécessaire pour échapper aux terribles conséquences du péché. Maintenant, et tant que nous serons revêtus par la foi du vêtement baptismal, « rien » – pas non plus « la mort[…] ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, notre Seigneur » (Rm 8.38-39)


***** 6 ******

Jésus-Christ, notre costume de baptême,
nous engage à une vie
de repentance et de foi de tous les jours.



En « revêtant » cet habit exceptionnel, nous avons aussi pris des engagements. C’est ce qu’illustrent les promesses de la liturgie baptismale. On pourrait les résumer ainsi : Celui qui a été « revêtu de Christ », celui-là veut montrer sa joie et sa gratitude en faisant honneur à ce vêtement d’honneur.

Nous croisons le chemin de tant de personnes à plaindre, parce que l’habit de leur baptême les embêtait, ou parce qu’ils l’on méprisé et s’en sont dévêtus, parfois peut-être avec quelque hésitation d’abord, puis sans ambages. Faut-il rappeler qu’en méprisant ce vêtement d’honneur, en n’acceptant plus ce vêtement protecteur, ils se retrouvent sous la colère de Dieu ? (Jn 3.36)

Il est vrai, ce n’est pas facile de toujours vivre de manière à faire honneur à Jésus-Christ. Tant que nous serons ici-bas, les péchés remuent et essayent de dépasser de dessous notre vêtement d’honneur, ils essayent de le faire tomber.

Nous connaissons les mêmes tentations, les mêmes moments de faiblesse que les autres. Ils nous travaillent même plus encore parce que nous voulons rester fidèles à notre Seigneur et Sauveur et que nous ne voulons pas lui faire honte.

Malheureusement, il arrive continuellement qu’un péché vienne à dépasser de notre habit baptismal. Avec l’aide de Dieu il nous faut alors nous efforcer de tout remettre en place, ce qui se fait dans la repentance et la foi en Christ. Il faut le supplier de recouvrir ce péché aussi. Notre Seigneur est assez grand et vaste pour recouvrir tous nos péchés.

Ces efforts de remise en ordre de notre vêtement baptismal, nous devrons les faire jusqu’au moment de notre entrée dans la félicité éternelle. Mais, ô combien merveilleuse sera l’issue de notre lutte de la foi ! Là-bas, nous pourrons nous réjouir sans avoir à lutter, nous réjouir de la félicité que notre Seigneur nous a procuré avec notre habit baptismal.

Mais jusque-là, n’oublions jamais :


CHRIST,
NOTRE splendide COSTUME DE BAPTËME,


1.- recouvre notre péché,
2.- nous protège des rayons de la colère divine,
3.- nous réchauffe dans le froid de ce monde,
4.- nous confère des honneurs divins,
5.- nous remplit de joie, de gratitude et de foi,
6.- nous engage à une vie de repentance
et de foi de tous les jours.


Amen.


Jean Thiébaut Haesssig, pasteur

 




 

Sermon du 29 avril 2007 - JUBILATE

JUBILATE Gn 1.26 – 2.2

Châtenay-Malabry 29.04.2007

1:26 « Dieu dit : 

"Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu'ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur toutes les bestioles qui fourmillent sur la terre." 

1:27 Dieu créa les humains à son image : il les créa à l'image de Dieu ; homme et femme il les créa. 

1:28 Dieu les bénit ; Dieu leur dit : 

"Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre." 


1:29 Dieu dit : 

"Je vous donne toute herbe porteuse de semence sur toute la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture. 

1:30 A tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui fourmille sur la terre et qui a souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture."
Il en fut ainsi.


1:31 Dieu vit alors tout ce qu'il avait fait : c'était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : le sixième jour. 

2:1 Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et toute leur armée. 

2:2 Le septième jour, Dieu avait achevé tout le travail qu'il avait fait ; le septième jour, il se reposa de tout le travail qu'il avait fait. » 

Chers frères et soeurs,

« Jubilate ! » – jubilez, réjouissez-vous ! – est le nom que porte notre dimanche, parce que c’est là le premier mot de l’Introït pour ce jour (Ps 66.1).

Nous nous réjouissons de plein de choses dans notre vie. Il y a tant de choses pour lesquelles nous ne pourrons jamais assez remercier Dieu ! Cela peut être la paix, l’ordre et la démocratie dans notre pays, cela peut être le travail et le niveau de vie, cela peut être la santé ou la guérison, cela peut être la famille et la chaleur qui y règne entre ceux qui la composent, cela peut être l’invitation que le Seigneur nous fait chaque dimanche à le rencontrer au culte, sa Parole de grâce qui éclaire notre existence, son amour qui nous réchauffe le cœur.

Mais je vais m’arrêter là, sinon je ne pourrais, pour le temps que dure un sermon, que dresser une liste de bienfaits que nous devons à la bonté de Dieu.

Nous allons donc nous laisser guider par notre texte. Nous allons nous réjouir de ce que nous propose le texte à la base de notre sermon.

Il se trouve dans le livre des commencements, le livre de la Genèse, nom donné à ce Premier Livre de Moïse. Et nous allons plus particulièrement nous pencher sur l’histoire du premier des patriarches, et voir, à l’aide de ce premier homme,


ADAM
1
A quoi ressemble l’homme ?
2
A quoi ressemble Dieu ?




Nous allons découvrir que la réponse à ces deux questions ne sera réellement possible que si nous intégrons le second Adam, Jésus-Christ, dans notre réflexion et méditation.


***** 1 ******


A quoi l’homme ressemble-t-il ?


Penchons-nous d’abord sur Adam, le premier homme que Dieu ait créé. Quand on lit le récit de la création, il apparaît clairement que Dieu a créé notre univers en six jours :
le 1er jour : la lumière et les ténèbres (Gn 1.1-5) ;
le 2ème jour : le ciel (Gn 1.6-8) ;
le 3ème jour : la terre et la mer, ainsi que la végétation (Gn 1.9-13) ;
le 4ème jour : les astres, soleil et lune y compris (Gn 1.14-19) ;
le 5ème jour : les poissons, les animaux marins et les oiseaux (Gn 1.20-23) ;
le 6ème jour : les animaux terrestres (Gn 1.24-25), puis le premier couple, Adam et Eve (Gn 1.26-31).

Le deuxième chapitre du livre de la Genèse montre ensuite avec quel soin Dieu a créé les hommes, et, s’il ne les a créés qu’après avoir créé le reste, ils ne sont pas le fruit d’une évolution quelconque à partir des créatures précédentes, mais Dieu les a immédiatement créés « très bons » (Gn 1.31), parfaits : « il les créas à l’image de Dieu » (Gn 1.27).

Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’avait-il en vue quand il a décidé : « Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance ! » ? 

« Dieu est esprit » (Jn 4.24) et n’a pas de corps : ce n’est donc pas notre corps qui est fait « à la ressemblance » de Dieu. « L’image de Dieu »dans l’homme, il faut la chercher ailleurs que dans la ressemblance physique.

Le Nouveau Testament nous apprend que la sainteté, la connaissance et l’amour de l’homme étaient « à l’image » de la sainteté, de la connaissance et de l’amour de Dieu. Ils n’étaient pas identiques et du même niveau – seul Dieu est Dieu ; lui seul est, par ex., omniscient et sait tout – mais la sainteté, la connaissance et l’amour des premiers hommes correspondaient, étaient en phase avec la sainteté, la connaissance et l’amour de Dieu.

« Les humains » sont donc bien différents et distincts de toutes les autres créatures de Dieu, différents et distincts de ce que l’astronomie peut découvrir (les astres), différents et distincts de ce que la botanique peut étudier et énumérer (les espèces végétales), différents et distincts aussi de ce que la zoologie peut trouver et classer (les espèces animales).

Seuls nous, « les humains », avons reçu de Dieu ce « souffle de vie » (Gn 2.7), ce souffle divin appelé l’âme. Seuls nous, « les humains », avons été placés dans une aussi étroite relation et communion avec le divin Créateur.

Il faut le reconnaître : le Créateur nous a particulièrement bénis, nous, « les humains ». Il y a d’abord la bénédiction de la multiplication, selon ses dispositions : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre ! »(v. 28)

De deux personnes – Adam et Eve – l’humanité comptait mardi dernier (le 24 avril 2007) quelque 6 665 532 000 âmes, sans parler de ceux qui ont vécu durant le temps écoulé entre Adam et nous.

La seconde disposition que Dieu a prise pour nous, « les humains », il l’énonce ainsi :
« Soumettez-la [la terre]. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre. » (v. 28)

Dieu nous a confié la gestion de sa création et des autres créatures. Avons-nous vraiment conscience de l’honneur qu’il nous fait ainsi ? Gérants de sa création ! Il nous fait participer à son gouvernement du monde !

Cela ne nous donne-t-il pas le vertige ? Autant d’honneur, une telle responsabilité ne nous font-ils pas peur ?

Sans doute pas tout à fait sans raison. Nous connaissons suffisamment la nature humaine – et nous nous connaissons nous-mêmes !. Nous savons aussi comment l’humanité a géré la création, la nature et la morale.

Si les humains étaient restés fidèles à leur Créateur, tout aurait été parfait. Mais les humains ont voulu s’approprier exclusivement la direction des affaires et écarter Dieu de la gestion de la création. L’humanité a oublié deux choses : a) que c’est de Dieu qu’elle détient l’autorité sur le monde ; et b) que ce n’est qu’avec sa bénédiction et en plaçant sa foi en lui qu’elle peut réellement réussir à gérer le monde correctement.

Conséquence de cet oubli, de cette incrédulité : tout va plus ou moins sens dessus dessous dans le monde, et ceci dans tous les domaines de la vie. Certaines choses sont plutôt ratées (voyez les fermetures d’usine, la pollution de l’air, de l’eau et des terres, les injustices, les délits, les grèves, les guerres civiles et autres soubresauts qui font mal et angoissent. Et même là où les choses sont plutôt des réussites, rien n’est parfait.

Une fois l’humanité gangrenée par le péché, la gestion du monde qui, auparavant était parfaite, est devenue problématique.

La désobéissance des humains – faisant suite à la première désobéissance dans le jardin d’Eden – ne peut pas être bénie. D’où vient cette gestion imparfaite, parfois égoïste et injuste, voire dangereuse du monde ? C’est qu’on ne s’attelle pas à la gestion du monde avec humilité, respect et foi en Dieu et en ses dispositions, mais on se laisse dominer et pousser par l’envie de dominer les autres, le bon plaisir, ce qu’on croit être son intérêt.

Aussi « les humains » récoltent-ils la sueur, les larmes, les épines et … la mort.

Combien cela aurait pu être différent, si nous étions encore comme Adam du temps de notre texte, donc avant qu’il ne chute dans le péché et y entraîne tous ses descendants ! Ou si nous étions encore comme Jésus a été, lui que l’apôtre Paul donne comme figure symétriquement opposée à Adam, « le second Adam » en quelque sorte (voir Rm 5.15-21)

C’est qu’en Jésus, « le second Adam », nous voyons comment nous, « les humains », nous devrions être.

Jésus n’a pas échoué, comme Adam l’a fait, dans son obéissance parfaite envers Dieu : « il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort – la mort sur la 
croix. » (Ph 2.8)

L’obéissance, voilà une des caractéristiques du peuple de Dieu. Qu’avait dit Jésus ? –
« Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeur et ma 
mère. » (Mc 3.35)

Jésus n’a pas été fier et orgueilleux comme Adam ; il n’a pas insisté pour qu’on lui laisse la première place en tout, comme cela aurait été normal. Au contraire, il s’est humilié et s’est sacrifié pour nous.

Jésus nous a de nouveau obtenu la bénédiction qu’Adam avait fait perdre à l’humanité. La désobéissance d’Adam lui a attiré – à lui et à ses descendants – la mort physique et la damnation éternelle. Jésus, en expiant nos péchés, nous a réconciliés avec Dieu et nous a obtenu la bénédiction de Dieu à la place de sa malédiction.

Autrement dit : sans l’intervention et la médiation de Jésus-Christ, nous serions rejetés par Dieu et condamnés pour l’éternité. Grâce à l’expiation de nos péchés par Jésus-Christ, tous ceux qui se réfugient auprès de lui avec foi vivent ce miracle d’être aimés et acceptés par Dieu pour l’éternité.

***** 2 ******
A quoi Dieu ressemble-t-il ?



Dire qu’avant la chute du premier couple – Adam et Eve – dans le péché, on pouvait voir
« l’image de Dieu » en eux ! « Dieu dit : "Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, […]." – Dieu créa les humains à son image : il les créa à l'image de Dieu. » (v. 26a+27a)

C’est en cela que réside justement le caractère particulier, exceptionnel, des « humains » : il sont le summum de la création divine. Avant la chute de nos premiers parents dans le péché, leur sainteté était le reflet de la sainteté de Dieu. Leur amour du prochain était le reflet de l’amour de Dieu, lui qui « est l’amour » par excellence (1 Jn 4.8).

Et cette sainteté et cet amour que Dieu avait déposés dans l’être humain renvoient à la sainteté et à l’amour de Celui qui est leur Créateur hors pair.

Quant à « la domination » (v. 26b) ou autorité que Dieu a déléguée à l’homme sur sa création, elles montrent que Dieu est le Créateur souverain et tout-puissant de l’univers.

Là où Dieu fait aussi une forte impression sur nous, c’est « quand on le considère dans ses œuvres ». L’apôtre Paul écrit aux chrétiens de Rome :« Ce qui chez Dieu est invisible – sa puissance éternelle et sa divinité – se voit fort bien depuis la création du monde, quand l’intelligence le discerne dans ses ouvrages » (Rm 1.20)

Déjà aujourd’hui, l’immensément grand (les galaxies, par ex.) comme l’immensément petit (l’enchevêtrement de neurones dans notre cerveau, par ex.) nous impressionnent au plus haut point. Pourtant, depuis la chute de l’humanité dans le péché, tout cela ne fonctionne plus parfaitement. Le cerveau, par ex., connaît ses maladies, et partout ailleurs dans la création nous assistons à des ratés, voire à des catastrophes.

Mais tout cela était bien plus impressionnant dans sa perfection avant l’irruption du péché. Car, lisons-nous dans notre texte, lorsque Dieu eût achevé son œuvre magistrale de création et qu’il « vit tout ce qu'il avait fait, » son jugement infaillible fut : « c'était très bon » (v. 31), c’était excellent, c’était parfait !

Le caractère admirable de la création nous amène à admirer et à adorer la perfection et la grandeur insaisissable de celui qui l’a créée. Même aujourd’hui, encore, après que la création ait été détraquée par l’irruption du péché dans l’humanité, nous confessons, fort impressionnés, avec le psalmiste : « Le ciel raconte la gloire de Dieu, la voûte céleste dit l'oeuvre de ses mains ! » (Ps 19.)

Malheureusement, « l’image de Dieu » n’est plus visible sans plus en l’être humain. Parfois on voit même tout le contraire. Nous ne pouvons plus dire sans prendre énormément de précautions : « Voyez l’être humain, et vous pourrez en tirer des conclusions quant à son Créateur ! » Nous ne le pouvons plus aussi facilement, parce que le péché a détérioré, dépravé et défiguré « l’image de Dieu » en l’homme.

Et ce qui est terrible en tout cela, c’est que le péché de l’être humain amène les humains à avoir des doutes quant à la bonté et à la volonté de leur Créateur. On impute au Créateur le comportement pécheur des créatures. On impute au Créateur les dérèglements de la nature, qui est pourtant une conséquence du dérèglement pécheur de l’être humain.

N’avez-vous jamais entendu dire : « Mais que fait Dieu ? Comment peut-il permettre cela ? Pourquoi n’intervient-il pas ? Est-il seulement capable de venir en aide ? Cela ne lui fait-il rien de voir comment vont les choses sur terre ? »

C’est facile de se défausser sur un autre. Cela permet de ne pas avoir à se voir tel qu’on est. Il est plus confortable de rejeter la faute sur un autre, y compris sur Dieu. C’est d’ailleurs ce que le diable a réussi à faire avec ses tentations auprès d’Eve dans le jardin d’Eden. Il a réussi à faire douter Eve de la bonté de Dieu. Il a réussi à lui faire croire que Dieu la trompait. Il a semé le doute avec des questions du genre : « Dieu est-il vraiment ce qu’il affirme être ? » (voir Gn 3.1-6) Et Eve, puis Adam, sont tombés dans le panneau et nous ont tous entraînés derrière eux dans le péché et la perte.

Heureusement qu’il y en a un – un autre ! – qui donne une meilleure image de Dieu que ce que nous, créatures pécheresses et imparfaites, nous lui donnons. Heureusement que Dieu a suscité « un deuxième Adam » ou « anti-Adam » : Jésus-Christ.

