2008

Sermon du 17 février 2008 - Reminiscere

Texte : Heb 11.1-3+8-16

1 « Or la foi, c'est la réalité de ce qu'on espère,

l'attestation de choses qu'on ne voit pas.

2 C'est par elle que les anciens ont reçu un bon témoignage.

3 Par la foi, nous comprenons

que les mondes ont été formés par une parole de Dieu,

de sorte que ce qu'on voit ne provient pas de ce qui est manifeste.

8 C'est par la foi qu'Abraham obéit à un appel

en partant vers un lieu

qu'il allait recevoir en héritage :

il partit sans savoir où il allait.

9 C'est par la foi qu'il vint s'exiler sur la terre promise comme dans un pays étranger,

habitant sous des tentes avec Isaac et Jacob,

héritiers avec lui de la même promesse.

10 Car il attendait

la cité qui a de solides fondations,

celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur.

11 C'est par la foi aussi que Sara elle-même,

malgré sa stérilité et son âge avancé,

fut rendue capable d'avoir une descendance,

parce qu'elle tint pour digne de confiance

celui qui avait fait la promesse.

12 C'est pourquoi d'un seul homme

– et d'un homme déjà atteint par la mort –

sont nés des descendants aussi nombreux

que les étoiles du ciel

et que le sable qui est au bord de la mer,

qu'on ne peut compter.

13 C'est selon la foi que tous ceux-là sont morts,

sans avoir obtenu les choses promises ;

cependant ils les ont vues et saluées de loin,

en reconnaissant publiquement

qu'ils étaient étrangers et résidents temporaires sur la terre.

14 En effet, ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu'ils cherchent une patrie.

15 S'ils avaient eu la nostalgie de celle qu'ils avaient quittée,

ils auraient eu le temps d'y retourner.

16 Mais en fait ils aspirent à une patrie supérieure, c'est-à-dire céleste.

C'est pourquoi Dieu n'a pas honte

d'être appelé leur Dieu ;

car il leur a préparé une cité. »

 

 

Chers frères et sœurs,

« étrangers et résidents temporaires

sur la terre, »,

car citoyens d’une « patrie supérieure, »

de la « patrie céleste » !

 

Qu’est-ce qui nous caractérise, nous, les chrétiens ? Peut-être une manière plus morale de nous comporter au travail, dans le voisinage, dans la vie ? Un amour du prochain qui recherche le bien réel de l’autre plutôt que notre intérêt ? Mais il y a aussi des incroyants qui mènent une vie extérieurement honorable et exemplaire.

 

Qu’est-ce qui nous caractérise alors ? C’est simple : notre « foi » en Jésus-Christ (v. 1). Elle, les incroyants ne l’ont pas. Elle est vraiment notre signe distinctif.

 

Et cette foi, croire dans le Dieu des promesses, croire en Jésus-Christ, ce n’est pas quelque chose de théorique, de passif ; c’est une dynamique poussée en avant par la « dynamique » ou « puissance » de « l’Evangile » (Rm 1.16) ; une dynamique tournée vers l’avenir. En ce sens, elle est intimement liée à « ce qu’on espère » (v. 1).

 

Mais la foi est avant tout « foi en Jésus-Christ » (Ga 2.16). Elle regarde donc aussi en arrière, sur les grandes œuvres accomplies par Dieu en Jésus-Christ. Notre foi en Jésus-Christ se nourrit donc de « la connaissance » que la Bible nous apporte « de Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur, » (2 P 3.18).

Et finalement, notre foi regarde le présent, et elle le fait avec « confiance » (v. 11) et assurance.

« Connaissance » du passé, « confiance » dans le présent et « espérance » pour l’avenir, voilà les trois facettes de « la foi » chrétienne. C’est aussi ce que nous apprenons en méditant l’exemple de

LA FOI D’ABRAHAM

 

Avec Abraham, nous voyons

1. comment la foi débute ;

2. comment elle résiste ;

3. comment elle aboutit.

 

--- 1 ---

 

 

Avec Abraham, nous voyons comment la foi débute.

 

L’histoire d’Abraham nous montre que la grâce de Dieu précède toujours la foi. Dans sa grâce – de façon tout à fait imméritée – Dieu s’approche de nous pour nous attirer en sécurité auprès de lui.

 

L’archéologie est en accord avec le récit de la Bible. Avec les jeunes de la paroisse, nous avons visité le département des antiquités mésopotamiennes du Musée du Louvres à Paris. Les objets exposés au Louvres – et plus spécialement celles en provenance d’Ur, la ville où Abram a vécu – ces objets font comprendre de façon saisissante qu’Abram vivait dans un environnement riche et idolâtre.

 

C’était pareil à Charan où il avait déménagé avec son père, Térach. C’était aussi une ville aussi idolâtre que culturellement riche.

 

C’est hors de là que Dieu l’a appelé, alors qu’il avait 75 ans. Dieu lui a manifesté sa grâce, Dieu lui a fait une faveur imméritée, en l’appelant hors de l’idolâtrie dans laquelle il baignait en Mésopotamie.

 

« Par grâce… » (Ep 2.5) Dans sa grâce, Dieu accompagne puissamment l’appel qu’il adresse aux pécheurs que nous sommes.

 

Les paroles de Jésus avaient le pouvoir d’accomplir ce qu’il disait. C’est ainsi qu’il a appelé à lui ses futurs apôtres. L’appel de Jésus a toujours été : « Viens et vois ! » (Jn 11.34), viens et laisse-toi surprendre !

 

C’et ainsi aussi que « l’Evangile, puissance de Dieu pour sauver » (Rm 1.16), a poussé Abraham à échanger la vie dans le luxe avec une vie nomade, à braver les difficultés et les dangers du désert, pour aller se réfugier auprès de ce Dieu débordant de grâce.

 

Nous aussi, Dieu « nous a appelés par la grâce du Christ pour passer » auprès de lui, dans sa communion sécurisante (Ga 1.5). Nous aussi il nous « a appelés par l’Evangile » (2 Th 2.14) pour nous faire passer « des ténèbres » de la perdition « à son étonnante lumière » (1 P 2.9)

 

Et dans sa grâce, il nous a maintenus dans cette foi, il a fait que nous gardions confiance dans le salut que son Fils nous a procuré.

 

« Par grâce… » (Ep 2.5) C’est ce que nous confessons avec ces paroles que nous avons apprises, enfants, à catéchisme : « Je crois que je ne puis, par ma raison et mes propres forces, croire en Jésus-Christ, mon Seigneur, ni aller à lui. Mais c’est le Saint Esprit qui m’a appelé par l’Evangile, éclairé de ses dons, sanctifié et maintenu dans la vraie foi. » (Martin Luther, « Petit Catéchisme », 3ème Article de la Foi)

 

 

--- 2 ---

 

Avec Abraham, nous voyons comment la foi résiste , comment elle résiste aux assauts du doute et des épreuves.

 

Fallait-il que les promesses imméritées de Dieu l’aient subjugué au plus haut point pour qu’il échange sa vie cossue pour une vie nomade ! « Abraham obéit à un appel […] : il partit sans savoir où il allait ! » (v. 8)

 

Il n’avait ni carte Michelin ni guide touristique, pas non plus de GPS, pas de photos de là où il devait se rendre ; il n’a pas fait d’enquête préalable sur « le lieu qu’il allait recevoir en héritage » (v. 8)

 

Le bon sens appelle cela de la folie – surtout, aux yeux de ses compatriotes – : quitter les idoles aux temples richement ornés pour suivre un Dieu invisible et sans lieu de culte précis !

Mais la foi fait confiance à la Parole que Dieu lui adresse. « La foi, c'est la réalité de ce qu'on espère, l'attestation de choses qu'on ne voit pas. » (v. 1)

 

Quand on croit en Dieu, quand on fait confiance à sa Parole de grâce, on fait taire les sens là où ils contredisent la Parole de Dieu. Oh ! ce n’est pas toujours facile de faire taire les objections de la raison, mais « la réalité de ce qu’on espère » dépasse tellement tout entendement qu’on glorifie ce Dieu qui nous en fait la promesse.

 

Et entre le moment de l’appel et celui où on touche au but, pendant cette période intermédiaire qui est celle de notre vie ici-bas, c’est souvent l’aventure. Un peu comme Pierre qui a dit à Jésus : « Sur ta Parole » (Lc 5.5), j’y vais, même si ma raison s’y oppose.

 

Revenons à l’exemple d’Abraham. En suivant l’appel de Dieu, les dangers et les privations sont devenus son lot quotidien. Maintenant il habite « une tente » (v. 9) au lieu d’un palais. « C'est par la foi qu'il vint s'exiler sur la terre promise comme dans un pays étranger » (v. 9), des territoires souvent hostiles aux étrangers, hostiles aussi à sa foi.

 

Abraham fait face à d’apparentes contradictions. Dieu lui a promis une nombreuse descendance (Gn 12.2 ; 15.5 ; 17.2), mais Sara, sa femme, est frappée de « stérilité » (v. 11). Seule une confiance inébranlable en la grâce et la fidélité de Dieu pouvait se sortir d’une telle impasse.

« C'est par la foi aussi que Sara elle-même, malgré sa stérilité et son âge avancé, fut rendue capable d'avoir une descendance, parce qu'elle tint pour digne de confiance celui qui avait fait la promesse. C'est pourquoi d'un seul homme – et d'un homme déjà atteint par la mort – sont nés des descendants aussi nombreux que les étoiles du ciel et que le sable qui est au bord de la mer, qu'on ne peut compter. » (v. 11-12)

 

Avouons qu’il est parfois difficile d’« attendre » (v. 10), surtout quand c’est pendant aussi longtemps qu’Abraham et Sara ont dû attendre et vivre d’espoir. Oui, il est parfois difficile de « mettre son espérance dans le Seigneur » (Ps 27.14).

Finalement, Sara eut Isaac ; les espérances s’étaient réalisées, Dieu avait tenu parole ; ils ont eu raison de garder foi en lui.

 

Chers amis, notre vie ici-bas se déroule, pour nous tous, dans ce genre d’attente. Nous avons des attentes diverses, certaines pour cette vie, d’autres pour l’au-delà.

 

Réconfortons-nous avec la certitude que ces paroles adressées plus tard à Abraham – « Dieu est avec toi dans tout ce que tu fais ! » (Gn 21.22) – elles font aussi partie des promesses que Dieu nous a faites avec son alliance du Baptême. Les promesses d’amour et de fidélité que Dieu nous adresse inlassablement dans sa Parole sont sans nombre.

 

Alors, oui, nous sommes, comme Abraham, « étrangers et résidents temporaires sur la terre, » résidents passagers, gens de passage, « voyageurs sur la terre » (trad. Segond 21).

Nous non aussi, nous avançons dans la vie « sans savoir où nous allons » (v. 8). Sans doute préparons-nous notre avenir par des études, un plan de carrière, des projets personnels, de couple, de famille, mais ça ne veut pas dire que cela se passera comme prévu.

Ainsi les anniversaires sont des occasions de regarder en arrière sur les chemins par lesquels nous sommes arrivés jusque-là : dans le détail, ce ne sont sans doute jamais ceux que nous avions projetés. Mais nous pouvons voir la main de Dieu qui s’est étendue sur nous, qui nous a réconfortés, qui nous a guidés, et parfois carrément portés hors d’une passe difficile. « Dieu était avec nous. »

 

Et, particulièrement lors d’un anniversaire, nous regardons en avant et nous nous en remettons avec « foi » en Celui qui non seulement connaît l’avenir, mais qui le maîtrise aussi « pour notre bien » (Rm 8.28).

Nous nous en remettons à Celui qui nous aime autant que son Fils, puisque c’est là le prix qu’il a payé « pour que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jn 3.1) Remettons-nous en à ses promesses de grâce et de fidélité. Ainsi nous lui permettons de nous guider à chaque instant, même quand nous ne savons pas, dans le détail, par quels chemins il va nous mener.

En tout cas, nous savons où, en fin de compte, il veut nous conduire.

 

 

--- 3 ---

 

 

Avec Abraham, nous voyons comment la foi aboutit.

 

Abraham connaissait les bons côtés de la vie, et y a amplement goûté. Certes, il a été « étranger et voyageur sur la terre » – pas seulement du point de vue spirituel, aussi du point de vue matériel –. Mais bien que nomade, il était tellement riche que le nombre de ses serviteurs a suffit pour battre une coalition de trois roitelets de l’époque. Du point de vue matériel, malgré sa vie errante, il était bien pourvu.

 

Mais la richesse n’empêche pas que la foi puisse être mise à rude épreuve. Abraham a dû garder foi en Dieu quand il y a eu pénurie d’herbages pour ses troupeaux. Il a dû garder foi en Dieu face à des batailles pour l’eau – tiens, déjà à l’époque ! – entre ses bergers et ceux de Lot. Il a dû garder foi en Dieu en période de famine qui l’a poussé à aller en Egypte où pharaon a failli lui piquer sa femme Sara. Il a dû garder foi en Dieu quand une coalition de rois du coin eurent enlevé Lot et sa famille et qu’il a dû livrer bataille pour les délivrer. Il a dû garder foi en Dieu au milieu de son imbroglio conjugal, coincé qu’il s’est trouvé par sa propre faute, entre les querelles de sa femme, sans enfants, et de sa servante, Hagar, dont Sara avait voulu qu’il eut un fils. Eh ! oui, les patriarches aussi n’étaient que des hommes, des pécheurs qui ne vivaient que de la grâce de Dieu. Abraham pas moins que les autres. (voir Rm 4.3)

 

Et enfin, quand il eut avec Sara l’unique enfant – Isaac – que Dieu leur avait permis d’avoir à un âge vraiment avancé, Abraham a encore dû garder foi en Dieu quand celui-ci lui demanda ce fils unique en sacrifice !

 

Il faut bien reconnaître : à partir du moment où Abraham a suivi l’appel de Dieu, sa foi a bien souvent été mise à rude épreuve.

 

Notre foi en Dieu connaît aussi ce genre d’émotions, des moments où on a du mal à concilier ce qu’on est en train de vivre avec l’amour et la fidélité de Dieu. Aussi est-ce auprès de lui, dans sa Parole, qu’il faut aller chercher l’apaisement et la paix.