Lui, Jésus, nous montre vraiment qui est Dieu et comment il est. Un jour, « Philippe dit à Jésus : "Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit." – Jésus lui dit : "Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe ? Celui qui m'a vu a vu le Père." » (Jn 14.8-9)

Bien évidemment ! N’est-il pas Dieu devenu homme ? N’est-il pas « Immanu-El, ce qui se traduit : Dieu avec nous » ? (Mt 1.23)

Rien ne peut mieux nous donner à connaître Dieu et ses sentiments à notre égard que la venue de Jésus parmi nous. L’abaissement du Fils de Dieu éternel et tout-puissant au rang de simple mortel montre l’intérêt que Dieu a pour nous et jusqu’où il est prêt à aller pour nous sauver.

Jésus a expié nos péchés en se sacrifiant à notre place ; il a enduré les souffrances de l’enfer à notre place pour nous les éviter : tout cela montre l’infinie profondeur et grandeur de l’amour de Dieu envers nous, un « amour qui surpasse toute connaissance » (Ep 3.18-19), il est si grand qu’on n’arrive pas à le saisir dans toute sa profondeur.

Voilà notre Dieu ! « Dieu est amour » (1 Jn 4.8) Quant à nous, nous sommes « aimés de Dieu » (Rm 1.7 ; 1 Th 1.4 ; Jd 1.1), ne l’oublions pas non plus.

Cela nous le devons au « deuxième Adam », Jésus-Christ, qui a réparé les dégâts causés par le premier Adam.

Jésus nous a fait connaître Dieu tel qu’il est. Grâce à lui nous sommes de nouveau entourés, protégés et conduits par l’amour et la sagesse prévenante de Dieu.

Dans une certaine mesure, il a rétabli « l’image de Dieu » en nous, les croyants : nous connaissons de nouveau Dieu et plaçons notre foi en lui, nous aimons de nouveau Dieu, et la sainteté du Christ recouvre notre péché.

Certes, ici-bas nous resterons imparfaits, mais dans l’éternité « l’image de Dieu » sera de nouveau entièrement rétablie en nous, et rien ne pourra plus nous la corrompre ou la détruire.


Amen.


Jean Thiébaut Haesssig, pasteur

 

 

Sermon du 15 avril 2007 - Quasimodo Geniti

QUASIMODO GENITI Ap 1 . 9 – 19

Châtenay-Malabry 15.04.2007

1:9 Moi, Jean, votre frère,
qui prends part à la détresse, à la royauté et à la persévérance en Jésus,
j'étais dans l'île appelée Patmos
à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus

1:10 quand je fus saisi par l'Esprit,
au jour du Seigneur ;
j'entendis derrière moi une voix,
forte comme le son d'une trompette,

1:11 qui disait :
"Ce que tu vois,
écris-le dans un livre,
et envoie-le aux sept Eglises :
à Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée."

1:12 Je me retournai
pour voir celui qui parlait avec moi.
Quand je me fus retourné,
je vis
sept porte-lampes d'or

1:13 et, au milieu des porte-lampes,
quelqu'un qui ressemblait à un fils d'homme.
Il était vêtu d'une longue robe
et portait une ceinture d'or à la poitrine.

1:14 Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme laine blanche, comme neige.
Ses yeux étaient comme un feu flamboyant,

1:15 ses pieds ressemblaient à du bronze incandescent,
et sa voix était comme le bruit de grandes eaux.

1:16 Il avait dans sa main droite sept étoiles ;
de sa bouche sortait une épée acérée, à deux tranchants,
et son visage était comme le soleil lorsqu'il brille dans toute sa puissance.

1:17 Quand je le vis,
je tombai à ses pieds, comme mort.
Alors il posa sur moi sa main droite,
en disant :
"N'aie pas peur !
C'est moi qui suis le premier et le dernier,

1:18 le vivant.
J’étais mort, mais je suis vivant à tout jamais,
et j'ai les clefs de la mort et du séjour des morts.

1:19 Ecris donc ce que tu as vu,
ce qui est et ce qui va arriver après."


Chers frères et soeurs,
chers prêtres royaux

dans le Royaume du Christ glorifié !


Parmi les textes proposés pour ce dimanche Quasimodo Geniti – le premier dimanche après Pâques – j’ai pris celui-ci, tiré du livre de l’Apocalypse de Jean, d’abord parce que les jeunes veulent consacrer une réunion à ce livre prochainement, ensuite, parce que l’un de nos trois groupes d’étude biblique vient de commencer l’étude de ce livre cette semaine.

Ce que nous vivons au jour le jour n’a souvent rien de commun avec l’expérience exaltante que l’apôtre Jean a connue quand « il fut saisi par l’Esprit » et qu’il reçut la « révélation […] de ce qui doit arriver bientôt » (Ap 1.1).

Le message que nous avons entendu à Pâques distinguait déjà entre « l’être et le paraître, » entre ce que nous sommes en réalité et ce de quoi nous avons l’air. La « révélation » de notre texte va dans le même sens. Là,


LE CHRIST SE REVELE A NOUS
1
dans l’Evangile,
2
pour resserrer
ses liens avec nous ici-bas,
3
et ceci, pour l’éternité.



***** 1 ******
Le Christ se révèle à nous dans l’Evangile.


En grande partie depuis sa résurrection, puis définitivement depuis son ascension, notre Seigneur bien-aimé nous prive de sa présence visible. Nous ne l’avons jamais vu. Il a certainement ses raisons pour cela. Il ne tient pas qu’on le suive par soif du sensationnel – comme ceux qui voulaient « en faire leur roi », non pas à cause de son Evangile, mais parce qu’il les avait miraculeusement nourris ! (Jn 6.15)

Sachez-le : avec sa résurrection et son ascension notre Seigneur n’a pas coupé les ponts avec nous. Au contraire, s’il nous prive de sa présence visible, c’est pour que rien ne nous détourne de l’essentiel, de son message de grâce, de sa Parole de salut, c’est – paradoxalement ! – pour qu’il puisse mieux « se révéler » à nous.

« Se révéler ! » Savez-vous ce que signifie le mot « apocalypse » ? Avez-vous déjà cherché ce livre dans une Bible allemande ou anglaise ? Le mot « Apocalypse » ne s’y trouve pas, et pour cause, c’est du grec. Et comme le reste de l’Ecriture sainte, dans ces langues on a aussi traduit le titre de ce livre, apokaluyis (apokalupsis) (Ap 1.1) : « Offenbarung » en allemand, « revelation » en anglais, « révélation » en français.

Si, en français, on avait toujours traduit ce mot par « révélation », cela n’aurait pas donné l’adjectif français « apocalyptique », adjectif qui n’existe d’ailleurs pas dans la Bible. On n’aurait pas non plus d’idée préconçue catastrophique de ce livre. Car, s’il est vrai que celivre annonce, entre autre, aussi des catastrophes, ces mêmes menaces sont toutes déjà annoncées dans les évangiles et les épîtres, même si c’est dans un autre style.

Or, la « révélation » du dernier livre de la Bible n’a pas été faite à Jean pour traumatiser les croyants, mais pour nous fortifier dans notre foi, notre joie et notre espérance. Dès le verset 3 de cette « révélation de Jésus-Christ » (Ap 1.1) à l’apôtre Jean, nous apprenons : « Heureux celui qui lit à haute voix les paroles de la prophétie, comme ceux qui les entendent et qui gardent ce qui y est écrit ! » (Ap 1.3)

C’est pour rendre « heureux » que Jésus a révélé ce livre à la chrétienté, pas pour nous catastropher. Cela, nous le verrons aussi avec l’extrait sur lequel porte notre prédication d’aujourd’hui.

Arrêtons-nous un instant à notre scène : la Parole de Dieu est adressée, est révélée et inspirée à l’apôtre Jean.

Où ? – Sur « l’île de Patmos », une île d’environ 16 km de long et 9 de large, à une cinquantaine de kilomètres des côtes de l’Asie Mineure.

Pourquoi l’apôtre se trouve-t-il sur cette île ? – Il l’explique lui-même : « Moi, Jean, votre frère, […], j'étais dans l'île appelée Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. » En d’autres termes : il y avait été exilé à cause de son apostolat. Cette île rocheuse servait à recevoir des personnages considérés comme dangereux. Rome y exilait des philosophes. Si Jean y a été envoyé en exil, c’est que son ministère devait prendre de l’ampleur et gêner le pouvoir en place. Vu son grand âge – il approchait des cent ans – on devait considérer que c’était assez dur pour lui de se retrouver sur cette île peu accueillante.

Quand cela s’est-il passé ? – C’était une époque où les persécutions des chrétiens avaient pris de l’ampleur, sous l’empereur Domitien, entre 90 et 96 après Jésus-Christ.

Jean indique même le jour de la semaine où la « révélation » de ce livre lui a été faite. Cela s’est passé « le jour du Seigneur » (v. 10), le jour que notre Seigneur Jésus avait choisi pour ressusciter, celui aussi qu’il avait choisi pour répandre le Saint-Esprit sur ses disciples, lors de la première Pentecôte : un dimanche, donc.

Comment cette « révélation » est-elle parvenue à Jean ? Cela est indiqué dès le premier verset du livre : « Dieu a donné à Jésus-Christ [cette] révélation pour montrer à ses esclaves ce qui doit arriver bientôt ; il [Jésus, à son tour,] l’a signifié en envoyant son ange à son esclave Jean. » (Ap 1.1)

Jean donne plus de détails encore sur la manière dont Jésus s’est révélé à lui. « Je fus saisi par l'Esprit » – on peut aussi traduire : « Je fus ravi en esprit » – en tout cas il a des « visions » (Ap 9.17) : il « voit » des scènes se dérouler devant ses yeux, autour de lui.

Il ne rêve pas. Ses facultés sont toutes éveillées, même actives. Il entend : « j’entendis derrière moi une voix forte. » Il se déplace pour mieux voir : « je me retournais pour voir. » Il sent le contact de son Seigneur : « il posa sur moi sa main droite. » Plus loin, on verra Jean tâter et goûter durant la vision (Ap 10.9). Oui, ce qu’il vit est extra-ordinaire, cela sort vraiment de l’ordinaire, c’est un vrai miracle, mais il le vit consciemment en agissant et réagissant à ce qu’il entend et voit lors de cette vision. Ses facultés ne sont pas occultées.

A qui s’adresse cette « révélation » ? – « J'entendis derrière moi une voix, forte comme le son d'une trompette, qui disait : "Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Eglises : à Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée." » (Ap 1.3)

La « révélation » ou « apocalypse » de ce dernier livre de la Bible s’adresse donc à « sept Eglises ». « Sept » est le nombre de la perfection, de la totalité. Dans le langage visionnaire et symbolique de l’Apocalypse, « les sept Eglises » représentent l’Eglise universelle, ce que Jean appelle au début de notre texte, « la royauté », la royauté dans le « Royaume ». (Ap 1.6) de Dieu et de Christ, car, grâce à l’œuvre du Christ, nous sommes tous « un royaume et des prêtres » (Ap 5.10).

Et Qui est au centre de cette « révélation » extraordinaire ? – Ecoutons encore l’Apocalypse dans son langage extraordinairement symbolique !

« Quand je me fus retourné, je vis […] quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme. » (v. 12-13) Là, Jean s’exprime comme le prophète Daniel. Celui-ci appelle le Messie promis « le Fils de l’homme » (Dn 7.13 ; 10.16) quand il le décrit au jour du Jugement Dernier. C’était tellement clair, que les chefs juifs ont crié au blasphème quand Jésus s’est présenté à eux comme « le Fils de l’homme ». (Mt 25.3 – 26.4)

« Il était vêtu d’une longue robe » (v. 13b) ou ample tunique, signe de sa majesté, et pour cause, il apparaît dans tout le livre comme le Fils de Dieu, le puissant Sauveur et majestueux Juge de l’humanité.

« Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme laine blanche, comme neige » (v. 14a), autrement dit : il était couronné de sainteté, le blanc étant la couleur symbolique de la pureté absolue, de l’absence totale de péché.

« Ses yeux étaient comme un feu flamboyant. » (v. 14b) Leur force de pénétration est telle que rien ne saurait rester caché devant elle : il est omniscient, « il sait toute chose » (Jn 21.18).

« Ses pieds ressemblaient à du bronze incandescent » (v. 15a). Là où ses pieds passent, ils brûlent tout sur leur passage et ne laissent que des cendres. Ce détail souligne la venue du Christ pour juger le monde.

« Sa voix était comme le bruit de grandes eaux » (v. 15b). La voix du Christ glorifié et triomphant est une voix toute-puissante. Contrairement à sa Parole de grâce, l’Evangile, à laquelle on peut s’opposer, personne ne peut résister à sa voix toute-puissante : tout doit lui obéir, ce qui provoquera, entre autre, la résurrection des morts et le Jugement Dernier.

« Il avait, dans sa main droite, sept étoiles. » (v. 16a) La « droite » est le symbole de la majesté et du pouvoir. Jésus explique lui-même, après notre texte : « Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite, [… ce] sont les anges des sept Eglises » (Ap 1.20). Rappelez-vous : le mot grec « ange » signifie « messager ». Il s’agit ici de ceux qui annoncent le message de Dieu dans les paroisses ; il s’agit du ministère pastoral institué par le Christ et à ses ordres. Ils se trouvent « dans la main » du Christ. Nous, les pasteurs, nous devons exercer notre ministère avec fidélité comme agents et serviteurs du Christ, sous son autorité, mais aussi – Dieu merci ! – avec sa bénédiction, et ceci quelles que soient les fluctuations de l’opinion publique.

Cette présentation du Christ ne cadre pas tellement avec la relation confiante que nous entretenons avec notre Seigneur bien-aimé, n’est-ce pas ? Il est cependant bon de rappeler que celui qui nous a sauvés dans son amour infini n’est pas une « poule mouillée », le « bon Jésus » des images pieuses, mais bien le Maître tout-puissant de l’univers, celui à qui nous devons tout et à qui le Père a remis le pouvoir et le jugement.

Cette vision vous inspire-t-elle de la crainte ? – Sans doute, au premier abord. Ce fut, d’ailleurs, aussi la réaction – j’allais dire : viscérale – de Jean. Voilà comment il nous en parle :

« Quand je le vis, je tombai à ses pieds, comme mort. Alors il posa sur moi sa main droite, en disant : "N'aie pas peur ! C'est moi qui suis le premier et le dernier, le vivant. Je suis mort, mais je suis vivant à tout jamais, et j'ai les clefs de la mort et du séjour des morts." » (v. 17-18)


***** 2 ******

Le Christ se révèle à nous dans l’Evangile
pour resserrer
ses liens avec nous ici-bas.


N’oublions pas : l’aspect terrifiant sous lequel Jésus apparaît dans cette vision, c’est l’aspect sous lequel il est apparu à Satan, c’est ainsi qu’il l’a fait fuir et qu’il nous a arrachés à ses griffes pour nous gagner pour son « Royaume ».

A nous qui plaçons notre foi en lui, il nous dit – comme il l’a dit à Jean, et comme il l’avait déjà dit précédemment à Zacharie, à Marie et aux bergers de Bethléem : « N’aie pas peur ! » (v. 17) – « N’ayez pas peur ! » (Lc 1.13 ; 1.30 ; 2.10) – vous faites partie du « Royaume », vous êtes solidement « unis à moi », le Maître du ciel et de la terre, « le Tout-Puissant » (Ap 1.7), l’Eternel. « Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant. » (v. 17), la source de la vie : unis à moi par la foi, vous avez part à ma vie.

Jean « vit sept porte-lampes d’or et, au milieu des sept porte-lampes » le Seigneur Jésus dans sa gloire et sa toute-puissance.

Jésus explique lui-même, dans le verset qui suit notre texte : « Les sept porte-lampes sont les sept Eglises » (Ap 1.20), la totalité des croyants, l’Eglise universelle.

Il veut nous rappeler : Vous qui vous confiez en mon sacrifice expiatoire et en ma glorieuse résurrection, vous, les croyants, vous êtes en sécurité « dans ma main droite », en sécurité aussi dans les épreuves ; vous serez même en sécurité quand d’autres, les incroyants, « se lamenteront » (Ap 1.7) lors de ce qui va accompagner mon retour en gloire à la fin du monde.

Oui, réjouissons-nous ! celui qui est Maître de l’univers et de l’éternité, se tient parmi nous, dans l’Eglise, et met sa gloire infinie à notre service

Et l’Eglise, l’ensemble des croyants, est représentée par « des porte-lampes d’or ». Au passage : « porte-lampes » est une meilleure traduction que chandelier, car il n’y avait pas de cierges dessus, mais des lampes à huile. Nous, l’Eglise universelle, nous sommes représentés par des « porte-lampes d’or » ! Nous sommes « en or », nous sommes, aussi précieux qu’a été cher le prix auquel nous avons été « rachetés », au prix du Christ lui-même (1 Co 6.20)

C’est ce que Jean veut nous faire réaliser lorsqu’il nous écrit : « "Moi, Jean, votre frère, qui prends part à la détresse, à la royauté et à la persévérance en Jésus…" (v. 9) "moi, Jean," je suis "votre frère en Jésus". » Unis à Jésus, nous formons une fraternité où nous partageons… quoi, au fait ?