Nous y découvrons que les épreuves que Dieu nous envoie ont un pouvoir de purification. Dans l’épreuve, notre foi en Dieu apprend à faire la part des choses. A la lumière de la Parole de grâce, les choses prennent une autre valeur. L’essentiel se détache mieux de l’aléatoire, le primordial du secondaire.

 

Que nous dit le Seigneur ? « Tous ceux que j’aime, moi, je les reprends et je les corrige » (Ap 3.19). Cette reprise en main par notre Seigneur peut parfois secouer, du moins sur le moment. En fait c’est pour « corriger », pour rectifier le cours des choses et mieux nous remettre sur le chemin de la foi en sa fidélité, sur le chemin aussi de l’espérance inséparable de notre foi.

Le but à atteindre, la destinée de son voyage à travers ce monde, était clair pour Abraham. « Il attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur. » (v. 10)

Il savait sur quel chemin Dieu l’avait placé par son appel. Il savait sur quel chemin il avançait. Il n’en connaissait pas les détails, mais il faisait confiance à celui qui l’y dirigeait et accompagnait, et il savait où cela le menait.

 

Les apôtres présenteront plus tard Abraham comme « le père des croyants » (voir Rm 4.12+16 ; Ga 3.7+29). Avec lui et après lui, bien des hommes et des femmes ont placé leur foi dans le Dieu de la promesse et ont suivi son appel. Notre texte nous dit d’eux :

« C'est selon la foi que tous ceux-là sont morts, sans avoir obtenu les choses promises ; cependant ils les ont vues et saluées de loin, en reconnaissant publiquement qu'ils étaient étrangers et résidents temporaires sur la terre.

 

En effet, ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu'ils cherchent une patrie. S'ils avaient eu la nostalgie de celle qu'ils avaient quittée, ils auraient eu le temps d'y retourner.

Mais en fait ils aspirent à une patrie supérieure, c'est-à-dire céleste. C'est pourquoi Dieu n'a pas honte d'être appelé leur Dieu ; car il leur a préparé une cité. » (v. 13-16)

Tous les croyants des temps passés – de l’époque de l’Ancien, puis du Nouveau Testament, comme tous les croyants depuis lors – « ont obtenu les choses promises » (v. 13) en passant de cette vie auprès de Dieu.

 

C’est ce qui nous console en pensant aux frères et sœurs en la foi qui nous ont précédés dans ce voyage.

C’est aussi ce qui nous anime et nous fortifie au cours de notre traversée de cette vie.

Comme croyants, notre « nostalgie » (v. 15) nous pousse à regarder en avant et vers le haut, pas vers le passé, si ce n’est pour nous souvenir des bénédictions dont le Seigneur nous y a comblés et des consolations qu’il nous y a prodiguées.

Notre cap est résolument fixé : c’est « la cité […] dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (v. 10) et qu’il nous a préparée au ciel ; c’est « la patrie supérieure, c’est-à-dire céleste » (v 16) qui nous attend, parce que Jésus nous y a procuré le droit de cité.

« C’est par la foi » (trad. Segond 21) dans les promesses de Dieu cimentées par la croix de Golgotha, c’est dans cette foi en Christ que nous osons suivre l’appel de Dieu, que nous avançons à la voix de Dieu.

 

Et « c’est par [cette] foi » que nous gagnons finalement – parce qu’il n’y a plus rien à gagner pour le croyant : Christ a tout gagné pour nous, par pure grâce !

 

Amen.

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

Chants :

 

Bénis l’Eternel ô mon âme, LlS 20 : 1-4

A Dieu seul j’abandonne ma vie et ma personne, LlS 228 : 1-5

Seigneur, dirige tous mes pas LlS 305 : 1-3

ou :

 

Confie à Dieu ta route AeC 616 : 1-4

A Dieu seul j’abandonne ma vie et ma personne AeC 634 : 1-4

Il est, pour le fidèle, au-delà du tombeau, AeC 640 : 1-4

 

 

Sermon du 10 février 2008 - Invocavit

 

 

Chants :

Heureux celui de qui Dieu (Ps 32) LlS 217:1+4-5

Au Jourdain vint Christ, le Seigneur, LlS 152:1-4

Au Jourdain vint Christ, le Seigneur, LlS 152:5-6

 

Lc 3.15-17+21-22

 

15 « Comme le peuple était dans l'attente,

et que tous se demandaient

si Jean n'était pas le Christ,

16 il leur répondit à tous :

"Moi, je vous baptise d'eau,

mais il vient,

celui qui est plus puissant que moi,

et ce serait encore trop d'honneur pour moi

que de délier la lanière de ses sandales.

Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu.

17 Il a sa fourche à la main,

il va nettoyer son aire ;

il recueillera le blé dans sa grange,

mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas."

21 Quand tout le peuple reçut le baptême,

Jésus aussi reçut le baptême ;

et, pendant qu'il priait,

le ciel s'ouvrit,

22 et l'Esprit saint descendit sur lui sous une forme corporelle,

comme une colombe.

Et il survint une voix du ciel :

"Tu es mon Fils bien-aimé ;

c'est en toi que j'ai pris plaisir." »

 

 

Chers frères et sœurs en qui Dieu « prend plaisir » pour l’amour de son Fils !

Quand nous voyons combien cela nous fait plaisir quand d’autres aiment être avec nous, la pensée peut nous traverser l’esprit : « Peut-être qu’ils ne nous trouveraient pas aussi sympathiques s’ils nous connaissaient vraiment à fond, s’ils savaient vraiment ce qui se trouve aussi au fond de nous ! »

Il y a cependant quelqu’un à qui nous ne pouvons rien taire ou cacher. Et nos côtés moins reluisants que les autres ne connaissent pas, lui les connaît, et ça ne le laisse pas indifférent. Ne hait-il pas le péché ? (Ps 45.8)

Aussi nous surprend-t-il quand lui, à qui rien n’est caché, nous assure qu’il « prend plaisir » à nous, qu’il nous accorde sa grâce. N’est-ce pas ce qu’il dit en affirmant qu’il « prend plaisir » à Christ, celui qui nous représente, qu’il « prend plaisir » à ce qu’il fait en notre nom et à notre place ? (v. 22)

 

Notre texte développe devant nous

 

COMMENT, DU CIEL,

DIEU REVELE SA GRÂCE

A LA TERRE

 

1. Dieu a entièrement satisfait de son Fils.

2. Il est aussi pleinement satisfait de ses enfants baptisés !

 

----- 1 -----

 

Dieu est entièrement satisfait de son Fils.

C’est la première constatation que nous faisons dans notre texte. « Du ciel » Dieu le Père fait entendre sa « voix » : « "Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir." »

Cela, il n’y a pas que Jésus à l’avoir entendyu. Jean le Baptiste l’a vu également. « Jean rendit ce témoignage : "J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. " » (Jn 1.32) Et s’il n’est pas dit ici que Jean entendit la voix de Dieu le Père, c’était certainement le cas comme à deux autres occasions où les personnes présentes ont entendu ces mêmes paroles (Mt 12.18 ; 17.5). Tout le monde doit savoir que le Père « prend plaisir » à son Fils.

Comment pourrait-il en être autrement ? Celui qui sortait de l’eau du Jourdain (Mt 3.16) n’est-il pas le Fils éternel de Dieu ? Le Baptiste avait toujours su qu’il n’était que le précurseur du Messie qui, lui, allait apporter « le salut de Dieu » (Lc 3.6). Jean savait qu’il était le prophète annoncé par Esaïe (Es 40 et Lc 3.4-6), mais jamais il ne s’est pris pour « le Christ » ou Messie (v. 15). Malgré le caractère unique de son ministère, de sa mission – « préparer le chemin du Seigneur » (Mt 3.3) – Jean Baptiste indiquait clairement qu’il n’était pas digne d’être comparé au Christ : « Ce serait encore trop d'honneur pour moi que de délier la lanière de ses sandales. » (v. 16) Il savait quelle était sa place par rapport au Messie-Sauveur : « Il est plus puissant que moi. » (v. 16)

Prenons exemple sur Jean le Baptiste. Ne tombons-nous pas parfois dans le péché d’orgueil quand nous pensons être « dignes » (Lc 3.16, ancienne version Segond) de certains « honneurs » dans l’Eglise ? Si le Baptiste s’est considéré comme infiniment plus petit que le Christ, combien plus le sommes-nous alors ? C’est une grâce si nous pouvons faire quelque chose dans l’Eglise pour notre Seigneur, mais ce n’est pas parce que nous en serions « dignes ».

Jean-Baptiste révèle encore un autre point capital de la supériorité infinie du Christ : c’est que le Christ est Dieu lui-même. « Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu, » annonce Jean à ses auditeurs. Jésus dira la même chose à ses disciple quand il leur déclarera : « Si je m'en vais, » – vers mon Père, par l’Ascension – « je vous l'enverrai [le Défenseur], » le Saint-Esprit (Jn 16.7)

A part le Père, seul le Fils peut faire cette chose extraordinaire : « envoyer » et répandre le Saint-Esprit au moyen de la Parole et des sacrements. En proclamant cela, Jean-Baptiste prêche clairement que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu.

A un autre moment, Jean-Baptiste avait annoncé que « le Père a donné » à Jésus de Nazareth « le pouvoir de faire le jugement » (Jn 5.27), ce qui va dans le même sens : souligner la divinité du Christ.

Maintenant qu’il est devenu homme, le Fils de Dieu reçoit aussi selon sa nature humaine « le pouvoir » ou autorité qu’il a toujours possédé selon sa nature divine. Il exercera le Jugement Dernier selon ses deux natures. Jean-Baptiste en parle ainsi dans notre texte : « Il a sa fourche à la main, il va nettoyer son aire ; il recueillera le blé dans sa grange, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas" (v. 17), la damnation éternelle.

Qui pourrait encore douter de la divinité – et donc de l’infinie supériorité – de Jésus ?

D’autant plus que c’est dans les formes et avec solennité qu’il est présenté comme la deuxième Personne de la très sainte Trinité : « Il survint une voix du ciel : "Tu es mon Fils bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir." » (v. 22)

Trois fois, Dieu le Père a fait entendre « du ciel » sa voix pour présenter solennellement son Fils : ici, lors de son baptême, ensuite sur le mont de la Transfiguration (Lc 9.35), enfin à Jérusalem (Jn 12.28), au début de la Semaine Sainte qui va déboucher sur sa Résurrection glorieuse, il est vrai en passant par sa crucifixion.

Quoi d’étonnant que Dieu le Père « prenne plaisir » à Jésus de Nazareth, vu que celui-ci est lui-même le Dieu éternel et saint. C’est de toute éternité qu’il « a mis son affection » (autre traduction possible) en son Fils. Entre les trois Personne de la Très Sainte Trinité existent une concorde, une estime et une « affection » mutuelles sans ombre aucune.

Mais en révélant directement « du ciel » qu’il « prend plaisir » à son Fils devenu homme, il nous apprend qu’il « prend » aussi « plaisir » à ce que son Fils est en train de faire sur terre pour nous, les humains.

C’est là une vérité extrêmement importante pour nous, pécheurs. Ce que Jésus a fait pour nous est approuvé par toute la Très Sainte Trinité. Nous n’avons donc pas à craindre que le Père pourrait ne pas accepter le sacrifice que Jésus a apporté pour nous. D’ailleurs, n’est-ce pas lui qui, dans son amour pour le monde, « a envoyé son Fils » pour nous sauver ? (Jn 3.16) Notre histoire nous apprend maintenant que le Père est pleinement satisfait de la manière dont son Fils remplit sa mission de Sauveur du monde. Le Père reconnaît le travail de son Fils et son résultat : Dieu nous accorde le salut accompli par son Fils !

En fait, qu’est-ce que Jésus a fait au juste pour nous sauver ? Qu’est-ce qu’il a fait qui provoque le « plaisir » de son Père ?

Il est impossible de tout énumérer ici. Rappelons cependant que ce qui a provoqué » le « plaisir » du Père, c’est que son Fils a vécu à notre place une vie parfaite, une vie exempte de tout péché, et qu’il a ainsi remplacé notre vie truffée de désobéissance. Et il est demeuré sans péché, sans réactions ni pensées pécheresses jusques et y compris dans l’expiation injuste de nos péchés, dans la damnation qui l’a frappée à notre place.

Rien que méditer le baptême de Jésus, nous aide déjà à mieux comprendre son œuvre de Sauveur. Avec son baptême, Jésus est entré dans la partie publique et active de sa mission, et dès ce moment, avec l’approbation et l’accompagnement du Père et du Saint-Esprit.

Pour lui-même Jésus n’avait nul besoin d’être baptisé. Le baptême de Jean – comme le nôtre – était un baptême « pour le pardon des péchés » (Lc 3.3). Jésus n’avait pas besoin de ce pardon. Mais il faut se rappeler qu’il s’est rangé parmi nous et a partagé la vie des pécheurs que nous sommes ; et il l’a fait en tant qu’« Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jn 1.29)

Jean aussi, au début, ne voyait pas pourquoi il baptiserait le Messie qui est sans péché. Mais ce dernier lui a répondu : « Laisse faire maintenant, car il convient qu'ainsi nous accomplissions toute justice. » (Mt 3.15)

« Tout ce qui est juste » (trad. Segond 21), tout ce qui fait partie de l’œuvre de sauvetage de l’humanité, tout cela, le Fils de Dieu incarné va l’accomplir, en commençant par le baptême.

Et la Trinité entière fait connaître sa satisfaction, le « plaisir » qu’elle y prend : satisfaction de ce que le Fils se substitue aux pécheurs que nous sommes, s’identifie en quelque sorte à nous – sauf qu’il est demeuré sans péché – pour nous faire bénéficier de son œuvre de rachat.

C’est la seule histoire sainte non pas où il est question des trois Personnes de la Trinité, mais où nous voyons les trois Personnes intervenir de concert pour signifier leur accord et leur « plaisir » à ce qui est en train de se faire. Rien de plus normal.

 

Ce qui est plus surprenant, c’est que

 

----- 2 -----

 

Dieu est aussi pleinement satisfait de ses enfants baptisés !

 

Sommes-nous toujours satisfaits les uns des autres entre frères et sœurs dans la foi ? Ou même : sommes-nous toujours satisfaits de nous-mêmes ? – Je ne demande à personne de répondre à voix haute. Je vais me permettre de le faire pour nous tous : « Non ! »

Nous ne sommes quand même pas inconscients ou imbus de nous-mêmes au point de penser que nous n’aurions pas de travers, rien à nous reprocher, pas de péchés, et que tout ce que nous entreprenons serait parfait ! Mais alors comment Dieu peut-il, lui qui est la perfection et la sainteté même, comment peut-il être satisfaits de nous ?

Cela, les baptisés que nous sommes, nous le devons à son Fils dans la communion duquel nous avons été baptisés. « Le Fils de l'homme est venu […] pour servir et donner sa vie en rançon pour [la] multitude » que nous formons (Mt 20.28). Et en « accomplissant [pour notre compte] la justice requise par la Loi » de Dieu (Rm 8.4), il nous a rachetés, nous les injustes, de notre culpabilité et de la colère et damnation de Dieu.

N’oublions jamais : tout ce que Jésus a accompli avec perfection, tout ce qu’il a souffert aussi durant sa présence visible sur terre, il l’a fait à notre place, comme notre substitut. Dieu considère donc que nous l’avons fait nous-mêmes. Il considère donc notre peine purgée, notre dette acquittée, notre vie parfaite, sans péché. Il nous voit à travers son Fils, notre substitut. Voilà pourquoi Dieu « prend plaisir » à nous.

Quand Dieu déclare de son Fils impliqué dans l’œuvre de notre salut qu’il « prend plaisir en lui », cela signifie aussi qu’il « prend plaisir à » ceux qui sont unis à son Fils par la foi et sont crédités de ses mérites.

Ces mérites, c’est justement ce qu’il communique à travers le sacrement pour lequel il se prononce ici dès le début de son ministère publique : le saint Baptême ! Jésus a déposé dans le Baptême les mérites du sang qu’il a versé pour nous. C’est là que « Jésus-Christ est venu par l'eau et le sang ; non pas avec l'eau seulement, mais avec l'eau et avec le sang » écrit l’apôtre Jean (1 Jn 5.6)

Ce que Jésus a remporté de haute lutte en répandant son sang pour nous, il le communique par le Baptême. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas amener nos enfants assez rapidement au Baptême. Nous ne voulons pas retarder le moment où ils seront soustraits à la colère de Dieu et jouiront du « plaisir », de l’amour, de la sollicitude et de la bénédiction de Dieu.

Et pour nourrir cette impatience des parents chrétiens, on a l’impression que Dieu multiplie, dans sa Parole, les révélations à propos du caractère merveilleux de ce sacrement.

Par exemple, par l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains, chapitre 6, il écrit : « Ignorez-vous que nous tous qui avons reçu le baptême de Jésus-Christ, c'est le baptême de sa mort que nous avons reçu ? Par ce baptême de la mort, nous avons donc été ensevelis avec lui afin que, tout comme le Christ s'est réveillé d'entre les morts, par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions sous le régime nouveau de la vie, » (Rm 6.3-4) une vie nouvelle de graciés en qui Dieu « prend plaisir ».

Prêtons attention à cette parole qui a été dite « du haut du ciel », là-bas, près du Jourdain ! Dieu y déclare être satisfait de Celui qui s’est fait notre frère.

Depuis notre Baptême nous sommes intimement unis à lui. Depuis lors, nous partageons ce qui appartient à Jésus, notre frère. Depuis lors, cette parole de Dieu s’adresse aussi à toi : « Tu es mon [enfant] bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir », « en toi j’ai mis toute mon affection », « tu as toute mon approbation ! » (traduction Segond 21)

Pourquoi ? – Parce que là, dans notre Baptême, nos péchés ont été enfouis sous la sainteté de Jésus, sainteté qui a été porté à notre compte !

Veillons maintenant à demeurer en possession de cette sainteté du Christ – et par là même, de « l’approbation » et du « plaisir » du Père céleste – jusqu’au jour où le ciel s’ouvrira de nouveau, mais cette fois-ci pour que nous entendions cette parole de la bouche de notre Sauveur : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; héritez le royaume qui a été préparé pour vous ! » « Entre dans la joie de ton Maître ! » (Mt 25.34+21)

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

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Sermon du dimanche 23 mars 2008 - Fête de Pâques

 

Texte : Jn 20.19 et Mc 4.3-8

 

Jn 20.19 :

« Le soir de ce jour-là,

qui était le premier de la semaine,

alors que les portes de l'endroit

où se trouvaient les disciples

étaient fermées, par crainte des Juifs,

Jésus vint.

Debout au milieu d'eux,

il leur dit :

"Que la paix soit avec vous !" »[1]

 

Mc 4.3-8 :

4:3 « Ecoutez :

Le semeur sortit pour semer.

4:4 Comme il semait,

une partie de la semence tomba le long du chemin :

les oiseaux vinrent et la mangèrent.

4:5 Une autre partie tomba dans un endroit pierreux,

où elle n'avait pas beaucoup de terre :

elle leva aussitôt,

parce que la terre n'était pas profonde;

4:6 mais quand le soleil se leva,

elle fut brûlée

et elle se dessécha, faute de racines.

4:7 Une autre partie tomba parmi les épines :

les épines montèrent et l'étouffèrent,

et elle ne donna pas de fruit.

4:8 D'autres grains tombèrent dans la bonne terre :

montant et croissant,

ils finirent par donner du fruit ;

l'un rapporta trente,

un autre soixante,

un autre cent. »

 

Chers frères et sœurs

comblés d’une « paix » éternelle

par le Vainqueur de la mort !

 

Imaginons : Vous êtes décédés, puis le Seigneur vous ressuscite, vous fait revenir parmi les vôtres : que pensez-vous que vous leur diriez en premier en les rencontrant pour la première fois ?

Sans doute qu’ils seraient curieux de savoir à quoi cela ressemble, l’au-delà, l’autre côté de la mort. Serait-ce là la première chose que vous leur diriez ?

Peut-être ne pourriez-vous vous retenir de louer Dieu pour ce miracle… Peut-être que vous leur raconteriez comment cela s’est passé : la mort, l’au-delà, le retour… Que leur diriez-vous en premier ?

 

Et qu’a dit Jésus en premier, quand il est ressuscité ? Après de brèves apparitions à l’un (plutôt à l’une) ou à l’autre, il est apparu à tous ses « disciples » et « leur a dit : "Que la paix soit avec vous !" »

 

------ 1 ------

 

 

La premier mot de Jésus

après sa crucifixion et résurrection,

c’est « la paix » !

 

Cette salutation, il l’a d’ailleurs répétée tout de suite une seconde fois, une fois que leur ébahissement fit place à une joie débordante : « Que la paix soit avec vous ! » (v. 21).

Quelle parole divine ! Une merveille de parole de bénédiction ! Jésus prononce une parole de « paix ». Et il sait pourquoi : « la paix », c’est ce dont chacun de nous a le plus besoin.

Ce qui frappe, c’est que, comme ses paroles du haut de la croix, ses paroles de Ressuscité ne se préoccupent pas de lui, mais des autres. Contrairement à ce que nous tendons à faire, Jésus ne pense pas d’abord à lui, mais à nous.

 

« La paix ! » … Dans tout l’Ancien comme dans tout le Nouveau Testament, ce mot contient et résume toutes les bénédictions de Dieu pour les siens. Le mot hébreu « shalom » désigne un état de totale satisfaction et contentement. Le « shalom » divin procure un sentiment de bien-être et une joie profonde qui surmontent et triomphent des côtés négatifs et désagréables de la vie.

Et ce « shalom », cette « paix » est un don gratuit de Dieu, elle n’est pas méritée.

 

Le mot grec correspondant – eirenh (« eirénè ») – revient, lui aussi, souvent dans le Nouveau Testament, et souvent en relation avec d’autres bénédictions divines, avec d’autres dons de la grâce de Dieu. Cela doit nous montrer combien la puissante et chaleureuse bonté de Dieu nous entoure et nous protège de toute part.

 

Un théologien américain a ainsi défini « la paix » : « la certitude calme et tranquille que Dieu est avec moi, qu’il va toujours me conduire et m’aimer et qu’il m’encourage à m’en remettre toujours à lui. » (E. Brown ; Living the Liturgy)

 

« La paix », ce n’est rien moins qu’avoir Dieu, ce qui nous rappelle que celui qui souhaite ici « la paix » n’est personne d’autre qu’« Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu-avec-nous » (Mt 1.23), le « Dieu-pour-nous ».

 

Comme tel il lance régulièrement dans les troubles et les bouleversements de nos existences : « Que la paix soit avec vous ! »

 

------ 2 ------

 

La parabole du semeur

montre aussi

que nous avons besoin de « paix »

 

Le ressuscité sait : « la paix », c’est ce dont nous avons exactement besoin. C’est d’ailleurs aussi ce que toute personne recherche plus ou moins consciemment. Etre certain que Dieu a tout sous son contrôle dans ma vie, que rien ne peut en fin de compte me nuire réellement, cela m’aide à vivre dans une sérénité et une joie qui me rendent la vie précieuse.

 

Dieu fait des choses incroyables pour nous prouver qu’il est en « paix » avec nous, donc que nous pouvons vivre sans être terrifiés par lui. La manière dont il vient à nous dans la Parole et les sacrements nous apporte « la paix » dans tous les domaines de la vie.

« C’est lui – Christ – qui est notre paix ! » (Ep 2.14). Auprès de lui nous trouvons « la paix qui surpasse toute pensée, » tout ce que nous pourrions imaginer (Ph 4.7)

 

Voyez comment, durant sa vie visible sur terre, il s’est comporté avec les gens qui ne trouvaient pas « la paix » dans leur vie. Il faisait tout pour qu’ils comprennent : Dieu a fait « la paix » avec vous !

 

Sa première parabole – et sans doute l’une des plus importantes – commence ainsi : « Le semeur sortit pour semer. » (Mc 4.3) Jésus résume ou caractérise son ministère et celui des siens avec ces mots : « Le semeur sème la Parole » (Mc 4.14). Et le meilleur résumé de cette « Parole », le voici : « Que la paix soit avec vous ! »

 

Quel merveilleux message ! C’est exactement ce dont nous avons besoin, nous et nos contemporains, car « la paix » fait défaut un peu partout dans le monde.

Cette « paix », nous ne pouvons pas l’établir nous-mêmes. Et sans Dieu il ne saurait y avoir de véritable « paix » pour nous. C’est là le dilemme de l’homme.

 

Nous ne pouvons pas vivre dans une « paix » sans ombre avec les autres. Nous n’arrivons même pas à être totalement en « paix » avec nous-même. Nos problèmes nous tracassent, nos carences et travers nous donnent du fil à retordre. Le comportement des autres nous trouble ou nous gêne, s’il ne nous met pas carrément mal à l’aise. Il nous arrive d’être blessés ou de nous sentir seuls, d’être découragés ou de ne pas savoir où nous en sommes. Nous cachons nos véritables sentiments. Nous sommes intérieurement tiraillés par des choix parfois douloureux.

 

Parfois nous sommes inquiets quand nous réfléchissons à ce que Dieu peut bien penser de notre façon de faire. Nous découvrons : nous lui avons désobéi – et nous nous sentons coupables. Nous craignons qu’une chose enfouie au fond de nous – ou que nous avons su cacher aux autres – ne devienne publique. Nous n’aimerions pas que les autres nous voient tels que nous sommes. Si seulement Dieu ne voulait pas s’intéresser à nous de trop près, lui qui sait tout ! … De telles pensées menacent de briser notre « paix ». En fait,

 

------ 3 ------

 

Celui qui nous insuffle ce genre de pensés,

pour nous priver de la « paix »,

c’est Satan.

 

Et voici – ô miracle ! – qu’au milieu de notre désarroi, Celui qui vient de se dégager tripomphalement de mort se présente devant nous et nous dit des paroles de « paix » : « Que la paix soit avec vous ! » Quel soulagement ! Comment contenir notre joie !

 

Mais – ah ! quel malheur ! – Satan, lui aussi se pointe et nous susurre : « "La paix" n’est pas pour toi. Ce n’est pas vrai que Dieu te l’aurait aussi destinée à toi. Tu ne mérites pas cette "paix". Tu ne fais pas partie des gens avec lesquels Dieu fait "la paix". Il faut d’abord que tu t’améliores, et éventuellement qu’alors tu obtiendras un jour "la paix", mais certainement pas maintenant, tel que tu es ! »

C’est comme ceci que « Satan vient enlever la Parole » de paix (Mc 4.15), et par là même « la paix » elle-même des cœurs. C’est ce que Jésus illustre ainsi : « La semence tombée le long du chemin » a été mangée par les oiseaux (v. 4). Et sans la Parole de Dieu, pas de paix !

 

------ 4 ------

 

Ou, se pourrait-il

que nos racines soient trop superficielles,

pour maintenir la « paix » en nous ?

 

« Le Semeur » continue de « semer ». Jésus continue de répandre cette « Parole » : « Que la paix soit avec vous ! » Et nous, nous la prenons, sa « paix », sans trop y réfléchir, et la rangeons avec nos autres objets de collection, un de plus, sans plus. « Que la paix soit avec vous ! » nous dit-il.

Toi qui pleures la perte d’un être cher, toi aussi qui vois des espoirs s’évanouir avec le temps, toi qui as du mal à t’adapter aux changements de la vie : « Que la paix soit avec toi ! »

 

Le souvenir de joies du passé, les fortes impressions laissées par des bonheurs d’autrefois, tout cela nous pousse à accepter « la paix » de Dieu. Nous en avons bigrement besoin. Nous avons tous envie de sérénité et de joie dans cette existence souvent si stressée et harassante.

Malheureusement, trop souvent nous rangeons « la paix » de Dieu parmi les autres joies de la vie, nous ne la traitons pas comme quelque chose d’éminemment plus précieux que tout le reste, et, avec le temps, nous la perdons de vue derrière les autres satisfactions de l’existence.

Il y a tant de choses auxquelles nous devons veiller dans notre vie de tous les jours qu’il est parfois difficile de s’abandonner à « la paix » de Dieu. Notre attention est attirée par tant de choses que nos oreilles deviennent sourdes aux paroles que Jésus nous adresse.

 

De quoi vient-il encore de parler ? De « paix » ? Comment puis-je trouver « la paix » si je cours après tant de choses dont j’ai besoin ou que je désire ? Et c’est ainsi que « la paix » est « étouffée » telle une petite plante « étouffée » sous les épines (v. 7).