Eh ! bien, unis à Jésus, le Glorieux, nous partageons les bénédictions de son « Royaume » de grâce sur terre. Nous pouvons compter sur son pardon et sa réconciliation. Nous pouvons compter, dans son Royaume, sur son gouvernement de nos vies, même si nous ne nous expliquons pas toujours sa façon de nous conduire.

Mais même là, dans son « Royaume », nous partageons la fraternité dans « la détresse ». Nous ne sommes pas des ions libres et sans lien entre nous : dans son « Royaume » nous formons un corps dont il est le Chef (Col 1.18). Non seulement nous pouvons nous appuyer sur nos « frères » dans la détresse, mais même notre Seigneur et Sauveur nous seconde fermement.

Ce n’est pas un vain mot, la fraternité sous la croix, la fraternité dans la détresse, la fraternité à la lumière de l’amour du Christ et de sa vérité salutaire ! Et cette fraternité doit se poursuivre et s’épanouir pleinement dans l’au-delà où il n’y aura plus de détresse.


***** 3 ******

Le Christ se révèle à nous dans l’Evangile
pour resserrer ses liens avec nous ici-bas
et ceci, pour l’éternité.



Que nous annonce-t-il à ce sujet ? – « J’étais mort, mais je suis vivant à tout jamais ! » Tout au long du message consolant de l’Apocalypse, le sacrifice expiatoire du Christ occupe une place centrale et fondamentale. C’est ainsi que dès le 5ème verset de ce livre, Jean glorifie « celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang. » (Ap 1.5-6) Et dans la vision du chapitre 5, Jean « vit, au milieu du trône […], un Agneau qui semblait immolé » (Ap 5.6). Sans le sacrifice du Christ pour nos péchés, il n’y aurait pas de félicité éternelle, pas de vision possible d’un royaume de gloire pour nous. Aussi ces visions du paradis céleste indiquent-elles clairement que tout est parti de la mort expiatoire du Christ.

Il le dit d’ailleurs lui-même dans notre texte : « "J’étais mort, mais je suis vivant à tout
jamais ! "

« Je n’aurais plus jamais à connaître la mort, puisque, là-bas, à la croix de Golgotha, j’ai "tout accompli", "tout achevé" (Jn 19.30) pour votre salut. Maintenant, "je suis vivant à tout jamais," pour l’éternité. "Vivant" et bien « vivant ». J’ai de la vie à revendre. En fait, cette expression est fausse me concernait : je ne vends rien ; j’ai de la vie à donner, et je vous l’ai donnée à vous qui venez avec foi vous confier en moi. »

« Et j'ai les clefs de la mort et du séjour des morts. » « Et j'ai les clefs de la mort et du séjour des morts. » Une fois que ceux qui n’auront pas cru au Christ seront décédés, la mort sera, malheureusement, verrouillée pour eux : ils se trouveront confinés derrière les portes de la mort, dans la mort pour toujours.

Par contre, nous, nous n’avons pas à nous en faire, nous qui croyons en son sacrifice expiatoire et en sa résurrection glorieuse, Il nous fait comprendre : « J’ai verrouillé la mort pour vous aussi, mais vous, vous vous trouvez à l’extérieur. La mort éternelle ne peut vous aspirer, vous êtes en sécurité auprès de moi. Vous faites partie de mes prêtres et rois dans mon Royaume pour l’éternité. »

Et là-bas, dans la félicité éternelle, nous ne le verrons pas seulement, comme maintenant, à travers la vitre quelque peu embuée de la Parole de Dieu, mais « nous serons semblables à lui » et « le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3.2). « Le Seigneur Jésus-Christ transformera notre corps humilié, en le configurant à son corps glorieux par l'opération qui le rend capable de tout s'assujettir. » (Ph 3.21)

Alors l’œuvre du Christ aura atteint son objectif : alors nous partagerons sa transfiguration ! Alors notre transfiguration sera totale et éternelle !


Amen.


Jean Thiébaut Haesssig, pasteur

 

Sermon du 08 avril 2007 - PÂQUES

PÂQUES Col 3 : 1 – 4

Châtenay-Malabry 08.04.2007

3:1 Si donc vous vous êtes réveillés [ressuscités] avec le Christ,

cherchez les choses d'en haut,
où le Christ est assis à la droite de Dieu.

3:2 Pensez à ce qui est en haut,
et non pas à ce qui est sur la terre.

3:3 Car vous êtes morts,

et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.

3:4 Quand le Christ, votre vie, se manifestera,
alors vous aussi vous vous manifesterez avec lui, dans la gloire.


Chers frères et soeurs,
à la fois morts et ressuscités avec Christ !

Paul vous lance ce matin/ « Vous êtes morts ! » Pourtant, deux versets plus haut, il vous lance avec la même force : « Vous êtes ressuscités ! »

Les deux affirmations paraissent irréelles. Il paraîtrait plus logique qu’il nous dise : « Vous mourrez, puis vous ressusciterez. » Mais non, il parle bien au présent : « Vous êtes morts ! » et « vous êtes ressuscités ! » Et là, nous semblons avoir un problème de logique.

On serait plutôt tenté de dire : « Ou bien je suis mort, ou bien je suis ressuscité, mais pas les deux à la fois ! »

En fait – et vous vous en doutez bien en ce matin de Pâques –, le cher apôtre veut nous réjouir et nous réconforter avec des vérités aussi profondes que fortes. Et il le fait d’une façon à laquelle, vous les jeunes, vous devriez être particulièrement sensibles.

Ne reprochez-vous pas souvent au monde adulte – à celui de la politique, des affaires, de l’emploi, voire des études – de mettre l’accent trop sur les apparences, et pas assez sur les réalités ?

C’est aussi ce qui se passe parfois dans l’Eglise, et, à certains moments, dans la tête de chacun de nous, ce qui est source de souffrances, de doutes, de découragement et d’abandon.

Paul veut, ce matin, vous regonfler, vous armer pour la vie... et la mort, vous réconforter, et remplir votre coeur d’une joie et d’un élan vital sans pareils. Pour cela, il utilise une technique très simple : il oppose apparence et réalité.

Illuminés par la victoire de Pâques, notre thème sera donc aujourd’hui :


L’ETRE
ET LE PARAÎTRE


ou, en d’autres termes :

• De quoi avons-nous l’air ?
• Et qui sommes-nous en réalité ?



***** 1 ******


De quoi avons-nous l’air ?


Nous commencerons par le paraître, l’apparence. Que n’a-t-on glosé sur le compte de l’Eglise et des chrétiens ! Que ne s’est-on moqué de notre foi dans le divin Ressuscité !

« Voilà des gens qui disent que la mort n’a plus de pouvoir sur eux, mais ils meurent comme tout le monde ! »

« Voilà des gens qui disent que leur Christ a maté la mort, mais il a lamentablement échoué sur une croix ! »

« Voilà des gens qui attendent le retour de leur Seigneur, "mais c’est pour quand ? Nos ancêtres sont morts, et depuis que le monde est monde, rien n’a changé !" » (2 P 3:3)

« Voilà des gens qui sont appelés des "saints" dans leur Bible, mais ils sont loin d’être parfaits !

« Voilà des gens qui disent que leur Seigneur est tout-puissant, mais, comme tout le monde, ils connaissent des échecs, des maladies, des problèmes, et la mort ! »

Eh oui, l’apôtre pouvait, lui aussi, citer toute une litanie de douleurs, d’épreuves et d’échecs dans sa vie. Il écrira aux Corinthiens : « Ainsi, nous sommes accablés par toutes sortes de détresses, et cependant jamais écrasés. Nous sommes désemparés, mais non désespérés." (2 Co 4:8)

Quelle était l’une de ses recettes pour garder le moral, ou pour pouvoir écrire aux chrétiens de Rome : « Mais dans tout cela nous sommes plus que vainqueurs ! » ? (Rm 8.37) La réponse nous sera donnée un peu plus tard.

Je voudrais auparavant rappeler ce qui s’était passé à Colosse, paroisse à laquelle il écrit notre texte.

Cette paroisse avait connu de graves problèmes, et l’apôtre se sent obligé de les aider pour qu’ils ne se laissent pas entraîner par de faux enseignements.

On voulait leur imposer des signes extérieurs de piété. On voulait leur faire croire que pour plaire à Dieu, pour se concilier sa faveur, tout le monde devait suivre des règles bien précises quant à l’alimentation, les fêtes et autres règles de comportement.

Bref, on érigeait le « paraître » en système. On voulait que tout le monde mette l’accent sur les apparences sans se soucier de la réalité spirituelle.

Bien entendu que nous nous efforçons d’avoir un comportement d’enfant de Dieu. Bien sûr que nous suivons des règles communes pour pouvoir vivre, adorer et agir ensemble.

Pour cela nous avons des liturgies ou des statuts dans l’Eglise, dans les paroisses, dans les différentes associations comme Mission et Jeunesse, ou encore des résolutions prises dans des assemblées.

Mais gare à nous si nous le faisons pour le « paraître » ! Ce qu’on nous voit faire devrait venir de notre réalité intérieure, de ce que nous sommes.

Tous ceux qui s’agrippent aux apparences pour les apparences, tous ceux qui placent leur foi dans les règlements, ceux-là, nous dit Paul, sont encore attachés aux « réalités qui appartiennent à la terre », au lieu de « tendre vers les réalités d’en haut, là où se trouve le Christ, qui siège à la droite de Dieu ». 

Et là l’apôtre oppose aux apparences, au paraître,


***** 2 ******

Ce que nous sommes
en réalité.



Et là intervient cette étonnante formule de l’apôtre : « Vous êtes morts ! »

Ici, il n’explique plus ce qu’il veut dire par là, car plus haut dans le même chapitre, il avait écrit avec plus de détails : « Vous êtes morts avec le Christ à tous ces principes élémentaires qui régissent la vie dans ce monde [...] vous êtes morts aux réalités qui appartiennent à la terre. »

Dans ce monde on n’a rien sans rien. Ou bien on produit soi-même ce qu’on veut, ou on l’achète. Sur le plan des religions imaginées par les hommes, cela a donné le légalisme : Ou bien on satisfait la divinité par ses propres oeuvres méritoires, ou alors on est rejeté par la divinité.

Mais « vous » – nous dit Paul ici – « vous » qui placez votre foi dans l’oeuvre méritoire du Christ, « vous êtes morts à tous ces principes élémentaires », « vous êtes morts » à toutes ces exigences légalistes.

Comment pourrais-je vous faire comprendre cela ?

Tenez : Notre mort corporelle est une mort à la vie corporelle, une coupure avec la vie : notre corps sera hors d’atteinte pour les forces de la vie. Les aliments, les médicaments, la musique, la beauté, plus rien n’aura d’effet sur notre corps.

Eh bien, en plaçant notre foi dans la mort et la résurrection de Jésus, ces règles prétendument destinées à forcer le respect de Dieu, ces exigences – et bien d’autres – ne peuvent plus nous atteindre, elles n’ont plus d’emprise sur notre devenir d’enfant de Dieu, elles n’ont plus aucun effet sur notre relation avec Dieu. Car « vous êtes aussi ressuscités avec Christ ! »

Oh ! certes, pour l’instant il n’est pas possible de voir que « vous êtes ressuscités avec Christ », pas plus qu’il est possible de voir le Christ ressuscité.

Mais depuis que Dieu a fait alliance avec vous dans votre Baptême tout ce que Jésus a fait est porté à votre crédit, tout ce par quoi il a passé, il le partage avec vous : aussi bien les fruits de sa mort que ceux de sa résurrection.

A bien y réfléchir, il n’avait que faire de la mort et de la résurrection. Ce n’est pas pour lui qu’il a passé par là, mais pour vous et pour moi, pour le monde entier.

Il nous a frayé ce passage au devant de Dieu parce que nous-mêmes n’étions pas capables de cette prouesse : notre péché et notre culpabilité nous en empêchaient totalement.

En remplissant les conditions de la Loi à notre égard, il nous a soustraits aux exigence de la Loi, et en expiant nos péchés il nous a aussi soustraits aux conséquences de nos défaillances coupables :

Par son itinéraire victorieux à travers la mort et la résurrection il nous a entraînés à sa suite et nous fait partager les bienfaits de sa mort et de sa résurrection.
La réalité dépasse l’apparence, ce que nous sommes en réalité dépasse infiniment ce que nous semblons être.

Parce que Jésus est mort et ressuscité pour nous, nous n’avons plus à craindre tout ce qui aurait dû – ou tout ce qui semble – nous entraîner vers la mort éternelle : Nous, les croyants, nous faisons déjà partie des « choses d’en haut », des réalités célestes, dit Paul,,même si notre vie se déroule encore en bas, sur terre.

Il est donc vain d’ironiser sur votre apparence d’enfants de Dieu, car « votre vie est cachée avec le Christ ». Votre vie est intimement unie à celle du Christ victorieux de Pâques ! Car, dit encore l’apôtre, « Christ est votre vie »,

La relation de foi dans laquelle vous vous trouvez avec lui fait que Dieu vous identifie à lui. Pour Dieu, vous faites déjà partie des « réalités d’en haut, là où se trouve le Christ ».

Pour l’instant, nous ne pouvons pas voir le Christ ressuscité « assis à la droite de Dieu ». C’est que notre vie réelle est « cachée avec lui ». « Votre vie » réelle « est cachée avec le Christ » victorieux.

Et elle est « cachée » où ? – « En Dieu ! » C’est comme si – non, ce n’est pas comme si, c’est la réalité : par sa résurrection, Jésus nous a élevés dans les bras du Père. Ces bras sont assez vastes pour nous entourer et nous porter à chaque instant ici-bas.

Et surtout, ce coeur de Père céleste nous aime autant que son Fils bien-aimé venu sur terre pour nous réconcilier avec le ciel.

Pour l’instant, les apparences peuvent être trompeuses, mais le moment viendra où cela va changer. « Le jour où le Christ apparaîtra, lui qui est votre vie, alors vous paraîtrez, vous aussi, avec lui, en partageant sa gloire. »

Pour l’instant, ce que vous êtes en réalité, demeure caché, mais vous qui croyez que Jésus est mort et ressuscité pour vous, vous n’êtes rien moins que des « ressuscités avec Christ » !

Lorsqu’il reviendra, il n’y aura plus de différence entre ce que vous êtes et ce que vous paraîtrez : alors vous paraîtrez transfigurés et glorifiés comme lui.

Chers amis, si nous nous réjouissons tant en cette fête de Pâques, c’est que ce jour-là, c’est notre résurrection à nous qui s’est jouée à Jérusalem.« Vous êtes aussi ressuscités avec 
Christ, » vous dit l’apôtre, et cela il le dit à chacun d’entre vous qui se repent de ses péchés et qui fait confiance à ce que Jésus est allé faire pour lui sur la croix.

« Vous êtes ressuscités avec Christ ! » … Vous rendez-vous compte de la portée de cette vérité ?

Cela signifie que vous êtes avec le Ressuscité, vous appartenez à son Royaume.

Et ne dites pas : « Oui, mais lui il est « là haut », mais moi je suis là « en bas » ! » Ce serait mal comprendre ce qui s’est passé avec la résurrection de Jésus.

Comme vous le savez, quand Jésus est ressuscité des morts, son corps a commencé un mode d’existence différent : depuis lors, il vit dans son état d’exaltation et de gloire.

Où ça ? – « A la droite de Dieu » où « il siège » : C’est là une expression imagée. « Dieu est Esprit » (Jn 4.24), il est présent partout : il n’a ni gauche ni droite. Tous les passages où il est question de « la droite du Père » parlent des pleins pouvoirs que le Fils exerce au nom du Père en faveur des siens.

Ne cherchez pas « la droite du Père » au-delà des nuages. « La droite du Père », elle est à votre droite, à votre gauche, derrière et devant vous, elle est partout où vous vous trouvez et ou le Christ ressuscité exerce son pouvoir de miséricorde. Voilà ce que sa résurrection nous a apporté.

Du coup, l’exhortation pascale de Paul prend une force tout à fait nouvelle :« Recherchez donc les réalités d’en haut, là où se trouve le Christ, qui siège à la droite de 
Dieu ! »

Par là, il ne demande pas aux chrétiens de ne songer qu’à la vie éternelle et de n’avoir que ce mot à la bouche.