 

------ 5 ------

 

Aussi nourrissons et soutenons

la « paix » apportée par Jésus !

 

« Le semeur sortit pour semer. » La Parole de « paix » continue à être annoncée – Dieu, merci ! à nous aussi – et nous voulons l’accueillir et en prendre soin, la consolider dans nos cœurs. Nous avons besoin de « paix » si nous voulons vivre. « Seigneur, aie pitié de nous ! » (Ps 123.3)

Justement, notre Seigneur ressuscité – le flanc, les mains et les pieds percés – nous nous dit : « Que la paix soit avec vous ! » Le divin Ressuscité a le message qu’il faut à nos cœurs assoiffés de paix.

 

Au cours du Temps de sa Passion, nous avons médité ses souffrances et sa mort expiatoires pour nos péchés. Aujourd’hui, résonnent à nos oreilles les chants que nous faisons monter vers le Vainqueur de la mort et de l’enfer. Nous avons confessé nos péchés et reçu l’absolution. Nous avons entendu les lectures du jour et sommes en train de nous laisser conduire dans notre méditation par la prédication de son triomphe. Bref, la Loi et l’Evangile nous ont préparés à être de « la bonne terre » (v. 8). Nous attendons de recevoir « la semence », sommes ouverts pour « la Parole » et… que recevons-nous ? qu’entendons-nous ? – « Que la paix soit avec vous ! »

 

Il nous arrive alors de nous demander : « Pourquoi je ne sens rien – ou pas grand-chose – de cette « paix » ? » – Et nous continuons à être en manque de « paix ».

 

Où est le problème ? Est-ce toujours la situation du temps de Jérémie : « Paix ! paix ! – et il n’y a pas de paix » (Jé 6.14) ? Se pourrait-il que « la parole qui sort de la bouche » de Dieu pourrait quand même « revenir à lui sans effet » ? (Es 55.11) Comment se fait-il que nous soyons encore à la recherche de cette « paix » ? Comment pouvons-nous enfin l’obtenir ?

La réponse, la voici :

 

------ 6 ------

 

La Parole de Dieu ne cesse de répéter :

nous avons la « paix » !

 

C’est là l’étonnante nouvelle qui sort de la tombe vide du Christ. Paul l’a formulée ainsi : « Jésus-Christ est notre paix » (Ep 2.14). Il n’annonce pas seulement « la paix », il ne la promet et ne l’apporte pas seulement : « il est notre paix ! »

 

Quiconque le reçoit est en « paix ». Il n’y a, en fait, pas de « paix » réelle en-dehors de lui. « La paix » n’est pas une marchandise qu’on pourrait se procurer comme ça, toute seule. « La paix », c’est « Jésus ». Ces deux mots – « la paix » et « Jésus » – ont le même sens, sont en fait interchangeables.

 

« Jésus-Christ est notre paix » car il a réussi à faire taire les accusations que Satan et notre mauvaise conscience portaient contre nous. Satan veut nous faire croire que nous allons partager son sort à cause de nos péchés ? Jésus répond :

 

« Tu aurais effectivement mérité que tu sois damné à cause de tes péchés, mais je les ai expiés et tu me fais confiance. Sache que rien « ne pourra » maintenant « [te] séparer de l’amour de Dieu en [moi,] Jésus-Christ, [ton] Seigneur » (Rm 8.39). Personne n’a le droit de mettre en doute "la paix" que je t’ai procurée par ma médiation. Sois sans crainte : grâce à moi, tu es "en paix avec Dieu" (Rm 5.1) ! »

 

Le mot « paix » – « Jésus » – me subjugue, même si mes « racines » (v. 8) ne sont pas aussi profondes qu’elles pourraient l’être.

 

Pour nous « la Parole » – de « paix » – « est devenue chair » (Jn 1.14) en Jésus-Christ. Pour nous Jésus a été solidement planté en terre, profondément dans la mort ; il a même connu les affres de l’enfer. Ainsi il est allé au fond de nos problèmes et a arraché les racines de notre angoisse.

Jésus est notre ancre et notre racine. Jésus le Ressuscité – « celui qui vit à tout jamais » (Ap 4.9) – nous a saisis et nous enlace fermement dans son amour, un amour plus fort que les griffes de la mort. « Nous avons été unis à lui » (Rm 6.5 ; trad. Segond 21), le Vainqueur de notre enfer et de notre mort : il nous soulage et nous rassure ; « Il est notre paix ! »

 

Mais Jésus a aussi « vaincu ce monde » (Jn 16.33) et « tout ce qui est dans le monde : le désir de la chair, le désir des yeux et la confiance présomptueuse en ses ressources » (1 Jn 2.16)

Jésus est mon désir, ma richesse, ma protection. « Il prend soin de nous » (1 P 5.7) au point qu’auprès de lui je peux vivre sans souci. Il est riche en miséricorde et en pardon, en protection et en espérance, et toutes ses richesses sont « pour moi » (Ga 2.20 ; Ph 1.21). Il est lui-même mon « trésor » le plus précieux (Mt 13.44).

 

Le psalmiste confessait déjà : « En dehors de toi, je ne désire rien sur la terre » (Ps 73.25). Il savait : « Si je l’ai, lui, "je ne manquerait de rien" (Ps 23), il m’apporte tout ce dont j’ai besoin. Rien ne peut réellement me nuire. En se laissant presser la couronne d’épine sur la tête il a éloigné de moi les griffures de la vie, il a en tout cas anesthésié les effets de ces griffures. "Jésus-Christ est ma paix !" »

 

Jésus est « la semence » qui produit « la paix », qui m’apporte « la paix ». C’est parce qu’il a été semé dans la terre – parce qu’il est mort et ressuscité pour moi – que sa vie a pu m’être transmise, que « sa paix » est venue me remplir. Et « c’est Dieu qui fait croître » tout cela dans mon cœur (1 Co 3.6-7).

 

« Par [notre] baptême, nous avons été ensevelis ensemble avec lui dans la mort afin que, tout comme le Christ s'est réveillé d'entre les morts, par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions sous le régime nouveau de la vie. » (Rm 6.4)

 

Dans tout ce que je fais, mon attention est tournée vers lui, ma foi se concentre sur lui seul, lui « la Parole devenue chair », « la semence » devenue « vie ».

 

Tant que Dieu « sème » cette « semence », recevez-la avec joie et gratitude dans vos cœurs. Laissez « Jésus », « votre paix », s’établir dans vos cœurs. Laissez-le grandir en vous, et sa « paix qui surpasse toute pensée » (Ph 4.7) vous pénètrera toujours davantage.

 

Quelle a été la première parole du Christ ressuscité à ses disciples ? – « Que la paix soit avec vous ! »

N’oubliez pas : en Christ, le Vainqueur de la mort, nous vivons pour toujours. « Que la paix soit avec vous ! »

 

Amen.

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

[1] Jn 20.19 : « Le soir de ce même dimanche, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient fermées, car ils craignaient les Juifs; Jésus vint alors se présenter au milieu d'eux et leur dit : "La paix soit avec vous !" » (Segond 21)

 

 

Chants :

 

Entonnons en ce jour

un cantique nouveau LlS 103 : 1-3+6

L’heureuse paix dont, en mourant, LlS 108 : 1-3

C’est moi, c’est moi qui vous console LlS 243 : 1-5

Publié par Eglise évangélique luthérienne à 19:02 Aucun commentaire:

 

Sermon du 16 mars 2008 - Dimanche des Rameaux

 

texte : Hé 12.1-2

 

1 « Nous donc aussi,

puisque nous sommes entourés

d'une si grande nuée de témoins,

rejetons tout fardeau

et le péché qui nous enlace si facilement,

et courons avec persévérance l'épreuve

qui nous est proposée,

2 les yeux fixés sur Jésus,

qui est le pionnier de la foi

et qui la porte à son accomplissement.

Au lieu de la joie qui lui était proposée,

il a enduré la croix, méprisant la honte,

et il s'est assis à la droite du trône de Dieu. »[1]

 

Chers frères et sœurs,

athlètes d’une course

vers un but grandiose et éternel !

 

Quand on se penche sur le message que Dieu nous adresse dans les chapitres 11 et 12 de l’Epître aux Hébreux, on peut être – je l’avoue – quelque peu impressionné par les conclusions qui y sont tirées pour nous qui plaçons notre foi en Jésus-Christ.

 

Au chapitre 11, Dieu nous présente toute une série de héros de la foi de l’Ancien Testament, et ils nous sont présentés en exemples : Moïse, Rahab, Gédéon, Barak, Samson, Jephté, Samuel, David et les prophètes, des femmes courageuses, bref toute une série – ou, pour parler avec les termes de notre texte – « une si grande nuée de témoins » (v. 1).

 

Leurs vies, leurs existences nous paraissent les placer tellement au-dessus de nous, et pourtant Dieu nous les donne en exemples pour que nous vivions avec la même foi dans le Seigneur.

Le chapitre 12 enchaîne alors avec cette exhortation – le premier verset de notre texte – : « Nous donc aussi, puisque nous sommes entourés d'une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enlace si facilement, et courons avec persévérance l'épreuve qui nous est proposée. » (v. 1)

 

Notre combat consiste à nous efforcer de suivre cette exhortation de notre Père céleste, et ceci, malgré le freinage incessant de notre nature pécheresse innée. Celle-là essaye de nous empêcher de suivre les exhortations de Dieu et de nous faire emprunter des voies de traverse non conformes à la bonne et miséricordieuse volonté de Dieu.

 

On a parfois l’impression de jouer à la marelle et de se trouver en face d’un double moulin qui, quoi que nous fassions, se ferme sur nous. Nous semblons toujours avoir coup perdant.

Mais notre texte nous montre que, dans la vie, il existe un atout pour nous sortir de ce genre d’embarras ou de pétrin : « Jésus, qui suscite la foi » (Segond 21) « et la porte à son accomplissement. »

 

Lui nous aide à « courir avec persévérance l'épreuve qui nous est proposée », la course vers la félicité éternelle.»

 

Aussi le thème de notre méditation d’aujourd’hui sera-t-il

 

 

DEBARRASSEZ

CE QUI FAIT OBSTACLES A

LA COURSE DE VOTRE FOI,

 

1. une course dont Jésus donne le signe de départ ;

2. une course que Jésus a déjà courue avant nous ;

3. une course où Jésus nous attend à l’arrivée.

 

Une course qui n’échoue pas devant les obstacles de la vie est

 

 

------ 1 ------

 

 

une course dont Jésus-Christ donne le signe de départ.

 

Un coureur averti ne participe pas à toutes et à n’importe quelles courses. Notre aîné a couru pendant des années des triathlons et autres courses à pied ou à vélo. Cela commence par l’étude des circulaires ou, maintenant, par l’étude des sites web. Le coureur veut savoir : Qui organise la course ? Peut-on leur faire confiance ? Est-ce du sérieux ou va-t-on s’embarquer dans une aventure hasardeuse ? Aussi : Est-ce à ma portée ?

 

Dans notre texte, l’auteur de l’Epître aux Hébreux compare notre vie, la vie du croyant, à une course de fond, à une course d’endurance, car il écrit : « Courons avec persévérance l'épreuve qui nous est proposée. » La vie du croyant est une course de longue haleine, une course où on n’atteint la fin que si on est « persévérant » dans « l’épreuve ». Nous y reviendrons plus tard.

 

Focalisons notre attention un instant plus particulièrement sur cette indication : « Courons avec persévérance l'épreuve qui nous est proposée. » … « qui nous est proposée… » Par qui ? Par Dieu, bien évidemment. En particulier par « Jésus » dont la personne et l’œuvre irradient carrément nos deux versets.

 

Quand il nous arrive, dans la vie, de regarder autour de nous et d’avoir l’impression que notre vie est une course d’orientation où nous nous sommes perdus, où nous sommes seuls ; quand nous nous demandons : « Qu’est-ce que je fais dans cette galère ? », n’oublions pas que Jésus est l’organisateur de notre course. Il connaît le parcours – il l’a parcouru avant nous, et dans des conditions bien pire encore, comme nous le verrons dans le second point – Il connaît le parcours, il en connaît les difficultés, il sait aussi nous venir en aide pour adapter notre course à nos forces et capacités.

 

Encore ne faut-il pas vouloir tricher avec la course, ne pas recourir à des moyens illicites – s’écarter de son parcours, choisir ce qu’on pourrait appeler des raccourcis interdits – pour contourner les obstacles placés là par le divin organisateur. Que diraient les organisateurs d’une course de steeple si un coureur contournait les haies au lieu de sauter par-dessus ?

 

Les obstacles que nous rencontrons dans la vie sont là parce que Jésus nous connaît et qu’il veut nous faire progresser en nous demandant d’aborder les difficultés en lui faisant confiance, à lui, à ses promesses, à son organisation, à ses dispositions.

 

Faire confiance à Jésus-Christ qui nous a enrôlés dans cette course… L’apôtre Pierre, quant à lui, dira que Jésus « nous a appelés des ténèbres à son étonnante lumière » (1 P 2.9)

Une première vérité rassurante, c’est que c’est Jésus « qui nous a appelés à son admirable lumière, » celle qui éclaire le parcours de « l’épreuve proposée » pour notre vie.

 

S’il y a quelqu’un dont nous ne pouvons pas mettre l’amour pour nous en doute, c’est bien lui. Il suffit de regarder à sa croix. Et s’il y a quelqu’un qui peut organiser notre course de manière à ce que « tout concoure à notre bien » (Rm 8.28), c’est encore lui, le Fils éternel de Dieu.

 

Il nous a enrôlés dans sa course lors de notre Baptême. C’est là qu’il nous a placés sur le circuit céleste. Dans le Baptême, il nous a même préparés pour cette course en nous donnant son Saint-Esprit. Celui-ci nous a régénérés, a fait naître en nous la foi en Jésus et en son œuvre expiatoire.

On pourrait voir dans le Saint-Esprit à la fois notre préparateur et notre entraîneur. Il nous a préparés dès notre Baptême pour être aptes à courir l’épreuve de la vie chrétienne, et il continue de nous entraîner, de nous armer pour la course de la vie à l’aide de l’Evangile de Jésus-Christ. Le rôle de ce dernier consiste à nous apprendre à « fixer nos regards sur Jésus, l’initiateur de notre foi », l’initiateur, celui qui se trouve au départ de notre course, celui qui a fait en sorte que cette course soit à notre portée, celui qui en a fait le tracé.

 

Faisons-lui confiance. Ne nous rajoutons pas nous-mêmes des obstacles supplémentaires, en laissant nos travers, nos mauvais penchants, nous compliquer la vie, nous faire rater la course ou nous la faire abandonner en cours de route.

 

Ecartons ce qui nous fait douter du divin organisateur de « l’épreuve », débarrassons de notre itinéraire ce qui voudrait nous faire échouer, et puis, gagnons toujours plus en assurance en nous rappelant aussi :

 

Une course qui n’échoue pas devant les obstacles de la vie est

 

 

------ 2 ------

 

 

une course que Jésus a déjà courue avant nous.

 

La lutte de la foi en Dieu, Jésus connaît. Les tentations aussi, et pas des tentations superficielles, l’histoire de sa tentation par le diable en fait foi (Mt 4.1-11). Et sa lutte dans le Jardin de Gethsémané aussi. L’auteur de l’Epître aux Hébreux – d’où est tiré notre texte – indique : « Nous n'avons pas un grand prêtre insensible à nos faiblesses ; il – [Jésus] – a été soumis, sans péché, à des épreuves en tous points semblables. » (Hé 4.15).

 

L’épreuve que tu es peut-être en train de vivre, il y « a été soumis en tous points semblables », non pas qu’il ait connu dans son existence personnelle des problèmes de couple ou des conflits de génération avec ses enfants – il n’a eu ni épouse ni enfants – ou qu’il ait dû se débattre avec sa nature pécheresse – il n’en avait pas davantage – mais ce que nous souffrons dans ces cas, les problèmes relationnels avec des proches et des moins proches, il les a connus avec la même intensité, les déceptions aussi. Pensez : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1.11) ; ils l’ont même tué !

 

Il en a rencontré, des obstacles, sur son parcours ! Il n’en a pas moins poursuivi « l’épreuve avec persévérance ».

 

Les pièges tendus par ses ennemis étaient autant de crocs-en-jambe pour le faire tomber, mais il a serré les dents en pensant à nous, à notre sort qui dépendait de sa victoire dans l’épreuve.

L’abandon et la défection de ses frères et sœurs selon la chair – les Israélites –, le reniement, voire la trahison, de ses proches, c’étaient autant d’obstacles à surmonter, de haies difficiles à sauter, de déceptions à encaisser, à digérer, pour continuer quand même par amour pour nous.

Et puis, le pire, ce ne sont même pas les obstacles que nous voyons jeter sur son parcours par les personnages de l’histoire biblique ; le pire, c’est ton péché, c’est mon péché, le péché du monde entier qu’il a – mot à mot – « soulevé et ôté » (Jn 1.29) sur ses épaules et qui l’épuisait dans sa course. Cela fait penser à l’épreuve « zaku lasterka » ou « salulariak » de la « force basque » où les compétiteurs doivent courir avec un sac de maïs de 81 kg sur les épaules. Et croyez-moi : le fardeau du péché du monde entier, c’était un obstacle autrement plus ardu – terrible même, tuant au vrai sens du mot – qu’un sac de 81 kg.

 

Son parcours a été de plus en plus difficile. Il savait qu’il devait tenir, par amour pour nous, et que l’obstacle le plus terrible à franchir l’attendait encore : souffrir les peines de la damnation éternelle à notre place pour la dégager de notre parcours à nous, pour nous l’éviter, car nous n’aurions pas pu nous en sortir.

 

Entendez-le crier, au moment le plus poignant de son parcours, là-bas, sur le bois maudit de la croix : « Eli, Eli, lema sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27.46) Eh oui, Jésus a dû faire son terrible parcours tout seul, pour que nous puissions avoir la voie libre vers Dieu, pour que nous puissions être surs et certains de ne pas être seuls dans notre course à nous, mais d’être accompagnés et assistés par le Saint-Esprit à travers les promesses de l’Evangile.

 

N’oublions jamais que Jésus a couru ce parcours par amour pour nous, dans notre intérêt, pour débarrasser notre parcours à nous des obstacles que nous n’aurions jamais pu passer ni dégager.. « Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix, méprisant la honte. » (v. 2) C’est qu’il voulait que la course soit à notre portée et que nous puissions le retrouver sur la ligne d’arrivée.

Aussi notre épître tire-t-elle la conclusion : « Du fait qu'il a souffert lui-même quand il a été mis à l'épreuve, il peut secourir ceux qui sont mis à l'épreuve. » (Hé 2.18)

 

Quand nous trébuchons – voire, nous étalons même –, quand nous n’avons pas vu un obstacle à temps, lorsqu’une difficulté du parcours menace de nous décourager, ou que nous ne trouvons pas le courage d’écarter un obstacle avec foi en son aide et sa fidélité, alors il s’approche de nous, lui, notre compagnon de souffrance, lui qui sait ce qu’on peut endurer au cours de ce parcours. Il vient alors à nous avec ses promesses de grâce et d’assistance et nous console et nous encourage avec son Evangile, aussi avec le précieux et réconfortant sacrement de l’autel, la Sainte Cène.

Et quand il nous parle ainsi dans sa bonté, quand il nous rappelle ses promesses liées à sa course à lui, cela nous revigore et nous permet de « persévérer » – avec lui – « dans l’épreuve » de la lutte de la foi, de « courir avec persévérance » jusqu’à ce que nous l’ayons rejoint sur la ligne d’arrivée, car

 

 

Une course qui n’échoue pasdevant les obstacles de la vie est

 

 

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une course où Jésus nous attend à l’arrivée.

 

Nous l’avons vu : la course de la foi, une course commencée dans la foi en Jésus-Christ, ne peut atteindre son but que si elle est courue « avec persévérance », que si on maintient patiemment l’effort jusqu’au bout.

 

Ce bout, ce but de notre parcours de la foi, c’est la félicité éternelle, le nec plus ultra, un bonheur, une paix « qui surpasse toute pensée » (Ph 4.7), qui surpasse tout ce qu’on peut imaginer.

Des bonheurs, le Seigneur nous en fait connaître ici-bas – bonheurs affectifs, conjugaux, familiaux, professionnels, matériels, et j’en passe … – eh bien, ce qui nous attend à l’arrivée de notre parcours est infiniment plus fort encore comme bonheur.

 

Cela aussi nous pousse et nous aide à « courir avec persévérance ». « Les yeux [de la foi qui sont] fixés sur Jésus, » le glorieux vainqueur, nos pensées qui tournent autour du moment libérateur de la rencontre avec le Christ sur la ligne d’arrivée, tout cela aide à mener notre course avec une certaine discipline.

 

Un athlète renonce à bien des choses pour ne pas hypothéquer sa carrière. Il enlève et écarte bien des obstacles de son parcours : une nourriture trop déséquilibrée, une boisson trop alcoolisée, le tabac, les nuits blanches, la paresse ou la nonchalance à l’entraînement. Bref, il se débarrasse de ce qui fait obstacle à sa réussite, qui mettrait sa course en danger : il veut atteindre la ligne d’arrivée, et il veut l’atteindre dans de bonnes conditions.

 

L’image de la compétition ne peut pas être transposée en tout point dans le domaine spirituel, car là – ô miracle ! – tous ceux qui atteignent la ligne d’arrivée se retrouveront ensemble sur le podium.

Mais le côté entraînement, discipline, maîtrise de soi, renoncement à certains comportements, cet aspect est clairement repris par l’apôtre Paul dans sa 1ère Epître aux Corinthiens : « Tout lutteur se maîtrise en tout ; ceux-là le font pour remporter une couronne périssable ; nous, pour une couronne impérissable. Moi, donc, je cours, mais non pas à l'aventure; je donne des coups de poing, mais non pas pour battre l'air. Au contraire, je malmène mon corps, je le traite comme un esclave, de peur qu'après avoir fait la proclamation pour les autres, je ne sois moi-même disqualifié. » (1 Co 9.25-27)

 

Avec les encouragements et les promesses du Christ dans l’Evangile, le Saint-Esprit nous prépare et nous entraîne à écarter de notre vie ces obstacles que sont – entre autres – l’orgueil, la manie de vouloir tout mieux savoir que les autres, le mépris, le mensonge, l’hypocrisie, la jalousie, différentes faiblesses comme le laisser-aller, la paresse, le je-m’en-foutisme.

Il s’agit d’écarter par une repentance et une foi de tous les jours tout ce qui pourrait m’empêcher d’avoir part, sur la ligne d’arrivée, au triomphe éternel que notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ a déjà remporté pour nous.

 

Pour que nous persévérions à lui faire confiance, il nous affermit avec les promesses certaines de sa Parole et de ses sacrements.

 

Et il nous invite à considérer l’exemple de « la si grande nuée de témoins » (v. 1) de l’Ancien Testament. Leur foi était forte non pas par elle-même, mais à cause de celui en qui ils la fondaient. Leur foi était grande parce qu’ils faisaient confiance en un grand Dieu.

Ils ont tenu le coup parce que jusqu’au bout ils ne lui ont pas retiré leur foi. Bien leur en prit : Dieu est resté fidèle à ses promesses, il a offert aux croyants ce qu’il avait promit à leur foi.

Si Dieu attire ici notre attention sur cette « si grande nuée de témoins » de la foi de l’Ancien Testament, c’est pour que, comme eux, nous lui fassions confiance quoi qu’il dise et quels que soient les parcours par lesquels il nous conduit.

 

Peut-être que tu te trouves en ce moment devant un problème qui menace de faire obstacle à ta foi, peut-être que la difficulté à laquelle tu es confronté actuellement menace de te faire baisser les bras : recours-tu aux aides que le Seigneur met à ta disposition ? Viens-tu chercher le réconfort dans ses promesses, y compris à sa Table ? T’appuies-tu sur tes frères et sœurs en la foi ? Entends-tu leurs conseils ? Acceptes-tu leur aide ?

 

Sois convaincu que le Seigneur connaît chacune de tes détresses – et non pas seulement selon son omniscience, mais « de l’intérieur », parce qu’il les a toutes endurées lui-même quand « il a enduré la croix » (v. 2).

 

Rappelles-toi, il a parcouru lui-même ton parcours pour le défricher des obstacles pour lesquels tu n’étais pas de taille : ta culpabilité devant Dieu, la mort et le diable. Aussi pour pouvoir t’assister de son réconfort à travers sa Parole et ses sacrements et pour t’accompagner foulée après foulée vers la ligne d’arrivée, « l’accomplissement de la foi ».

 

Là, nous pourrons alors dire avec Paul : « J'ai mené le beau combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m'est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera en ce jour-là, et non pas seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront aimé sa manifestation. » (2 Tm 4.7-8)

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

Chants :

 

AeC 443 : 1-4 ;

AeC 441 : 1-3 ;

AeC 624 : 1-4

(ou AeC 614 : 1-3 ou AeC 621 : 1-4)

 

 

Sermon du 9 mars 2008 - Dimanche Judica

 

Texte: Mc 10.35-45

 

Chants :

 

Tu m’as aimé, Seigneur, avant que … LlS 254 : 1-4

Tu nous aimes, Seigneur LlS 273 : 1-3+6

Parfait et vivant modèle, Céleste Médiateur LlS 282:1-5

 

 

 

 

35 « Les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, viennent lui dire :

"Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons."

36 Il leur dit :

"Que voulez-vous que je fasse pour vous ?"

37 – "Donne-nous,"

lui dirent-ils,

"de nous asseoir l'un à ta droite et l'autre à ta gauche dans ta gloire."

38 Jésus leur dit :

"Vous ne savez pas ce que vous demandez.

Pouvez-vous boire la coupe que, moi, je bois,

ou recevoir le baptême que, moi, je reçois ?"

39 Ils lui dirent :

"Nous le pouvons."

Jésus leur répondit :

"La coupe que, moi, je bois, vous la boirez,

et vous recevrez le baptême que je reçois ;

40 mais pour ce qui est de s'asseoir à ma droite ou à ma gauche,

ce n'est pas à moi de le donner ;

les places sont à ceux pour qui elles ont été préparées."

41 Les dix autres, qui avaient entendu, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean.

42 Jésus les appela et leur dit :

"Vous savez

que ceux qui paraissent gouverner les nations dominent sur elles en seigneurs,

et que les grands leur font sentir leur autorité.

43 Il n'en est pas de même parmi vous.

Au contraire,

quiconque veut devenir grand parmi vous

sera votre serviteur;

44 et quiconque veut être le premier parmi vous

sera l'esclave de tous.

45 Car le Fils de l'homme n'est pas venu

pour être servi,

mais pour servir

et donner sa vie en rançon pour une multitude." »

 

 

Note : Généralement, le texte biblique utilisé est celui de la « Nouvelle Bible Segond » (2002, Alliance Bibl. Universelle). Quand les passages utilisés au cours du sermon sont différents dans la « Segond 21 » (2007, Soc. Bibl. de Genève), elle se trouve en note de bas de page).

 

 

Chers frères et sœurs, à la fois servis par Christ et à son service,

 

Dimanche dernier, le thème de notre prédication était : Es-tu attiré par ton Seigneur ou est-il obligé de te courir après ? On pourrait aussi le résumer ainsi : Qu’en est-il de ta fréquentation de Dieu là où il se laisse rencontrer : dans sa Parole ?

 

Il est capital, essentiel, pour notre foi que d’être à l’écoute de notre Seigneur. Paul nous rappelle : « La foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend par la parole du Christ. » (Rm 10.17)[1]

 

Jacques, quant à lui, nous exhorte : « Mettez la Parole en pratique ; ne vous contentez pas de l'écouter, en vous abusant vous-mêmes. » (Jc 1.22)[2] Mot à mot : « Soyez des acteurs de la Parole », « soyez des pratiquants de la Paroles, et pas seulement des auditeurs ! »

 

« Etre acteur de la Parole » … cela signifie : appliquer concrètement dans sa vie la parole de notre Dieu sauveur ; mener une vie à la suite de notre Seigneur Jésus-Christ, une vie de repentance, de foi et de service.

 

Notre texte d’aujourd’hui nous place devant la question :

 

QU’EN EST-IL DE

TON SERVICE

DANS LE ROYAUME DE DIEU ?