« Recherchez les choses d’en haut » ne signifie pas – surtout pas ! – : « Désintéressez-vous de ce qui se passe ici-bas ! »

Cela signifie simplement : Ne raisonnez pas comme les gens de ce monde, ayez un raisonnement qui correspond à votre situation de co-ressuscités avec Christ, que le pivot de votre vie, la boussole de vos pensées, le critère de vos actes soient Jésus-Christ, et Jésus-Christ ressuscité pour vous après être mort pour vous !

Que votre vie soit illuminée et guidée par la joyeuse certitude que le Christ ressuscité est avec chaque pécheur repentant et croyant, qu’il a réglé auprès du Père le problème de votre péché et qu’il est tout heureux de constater que vous lui en êtes reconnaissants et le lui montrez par vos efforts à vivre pour lui plaire.

Ne vous laissez pas leurrer par ceux qui voudraient remplacer le Ressuscité par des règles méritoires. « Vous êtes morts avec le Christ à tous ces principes élémentaires. »

Et ne vous laissez pas déboussoler par l’aspect des choses : les réalités profondes de la foi chrétiennes sont « cachées avec Christ en Dieu ».

N’oubliez pas ce qui est profondément vrai par-delà les apparences : « Vous êtes ressuscités avec le Christ ! Recherchez donc les réalités d’en haut [...] De toute votre pensée, tendez vers les réalités d’en haut » : votre pardon en Christ, votre appartenance au Ressuscité pour l’éternité, votre vie qui se déroule entourée par la fidélité miséricordieuse du Christ vivant !

« Christ est ressuscité » – et il vous fait partager sa victoire ! Réjouissez-vous ! – et adorez-le pour cela !


Amen.


Jean Thiébaut Haesssig, pasteur

 

 

 

 

Sermon du 06 avril 2007 - Vendredi Saint

Vendredi Saint Luc 23.46

Châtenay-Malabry 06.04.2007

« Alors Jésus poussa un grand cri :
"Père, je remets mon esprit entre tes mains !"
Après avoir dit ces mots, il mourut. » (trad. « Colombe »)

« Jésus cria :
"Père, je remets mon esprit entre tes mains !"
Après avoir dit cela, il expira. » (trad. « NBS »)

Chers amis … – en deuil … ou en fête ?

Aujourd’hui, se termine en apothéose le temps liturgique des six semaines de la Passion. Ces six semaines, nous les avons passées au chevet d’un condamné à mort, au chevet d’un mourant, au chevet de personne de moindre que… le Fils de Dieu lui-même !

Les dernières paroles d’un mourant ont une importance particulière, même si elles ne constituent pas un testament en bonne et due forme : on fait attention à tout, on se les grave dans la mémoire, on « les repasse dans son cœur », on « les retient et y réfléchit », comme Marie l’a fait avec les paroles de l’ange (Lc 2.19).

On « repasse » surtout « dans son cœur » les toutes dernières paroles qu’un mourant nous a adressées, un peu comme son dernier legs. Elles donnent un éclairage particulier à son décès, à son départ.

Voilà pourquoi on passe le Temps de la Passion à écouter, à peser, à méditer ses derniers actes, ses derniers gestes, ses dernières paroles.

D’où la place toute particulière des sept paroles de Jésus en croix. Par exemple : « Mon Dieu ! mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? »(Mt 26.46) Quel terrible lumière, ces paroles jettent sur sa mort !

Cette autre – « Tout est accompli ! » – « Tout est achevé ! » (Jn 19.30) – jette déjà une lumière plus réjouissante sur sa mort.

Qu’en sera-t-il de sa dernière parole, de celle que nous allons méditer aujourd’hui, où


« Jésus cria :
"Père, je remets mon esprit entre tes mains !"
Après avoir dit cela, il expira. »



C’est à la lumière de cette dernière parole du Christ que nous voulons méditer sa mort aujourd’hui.


LA MORT DE JESUS

1. une sortie triomphale de la mort
– pour lui – et pour nous !

2. une entrée glorieuse dans le Paradis
– pour lui – et pour nous !




***** 1 ******


La mort de Jésus est
d’abord une sortie triomphale de la mort
– pour lui – et pour nous !



Il y a une chose qu’on oublie trop souvent, tant le spectacle de la crucifixion en lui-même était déjà assez atroce, c’est qu’à la croix, Jésus se trouvait en fait dans l’abîme de l’enfer. 

Les souffrances physiques qu’il a endurées sur la croix étaient infiniment pires que le mal des tortures physiques.

Dans l’empire romain, il y en a eu malheureusement d’autres – des milliers d’autres ! – à avoir connu cela, et peut-être pire. Leurs souffrances – leur agonie sous la torture : car la crucifixion était une torture (une mort par asphyxie) ! – n’ont pas pour autant été suffisantes aux yeux de Dieu, ni pour expier leur propre culpabilité devant lui, ni – et encore moins – pour expier les péchés du monde entier.

Mais dans le cas de Jésus, les souffrances ont atteint un tel degré d’horreur que personne n’aurait supporté le spectacle du châtiment infernal pour les péchés de l’humanité. Aussi Dieu a-t-il « tiré le rideau », pourrait-on dire. Ou pour parler avec les Evangiles : « Il y eut des ténèbres sur toute la terre de la sixième heure [midi] jusqu’à la neuvième heure [trois heures de l’après-midi]. » (Lc 23.44)

C’est ainsi que « Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, étant devenu malédiction pour nous, car il est écrit : "Maudit est quiconque est pendu au bois !" » (Ga 3:13)

Dimanche après-midi, je me suis promené au Plessis-Robinson, autour de l’énorme chantier de construction. Sur un parking, il y avait un panneau pour une place réservée aux handicapés. Y était écrit (cela s’adresse bien entendu aux bien-portants) : « Si tu veux ma place, prends aussi mon handicap ! »

Je n’ai jamais vu sur une telle place réservée quelqu’un attendre un handicapé pour lui dire : « Donne-moi ton handicap et va te garer avec les bien-portants ! » Pourtant, c’est ce que Jésus a fait avec nous !

Jésus a pris nos péchés sur lui et s’est fait damner, maudire, à notre place, pour nous éviter ce terrible sort.

C’est ce qui explique son « cri » sur la croix : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Là il a été « jeté dans les ténèbres du dehors » où il y a « des pleurs et des grincements de dents», comme il a lui-même décrit, un jour, la situation en enfer (Mt 8:12).

Dans la description qu’il en donne dans la scène du Jugement Dernier, il dit qu’en enfer on est

« maudit loin de Dieu », « dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges » (Mt 25:41), « préparé » aussi pour nous les pécheurs impénitents et incroyants (voyez la parabole de l’homme riche et de Lazare). !

Mais Jésus a tenu bon dans ces horribles souffrances :

Nulle trace d’impatience ou de découragement, alors qu’il est en train de toucher le fond de l’horreur pour nous.

Il ne recourt pas non plus à des moyens non permis, non appropriés, pour s’en sortir (n’est-il pas Dieu, et n’aurait-il pas facilement pu envoyer tout promener – mais nous aussi par la même !) ?

Non, il ne se révolte pas contre ce qui se passe : lui, « le juste », meurt « pour » nous, « les injustes » ! (1 P 3.18) Faut-il qu’il nous aime ! Faut-il qu’il tienne à nous sauver !

Et il a réussi. Il a tenu bon au milieu de l’horreur indescriptible. Il a tenu jusqu’à ce qu’il ait pu lancer son cri de victoire : « Tout est accompli ! » –« Tout est achevé ! » (Jn 19.30) – « J’ai réussi ! – ça y est ! c’est derrière moi ! »

Que s’est-il passé en fait ?

Voyez-vous, dans la mort, l’âme – ou l’esprit – se sépare du corps. Bien des textes de la Bible le disent. Par exemple l’histoire du prophète Elie (dans l’Ancien Testament), ou celle de la mort d’Etienne (dans le Nouveau).

Mais Jésus ne subit pas cette séparation de l’âme de son corps : il la dirige, la gère, la conduit : « Père, JE remets mon esprit entre tes mains ! »

Sa mort est un acte volontaire. Ce n’est qu’après en avoir pris la décision qu’« il expira » (Lc 23.46). Ce n’est qu’une fois sa mission « accomplie »qu’« il rendit l’esprit » (Jn 19.30). Là, son corps inerte, sans vie, pendait alors à la croix, mais son âme était maintenant « entre tes mains du Père » « au Paradis » (Lc 23.43).

Avec ces mots « Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » il tourne définitivement le dos aux souffrances de l’enfer. Il est maintenant sorti du tunnel, définitivement hors d’atteinte de l’enfer. Bien plus, il a vaincu l’enfer pour toujours

C’est vraiment une bonne nouvelle – de l’Evangile pur ! – pour nous : le Père est satisfait du prix que son Fils a payé pour nous : la rançon que Jésus a versée, le montant et l’atrocité des souffrances endurées sont tels que la justice de Dieu est satisfaite : sa grâce et son amour remplacent maintenant sa colère et son exigence de réparation de notre part.

Mission accomplie à la satisfaction du Père, Jésus peut l’aborder maintenant dans un esprit apaisé : « Père ! » l’appelle-t-il : il n’a jamais rompu le lien d’amour filial avec lui.

La mort de Jésus n’est donc pas signe de malheur mais de réussite et de victoire, de bonheur pour l’humanité.

Le mieux est sans doute de comprendre son dernier cri comme le claquement de la porte de l’enfer, ou comme le bruit du verrou qu’il a poussé énergiquement pour la fermer définitivement aux croyants !

Lui s’est sorti de l’enfer, non seulement pour lui, mais en terrassant l’enfer, il le maintient également loin de ceux qui lui font confiance.

« Il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont à Jésus-Christ ! »jubilons-nous avec l’apôtre Paul (Rm 8.1) :

« Plus de condamnation », donc plus d’enfer pour ceux qui, comme l’un des deux larrons crucifiés avec Jésus, se repentent de leur péchés et font confiance à la mort expiatoire de Jésus !

Comme Jésus s’est laissé rejeter en enfer pour toi, tu n’as plus besoin de craindre que Dieu pourrait encore t’y envoyer et t’y abandonner. Cela, il ne le peut et ne le veut plus, pour l’amour de son Fils. Il ne peut plus te rejeter et t’abandonner – et ne le veut plus – ni dans ta vie présente (quoi que tu puisses parfois ressentir) ni dans ta mort (quelles que puissent être les apparences) !

N’oublie pas : ce n’est pas pour lui mais pour toi qu’il a fermé l’enfer ; c’est pour toi qu’il a ouvert le ciel !

car



***** 2 ******

La mort de Jésus est
ensuite une entrée glorieuse dans le Paradis
– pour lui – et pour nous !

 


« Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » – « Les mains du Père », ce n’est rien d’autre, en fait, que « le paradis » céleste.

« Les mains de Dieu ! » Quelle belle image ! quelle vérité rassurante ! Dieu nous entoure de ses bras, des bras de quelqu’un qui est éternel et tout-puissant, des bras dont personne ne peut nous arracher !

« Les mains du Père » nous font sentir l’étreinte paternelle : on s’y sent aimé, choyé, en sécurité. Voilà ce qu’est le Paradis, tout le contraire du rejet et de l’abandon dans le terrible enfer.

C’est dans ce « Paradis » que Jésus est entré par sa mort.

C’est ce qu’il annonce avec ses dernières paroles : « Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » Quel départ de fête ! Quel soulagement et retournement de situation après avoir dû se débattre dans les souffrances de l’enfer ! Quelle merveilleuse lumière après les angoissantes ténèbres !

Les souffrances du Christ nous bouleversent : A cause de nous il a connu l’Enfer, des souffrances et une horreur qui dépassent nos connaissances et nos expériences, des souffrances et une horreur qui dépassent tout ce que nous pouvons décrire avec le langage de ce monde

Mais nous trouvons aussi la paix dans ses souffrances. Elles nous rassurent sur notre propre sort. Elles sont une ouverture sur un au-delà merveilleux. Car Jésus a réussi à se frayer un passage à travers la mort et l’enfer vers le Paradis céleste, et cela non seulement pour lui, mais aussi pour nous.

Il est vrai : nous sommes tout soulagés de voir que celui qui nous a aimés plus que sa vie sort vainqueur de cette lutte infernale. Cela nous touche d’autant plus qu’il porte sa réussite à notre crédit, qu’il nous fait partager les bienfaits de sa victoire.

De nombreux croyants en ont déjà profité dans le passé.

Ainsi, dans l’histoire sainte, « le malfaiteur » repentant sur la croix. A son humble prière : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton royaume ! » Jésus lui répondit : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, tu seras avec moi dans le

Paradis ! » (Lc 23.42-43)

Mais il y a aussi « Etienne » qui a prié, alors qu’on était en train de le tuer à coups de pierre :

« Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » (Ac 7.59)

Et parmi nos connaissances, combien n’avons-nous pas vu nous précéder déjà dans le Paradis céleste où Jésus les a accueillis comme le larron dès le moment où leur esprit a quitté leur âme ?

C’est là la consolation et le réconfort que la liturgie luthérienne nous apporte quand nous sommes devant la tombe d’un proche et que le pasteur cite cette parole entendue du ciel par l’apôtre Jean dans l’Apocalypse : «Heureux dès à présent ceux qui meurent dans le Seigneur [c.à.d. unis au Seigneur] ! » (Ap 14.13) Sa mort a été un départ hors d’atteinte de l’enfer, sa mort a été une entrée glorieuse dans le Paradis.

« Heureux » serons-nous lors de notre décès, parce que « unis » par la foi « au Seigneur », nous échapperons à l’enfer et rejoindrons notre Sauveur dans son Paradis éternel !

Pour conclure : Vendredi Saint, jour de malheur ou jour de chance, jour de deuil ou jour de fête ?


Grâce à Jésus, nous pouvons clamer très fort : Jour de joie et de délivrance ! Jour de liesse et de soulagement ! Jour de certitude et d’espérance éternelle !

Merci, Seigneur Jésus, de m’avoir épargné ce que j’avais mérité à la place !

Amen.


Jean Thiébaut Haeissg

 

 

 

Sermon du 01 avril 2007 - Dimanche des rameaux

Dimanche des Rameaux Es 50.4-10

Châtenay-Malabry 01.04.2007

*********************

50:4 Le Seigneur Dieu m'a donné le langage des disciples,
pour que je sache soutenir par une parole celui qui est épuisé ;
chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille,
pour que j'écoute à la manière des disciples.

50:5 Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille,
et moi, je ne me suis pas rebellé et je ne me suis pas dérobé.

50:6 J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient
et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ;
je ne me suis pas détourné des insultes et des crachats.

50:7 Mais le Seigneur Dieu m'a secouru ;
c'est pourquoi je n'ai pas été confus,
c'est pourquoi j'ai rendu mon visage semblable à du granit,
sachant que je n'aurais pas honte.

50:8 Celui qui me justifie est proche : qui veut m'accuser ?
Comparaissons ensemble ! Qui s'oppose à mon droit ?
Qu'il s'avance vers moi !

50:9 Le Seigneur Dieu viendra à mon secours : qui me condamnera ?
Ils tomberont tous en lambeaux comme un vêtement, les mites les dévoreront.

50:10 Qui parmi vous craint le Seigneur, en écoutant son Serviteur ?
Quiconque marche dans les ténèbres et manque de clarté,
qu'il mette sa confiance dans le nom du Seigneur
et qu'il s'appuie sur son Dieu !" »

*********************

Chers amis qui profitez de l’œuvre du « Serviteur de l’Eternel » !

Le « Dimanche des Rameaux » occupe une place particulière dans l’année de l’Eglise ou année liturgique. Ce dimanche ouvre la « Semaine Sainte ».

Dans la lecture traditionnelle de l’Evangile de ce jour (Jn 12.12-19), nous avons entendu, tout à l’heure, les « hosannas » lancés par la foule au passage de Jésus, lorsqu’il a fait son entrée à Jérusalem. Ces acclamations de la foule en liesse donnent au début de la « Semaine Sainte » un aspect solennel, une couleur royale, divine même !

Mais juste auparavant, la lecture de l’Epître traditionnelle de ce dimanche (Ph 2.5-11) nous a rappelé que ce Roi, tout acclamé qu’il était, était en fait en train d’aller courageusement au-devant de sa mort. Avec cette entrée à Jérusalem, il entamait la dernière étape de son abaissement, l’étape la plus tragique. Dans son « obéissance » volontaire, elle allait le mener « jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort sur la croix ».

Mais sa mort ne devait pas être sa dernière étape – heureusement pour nous ! – elle ne devait être, pour ainsi dire, que le tremplin vers la plus glorieuse victoire de tous les temps, victoire à laquelle il nous fait participer !