 

 

1. Y accomplis-tu un service parce que tu y vois une occasion d’en retirer un profit personnel ?

2. Ou y accomplis-tu un service parce que tu y vois une occasion de donner ?

3. En tout cas, Jésus a rendu service en faisant don de soi pour que tu en tires profit.

 

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Apportes-tu ta contribution dans l’Eglise

parce que tu y vois une occasion

d’en retirer un profit personnel ?

 

Le fais-tu dans un esprit de « donnant-donnant » ? « Je te rends service, Seigneur, mais en contrepartie, tu remplis mes souhaits, tu m’accordes des privilèges ! »

 

« Les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, viennent lui dire : "Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons." Il leur dit : "Que voulez-vous que je fasse pour vous ?" – "Donne-nous," lui dirent-ils, "de nous asseoir l'un à ta droite et l'autre à ta gauche dans ta gloire." » (v. 35-37)

 

Rien que ça ! Oh ! au fond de nous, nos penchants innés, notre vieil homme, comprend très bien le désir de « Jacques et de Jean » : promettre à Jésus de faire sa volonté, dans l’espoir d’en retirer un profit important, dans l’espoir que Jésus agréerait notre demande. Bien sûr que nous comprenons le désir de servir pour en retirer des honneurs. Dans le domaine spirituel, cela s’appelle le salut par les mérites.

 

Il faut donc que nous soyons au clair avec nous-mêmes : rendons-nous service à Jésus-Christ et à son Eglise pour en retirer des récompenses, des honneurs et des louanges ?

 

Ce serait aussi dangereux pour une autre raison : si les compliments et les honneurs se font attendre – ou ne viennent pas du tout – on est vexé et on arrête de rendre service. C’est ainsi que cet autre Jacques, le frères de Jésus, écrit dans son épître : « Si vous demandez, vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, afin de pouvoir dépenser pour vos plaisirs. » (Jc 4.3)[3]

 

Non, « l’amour ne cherche pas son propre intérêt, il ne s'irrite pas. » (1 Co 13.5)[4]

Bien sûr, cela fait mal quand les gens sont ingrats, on est déçu alors. Serait-ce aussi parce que nous n’avions rendu service que pour être admiré, respecté et louangé ? Sachons que Jésus ne se laisse pas dicter ou imposer les honneurs qu’il devrait témoigner à ceux qui le servent, comme « Jacques et Jean » s’y sont essayés.

 

« L’amour ne cherche pas son propre intérêt. » Méditons en cela l’exemple que Jésus nous a laissé en la matière. C’est l’amour de son Père et des hommes qui l’a amené à rendre le service de Sauveur de l’humanité et à se sacrifier pour elle.

 

Nous servons Dieu par amour, « parce qu’il nous a aimés le premier » (1 Jn 4.19). Et l’amour de Dieu n’est pas un vain mot : il suffit de songer à ce que nous lui devons, au désastre dont il nous a délivrés, et à ce qu’il a été prêt à payer pour que nous nous en tirions si bien : son propre Fils.

Nous rendons aussi service à notre prochain parce que nous avons nous-mêmes été les grands bénéficiaires du service que Jésus nous a rendu, aussi parce que nous savons que nous lui faisons ainsi plaisir et que cela se fait pour sa gloire à lui et non pour la nôtre.

 

Qui sommes-nous pour poser des conditions à Jésus pour le servir dans son Royaume ? Ne lui devons-nous pas tant – à lui et à l’Eglise – qu’il faudrait vraiment être culotté pour lui poser des conditions et énoncer des exigences pour le servir !

 

« Jacques et Jean » lui ont carrément dit ce qu’ils attendaient de lui : « "Donne-nous," lui dirent-ils, "de nous asseoir l'un à ta droite et l'autre à ta gauche dans ta gloire." » (v. 37)

 

Et nous ? Se pourrait-il que nos mobiles soient les suivants : « Je fais ceci pour ne pas avoir à faire cela. » Ou encore : « Je fais ceci, mais alors je suis en droit d’attendre de la paroisse cela. » Ou, ne serait-ce que ceci : « Je me sacrifie – ou me dévoue – au service de l’Eglise pour y être bien vu et admiré, » un peu comme Ananias et Saphira au début des Actes des Apôtres (Ac 5).

De telles prétentions provoquent toujours irritation et tensions dans la paroisse, comme ce fut déjà le cas au sein du groupe des douze : « Les dix autres, qui avaient entendu, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean. » (v. 41)[5]

 

Celui qui s’élève ainsi lui-même ne manquera pas d’être rabaissé : l’orgueil et la fatuité n’ont pas de place dans l’Eglise de Celui qui « s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort – la mort sur la croix. » (Ph 2.8)[6]

 

Dans l’église on ne soupèse pas le pour et le contre et on ne réfléchit pas au préalable pour voir ce que le service que je vais rendre me rapportera personnellement comme louanges ou honneurs.

Chacun doit donc s’examiner lui-même, quand il accepte une responsabilité, un poste, dans la paroisse, dans l’Eglise du Christ : Suis-je poussé par l’amour que je porte à mon Sauveur et par l’amour envers mes semblables, ou mes mobiles sont-ils moins avouables ; est-ce que j’en escompte un profit personnel ?

 

Admettons un instant que ce soit le cas : Ne nous retirons pas alors parce que nous sommes arrivés dans ce poste pour des motifs impurs, mais repentons-nous, demandons pardon au Seigneur de l’Eglise et prions-le de nous garder à son service, de le sanctifier ; il n’a pas non plus écarté « Jacques et Jean » de ce service tout à fait exceptionnel dans l’Eglise : le ministère d’apôtre.

 

Par contre, il les a ramenés à de meilleurs sentiments, sur la bonne voie, celle du service quelles que soient les retombées personnelles, et pour ces deux, les retombées furent pénibles, comme nous le verrons plus loin.

Es-tu actif au service de l’Eglise parce que tu y vois une occasion de t’attirer des louanges, ou

 

 

--- 2 ---

 

 

Y accomplis-tu un service

parce que tu y vois

une occasion de donner ?

 

« Jésus leur dit [à Jacques et à Jean] : "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que, moi, je bois, ou recevoir le baptême que, moi, je reçois ?" Ils lui dirent : "Nous le pouvons." Jésus leur répondit : "La coupe que, moi, je bois, vous la boirez, et vous recevrez le baptême que je reçois. » (v. 38-39)

 

Notre Seigneur le dit sans détour : les membres de son Corps, ceux qui ont intégrés son Royaume en plaçant leur foi en lui, ceux-là partageront son sort. Il le dira plus tard à propos de notre glorification éternelle à sa suite. Il le dit ici à propos du sort que le monde incroyant nous réserve ici-bas.

 

Jamais personne n’a rendu un service aussi grand, aussi capital, aussi exceptionnel et urgemment nécessaire que celui que Jésus nous a rendu. Et que récolta-t-il en contrepartie ? Il n’a même pas été « reçu » par les siens comme le Messie annoncé l’aurait mérité (Jn 1.11). On ne lui a pas non plus été reconnaissant pour le service qu’il est venu accomplir pour l’humanité. Au contraire, il a été méprisé, hué, rejeté, assassiné ! Il n’y a que Dieu qui a pleinement reconnu l’énorme valeur de son service – et c’est heureux pour nous ! – Dieu a reconnu que la vie sainte de Jésus et son expiation de nos péchés étaient suffisantes pour notre salut à nous tous.

 

Prions le Seigneur de nous pousser à servir son Eglise comme lui, Jésus, nous a servis : avec dévouement et sans calcul, sans peur aussi des conséquences passagères que nous pouvons avoir à subir.

 

« La coupe » (v. 38) que Jésus a dû vider, nous la connaissons : ce sont les souffrances de l’enfer qu’il a bien voulu endurer pour nous les épargner. Nous savons aussi comment « cette coupe » (Mt 26.14-15) l’a ébranlé jusqu’au fond de son âme et de son corps, comment il s’est mis « à éprouver l’effroi et l’angoisse » (Mc 14.33-36) sous le caractère surhumain des souffrances qu’il a ainsi détournées de nous qui les avions méritées. « En proie à l'angoisse, il priait avec plus de ferveur encore, et sa sueur devint comme des gouttes de sang tombant à terre. » (Lc 22.44)

 

Comme dit, « cette coupe » des souffrances de l’enfer, il l’a détournée de nous, de tous ceux qui croient en son œuvre substitutive d’expiation de nos fautes.

 

Il n’en demeure pas moins que nous avons encore à vider des coupes plus ou moins amères dans cette vie. Par ailleurs, nous n’avons pas tous à vider le même genre de coupes. Cela nous le voyons déjà avec « Jacques et Jean ».

 

« Jacques » a dû mourir de mort violente : il a été le premier apôtre mort en martyr, dès le début du livre des Actes des Apôtres (Ac 12.1-2). Quant à « Jean », il a connu la persécution, la prison et la torture à Jérusalem (Ac 8.1), les conflits avec des hérésies – déjà ! – et, plus tard, l’exil sur l’île de Patmos (Ap 1.9).

 

Pour parler avec Jésus, « Jacques et Jean » devaient « recevoir le baptême », être impliqués dans le même genre de service que celui que Jésus a rendu, lui que le prophète Esaïe présentait déjà comme « le Serviteur de l’Eternel » (Es 50.10 ; 52.13 ; 53.11)

 

Quiconque sert, sert correctement, avec amour et dévouement, ne peut pas s’attendre à ce que sa vie ne soit parsemée que de roses. Comme son Maître bien-aimé il connaîtra soucis et déceptions.

 

Il arrivera malheureusement aussi que le service que vous rendez soit mal compris, ou jalousé, voire l’objet de critiques inamicales. Il s’agit alors de « boire la coupe » dans la prière et la méditation comme notre Maître bien-aimé l’a fait quand il nous a rendu le service d’amour le plus grand qui soit.

 

En fait, la question est finalement : Es-tu prêt à t’épanouir dans le service dévoué à Dieu et au prochain ?

 

« Etre grand », dit Jésus, ne consiste pas, dans son Eglise, à soumettre les autres à notre service. Au contraire, « être grand » consiste à nous abaisser nous-mêmes pour servir les autres.

« Jésus les appela et leur dit : "Vous savez que ceux qui paraissent gouverner les nations dominent sur elles en seigneurs, et que les grands leur font sentir leur autorité. Il n'en est pas de même parmi vous. Au contraire, quiconque veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous sera l'esclave de tous. » (v. 42-44)

 

Celui qui se consacre au service des autres avec dévouement, c’est celui-là qu’il considère comme « grand parmi vous ». Si nous regardons autour de nous avec les yeux du Christ, une mère – ou un père – de famille qui élève ses enfants et tient sa maison avec foi, amour, dévouement, discipline et patience fait certainement partie des « grands dans le royaume des cieux » (Mt 18.4)

On pourrait dire la même chose de quelqu’un qui met de bon coeur la main à l’œuvre dans la paroisse et qui considère cela comme un service divin, un service rendu à Dieu et à son Eglise.

Rends-tu service avec amour et dévouement à ton Dieu, à ta paroisse et au prochain que Dieu « a mis auprès de toi » (Gn 3.12) ? Rappelle-toi

 

--- 3 ---

 

 

Jésus a rendu service

en faisant don de soi

pour que tu en tires profit

 

« Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (v. 45)

 

Jésus nous a vraiment servis de façon altruiste. Il n’a pas pensé à son intérêt mais au nôtre, non pas à ce que cela lui attirera mais à ce que cela nous apportera. Pour lui cela signifiait : don de soi, sacrifice de sa personne ! A nous, cela a procuré des bienfaits célestes et éternels.

Plus nous comprendrons que le sacrifice que Jésus nous a apporté avec son service nous profite chaque jour, et plus nous trouverons la force et l’amour pour nous consacrer à son service et à celui de son Eglise.

 

Par contre, si nous revendiquons des droits au lieu de nous rappeler du pardon obtenu, si nous tenons une comptabilité avec nos espoirs déçus au lieu de vivre dans le souvenir de la grâce et des honneurs immérités qu’il nous témoigne, alors nous deviendrons de plus en plus petits dans le royaume des cieux, la différence entre nous et notre Seigneur deviendra de plus en plus grande, car lui « s’est humilié » pour nous rendre service, lui « s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort – la mort sur la croix. C'est pourquoi, » c’est pour cette raison – parce qu’il s’est ainsi abaissé et humilié au service de Dieu et des autres – « c’est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom, » (Ph 2.7-9)[7]

Ayons toujours à l’esprit notre Seigneur et Sauveur servant : son service plein de dévouement nous a de nouveau réunis avec Dieu et nous a obtenu de ce dernier d’être graciés, pardonnés, aimés, protégés et bénis, et ceci pour ce temps et pour l’éternité.

 

Rien n’est plus apte pour nous faire descendre de notre destrier appelé orgueil que l’amour du Christ, « le Serviteur de l’Eternel ». Il n’y a en fait que cela qui nous pousse à mettre pied à terre avec humilité et à nous consacrer au service de Dieu, de son Eglise et du prochain

Cela devrait surtout être le cas en ce Temps de la Passion du Christ : elle met le doigt douloureusement sur notre incapacité à nous tirer d’affaire. Là, nous devenons conscients de l’absolue nécessité de la venue à notre secours de Jésus-Christ. L’histoire de ses souffrances et de sa mort est là pour nous le rappeler.

 

Et quand nous nous approchons de la table de la Cène et y recevons son vrai corps et son vrai sang, cela nous rappelle tout ce qu’il a fait par amour pour nous, en nous servant comme le plus humble, alors que « son nom est au-dessus de tout nom » !

 

Dieu veut ainsi nous affermir par sa Parole et ses sacrements, entre autre pour que nous trouvions la bonne réponse à la question :

 

Qu’en est-il de ton service dans le Royaume de Dieu ?

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

[1] Rm 10.17 : « Ainsi la foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Dieu. » (Segond 21)

[2] Jc 1.22 : « Mettez en pratique la parole, et ne vous contentez pas de l'écouter en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements. » (Segond 21)

[3] Jc 4.3 : « Quand vous demandez, vous ne recevez pas parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions. » (Segond 21)

[4] 1.Co 13.5 : « L’amour ne cherche pas sont intérêt, il ne s'irrite pas. » (Segond 21)

[5] Mc 10.41 : « Après avoir entendu cela, les dix autres commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean. » (Segond 21)

[6] Ph 2:8 « Il s'est humilié lui-même en faisant preuve d'obéissance jusqu'à la mort, même la mort sur la croix. » (Segond 21)

 

[7] Ph 2.7-9 : « Il s'est dépouillé lui-même […], il s'est humilié lui-même en faisant preuve d'obéissance jusqu'à la mort, même la mort sur la croix. C'est aussi pourquoi Dieu l'a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom. » (Segond 21)

 

 

Sermon du 2 mars 2008 - Dimanche laetare

 

Texte du sermon: Lc 15.1-3+11-32

 

1 « Tous les collecteurs des taxes et les pécheurs s'approchaient de lui pour l'entendre.

2 Les pharisiens et les scribes maugréaient :

Il accueille des pécheurs

et il mange avec eux !

3 Mais il leur dit cette parabole : [ …]

11 Un homme avait deux fils.

12 Le plus jeune dit à son père :

« Père, donne-moi la part de fortune

qui doit me revenir. »

Le père partagea son bien entre eux.

13 Peu de jours après, le plus jeune fils

convertit en argent tout ce qu'il avait

et partit pour un pays lointain

où il dilapida sa fortune

en vivant dans la débauche.

14 Lorsqu'il eut tout dépensé,

une grande famine survint dans ce pays,

et il commença à manquer de tout.

15 Il se mit au service d'un des citoyens de ce pays,

qui l'envoya dans ses champs

pour y faire paître les cochons.

16 Il aurait bien désiré se rassasier

des caroubes que mangeaient les cochons,

mais personne ne lui en donnait.

17 Rentré en lui-même, il se dit :

« Combien d'employés, chez mon père,

ont du pain de reste,

alors que moi, ici, je meurs de faim ?

18 Je vais partir,

j'irai chez mon père et je lui dirai :

“Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi ;

19 je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ;

traite-moi comme l'un de tes employés.” »

20 Il partit pour rentrer chez son père.

Comme il était encore loin,

son père le vit et fut ému ;

il courut se jeter à son cou et l'embrassa.

21 Le fils lui dit :

« Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi,

je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. »

22 Mais le père dit à ses esclaves :

« Apportez vite la plus belle robe

et mettez-la-lui ;

mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds.

23 Amenez le veau engraissé et abattez-le. Mangeons, faisons la fête,

24 car mon fils que voici était mort,

et il a repris vie ;

il était perdu, et il a été retrouvé ! »

Et ils commencèrent à faire la fête.

25 Or le fils aîné était aux champs.

Lorsqu'il revint et s'approcha de la maison,

il entendit de la musique et des danses.

26 Il appela un des serviteurs

pour lui demander ce qui se passait.

27 Ce dernier lui dit :

« Ton frère est de retour,

et parce qu'il lui a été rendu en bonne santé,

ton père a abattu le veau engraissé. »

28 Mais il se mit en colère ;

il ne voulait pas entrer.

Son père sortit le supplier.

29 Alors il répondit à son père :

« Il y a tant d'années

que je travaille pour toi comme un esclave,

jamais je n'ai désobéi à tes commandements,

et jamais tu ne m'as donné un chevreau

pour que je fasse la fête avec mes amis !

30 Mais quand ton fils que voici est arrivé,

lui qui a dévoré ton bien avec des prostituées,

pour lui tu as abattu le veau engraissé ! »

31 Le père lui dit :

« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,

et tout ce qui est à moi est à toi;

32 mais il fallait bien faire la fête et se réjouir,

car ton frère que voici

était mort, et il a repris vie ;

il était perdu, et il a été retrouvé ! »

 

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ, notre Bon Berger,

 

Il y a des personnes qui nous attirent ; d’autres, par contre, sont obligées de nous courir après : nous-mêmes n’éprouverions pas le besoin d’entrer en contact avec elles.

 

Il y a des personnes auprès desquelles nous nous sentons bien, et d’autres dont le comportement nous met mal à l’aise. Cela peut être justifié, cela peut aussi être notre faute à nous. Mais ce n’est pas là-dessus que nous allons nous étendre aujourd’hui.

 

Plus important – d’une importance vitale, même ! – est de savoir : Comment je me conduis avec Dieu ? Quels sont les sentiments que j’éprouve pour lui ? Son comportement m’attire-t-il ou m’embarrasse-t-il ?

 

« Tous les collecteurs des taxes et les pécheurs s'approchaient de lui pour l'entendre. » Mais « les pharisiens et les scribes maugréaient » de le voir se comporter comme il le faisait (v. 1-2) – Voilà comment commence le texte d’aujourd’hui. Puis nous sautons deux courtes paraboles – celle de la brebis perdue et celle de la drachme perdue – pour continuer avec la parabole du Fils perdu.

Ces trois paraboles successives ont cela de commun qu’elles présentent notre Seigneur comme celui qui cherche ce qui est perdu. Plus tard, lorsque le Seigneur prendra les devants pour rencontrer Zachée, il expliquera lui-même son comportement comme suit : « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Lc 19.10)

 

L’évangéliste Luc introduit les trois paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue et du fils perdu, par cette constatation commune : « Tous les collecteurs des taxes et les pécheurs s'approchaient de lui pour l'entendre. Les pharisiens et les scribes maugréaient : "Il accueille des pécheurs et il mange avec eux !" » (v. 1-2)

 

D’où notre question : Es-tu quelqu’un qui s’approche du Sauveur des pécheurs comme les pécheurs de notre texte – ou es-tu de ceux qui, comme les pharisiens, maugréent contre lui ?

Ou, pour le formuler davantage en rapport avec la parabole du Fils perdu :

 

ES-TU ATTIRE

PAR TON SEIGNEUR,

OU EST-IL OBLIGE

DE TE COURIR APRES ?

 

--- 1 ---

 

Je vais essayer d’être un peu plus concret. Vis-tu ta vie dans la présence de Jésus, dans la bienfaisante et apaisante conscience de sa présence pleine de grâce à tes côtés ? Ou alors ne l’intègres-tu jamais dans tes réflexions et planifications, voire dans l’exécution de tes projets familiaux, professionnels ou de temps libre ? Autrement dit, est-il présent dans tes pensées, et ceci dans tous les domaines de ta vie ?

 

Quand on aime quelqu’un, on pense souvent à lui dans la journée. Ressens-tu le même besoin de vouloir sa proximité dans ta vie quotidienne ? Ou cela n’a-t-il aucune importance dans ta vie ?

 

Ou peut-être cela te gêne-t-il même que le Seigneur s’approche trop de toi ? Qu’il pourrait peut-être ne pas être d’accord avec certaines facettes de vie ? Ou qu’il t’empêcherait d’en faire à ta tête ? « Murmures »-tu, « maugrées »-tu (v. 2) peut-être contre sa conception de la vie, contre les règles qu’il nous soumet ? Ressembles-tu en cela aux « pharisiens » de notre texte (v. 2), ou au plus jeune des deux fils, au début de la parabole, quand il a tourné le dos à son père et a pris le large ?

 

Es-tu attiré vers lui pour lui adresser tes prières ? Eprouves-tu le besoin de lui parler, parce que ce qui remplit ton cœur, il faut absolument que tu le lui dises, pour l’en remercier, ou pour l’appeler à ton secours… peut-être les deux ?

 

« Tous les collecteurs des taxes et les pécheurs s'approchaient de lui pour l'entendre. » (v. 1) Eprouves-tu aussi le besoin de te trouver là où tu peux « t’approcher de lui » et « l’entendre » : dans sa Bible, dans le catéchisme, dans les cultes de famille ou moments de recueillement personnels, dans les études bibliques, les réunions de jeunes et les cultes ?Ou trouves-tu sa Loi injuste et son Evangile pure « folie » (1 Co 1.21-23 ; 2.14), comme les pharisiens, ou alors l’aîné des deux fils à la fin de la parabole ?

 

La Parole de ton Dieu est-elle si importante pour toi – et, surtout, si merveilleuse ! – que tu ne peux faire autrement que « t’approcher pour l’entendre » ?

 

 

--- 2 ---

 

 

Qui, en fait, est attiré par le Seigneur ?

 

Il y en a qui pensent se rendre auprès de lui, mener leur vie dans sa proximité, parce qu’ils ont une fausse conception de lui, ils placent de fausses espérances en lui. Quand ils le découvrent enfin tel qu’il est vraiment, ils sont « scandalisés » (1 Co 1.23) ou au moins en désaccord avec lui et le plantent là.

 

Le plus jeune des frères est parti parce qu’il pensait qu’auprès du Père céleste on ne pourrait pas connaître les vraies joies de la vie. Il a vite déchanté : sa joie, loin de Dieu, n’a pas fait long feu. Heureusement pour lui, il a reconnu ses torts à temps et est revenu sur ses pas. Malheureusement, il y en aura tant qui ne reconnaîtront que trop tard – au jour du Jugement Dernier – qu’ils ont couru après des plaisirs trompeurs.

 

L’aîné des fils, lui, est resté auprès de son père parce qu’il pensait par là se mériter quelque chose. Il croyait qu’en menant une vie exemplaire il pourrait regarder les autres de haut. Lorsqu’il découvrit que son père ne méprisait pas celui qui était tombé si bas, il ne voulait plus rien avoir à faire avec ce père, il ne voulait plus « rentrer chez lui » (v. 20).

 

Bien entendu, il avait eu raison de demeurer avec son père ; mais il avait tort de penser avoir ainsi obtenu le droit de mépriser ceux qui sont tombés.

 

Nous trouvons souvent « des pharisiens et des scribes » (v. 1), c’est-à-dire des spécialistes de l’Ancien Testament, dans l’entourage de Jésus. Au début, ils s’y trouvaient parce qu’il espéraient qu’il entrerait dans leurs projets. Mais lorsque Jésus commença à critiquer leur attitude hypocrite, lorsqu’ils virent Jésus s’occuper de marginaux et de personnes tombées dans le péché, ils se mirent à « maugréer : "Il accueille des pécheurs et il mange avec eux !" »

 

A partir de là, ils lui tendirent des pièges, essayèrent de le faire passer pour un prédicateur enseignant l’erreur. Finalement, ils parvinrent à le faire exécuter pour des raisons fallacieuses.

C’était pourtant des « scribes », des spécialistes de l’Ecriture Sainte ! Malheureusement, ils voulaient plier la Parole de Dieu à leurs opinions personnelles et lui faire dire ce qui leur plaisait. Aussi furent-ils irrités quand Jésus, l’auteur de l’Ecriture, leur fit comprendre qu’il n’y avait qu’un seul chemin pour parvenir auprès de Dieu, dans sa communion de vie ; et ce seul chemin, c’est de se repentir de ses péchés et de se réfugier dans la foi auprès de lui, Jésus, seul Médiateur et Sauveur entre Dieu et les hommes. « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi ! » (Jn 14.6)

 

Cela, « les collecteurs des taxes et les pécheurs » l’avaient compris. Certes, tous les collecteurs de taxes qui avaient trompé et volé le peuple ne s’en étaient pas repentis, tous ne se sont pas réjouis du pardon offert par Jésus. De l’autre côté, « les pharisiens et les scribes » n’ont pas non plus tous rejeté Jésus pour toujours : ne songez qu’à Nicodème, à Paul ou à Apollos, par ex.

Le fait d’appartenir à une certaine catégorie de gens n’est pas une assurance sur la vie éternelle, pas plus qu’appartenir à une autre catégorie serait une prédestination à la damnation éternelle.

Il est cependant évident que quelqu’un qui, comme le plus jeune des fils, a connu dans le temps l’amour du père, aura peut-être plus de facilités pour « rentrer en lui-même » (v. 17), à reconnaître sa faute et à accepter le pardon de Jésus.

 

Quelqu’un qui mène une vie extérieurement irréprochable, qui accomplit son travail de façon honnête – comme l’aîné des fils, ou comme « les pharisiens et les scribes » – un tel devra déjà avoir une conscience bien plus aiguisée pour reconnaître : « Moi non plus, je ne peux subsister devant Dieu sans pardon de mes péchés. Moi aussi, j’ai besoin du Sauveur des pécheurs. Moi aussi, je dois me tenir près du Christ. Pour moi aussi, ma place est auprès de lui. »

 

C’est sans doute là parfois – souvent ? – notre problème : Nous n’avons grugé personne, ne nous sommes pas enrichis personnellement en trompant le fisc ou qui que ce soit, comme le faisaient « les collecteurs de taxes » de l’époque. Nous n’avons pas dilapidé nos biens par une vie de débauche, comme le plus jeune des deux fils de la parabole. Nous n’avons jamais commis, extérieurement, de péché contre le 6ème Commandement, comme certains qu’on rencontre dans les Evangiles… Ou, peut-être, quand même ? Nous n’avons assassiné personne, pas commis de vol et pas non plus violé la morale publique (il faut dire qu’il faut déjà être ingénieux dans notre monde d’aujourd’hui pour trouver quelque chose qui scandalise encore…)

 

Si nous avons réellement pu nous préserver ainsi extérieurement, remercions Dieu de nous avoir aidés à résister aux tentations. Mais demandons-lui aussi de nous empêcher d’en tirer orgueil. Nous savons tous que les péchés, on ne les commet pas seulement par des violations grossières de la Loi de Dieu, mais aussi par des manœuvres plus fines, plus déguisées ; on pêche aussi contre Dieu en paroles, en pensées et en désirs.

 

Et là, si nous sommes honnêtes et ne nous leurrons pas nous-mêmes (1 Jn 1.8), il nous faut bien reconnaître que nous sommes coupables devant Dieu. Confessons-le alors à notre Dieu compatissant, comme le plus jeune des fils l’a fait : « Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. » (v. 21)

 

Combien sommes-nous alors à envier si nous savons que, malgré nos péchés, notre Père céleste nous prend quand même dans ses bras pour l’amour de son Fils Jésus-Christ ; qu’à cause de ce dernier il nous pardonne et ne nous rejette et ne nous repousse pas !

 

Dans sa détresse, le jeune fils s’est souvenu de l’amour du Père. C’est ce qui l’a ramené auprès du père. Dieu fasse que nous aussi nous sachions toujours que Dieu nous aime pour l’amour de Jésus. Dieu fasse que cet amour nous attire toujours à lui dans une repentance et une foi de tous les jours, que nous soyons tombés comme le plus jeune des fils ou ayons dangereusement dérapé comme l’aîné.