Aussi, ne nous retenons pas : dès ce « Dimanche des Rameaux », nous pouvons, nous aussi, lancer avec joie : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d’Israël ! » (Jn 12.13)

Mais nous, nous ne l’acclamons pas pour les mêmes raisons que la foule versatile de l’époque. Nous l’acclamons parce que nous savons et avons cette certitude : c’est « pour nous » qu’il a parcouru le chemin de la croix vers la couronne en vainqueur et avec l’approbation et la satisfaction de Dieu le Père. Ne l’oubliez pas : « pour nous ! »

C’est de la plus haute importance, pour notre vie de chaque instant, que nous n’oublions pas ce « pour nous » dans toute l’histoire des souffrances et de la mort du Christ. Sa Passion est un service qu’il nous rend. Ou, pour le dire différemment : un service qu’il accomplit sur ordre de Dieu en notre faveur.

Pas étonnant que dans les prophéties d’Esaïe – comme dans notre texte – il soit déjà appelé « le Serviteur du Seigneur », « le Serviteur de l’Eternel » ! Car, dans les textes comme le nôtre c’est « le Serviteur de l’Eternel » qui s’adresse à nous, « le Serviteur », dans le nom duquel nous mettons notre confiance, « le Serviteur », sur le Dieu duquel nous nous appuyons.


« CE Serviteur de l’Eternel »
1. reçoit directement instruction de Dieu
2. souffre avec une pleine confiance en Dieu
3. console et affermit les éprouvés.


– 1 –
« LE Serviteur de l’Eternel »
reçoit directement instruction de Dieu


A. Il est à l’écoute de Dieu pour se laisser instruire :


« Le Seigneur Dieu m'a donné le langage des disciples, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est épuisé ; chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille, pour que j'écoute à la manière des disciples. » (v. 4)


B. Il est à l’écoute de Dieu pour exécuter sa volonté avec docilité, zèle et enthousiasme :


« Je ne me suis pas rebellé, et je ne me suis pas dérobé. » (v. 5)


– 2 –
« LE Serviteur de l’Eternel »

souffre avec une pleine confiance en Dieu


A. « J’ai rendu mon visage semblable à du granit. » (v. 7)


1. Sans murmurer, de bon gré, il laisse les coups pleuvoir sur lui, de bon gré il s’abandonne aux souffrances auxquelles on le soumet :


« J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ; je ne me suis pas détourné des insultes et des crachats. » (v. 6)


« Lui qui était vraiment divin, il ne s'est pas prévalu d'un rang d'égalité avec Dieu, mais il s'est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort – la mort sur la croix. » (Ph 2.6-8)


« Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix. » (Hé 12.2)
2. C’est volontairement et de bon gré qu’il a enduré le mépris et la maltraitance.


B. « Le Serviteur de l’Eternel » est innocent, sans péché.


« Celui qui me justifie est proche : qui veut m'accuser ? Comparaissons ensemble ! Qui s'oppose à mon droit ? Qu'il s'avance vers moi ! » (v. 8)


C. Ceux qui accusent « le Serviteur de l’Eternel » n’obtiendront pas gain de cause ; au contraire, ils seront eux-mêmes accusés et rejetés.


« Le Seigneur Dieu viendra à mon secours : qui me condamnera ? Ils tomberont tous en lambeaux comme un vêtement, les mites les dévoreront. » (v. 9)


D. « Le Serviteur de l’Eternel », lui, est déclaré juste par Dieu en personne.


« Celui qui me justifie est proche : qui veut m'accuser ? […] Qui s'oppose à mon droit ? […] Le Seigneur Dieu viendra à mon secours : qui me condamnera ? » (v. 8-9)


– 3 –


« LE Serviteur de l’Eternel »
console et affermit les éprouvés.


A. Son « langage de disciple sait soutenir par une parole celui qui est épuisé. » (v. 4)


B. Il nous invite tous à « mettre [notre] confiance dans le nom du Seigneur et » à « [nous] appuyer sur [notre] Dieu. » (v. 10)


1. « Ténèbres, nuages, épreuves, invitations des mauvais esprits et des hommes vont croiser notre chemin » écrit Martin Luther.


2. Les remèdes humains n’y sont pas d’un grand secours.


3. Aussi allons-nous chercher refuge auprès « Serviteur de l’Eternel ».


a. car « nous mettons notre confiance en son nom » (v. 10) ;


b. et « nous nous appuyons sur son Dieu » (v. 10).


4. Aussi prions-nous avec le psalmiste :


« Seigneur, que ta fidélité soit sur nous, comme nous t'attendons ! » (Ps 33.22)


« Seigneur, c'est en toi que je trouve un abri. Que jamais je n'aie honte ! Par ta justice, donne-moi d'échapper ! » (Ps 31.2)


Amen.


Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du 18 mars 2007 - Laetare

Laetare Es 12.1-6

Châtenay-Malabry 18.03.2007

Chants :


Oui, je veux te bénir AeC 259 : 1-5
Tu vins, Jésus, pour partager AeC 456 : 1-3
J’ai tout remis entre tes mains AeC 621 : 1-4


*********************


12:1 Tu diras en ce jour-là :

"Je te célèbre, Seigneur :

tu as été en colère contre moi,
mais ta colère s'en est retournée,
tu m'as consolé."
12:2 C'est le Dieu de mon salut ;
j'ai confiance, rien ne m'effraie.
Car le Seigneur (Yah),
le Seigneur (YHWH),
est ma force et ma puissance,
il est mon salut."

12:3 Vous puiserez de l'eau gaiement
aux sources du salut.

12:4 En ce jour-là, vous direz :
"Célébrez le Seigneur,
invoquez son nom,
faites connaître parmi les peuples ses hauts faits,
rappelez combien son nom est sublime !"

12:5 Chantez le Seigneur,
car il a fait des choses magnifiques.
Qu'elles soient connues par toute la terre !

12:6 Triomphe et pousse des cris de joie, habitante de Sion !
Car il est grand en ton sein, le Saint d'Israël !" »

*********************


Cher frère, chère sœur en Jésus-Christ !

« Tu diras en ce jour-là [aux jours du Nouveau Testament] : "Je te célèbre, Seigneur !" » Je te loue, je te rends grâces, Seigneur !

Cher frère, chère sœur en Jésus-Christ, est-ce vraiment, là, ce qui caractérise ta vie ? Ta vie est-elle placée sous le signe de la reconnaissance et de la louange de Dieu ?

Notre gratitude envers Dieu ne sombre-t-elle pas parfois sous les gémissements, les lamentations et les plaintes ?

Il est vrai que la vie est remplie de tant de choses difficiles à gérer, de tant de méchanceté, de tant de choses qui énervent, d’autres qui nous pèsent, d’autres encore qui nous déçoivent tant !

Voyez l’époque du prophète Esaïe. Les croyants de l’époque étaient en butte aux assauts de la superpuissance de l’époque, l’Assyrie. Jérusalem et le Royaume de Juda allaient-ils tenir, les croyants pourront-ils continuer à jouir de la liberté de culte si l’Assyrie les asservissait ?

Pourtant, du milieu de cette atmosphère oppressante jaillit ce chant de foi et de joie. Il y a tellement d’allant, d’entrain, d’énergie et de dynamisme dans ce chant de 6 versets qu’il constitue à lui tout seul un chapitre.

C’est que les croyants de l’époque avaient tant de raisons de louer et de célébrer Dieu ! Il suffisait qu’ils écoutent ses promesses, il suffisait qu’ils laissent diriger leurs regards par ses prophètes vers la venue du Messie Sauveur.

Au chapitre précédent – au chapitre 11 – Esaïe avait justement été chargé de lever un peu plus le voile sur la venue du Messie. Il y a annoncé « le rameau qui sortira du tronc de Jessé », « le rejeton qui sortira de ses racines » (Es 11.1)

C’était, il y a 2750 ans – en 750 av. J.-C. environ –. Entre-temps, « l’habitante de Sion », la communauté des croyants – aujourd’hui, l’Eglise chrétienne – vit cette époque annoncée par Esaïe.

Les croyants de l’Ancienne Alliance étaient appelés à se réjouir de la venue du futur Messie. Nous, nous pouvons nous réjouir de sa venue. Au milieu des épreuves et des tentations que nous pouvons connaître, des souffrances et des angoisses, nous voyons bien plus nettement que les contemporains d’Esaïe combien « le Saint d’Israël, » le Sauveur du monde, « est grand en notre sein » !

Oui,

NOUS AVONS TOUTES LES RAISONS DE CELEBRER NOTRE DIEU



1. parce qu’il nous console
2. et nous rend forts.

Nous avons toutes les raisons
de célébrer Dieu
– 1 –
pour ses consolations.


Sans doute nous arrive-t-il à tous de connaître des moments où nous avons plutôt l’impression que Dieu est en colère contre nous, qu’il ne veut vraiment pas venir nous consoler, des moments où nous plongeons, tant nous avons l’impression que Dieu nous abandonne dans sa colère.

Tenez, voyez le Royaume de Juda du temps du prophète Esaïe. La suprématie de l’Assyrie était écrasante. Les rois de Ninive avaient détruit et occupé, d’abord la Syrie avec Damas, puis le Royaume d’Israël avec Samarie. Le Royaume de Juda avec Jérusalem a été épargné, mais devait payer un lourd tribu à la puissance assyrienne. La révolte grondait. On voulait inciter le roi à se rebeller contre l’Assyrie.

C’est dans ce contexte que le prophète Esaïe appelle la population au calme. Il l’invite avec insistance à faire confiance à Dieu et à ne pas faire de bêtise en se fiant à sa force militaire.

Dieu les avait-il abandonnés ? Que non ! Dieu les punissait-il ? Se vengeait-il ? Etait-il en colère contre son peuple ? Non plus. Au contraire, il oeuvrait pour leur bien. Il voulait leur apprendre à lui faire confiance dans l’adversité. Il voulait les faire grandir dans la foi, les unir plus fortement encore dans sa communion de pardon et de vie.

Il voulait amener ce peuple souvent si orgueilleux à ne pas fonder sa fierté sur lui-même, mais sur la grâce et la fidélité de Dieu, sur sa grâce et ses promesses. Dans le domaine de la vie courante, nous devons aussi faire usage de l’intelligence que Dieu nous a donnée, et de l’expérience qu’il nous a permis d’amasser, mais le peuple d’Israël avait une position à part dans le monde politique de l’époque : jusqu’à l’arrivée du Messie et Sauveur du monde, Dieu lui-même en était le chef politique suprême, c’était la seule véritable théocratie qui ait jamais existé au monde. Et quand Dieu s’adressait au peuple d’Israël par ses prophètes, les Israélites devaient davantage avoir confiance dans la Parole de leur Dieu que dans leurs expériences et calculs, ils devaient faire passer la Parole infaillible de Dieu avant leur raison faillible.

C’est difficile quand on a l’impression que ce qu’on vit contredit ce que Dieu dit. Il nous arrive aussi de nous sentir tout petits, tout démunis, tout désarmés devant les problèmes qui nous assaillent. C’est un peu ce qui se passe quand nous considérons l’esprit du monde qui s’infiltre insidieusement – sans que nous nous en rendions réellement compte – dans nos jugements et dans ceux de nos enfants ; ou quand nous considérons l’avancée de l’incrédulité, des sectes et des fausses religions dans notre monde. Aussi quand nous voyons les énormes défis posés à notre Eglise et que nous plaçons en face les moyens que nous avons. Et je pourrais continuer la liste des problèmes devant lesquels nous ne nous sentons parfois pas de taille à les résoudre.

Et nous sommes alors tentés de nous demander : Tout n’indiquerait-il pas – l’apparence, l’expérience que nous sommes alors en train de traverser, n’indiquerait-elle pas – que Dieu se désintéresse de nous, qu’il ne se préoccupe vraiment pas de notre bien-être, ou peut-être pire : qu’il est en colère contre moi et veut me faire payer quelque chose ?

Oh ! des raisons de nous punir, il en aurait ! Sans compter parmi les personnes immorales de ce monde, nous savons que nous sommes loin de correspondre aux exigences de perfection de la sainte Loi de Dieu. Or, le verdict incontournable de Dieu établit : « Le salaire du péché, c’est la mort » ! (Rm 6.23)

Heureusement que Jésus est venu dévier sur lui l’exécution de ce verdict. Heureusement qu’il s’est porté volontaire pour payer à notre place. Esaïe écrit plus loin : « La correction qui nous vaut la paix est tombée sur lui ! » (Es 53.5)

Cela, Esaïe le savait déjà, lorsqu’il a entonné le chant de notre texte : « Je te célèbre, Seigneur : tu as été en colère contre moi, mais ta colère s'en est retournée ! »

Et c’est là – cette intervention miraculeuse du Fils de Dieu comme « victime expiatoire pour nos péchés » (1 Jn 2.2) – c’est là la source de notre soulagement, c’est aussi la cause de notre certitude :

Dieu n’est plus irrité contre les croyants, contre ceux qui croient en l’expiation de Jésus-Christ. Son comportement envers nous n’est plus jamais dicté par la colère ou l’envie de punir, mais par l’amour qu’il nous porte et qu’il nous a dévoilé de la façon la plus parlante sur la croix de Golgotha.

Avec Esaïe nous le « célébrons », nous l’acclamons, nous le proclamons et le confessons en ces mots : « C'est le Dieu de mon salut ; j'ai confiance, rien ne m'effraie. »

Car, pour le dire, cette fois-ci, avec Paul : « Si Dieu est pour nous, » si Jésus l’a réconcilié avec nous par son sacrifice expiatoire, si Jésus nous a gagné l’amour et la sollicitude du Père céleste, « qui sera contre nous, »qui pourra agir contre l’accompagnement et la sollicitude fidèles de Dieu ?

Dieu est devenu « le Dieu de mon salut », d’un « salut » qui s’étend à tous les croyants et les met à l’abri de tout mal réel. Certes, nous connaîtrons encore des passes difficiles, mais ce qui nous fait tant de bien dans ces mauvaises passes, c’est de savoir que « le Dieu de mon

salut » se tient à mes côtés et ne retirera pas de moi ses mains aimantes et toutes-puissantes.

Par exemple, Paul, s’adressant aux chrétiens de Thessalonique quelque peu ébranlés par la mort de leurs frères et sœurs, ne leur écrit pas : « afin que vous ne vous attristiez pas » – bien sûr que la mort de nos proches nous « attriste », c’est une épreuve pour nous aussi ! – Non il leur écrit : « afin que vous ne vous attristiez pas comme les autres qui n’ont pas d’espérance ! » (1 Th 4.13)

Cette « espérance », cette certitude que « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu » (Rm 8), nous la devons à Jésus en qui nous croyons.
Ce réconfort est comme une source qui ne tarit jamais. Ce que Dieu a fait pour nous en Jésus, ce qu’il nous a procuré et offert en Jésus, c’est comme une fontaine qui ne cesse de couler et de nous désaltérer au milieu des chaleurs de la vie.

« Vous puiserez de l'eau gaiement aux sources du salut ! » chante Esaïe, promet Esaïe ici à tous les croyants, à nous aussi.

« Vous puiserez de l'eau gaiement aux sources du salut ! » C’est ce que nous venons faire dans nos cultes, dans les études bibliques, à l’instruction catéchétique ou en sondant les Ecritures chez nous à la maison : « nous puisons gaiement aux sources du salut ! » Et celui qui a ainsi « goûté combien le Seigneur est bon » (1 P 2.3), n’en aura jamais assez et continuera à « puiser gaiement » le salut de cette source aussi intarissable que le Christ est éternel !

Si nous avons toutes les raisons de célébrer Dieu parce qu’il nous console,


Nous avons aussi toutes les raisons
de le célébrer
– 2 –
parce qu’il nous rend forts.


Car de cela, nous en avons souvent besoin : être affermis ! Quand nous sommes sans solution devant un problème, désemparés devant une tâche qui fait peur, découragés quand nous avons l’impression de ne pas être à la hauteur.

Il nous arrive d’avoir apporté tant de soin à quelque chose, consacré tellement de temps à quelqu’un, fait preuve de tant de patience – et puis, nous avons l’impression que cela n’a pas servi à grand-chose, tout cela semble avoir été fait en pure perte.

Et c’est la déception, le coup de blooze. Et la déprime menace. On a l’impression d’un grand vide, on n’a plus envie de rien parce qu’on croit que tout est inutile, c’est raté, ça n’a pas de sens.

A cela peut s’ajouter un complexe d’infériorité : « Je ne vaux rien ! », le sentiment de culpabilité : « C’est ma faute ! Je n’ai que ce que je mérite ! Dieu s’est détourné de moi, il m’en veut. » Et on a peur de ce qui va encore suivre.

C’est ce qui s’est passé avec les contemporains du prophète Esaïe. Quels efforts – diplomatiques, militaires, économiques – n’avaient-ils pas déployés pour écarter le danger assyrien ! Et pour quel résultat ?

Il y a des situations où la sagesse humaine a atteint ses limites, mais pas Dieu. Et quand, humainement parlant, il n’y a plus de solution, en tout cas on n’en voit pas, n’oublions pas que nous avons toujours les promesses de Dieu.

Il est venu en aide au Royaume de Juda parce qu’il avait un lien particulier avec ce peuple. Il vient aussi en aide à ses enfants, car avec nous il a aussi établi un lien qui ne peut se rompre, l’alliance du baptême scellée par le sang expiatoire de son Fils.

Et cette certitude, savoir que le Dieu réconcilié ne peut pas nous laisser tomber, que sa grâce et sa fidélité nous sont acquises à cause du Christ, cette certitude nous donne des forces dans l’épreuve. Que dit Paul ? « C’est quand je suis faible que je suis fort. » Comment peut-il dire cela ? Parce qu’il sait que « la puissance de Dieu s’accomplit dans la faiblesse » (2 Co 12.9-10)

Le Seigneur ne veut pas nous abandonner dans le marasme, il ne prend pas plaisir à nos moments de découragement. Il veut nous rendre forts pour nous armer pour affronter la vie.

Et quelle meilleure arme pourrait-il nous donner que ses promesses de grâce, de fidélité, de pardon et de vie ? Qu’est-ce qui nous rend plus fort que la certitude que Dieu, pour l’amour de son Fils, nous aime et ne nous abandonne pas ?

Paul écrit : « Nous prêchons Christ crucifié, puissance de Dieu et sagesse de

Dieu ! » (1 Co 1.24-25) Notre Dieu nous dirige toujours vers le même endroit : Golgotha, vers le même événement central de l’histoire du monde : l’expiation de nos péchés par son Fils. C’est cette foi, cette certitude qui nous rend forts, car nous nous savons « gonflés » par l’amour et la fidélité du Dieu tout-puissant.

Paul, l’apôtre du Nouveau Testament, et Esaïe, le prophète de l’Ancien Testament, disent la même chose – et pour cause : le même Saint-Esprit parle par eux. Voici ce que dit Esaïe dans notre texte :

« C'est le Dieu de mon salut ; j'ai confiance, rien ne m'effraie. Car le Seigneur (Yah), le Seigneur (YHWH), est ma force et ma puissance, il est mon salut. »

Notre faiblesse permet à sa puissance de devenir agissante en nous. Tant que nous nous confions à notre propre force, nous ne recourrons pas à la sienne. Mais quand nous reconnaissons notre déficience, notre péché, quand nous le regrettons et nous en repentons, alors nous nous tournons vers les promesses de l’Evangile, alors nous nous redressons grâce aux promesses de pardon, de grâce et de fidélité de notre Dieu Sauveur.

Quiconque a ainsi raclé le fond et désespéré à cause de ses ratés, mais a aussi agrippé la main que Dieu lui tendait, quiconque s’est ainsi vu attiré par Dieu et serré sur son cœur, grâce à la médiation de Jésus, celui-là peut s’écrier avec joie avec Esaïe : « Le Seigneur (Yah), le Seigneur (YHWH), est ma force et ma puissance, il est mon salut. »

Oui, quand notre culpabilité veut nous écraser, quand nous nous sentons bien peu au vu des exigences de la sainte Loi de Dieu, et que Dieu nous apprend que, parce que Jésus a expié nos péchés, « sa colère s’en est retournée », sa colère s’est changée en amitié, en intérêt, en fidélité et bonté, sa malédiction en bénédiction, alors nous nous sentons mieux, alors nous reprenons des forces et nous épanouissons, alors nous pouvons le célébrer, avec Esaïe, parce que « sa colère s’en est retournée » !

C’est ainsi que le Puissant nous transmet sa force, la force de son pardon, la force de son amour, la force de sa paix, la force de sa bénédiction et de sa sollicitude, la force de son salut !

Alors je peux dire avec Esaïe, malgré les aléas de la vie, même malgré les problèmes du présent et les incertitudes de l’avenir : « J’ai confiance, rien ne m’effraie ! »

Voilà pourquoi nous le « célébrons », car ce qu’il nous procure – et que lui seul peut nous procurer – nous ne pouvons le taire, nous devons le chanter, le confesser, le publier.

« Célébrez le Seigneur, invoquez son nom, faites connaître parmi les peuples ses hauts faits, rappelez combien son nom est sublime !

Chantez le Seigneur, car il a fait des choses magnifiques. Qu'elles soient connues par toute la terre !

Triomphe et pousse des cris de joie, habitante de Sion ! Car il est grand en ton sein, le Saint d'Israël !" »


Amen.


Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du 11 mars 2007 - Oculi

Oculi Lc 9.51-56
Châtenay-Malabry 11.03.2007


9:51 Comme arrivaient les jours où il allait être enlevé, il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem


9:52 et il envoya devant lui des messagers. Ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains, afin de faire des préparatifs pour lui.


9:53 Mais on ne l'accueillit pas, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem.


9:54 Quand ils virent cela, les disciples Jacques et Jean dirent :
"Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel pour les détruire ?"


9:55 Il se tourna vers eux et les rabroua.
Et il leur dit :
"Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ; car le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre des âmes humaines mais pour les sauver."


9:56 Et ils allèrent dans un autre village. » 

 

*********************


Chers frères et sœurs en Jésus-Christ !


Les enseignants se demandent : Les élèvent vont-ils jamais arriver à respecter les lois de la grammaire ?


Les parents se demandent : Les enfants arriveront-ils jamais à suivre de bon cœur ce que nous leur demandons, poussés par notre amour pour eux et notre responsabilité d’éducateurs ?


Mais ce qui est plus lourd de conséquences encore, c’est quand le comportement des gens amène Dieu à se poser la question :


LES HUMAINS
APPRENDRONT-ILS UN JOUR
à NE PLUS S’OPPOSER A
MON CONSEIL ?


1. Jésus, lui, était entièrement tourné vers
l’accomplissement de ce conseil.

2. Les Samaritains, eux,
étaient opposés à ce conseil.


3. Même les apôtres 
avaient parfois des difficultés
avec ce conseil.

4. Et nous, où en sommes-nous à ce sujet ?


– 1 –

 

Jésus ne s’est pas opposé au conseil de Dieu.


Jésus
était entièrement tourné vers
l’accomplissement de ce conseil


« Comme arrivaient les jours où il allait être enlevé, il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem. »


« Comme arrivaient les jours où » cela devait se passer. Voilà comment commence notre texte. Cela nous rappelle qu’il y a « un temps fixé » par Dieu pour toute chose (Gn 18.14 ; Ps 75.3 ; Ac 1.7 ; 17.31 ; etc.). Et lorsqu’il trouve que le moment est venu que cela se passe, il le fait arriver.


Nous connaissons tous ce merveilleux passage de l’Epître aux Galates : « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme et sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l'adoption filiale. » (Ga 4.4-5) Autrement dit, quand « le temps fixé » par Dieu pour la conception et la naissance virginale de son Fils « fut arrivé », Dieu est passé à l’acte, et nous célébrons ce miracle chaque année avec un faste particulier avec la Fête de Noël.


Ici, dans notre texte, « les jours étaient arrivés » d’un événement plus dramatique, un temps moins agréable. Mais Dieu ne recule pas non plus quand l’accomplissement de sa bonne et miséricordieuse volonté lui coûte énormément.


Sachant qu’« arrivaient les jours où il allait être enlevé, » arrêté et mis à mort, « [Jésus] prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem. »


Il n’y a aucune hésitation dans le comportement de notre Seigneur. Six mois avant sa crucifixion, il se met en route pour Jérusalem. Là-bas, il va apparaître et prêcher comme celui que Dieu a envoyé. Et au fur et à mesure que son message va devenir de plus en plus précis et ses mises en garde de plus en plus claires, l’opposition va, elle, s’intensifier.


Il va laisser mûrir les circonstances pour son entrée à Jérusalem et l’aboutissement fatal de sa crucifixion.


Il savait ce que le conseil de Dieu lui préparait. Il y avait participé, à cette prise de décision, au sein de la Très Sainte Trinité, lui, le Fils éternel de Dieu. Il avait souvent annoncé à ses disciples ce qui l’attendait à Jérusalem. Et il s’est engagé résolument sur le chemin douloureux sur lequel lui seul pouvait accomplir notre salut.


Il voulait nous arracher à notre perte éternelle, à la damnation que nous avons méritée par le décalage qui existe entre nous et les exigences de la sainte Loi de Dieu.


Un jour, Jésus reviendra dans sa gloire divine pour juger l’humanité. Mais avant que le moment ne vienne « où il allait être enlevé » au ciel, il voulait faire le nécessaire pour que nous puissions échapper à la damnation que nous avons méritée.


« Le Fils de l’homme est venu […] pour sauver les âmes. » Le moment était venu où il devait se rendre à l’endroit où il allait se sacrifier pour nous et nous frayer ainsi une sortie, une échappatoire à notre damnation. C’était là le plan que Dieu avait conçu dans sa sagesse pour nous sauver du châtiment mérité par notre péché.


Et, dans son amour pour nous, Jésus n’hésita pas, le moment venu : « il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem. »


Il s’était complètement dévoué à sa mission, il était entièrement orienté vers la volonté de Dieu de nous sauver.


– 2 –


Les Samaritains ont été bien plus long à accepter le bienveillant conseil de Dieu à leur égard.


Les Samaritains
était, au début,
opposés à ce conseil de Dieu.


« Jésus envoya devant lui des messagers. Ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains, afin de faire des préparatifs pour lui. Mais on ne l'accueillit pas, » – pourquoi ? – « parce qu'il se dirigeait vers

Jérusalem. »


Pour des raisons politiques, culturelles et religieuses, les Juifs méprisaient les Samaritains et n’entretenaient pas de relations avec eux.


La réponse du berger à la bergère était à prévoir. Ah ! ces réactions viscérales ! Les Samaritains n’acceptaient rien des Juifs, pas non plus « le salut qui vient des Juifs », comme Jésus l’a, un jour, dit à une Samaritaine (Jn 4.22). Les Samaritains avaient leur propre montagne sainte, le Mont Garizim, leurs propres lois et préceptes religieux, leurs propres idées sur Dieu et ses actes.


Ils avaient entendu parler de Jésus et avaient été impressionnés par ce qu’on disait de lui. Certains, comme ceux du Puits de Jacob, croyaient même en lui comme étant « le Christ, le Sauveur du monde » (Jn 4.41-42).


Il n’en demeure pas moins que Jésus n’était pas seulement juif, il était même en train de « se rendre à Jérusalem » pour se joindre au culte des Juifs. Pour les Samaritains, Jésus se rangeait ainsi du côté des Juifs et ça, ça les irritait. Ils n’allaient pas, en plus, lui faciliter la tâche en l’hébergeant dans leur village !


Leur rancœur tenace les amena ainsi à s’opposer au plan de Dieu. On se demande : Ont-ils jamais reconnu leur tort et se sont-ils un jour rangés sous le conseil de Dieu ?


Mais Dieu est plein de compassion. Il leur offrira une autre occasion de rectifier leur tir. Cela se passera après Pentecôte. L’évangéliste Philippe se rendra en Samarie et y proclamera l’Evangile, la Bonne Nouvelle du Sauveur crucifié, ressuscité et monté au ciel. Et nous apprenons que « les foules s’attachaient à ce que disait Philippe. […] La Samarie a accepté la parole de Dieu » (Ac 8.5-14).


Les conversions furent si nombreuses que cela parvint aux oreilles des apôtres qui vinrent de Jérusalem assister Philippe dans son travail ! (Ac 8.14-25)


Son plan de salut, Dieu l’avait aussi élaboré pour les Samaritains. Et ce plan prévoyait que Jésus devait passer par leur « village » pour « se rendre à Jérusalem », que cela leur plaise ou non, qu’ils soient d’accord avec ce plan de Dieu ou non.


– 3 –


Notez bien :


Même les apôtres
avaient parfois des problèmes avec
le conseil de Dieu.


« Quand ils virent cela [quand ils virent le refus des Samaritains], les disciples Jacques et Jean dirent : "Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel pour les détruire ?" Il se tourna vers eux et les rabroua. Et il leur dit : "Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ; car le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre des âmes humaines mais pour les sauver." Et ils allèrent dans un autre village. »


« Les disciples Jacques et Jean » ont bien du mal à comprendre le conseil de Dieu. Ils pensent défendre l’honneur du Christ en proposant que le feu du ciel anéantisse les Samaritains inhospitaliers. Ils pensaient que cela était conforme au conseil de Dieu. Elie n’avait-il pas agit d’une façon similaire il y a bien de siècles ? Il y avait néanmoins au moins une grande différence : Elie a invoqué la colère de Dieu sur des Juifs endurcis. Mais les Samaritains de ce village n’avaient pas encore entendu l’Evangile de la grâce de Dieu.


« Jacques et Jean » avaient vraiment du mal à admettre le conseil de Dieu ! Juste avant notre histoire, Jésus venait de remettre Pierre vertement en place pour s’être fait le porte-parole de Satan. Et voici que « Jacques et Jean » se font rappeler à l’ordre à leur tour. C’est à se demander si les apôtres apprendront bien, un jour, à ne plus s’opposer au conseil de Dieu !


Dire que c’était là justement les trois disciples – « Pierre, Jacques et Jean » (Lc 9.28-36) – que Jésus venait d’emmener avec lui pour leur faire assister à sa transfiguration sur la montagne ! Ils y avaient entendu prédire les souffrances, la mort et la résurrection de leur Maître. Résultat : Rien compris !


Rendons grâces au Seigneur d’avoir été patient avec eux, de les avoir rappelés après sa résurrection et de les avoir confirmés et bénis dans leur apostolat, avant de monter au ciel.


Rendons grâces au Seigneur de les avoir finalement amenés à comprendre, à croire et à se ranger sous le conseil de Dieu et d’avoir proclamé ce plan de Dieu de sauver le monde pécheur, même si ce plan a souvent contrecarré leurs opinions humaines, leurs sentiments immédiats.


– 4 –


Et nous,
où en sommes-nous à ce sujet ?


Quand le Seigneur nous considère, secoue-t-il la tête, désabusé, en se disant : « Malgré l’histoire de ces Samaritains et des apôtres, ces Châtenaisiens n’ont rien appris de plus ! » ?


Après 2000 ans et les enseignements des Evangiles et des Epîtres, au contact de « la puissance de l’Evangile » (Rm 1.16), avons-nous progressé dans la connaissance et l’acceptation du conseil de Dieu ? Ou n’avons-nous toujours pas appris à ne plus nous opposer à lui ?


Le Seigneur est-il toujours obligé de répéter ce qu’il dit ici à « Jacques et Jean » : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ! »


Pourquoi nous comportons-nous parfois comme si ce n’était pas l’Esprit de vérité de l’Ecriture Sainte qui nous dirige, mais l’esprit de notre égoïsme qui fait passer le plaisir immédiat avant le respect des dispositions pourtant bienveillantes de Dieu ?


Pourquoi nous comportons-nous parfois comme si ce n’était pas l’esprit de l’amour fraternel qui nous anime, mais celui de la rancune, non pas l’esprit de pardon mais celui de la vengeance, non pas l’Esprit de Dieu mais celui de notre nature jalouse, envieuse, malveillante et soupçonneuse ; non pas l’esprit qui essaye d’interpréter de la façon la plus avantageuse le comportement du prochain, mais l’esprit qui veut détruire toute paix, harmonie et fraternité ?


Jésus est-il aussi obligé de nous rappeler quel est l’Esprit qu’il nous a procuré dans notre baptême, l’Esprit Saint qui nous assiste et nous aide à progresser à travers les difficultés de la vie. Doit-il constater avec tristesse :« Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ! » ?


« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre des âmes humaines mais pour les sauver. »


L’esprit qui nous anime, nous pousse-t-il à « perdre des âmes » où à les préserver et affermir dans la communion de l’Eglise fidèle ? L’esprit qui nous remplit, nous pousse-t-il à agir selon le conseil de Dieu tel qu’il nous le révèle dans sa Parole, ou nous pousse-t-il à relativiser sa Parole divine ? Nous pousse-t-il à placer notre refus de nous réconcilier (comme « les Samaritains ») ou notre brutalité (comme « Jacques et Jean ») plus haut que la volonté de Dieu dévoilée dans l’Ecriture Sainte ?


Oui, c’est vrai, le plan, le dessein, le conseil de Dieu est si différent de ce à quoi aspire notre nature pécheresse innée. Aussi devons-nous toujours à nouveau nous poser la question – avant de prendre une décision, ou en examinant ce que nous avons fait – : « De quel esprit suis-je ? » « Qu’est-ce qui me pousse à agir ainsi ? Quel esprit m’inspire mes sentiments, mes réactions ? »


Dieu fasse que ce soit toujours davantage son plan que nous appliquons dans notre vie ! Que nous nous abandonnions toujours davantage à l’action sanctifiante de son Esprit, au contact de son Evangile de grâce et de vie !


Qu’il nous éclaire à ce sujet, nous donne des yeux qui voient et un cœur qui s’ouvre à son conseil. Et qu’il nous ramène, dans une repentance profondément reconnaissante, sur le chemin de son conseil quand nous nous en sommes écartés – comme il l’a fait avec les Samaritains et les apôtres.


Ce qui soulage et encourage, c’est qu’il « s’est rendu à Jérusalem » pour y expier nos pensées, nos sentiments, nos paroles et nos actes qui étaient le fruit d’un mauvais esprit. Ce qui fait notre joie, c’est que « le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre des âmes humaines mais pour les sauver. »


N’oublions jamais de profiter de cette aubaine, de cette grâce, de cette faveur imméritée ! N’oublions jamais de recourir avec repentance et foi au pardon qu’il est allé nous obtenir à Jérusalem sur la croix !


Amen.


Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du 04 mars 2007 - Reminiscere

Reminiscere Es 5.1–5

Châtenay-Malabry 04.03.2007


Chants :


Demeure par ta grâce avec nous LlS 3 : 1-5
Si vous saviez la paix douce et profonde LlS 198 : 1-4
O Berger d’Israël, écoute ! LlS 174 : 1-5
Peuple chrétien, ton Sauveur charitable LlS 168 : 1-6


*********************

5:1 Laissez-moi, je vous prie,
chanter pour mon ami
le chant de mon bien-aimé pour sa vigne.
Mon ami avait une vigne
sur un coteau fertile.


5:2 Il en travailla la terre, ôta les pierres
et y planta un cépage de choix ;
il bâtit une tour au milieu d'elle,
il y creusa aussi une cuve.
Il espérait qu'elle produirait des raisins,
mais elle a produit des fruits puants !


5:3 Maintenant, habitants de Jérusalem,
hommes de Juda,
soyez juges, je vous prie,
entre moi et ma vigne !


5:4 Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne
que je n'aie pas fait pour elle ?
Pourquoi, quand j'espérais
qu'elle produirait des raisins,
a-t-elle produit des fruits puants ?


5:5 Maintenant laissez-moi, je vous prie,
vous faire savoir
ce que je ferai à ma vigne.
J'en arracherai la haie,
pour qu'elle soit dévorée ;
j'ouvrirai des brèches dans sa clôture,
pour qu'elle soit foulée aux pieds.


5:6 Je la réduirai en ruine :
elle ne sera plus taillée, ni sarclée ;
les ronces et les épines y croîtront.
Je donnerai mes ordres aux nuages,
afin qu'ils ne laissent plus tomber
de pluie sur elle.


5:7 Or la vigne du Seigneur (YHWH)
des Armées,
c'est la maison d'Israël,
et les hommes de Juda,
c'est le plant qu'il chérissait.
Il espérait l'équité,
et voici le crime !
– la justice,
et voici les cris des victimes ! »

*********************


Chers sarments de la vigne du Seigneur !


Le chant a, de tout temps, fait partie de l’humanité. Je ne me targue pas de connaître l’histoire de tous les peuples, mais je ne me rappelle pas avoir jamais entendu parler d’une culture, d’un peuple, où on ne chantait pas.


Cela fait tellement partie de l’âme d’un peuple que les chants populaires – les vrais, ceux qui sont nés de l’expérience et du vécu des peuples (et non de l’hystérie des masses) – reflètent sa sensibilité profonde. 0n ne peut qu’être frappé des caractéristiques si différentes, pas seulement entre le chant des Africains et des Européens, mais aussi, plus près de nous, des profondes différences entre les chants populaires français et allemands, anglais ou grecs.


Et ce qui et vrai du chant en général, l’est aussi du chant du peuple de Dieu. Le peuple de Dieu a toujours chanté. Cela a commencé dès le début. Cela a atteint son apogée avec les psaumes. Puis, dans le Nouveau Testament, nous avons, par exemple, le Cantique de Marie, celui de Zacharie ; les chants, les hymnes et les cantique spirituels, sans parler des chants des élus au ciel réunis autour du trône de l’Agneau victorieux.


Le salut du peuple de Dieu le pousse à célébrer son Dieu sauveur par le chant et la musique.


Aujourd’hui, c’est le prophète Esaïe qui entonne « un chant pour son ami ». Cet « ami », le prophète nous le présente à la fin du texte comme étant« le Seigneur (YHWH) des Armées » en personne. « Laissez-moi, je vous prie, chanter pour mon ami le chant de mon bien-aimé pour sa vigne. »


Ce « chant » commence avec des accords et une harmonie sublimes, mais se termine sur des tons grinçants. C’est un « chant » où « le Seigneur (YHWH) des Armées » fait état du zèle et de l’enthousiasme que son amour a mis en œuvre pour sauver son peuple ; mais un

« chant » aussi où il exprime finalement sa profonde déception devant l’ingratitude de son peuple et où il annonce sa colère envers les ingrats qu’il a sauvés.


Il y a de l’espoir pour l’humanité plongée dans le péché : l’amour de leur Créateur le pousse à venir à leur secours. Mais ceux qui, après avoir bénéficié de son amour secourable, l’ont piétiné, ceux-là seront rejetés, dans sa colère ; ceux-là seront abandonnés dans leur ingratitude.


C’est là, en résumé, le contenu du « chant » de notre texte. Voyons-le maintenant d’un peu plus près. On pourrait l’intituler :

*********************

POUR LE BIEN DE SON PEUPLE
RIEN N’EST DE TROP
POUR L’AMOUR DE DIEU,
CEPENDANT,
« NE VOUS Y TROMPEZ PAS,
ON NE SE MOQUE PAS DE DIEU ! »

*********************


– 1 –
POUR LE BIEN DE SON PEUPLE
RIEN N’EST DE TROP
POUR L’AMOUR DE DIEU,


« Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en travailla la terre, ôta les pierres et y planta un cépage de choix ; il bâtit une tour au milieu d'elle, il y creusa aussi une cuve. Il espérait qu'elle produirait des raisins. » Et là, il nous prend à témoin : « Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne que je n'aie pas fait pour elle ? » Puis Esaïe explique, à la fin de son chant : « Or la vigne du Seigneur (YHWH) des Armées, c'est la maison d'Israël, et les hommes de Juda, c'est le plant qu'il chérissait. »


« Le plant que le Seigneur chérissait, » voilà comment il appelle le peuple d’Israël. Il suffit de relire, dans l’Ancien Testament, l’histoire de ce peuple à travers les siècles. Dieu n’a pas lésiné sur les moyens pour le bénir et le protéger, même pour lui pardonner et le restaurer quand il s’était écarté de lui et s’était attiré des ennuis par sa propre faute.


C’est Dieu qui l’a « planté », qui a fait d’Abraham et de ses descendant le peuple élu pour préparer la venue du Messie, du Sauveur du monde. Israël est le fruit du choix et des soins de Dieu. Comme un pépiniériste, Dieu a d’abord « travaillé la terre », préparé le terrain, le Pays de Canaan, il en a« ôté les pierres », fait partir les peuples immoraux dont le style de vie le mettait en colère, et y a « planté » Israël, l’a arrosé, élagué, nettoyé grâce au culte du Temple et au ministère des prophètes. Ainsi Israël est devenu un bel arbre, harmonieux, épanoui, impressionnant. Songez au palais et au Temple construits par le roi Salomon !


L’emplacement choisi par Dieu était « un coteau fertile ». Les monts de Judée formaient une contrée protégée, sûre, mais aussi fertile, « un pays ruisselant de lait et de miel » (Ex 3.8 ; Jé 11.5).


En continuant la description en style poétique, nous trouvons « au milieu d’elle », au milieu de cette terre, « une tour » ! Sans doute le symbole du palais royal à Jérusalem, une image de la royauté et de la dynastie du roi David, elle-même représentant le gouvernement de Dieu.


Mais surtout, Dieu y « creusa une cuve ». Rappelez-vous : à l’époque il n’y avait pas de pressoir. On mettait les raisins dans une cuve, on y entrait pieds nus et on

« foulait le raisin » pour en faire sortir le jus (Es 16.10). Le prophète Amos, quelque vingt années avant Esaïe, faisait déjà le lien entre, d’une part, la scène des vendanges de « celui qui foule le raisin » et, d’autre part,« le jus de raisin qui ruissellera des montagnes » aux jours du Messie (Am 9.13).


Cette « cuve » de notre texte représente le culte du Temple où l’œuvre du Messie sauveur était mise en scène et où retentissait la Bonne Nouvelle de« l’Agneau de Dieu » qui nous obtient les bienfaits de l’amour de Dieu grâce à son sacrifice expiatoire pour nos péchés. Aussi le roi David célébrait-il Dieu pour ses riches bénédictions : « Tu les fais boire au torrent de tes délices, car auprès de toi est la source de la vie. » (Ps 36.9-10)


Ainsi, comme un pépiniériste consciencieux et amoureux de l’arbre qu’il a planté, Dieu a soigné son peuple élu. Avec le culte du Temple et l’envoi de prophètes il a œuvré au sein du peuple d’Israël pour son épanouissement spirituel. Et avec le système théocratique, lui, Dieu, était le réel roi et législateur au-dessus des rois de la maison de David. Ainsi, il a procuré à son peuple un développement politique et culturel littéralement sensationnel au milieu des super-puissances de l’époque : l’Egypte, Babylone et l’Assyrie.


Pas étonnant qu’Esaïe appelle Dieu « mon ami ». Avec quel dévouement ne s’est-il pas occupé de son peuple ! Il était vraiment « l’ami » – au plein sens du terme – du peuple d’Israël ».


Cependant, nous ne sommes pas ici pour ne faire que de l’histoire, et serait-ce de l’histoire biblique. Nous sommes là pour entendre ce que Dieu a à nous dire à travers ce texte. Et là, force est de constater que ce que Dieu dit de sa « vigne » vaut davantage encore de son Eglise du Nouveau Testament, de l’Eglise de notre temps.


L’Eglise chrétienne, elle aussi, est « une plantation de l’Eternel ». Jésus lui-même en est

« la fondation » – l’unique fondation (1 Co 3.11). Il nous a « rachetés par son saint et précieux sang » et nous a appelés dans la communion des croyants et sanctifiés par l’action du Saint-Esprit à travers l’Evangile.


L’Eglise chrétienne a été plantée « sur un coteau fertile », sur le fondement « Jésus-Christ » qui nous apporte, comme un sol fertile, tous les trésors spirituels et éternels. Dès notre baptême, Dieu nous a unis à Jésus (Rm 6) pour que nous puissions bénéficier de tous les trésors qu’il nous a acquis par sa mort expiatoire et sa résurrection glorieuse.


Tout autre terrain que Jésus-Christ est stérile, n’apporte rien qui puisse nous réconcilier avec Dieu et nous assurer sa communion de grâce et de vie pour ce temps et pour l’éternité.


« Au milieu » de l’Eglise chrétienne se dresse « une tour », Jésus-Christ lui-même, le fils éternel de David. Une tour protège les gens des agresseurs. Pareillement, Jésus a détourné de nous la colère de Dieu, vaincu Satan et il fait « tout concourir pour notre bien » (Rm 8.28). Avec Jésus comme « tour » défensive de notre vie, nous sommes à l’abri.


Dieu a aussi placé « une cuve » dans l’Eglise chrétienne, « une cuve »d’où coule le vin de la joie. C’est l’Evangile – annoncé comme maintenant, ou lié aux éléments dans les sacrements. Y a-t-il vin plus égayant, plus réjouissant, plus euphorique que cette Bonne Nouvelle que Dieu nous fait grâce et nous intègre dans son Royaume éternel malgré nos péchés ?


C’est ainsi que Dieu soigne inlassablement la vigne, son Eglise. Pour cela il a engagé des ouvriers qui exécutent ses ordres et servent l’Eglise. C’étaient d’abord les prophètes, les apôtres et les évangélistes de la Bible. Mais ce sont – et le seront jusqu’à la fin du monde – les pasteurs, les missionnaires, les aumôniers et les professeurs de théologie, voire les diacres-prédicateurs et autres diacres, et même tous ceux qui mettent la main à la pâte dans l’Eglise pour que son message puisse mieux encore atteindre les gens.


Dieu ne cesse de se révéler comme « l’ami » de l’Eglise, le grand « Ami »de la communion des croyants. Il n’y a qu’un « ami », un ami sincère et dévoué, qui a pu faire ce que Dieu a fait pour son Eglise ; il est allé jusqu’à se sacrifier pour elle – pour nous – « alors que nous péchons chaque jour et ne méritons que des châtiments » (Martin Luther, « Petit Catéchisme »).


Il est normal que « le Seigneur de la vigne » attende de sa « vigne »qu’elle « produise de bons fruits »« des raisins ». Nous travaillons tous dans « l’espoir » de ne pas travailler en vain. Et comme « le Seigneur »avait sué sang et eau (1 Jn 5.6+8) dans sa

« vigne », son Eglise, « il espérait qu'elle produirait des raisins, mais-elle a produit des fruits puants ».


Aussi s’adresse-t-il aux gens de son peuple pour qu’ils lui disent eux-mêmes ce qu’ils feraient à sa place : « Maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez juges, je vous prie, entre moi et ma vigne ! »


Mais comme réponse, Dieu ne reçoit rien d’autre que ce qu’Adam et Eve avaient déjà fait en leur temps : ils se sont murés dans un mutisme où ils avouaient leur culpabilité. Ils se rendent compte qu’ils ont pris Dieu pour un fantoche. Aussi leur dit-il :


– 2 –
« NE VOUS Y TROMPEZ PAS :
ON NE SE MOQUE PAS DE DIEU ! »
(Ga 6.7)


Là aussi, les menaces de Dieu s’adressent d’abord à l’ingrat peuple d’Israël. Dieu n’avait pas lésiné sur les moyens en sa faveur, en faveur de cette vigne choisie. « Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne que je n'aie pas fait pour elle ? »


Les membres des royaumes de Juda et d’Israël doivent admettre que Dieu leur a témoigné sa grâce, sa bonté, sa fidélité et ses bénédictions sans compter. Mais voilà, il a épuisé sa bonté avec eux. Sa patience est à bout.


« Il espérait l'équité, et voici le crime ! – la justice, et voici les cris des victimes ! »


Il espérait que les fruits correspondraient aux soins qu’il a apportés à la vigne, que le peuple mènerait une vie qui lui ferait honneur, à lui, son Dieu. Au lieu de cela leur comportement lui a fait honte. L’injustice et « le crime » sévissaient au sein du peuple ;

« les cris des victimes » montaient jusqu’à Dieu.


Le verdict ne manque pas de tomber sur le peuple d’Israël : « Maintenant laissez-moi, je vous prie, vous faire savoir ce que je ferai à ma vigne. J'en arracherai la haie, pour qu'elle soit dévorée ; j'ouvrirai des brèches dans sa clôture, pour qu'elle soit foulée aux pieds. Je la réduirai en ruine : elle ne sera plus taillée, ni sarclée ; les ronces et les épines y croîtront. Je donnerai mes ordres aux nuages, afin qu'ils ne laissent plus tomber de pluie sur elle. »


La fin de cette parabole prédit ce que Dieu va envoyer à son peuple ingrat, incroyant et immoral : des armées de puissances étrangères vont conquérir le pays, le dévaster. Dieu laissera faire, car c’est lui qui les utilise comme instruments de sa colère. Il les utilise pour exécuter son verdict contre Israël.


Cela a commencé du temps d’Esaïe : le royaume du nord – Israël – fut battu par les armées assyriennes et les habitants emmenés en captivité en Assyrie. C’était en 721 av. J.-C.


Le royaume du sud, moins dévoyé au départ, suivi cependant la même voie. Quelque 140 années plus tard, Dieu lui fit connaître le même sort, cette fois-ci en se servant de la puissance babylonienne. C’était en 586 av. J.-C.. Plus tard ils devront ployer sous les Perses, puis les Grecs et les Romains.


« Or tout cela » – écrit l’apôtre Paul – « leur est arrivé à titre d'exemple et a été écrit pour nous avertir, nous sur qui la fin des temps est arrivée. » (1 Co 10.11) Nous ne pouvons donc pas dire : « Cela ne me concerne pas ! » Au contraire, « cela a été écrit pour nous » – « pour nous avertir, » pour nous empêcher de tomber dans les mêmes travers, dans la même perdition.


Pour nous aussi, Dieu ne peut pas non plus « faire plus » que ce qu’il a déjà fait. Il est allé jusqu’à donner son Fils pour nous. Puis il nous a donné ce Vainqueur ressuscité comme Seigneur et Défenseur.


Il agit chaque semaine, chaque jour sur nous en nous sanctifiant par le Saint-Esprit à travers l’Evangile.


Il n’a lésiné sur aucun moyen nécessaire pour notre salut, il n’a pas regardé à ce que cela lui coûtait pour nous combler. « En Jésus-Christ vous êtes devenus riches de tout, de toute parole et de toute connaissance. […] Dès lors il ne vous manque aucun don de la grâce. » (1 Co 1.5+7)


Il y a malheureusement beaucoup de ceux qui se disent chrétiens qui ne produisent pas les bons raisins d’une vie de foi en l’honneur du divin jardinier. Au contraire, ils ont adopté des modes de vie, des comportements immoraux, car contraires à la bonne et miséricordieuse volonté de Dieu. Au lieu de raisins, « ils produisent des fruits puants ». Le malheur, c’est que les gens s’y sont habitués ; nombreux sont même ceux qui pensent que c’est normal de vivre contrairement à la Loi de Dieu. Mais Dieu ne trouve pas normal qu’on fasse passer le péché pour normal et une vie chrétienne comme anormale ou dépassée. Dieu n’est jamais dépassé ; sa Loi ne peut donc pas l’être non plus.


« Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu ! » Dieu nous préserve de

« mépriser la richesse de sa bonté, de sa tolérance et de sa patience ! »Au contraire, que « la bonté de Dieu nous conduise » chaque jour « à la repentance » (Rm 2.4), à nous détourner avec contrition de nos péchés et à nous tourner avec foi vers le Seigneur et sa grâce !


Qui peut vouloir connaître le sort de la vigne de notre texte ? Qui voudrait être « arraché » du Royaume des vivants, « piétiné » par la colère de Dieu et « réduit en ruine » pour l’éternité ?


Que la parabole de la vigne de notre texte – que le terrible sort du peuple d’Israël aussi – ne soit jamais le nôtre !


Pour cela, il n’y a qu’une chose à faire : se laisser soigner par le Saint-Esprit comme un vigneron soigne et prend soin de sa vigne ! Permettre au Saint-Esprit, ici de tailler avec la Loi, là d’arroser et d’enduire les cicatrices avec les pommades de l’Evangile !


Oui n’empêchons pas le Saint-Esprit de prendre soin de nous ! Restons à son contact, sondons les Ecritures, laissons-nous édifier, corriger, diriger, enseigner, mais aussi consoler, réconforter, apaiser et mener vers « notre cité à nous dans les cieux » ! (Ph 3.20)


Que nous puissions toujours profiter de sa patience jusqu’au moment où il nous recevra dans son ciel !


Amen.


Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du 18 février 2007 - Quinquagésime

Quinquagésime Am 7.10-15
Châtenay-Malabry 18.02.2007

Chants :
A Dieu soit la gloire AeC 277 : 1-2
Viens, Créateur, emplis nos âmes AeC 501 : 1-3
Mon Dieu, mon Père, écoute-moi AeC 405 : 1-4

 

*********************

 

7:10 Alors Amatsia, prêtre de Beth-El, fit dire à Jéroboam, roi d'Israël :
« Amos conspire contre toi au sein de la maison d'Israël ; le pays ne peut supporter toutes ses paroles.


7:11 Car ainsi parle Amos :
Jéroboam mourra par l'épée,
et Israël sera exilé loin de sa terre. »


7:12 Amatsia dit à Amos :
« Va-t'en, visionnaire, va te réfugier au pays de Juda ; là-bas, tu pourras manger ton pain et parler en prophète.


7:13 Mais ne continue pas à parler en prophète à Beth-El, car c'est un sanctuaire de roi, et une maison royale. »


7:14 Amos répondit à Amatsia :
« Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète ; je suis éleveur de bovins et cultivateur de sycomores.


7:15 Le Seigneur m'a pris derrière le troupeau ; le Seigneur m'a dit :
Va, parle en prophète à Israël, mon peuple. »

 

*********************

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,


Société de consommation : voilà comment on définit la société dans laquelle nous vivons. Dès qu’on a acquis quelque chose, on songe déjà à la chose suivante qu’on va acheter. Le style de vie est complètement axé sur l’acquisition d’une chose après l’autre, l’accroissement de ses biens, l’amélioration de son confort, l’élévation de son niveau de vie.

En soi cela ne serait pas à mépriser, cela pourrait correspondre à l’ordre de Dieu de bien gérer sa création. Là où cela devient problématique, c’est quand on devient un éternel insatisfait et qu’on sacrifie un peu tout à cette course à toujours plus de consommation.

Un autre terme qu’on pourrait encore utiliser, c’est le matérialisme : les plaisirs que procurent l’argent et les biens étouffent l’âme et ne permettent plus d’assouvir ses besoins à elle.

Il faut dire qu’on nous provoque à longueur de journée : la télé déballe à l’écran tout ce qu’il y a à acheter. Nos boîtes aux lettres sont bourrées de kilos de prospectus et autres catalogues. Et quand nous allons au super – et pire, à l’hypermarché – à côté et autour des articles que nous avions l’intention d’acheter se bousculent une infinité d’autres articles qui nous tendent les bras.

Comment s’étonner que l’homme contemporain n’en a jamais assez, ni d’ailleurs jamais assez d’argent pour acheter ce qui existe aussi et qu’il ne possède pas encore. Comment s’étonner que cette aspiration par les biens matériels occupe tellement son esprit qu’il ne peut plus songer à son Dieu et à son royaume.

C’est ce genre de société qu’a connu le peuple d’Israël au 8ème siècle avant Jésus-Christ. Bien sûr, il n’y avait ni supermarchés ni hypermarchés, pas davantage de catalogues de vente par correspondance ni possibilité d’acheter sur Internet.

Mais à l’époque, on vivait bien, toutes proportions gardées. Certes, il y avait aussi les exploités et les négligés, voire oubliés, mais le pays connaissait la stabilité politique, la paix, suffisamment de denrées de consommation, ce qui n’était pas courant à l’époque.

Le royaume de Juda au sud, avec Jérusalem comme capitale, et le royaume d’Israël au nord, avec Samarie comme capitale, dépassaient ensemble le royaume de Salomon en surface et en aisance.

Dans le royaume du nord, la vie cultuelle se déroulait, extérieurement, on ne peut mieux. Les sacrifices et autres rites étaient célébrés avec régularité, au milieu d’une assistance nombreuse. Il y existait même des écoles de prophètes, une espèce de séminaires théologiques où l’on formait des prophètes.

Mais – car, il y avait un mais – mais dans les cœurs, la foi était morte. La société de consommation avait transformé les cœurs en cœurs de pierre. La convoitise avait étouffé tout sentiment pour Dieu et le prochain. On ne trouvait ni le temps ni l’argent pour venir en aide aux pauvres : il fallait constamment améliorer son propre confort. Dieu devait se contenter de l’assistance superficielle et du superflu comme dons.

Cela, les prophètes issus de ces écoles de prophètes, l’avaient bien compris. Il faut flatter les gens, leur annoncer que ce qu’ils veulent entendre, éviter de leur dire la vérité : ils pourraient ne pas la supporter.

Ces faux prophètes du Royaume du Nord ne se souciaient pas de la volonté de Dieu : ils prêchaient ce qui plaisait au peuple. Ils se sont laissés acheter. Au lieu de détourner le peuple corrompu et impénitent de sa perte, ils l’encourageaient à continuer dans sa voie, si c’était ce que le peuple désirait.

Aussi Dieu envoya-t-il du Royaume du Sud dans celui du Nord

*********************
UN PROPHETE
QU’ON NE POUVAIT SOUDOYER,
*********************


un prophète à qui on n’avait pas appris dans les écoles comment flatter les gens, comment leur promettre ce qu’ils désiraient et comment on leur taisait ce qui les aurait vexés et humiliés.


Dieu envoya « Amos ». Celui-ci se présente ainsi : « Je suis éleveur de bovins et cultivateur de sycomores. Le Seigneur m'a pris derrière le troupeau ; le Seigneur m'a dit : Va, parle en prophète à Israël, mon peuple. »


Les prophètes formés dans les écoles ne voulaient pas dire la vérité ? Dieu va donc envoyer un « éleveur de bovins » pour le faire. La vérité que Dieu le charge d’annoncer n’est pas bonne à entendre ; elle est tout sauf agréable. « Le peuple ne peut supporter les paroles » de Dieu dites par Amos. « Amatsia, prêtre de Beth-El, » n’a pas honte d’aller le « dire à Jéroboam, le roi d’Israël ».


Eh oui, le peuple ne pouvait supporter les reproches du prophète Amos. Mais « Amatsia, le prêtre, » et ses semblables ne pouvaient pas non plus supporter que cet étranger sans éducation vienne les accuser d’être des prophètes de mensonge ! Ils étaient vexés dans leur dignité d’intellectuels et d’érudits de la classe dirigeante


Du haut de sa position de dignitaire, Amatsia réprimande « l’éleveur et cultivateur » Amos : « Va-t'en, visionnaire, va te réfugier au pays de Juda ; là-bas, tu pourras manger ton pain et parler en prophète. Mais ne continue pas à parler en prophète à Beth-El, car c'est un sanctuaire de roi, et une maison royale. »


Autrement dit : « Va à tous les diables ! Ici on prêche comme cela plaît au roi qui ne veut pas de remous ! »


Mais Amos ne se laisse pas ébranler. On a l’impression que ces paroles que, plus tard, l’apôtre Paul adressera à son jeune collaborateur Timothée, Dieu les avait déjà dites à Amos :


« Proclame la Parole, interviens en toute occasion, favorable ou non, réfute, reprends, encourage, en te montrant toujours patient dans ton enseignement. Car il viendra un temps où ils ne supporteront plus l'enseignement sain ; mais au gré de leurs propres désirs, avec une démangeaison d'entendre, ils se donneront maîtres sur maîtres ; ils détourneront leurs oreilles de la vérité et dévieront vers les fables. » (2 Tm 2.4)


Amos savait que « ce qu'on demande d'un intendant, c'est qu'il soit digne de confiance. » (1 Co 4.2) Il voulait servir Dieu fidèlement, que cela plaise aux autres ou non.


Amos a nommé les péchés du peuple par leur nom. Il leur a parlé franchement, et cela a fait mal. Il leur a annoncé que leur orgueil les avait éloignés de Dieu, que leur soif de richesses, leur penchant maladif pour toujours plus de confort, leur matérialisme idolâtre les menaient à leur perte. Cela, on n’aime pas l’entendre.


Amos ne veut pas leur faire du mal pour leur faire du mal. Non, il établit et leur révèle le diagnostic, aussi effrayant qu’il soit, pour qu’ils se tournent vers le médecin qui seul peut leur venir en aide. Et ce médecin céleste les interpelle à travers Amos : « Cherchez-moi et vivez ! » (Am 5.4)


Pour demeurer en vie, il faut parfois se soumettre à une intervention chirurgicale, comme, il y a vingt-deux ans, j’ai dû me faire enlever une tumeur maligne pour que le mal ne m’emporte pas.


C’est pareil sur le plan spirituel. Pour préserver quelqu’un de la damnation éternelle, il faut parfois intervenir d’une façon qui l’humilie devant Dieu, d’une façon qui le touche au cœur. Mais c’est pour que le péché ne l’entraîne pas dans la perte éternelle.


La tâche dont Dieu a chargé Amos à l’époque, aujourd’hui il en charge les prédicateurs. « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Ec 1.9) Au fond, notre monde n’a pas changé.


La course effrénée à l’accroissement de nos biens fait que nous en arrivons à ne plus nous connaître nous-même, car nous ne trouvons plus le temps – peut-être pas non plus le courage – de réfléchir sérieusement à nous-même, d’examiner si notre état d’esprit et notre style de vie montrent que « nous craignons et aimons Dieu par-dessus toute chose et mettons en lui seul notre entière confiance ». (Martin Luther, « Petit Catéchisme »)


Aujourd’hui aussi il faut annoncer la Loi de Dieu. Aujourd’hui aussi il faut avoir le courage de nommer un péché par son nom. Ce n’est pas une solution, la politique de l’autruche. Ce n’est pas une solution que de ne plus appeler un comportement pécheur un péché. C’est à cause d’une telle politique de l’autruche que les gens ne sont plus capables de se repentir et de lutter contre les dérèglements de toute sorte, particulièrement dans le domaine de la sexualité.


N’est-ce pas de bon ton que de trouver la pratique sexuelle des jeunes, les unions libres, les infidélités, même la pratique homosexuelle comme des comportements normaux. Ne taxe-t-on pas ceux qui ont confiance en la volonté et les dispositions de Dieu en la matière comme des rétros, pour ne pas dire des fachos, comme des gens dénués d’amour et intégristes ?


Le 5ème Commandement, celui par lequel Dieu veut protéger la vie, gêne notre société tout autant. Que n’avons-nous pas de nouveau dû entendre le week-end dernier, à l’occasion du référendum sur la légalisation de l’avortement au Portugal ! Un enfant n’est pas désiré ? Qu’à cela ne tienne : la loi française permet de le tuer.


Ou « honorer et aimer » les parents, les supérieurs, les enseignants, les pasteurs, comme Dieu le demande dans le 4ème Commandent ? Mais c’est complètement dépassé !


D’ailleurs, il ne faut surtout plus parler de péché. Ça culpabilise. Il faut approuver, flatter et louer les gens : c’est cela qu’ils aiment entendre. Aujourd’hui aussi « le peuple ne peut entendre les paroles » où Dieu appelle à la repentance.


C’est exactement ce qu’un pasteur d’une autre église a répondu à une de ses paroissiennes qui lui demandait, au retour du cimetière, pourquoi il ne délivrait pas des sermons d’enterrement comme le faisait le pasteur de notre église. « Le peuple ne peut entendre les paroles », aussi dit-on au peuple ce qu’il aime entendre.


Amos a annoncé un terrible jugement au peuple infidèle. Il était chargé de l’amener à reconnaître la vérité sur son compte s’il devait se repentir et ne pas négliger le salut que Dieu lui offrait.


Alors demandons-nous en toute honnêteté :


Comment réagissons-nous quand on nous signale un péché précis, quand on nous dévoile que nous nous sommes rendus coupables devant Dieu ?


Sommes-nous reconnaissant quand quelqu’un a le courage de nous rendre ce si difficile service d’amour qui consiste à nous indiquer le chemin vers le salut ? Ou sommes-nous irrités, nous vexons-nous et réagissons-nous en conséquence, comme si nous étions parfaits ? Dans ce cas, nous ne nous repentirons pas et ne « chercherons » pas « le Seigneur », et ne vivrons pas de sa grâce et de son pardon.


Outrés, les gens ont rejeté la prédication d’Amos, ils ont fait fi de ses appels à la repentance. Amos devait faire place nette et annoncer son message à d’autres !


Le châtiment de Dieu sur le peuple d’Israël sera effrayant. Leur rejet entêté de l’offre de grâce de Dieu amènera la ruine de leur pays.


Que le Seigneur nous préserve d’un tel aveuglement coupable ! Le message du Nouveau Testament est aujourd’hui encore le même que celui d’Amos :« Repentez-vous et croyez en l’Evangile ! » (Mc 1.15) Reconnaissez votre état pécheur et la culpabilité devant Dieu qui en découle. Et remettez-vous en aux offres de salut de Dieu : pour l’amour du Christ il veut il vous éviter la damnation pourtant méritée !


Dieu est sincère avec son offre de pardon et de salut. Il nous promet : « Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, ils deviendraient blancs comme la neige ; quand ils seraient rouges comme le cramoisi, ils deviendraient comme la laine. » (Es 1.19)


Pour que cela soit possible, le Fils de Dieu s’est jeté lui-même dans la balance. A notre place, il a mené exactement la vie parfaite qui nous effraye parce que nous redoutons d’y perdre notre paix, notre confort, notre niveau de vie. Lui s’y est engagé résolument. Il l’a fait pour pouvoir, par sa vie sans reproche, nous racheter et nous délivrer des conséquences de notre comportement pécheur.


Lui, notre Seigneur Jésus-Christ, est demeuré saint jusque dans son sacrifice expiatoire pour nos péchés. « Il a lui-même porté nos péchés en son corps, sur le bois, afin que, morts aux péchés, nous vivions pour la justice. » (1 P 2.24)


Soyons donc humbles et reconnaissants. Rendons grâces à Dieu pour sa Loi autant que pour son Evangile. Remercions-le d’avoir couvert notre péché avec la justice de Jésus. Remercions-le de nous avoir ainsi dégagés du poids de la mauvaise conscience, de nous avoir libérés de la menace du châtiment ! Cela nous libère pour « vivre pour la justice » sans crainte aucune.


De façon momentanée, passagère, la vérité de la Parole de Dieu peut blesser dans une situation donnée. Mais n’oublions pas : Dieu ne songe qu’à une chose, il ne poursuit qu’un seul but : répandre sa bénédiction éternelle sur ceux que sa Parole a pu amener à la repentance et à la foi en son Fils, le Sauveur des pécheurs.


Amen.


Jean Thiébaut Haessig

 

 

 

le 16

in