 

Ce qui est important, c’est que nous « rentrions » régulièrement « chez notre père » (v. 20) pour vivre avec gratitude, auprès de lui, de son pardon et de son amour.

 

 

--- 3 ---

 

 

Es-tu attiré par ton Seigneur riche en pardon, en salut et en amour… ou est-il obligé de te courir après comme il a dû aller après l’aîné de la parabole ?

 

Quand Jésus raconte une parabole, c’est pour que chacun de ses auditeurs, plus tard chacun de ses lecteurs, se l’applique à lui-même.

Alors, soyons francs : Ne réagissons-nous pas parfois comme l’aîné des fils ou comme les pharisiens ? Cela ne nous gêne-t-il pas parfois que des personnes qui se sont écartées d’une vie conforme à la maison du Père céleste retrouvent, après s’être repenties, la même position et les mêmes droits qu’auparavant ? Nous parlons bien entendu de personnes qui, comme le fils cadet, ont reconnu leur péché et ont demandé pardon pour l’amour du Christ. Pour des personnes qui ne se repentent pas, il n’y a pas de place dans le cœur de Dieu, pas non plus dans son Eglise « aussi longtemps qu’ils ne se repentent pas » (Martin Luther ; « Petit Catéchisme »).

 

Bien entendu, Dieu veut les regagner, les avoir de nouveau dans sa communion de vie. Il va après eux, les invite avec insistance, comme nous voyons dans la parabole le père le faire avec l’aîné. Nous avons le même devoir : aller après ceux qui se sont égarés dans des chemins de traverse, pour les amener à reconnaître leur péché et à redemander le pardon de Dieu.

 

Heureusement pour nous, Dieu ne nous a pas laissé tomber dès la première fois que nous nous sommes étalés. Combien de fois n’a-t-il pas déjà dû nous suivre et appeler après nous pour nous faire revenir d’un aveuglement, d’un égarement, et nous ramener par la repentance et la foi auprès de lui en sécurité.

 

Ici, il nous a peut-être ramenés à lui grâce à une parole que nous avons lue quelque part et qui nous a fait reconnaître notre tort. Là, c’est un sermon qui nous a réveillés et nous a poussés à demander son pardon avec foi. Ou Dieu a utilisé le pasteur, un conseiller presbytéral ou un autre paroissien pour nous ouvrir les yeux sur un comportement indigne d’un enfant de Dieu.

Sommes-nous alors reconnaissants à Dieu d’aller ainsi après nous, d’envoyer quelqu’un après nous ? Lui sommes-nous reconnaissants de vouloir nous ramener auprès de lui dans une repentance et une foi de tous les jours ?

 

Comment « les pharisiens et les scribes » ont-ils réagi aux paraboles de Jésus de la brebis perdue, de la drachme perdue et du fils – il faudrait dire : des fils – perdus ? Comment l’aîné des fils a-t-il finalement réagi à l’insistante invitation du père ?

 

Cela ne nous est pas dit. Sans doute parce que cet aîné n’est qu’un personnage de parabole. Ce que Jésus veut, c’est que chacun de nous réponde en ce qui le concerne. Cela commence avec une parabole ; cela doit se terminer avec ta réponse à toi. La parabole, c’est Dieu qui frappe à la porte de ton cœur.

 

A chacun de nous maintenant de voir comment l’intention de Dieu peut se réaliser dans sa vie à lui.

A chacun d’entre nous de voir comment il suit les appels de l’amour et du pardon de Dieu, comment il se laisse chaque jour ramener avec repentance et foi en Jésus dans la proximité de Dieu.

 

Voyez-vous, nous avons un Dieu tellement merveilleux qu’il veut nous pardonner tous nos péchés, que nous ayons un peu dérapé par mégarde ou que nous nous soyons égarés très loin de lui. C’est un Dieu qui veut nous appeler et nous maintenir dans son entourage et sa communion de vie, dans une repentance et une foi en Jésus-Christ de tous les jours, pour que, plus tard, nous puissions nous réjouir de sa présence dans la félicité éternelle.

Es-tu attiré par ce Dieu si merveilleux de compassion et d’amour ? Ou est-il obligé de te courir après ?

 

Sans doute que la plupart du temps tu es attiré par lui. Mais il y a des moments dans la vie où il doit sans doute nous courir après.

 

Ce qui importe, c’est que nous ne fassions pas la sourde oreille quand, dans son amour, il nous « reprend » (Ap 3.19). Faisons plutôt comme « les collecteurs de taxe et les pécheurs » de notre histoire : réjouissons-nous à l’écoute de sa Bonne Nouvelle et recherchons, pour cela, sa proximité dans sa Parole, dans la paroisse, dans la Cène et dans la prière !

 

Amen.

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

Chants :

 

Vers toi s’élève mon âme LlS 211 : 1-3

Ô mon Dieu, Père tout-puissant, LlS 134 : 1-4

Seigneur, dirige tous mes pas LlS 263 : 1-5

Jésus-Christ, dans sa grâce LlS 164 : 1-13

Publié par Eglise évangélique luthérienne à 22:35 Aucun commentaire:

 

Sermon du dimanche 20 avril 2008 - Cantate

 

Texte: Col 3.12-17[1]

 

12 « Ainsi donc, vous qui êtes

choisis par Dieu, saints et bien-aimés,

revêtez-vous d'une tendresse magnanime, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience.

13 Supportez-vous les uns les autres

et faites-vous grâce, si quelqu'un a à se plaindre d'un autre ; comme le Seigneur vous a fait grâce, vous aussi, faites de même.

14 Mais par-dessus tout, revêtez-vous de l'amour, qui est le lien parfait.

15 Que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés en un seul corps, règne dans votre coeur.

Soyez reconnaissants !

16 Que la parole du Christ habite en vous avec toute sa richesse ;

instruisez-vous et avertissez-vous en toute sagesse,

par des psaumes, des hymnes, des chants spirituels ;

dans la grâce, chantez à Dieu de tout votre coeur.

17 Quoi que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu, le Père. »

 

 

 

Chers choristes de la chorale des miraculés !

 

 

« Cantate ! » « Chantez ! » Tel est le nom de ce quatrième dimanche après Pâques, un nom qui est entièrement dans le ton de l’émotion et de la jubilation pascale.

« Cantate ! » C’est, en latin, le premier mot de l’Introït de ce jour, tiré du Psaume 98 : « Chantez pour le Seigneur un chant nouveau, car il a fait des choses étonnantes ! » (Ps 98.1)

[2] Prodigieux est ce qu’il a réalisé au matin de Pâques. En disant cela, la chrétienté ne pense pas seulement au miracle de la résurrection du Christ, mais aussi à tout ce que cela a fondamentalement changé pour nous, à tout ce que cela nous a apporté comme bienfaits et bénédictions capitales !

Quoi d’étonnant qu’aussi bien les psalmistes que Paul, ici dans notre texte – mais ailleurs aussi – présente

 

LA PAROISSE

COMME UNE CHORALE

 

1. composée de miraculés ;

2. qui fait monter des chants vers Dieu (il fallait s’y attendre…), mais aussi

3. dont l’harmonie « s’entend » dans leurs rapports mutuels.

 

 

 

------ 1 ------

 

LA PAROISSE EST UNE CHORALE

COMPOSEE DE MIRACULES,

 

de miraculés du matin de Pâques. C’est pour cela que nous ne nous contentons pas de fêter la résurrection du Christ le seul jour de Pâques, mais lui consacrons aussi les six dimanches suivants. Jusqu’au dimanche Exaudi – entre l’Ascension et la Pentecôte – la couleur liturgique reste blanche comme à Pâques, et le répons après l’Epître demeure celui de la fête de Pâques.

En fait, étant des miraculés du matin de Pâques, nous nous réunissons régulièrement le jour de la semaine où Christ est ressuscité, jour que nous appelons « dimanche », mot dérivé lui aussi du latin et signifiant : « Jour du Seigneur » (Ap 1.10), du Seigneur ressuscité et vainqueur, bien entendu.

 

Des miraculés du matin de Pâques, disais-je. Et c’est bien ce que nous sommes. Paul écrit. « Le Seigneur vous a fait grâce » (v. 13). D’autres traduisent : « Christ vous a pardonné ». Cela revient au même. Le pardon efface une faute, une dette, le pardon délivre du châtiment et nous dispense de payer pour ce que nous avons commis. Dans le texte grec, nous avons ici un verbe composé contenant le mot grâce, don immérité.

 

Quand un chef d’Etat gracie quelqu’un, il évite au condamné la peine qu’il a méritée. Autrefois, lorsque la peine de mort existait encore en France, le président de la République pouvait gracier un condamné à mort et lui remettre cette peine. Récemment, le président du Tchad a gracié les membres de la fameuse « Arche de Zoé », indiquant ainsi qu’ils n’avaient pas besoin de purger les huit ans de prison auxquels ils avaient été condamnés.

 

Je peux m’imaginer le feu d’artifice d’émotions et de joie que cela a dû déclencher dans leurs cellules, lorsque cette nouvelle leur est parvenue : graciés ! miraculés !

Chers amis, nous savons que grâce au Christ mort et ressuscité nous sommes aussi des graciés, des miraculés. Par nos péchés, mais aussi par notre état pécheur, nous avons mérité la damnation éternelle. Mais voilà, le Christ a pris notre châtiment sur lui et l’a pleinement subi au point de satisfaire les exigences de la Loi divine et de secouer la mort comme un vieil habit en ressuscitant victorieusement au matin de Pâques.

 

C’est ainsi qu’il nous a défaits du châtiment mérité, de la colère de Dieu et de la damnation éternelle. C’est ainsi qu’il a chassé la peur de nos cœurs et l’a remplacée par sa paix, le soulagement, la joie de graciés, de miraculés. C’est ainsi – pour parler avec Paul – que nous avons « été appelés à la paix du Christ » (v. 15), « la paix de Dieu » – de la part de Dieu et avec Dieu ! – « qui surpasse toute pensée. » (Ph 4.7)

 

Ce miracle nous est annoncé, répété, dans « la Parole du Christ avec toute sa richesse » (v. 16). C’est là que le Saint-Esprit déploie devant nos yeux tous les trésors célestes que nous devons au Christ mort et ressuscité.

 

C’est ainsi – par l’Evangile – qu’il nous a « choisis » et « appelés » à être « saints », ses « bien-aimés » (v. 12). Et cela ne devrait pousser notre cœur à jubiler, à chanter ?

Nous rendons-nous toujours compte de ce que cela veut dire : Dieu nous a « appelés » pour être ses « saints » ? Il n’y a là vraiment aucune raison de se glorifier, bien au contraire ! « Saint » signifie : consacré, dédié, mis à part, mis de côté dans un but précis. On ne se rend pas saint, Dieu nous rend saints. Dieu nous a attachés à lui, nous a mis de côté dans son Royaume ; lui nous a consacrés à la tâche d’enfants de Dieu !

 

Dieu nous a « appelés », de pécheurs incroyants indignes et perdus que nous étions, à être ses enfants, ses « bien-aimés » ! Au lieu de devoir craindre sa colère, nous pouvons nous savoir enveloppés par son amour sauveur et protecteur.

Et cela, il veut que nous ne le vivions pas dans l’isolement, mais dans l’unité d’« d’un seul corps » (v. 15), comme Paul le dit ici, non pas comme des ions libres et indépendants, mais dans la communion fraternelle de son Eglise.

 

L’expression typiquement – et, d’ailleurs, exclusivement française – « croyant, mais non pratiquant », croyant, mais sans être une « pierre vivante » dans l’Eglise (1 P 2.5), est donc une contradiction en soi-même. Tout croyant sincère, conscient d’être un miraculé du divin Ressuscité, sait que sa place est dans la communauté des croyants qui se réunissent autour de la Parole de Dieu et des sacrements, et il s’intègre dans un église qui fait cela en fidélité au Seigneur.

Notre Seigneur ne veut pas que nous vivions notre foi dans une cacophonie individualiste, mais dans une symphonie bien accordée. Car

 

------ 2 -----

 

LA PAROISSE EST UNE CHORALE

QUI FAIT MONTER DES CHANTS

VERS DIEU !

 

 

« Dans la grâce, chantez à Dieu de tout votre cœur ! » nous lance l’apôtre Paul. Il ne dit pas : « Chantez, pour mettre de l’ambiance ! » ou : « Chantez, car c’est ce à quoi Dieu a droit ! » Non, il dirige notre attention sur notre état de miraculés, de graciés. Il sait que si nous avons saisi l’inimaginable qui nous est arrivé, la grandiose transformation qui s’est faite dans nos relations avec Dieu, alors notre « cœur » se mettra tout seul à jubiler.

 

Paul ne nous met pas la pression, il ne fait pas de… chantage – excusez le jeu de mots – pour nous obliger à chanter contre notre gré. Non, il nous rappelle ce qui va nous pousser à chanter, car « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Mt 12.34)

 

Et qu’est-ce qui fait déborder notre cœur de joie et de reconnaissance ? La faveur imméritée de Dieu qu’il nous a témoignée en envoyant son Fils mourir et ressusciter pour nous, « la grâce » avec laquelle il nous traite, nous sauve, nous bénit.

« Dans la grâce », subjugués par la faveur imméritée de Dieu en Jésus-Christ, nous allons tous nous mettre à « chanter à Dieu de tout notre cœur ! »

 

Cela s’entendra dans nos cultes que nous rendons à Dieu. Et nous le faisons dans une communion, une harmonie, une symphonie de cœur et d’esprit autour de notre Seigneur et Sauveur.

 

Mais, me direz-vous, comment pouvons-nous tous chanter en harmonie s’il y en a parmi nous qui ne savent pas, ou guère « chanter » ? Que pense Dieu – au regard de notre texte – de ceux qui chantent mal, voire faux ?

Ce qui frappe, c’est que, curieusement, Paul ne semble pas connaître de croyants qui chantent faux. En avait-il de la chance ? – Pas plus que nous. Ou plutôt, nous avons la même chance : aucun croyant ne chante faux aux oreilles de Dieu, car Dieu écoute le chant du « cœur », il écoute ce qu’exprime notre foi en Jésus, notre joie de miraculés.

 

Par contre, quelqu’un qui chanterait comme un soliste professionnel, mais dont le « cœur » n’y serait pas, qui le ferait sans foi en Jésus, le Ressuscité, son chant sonnerait faux aux oreilles de Dieu, son chant déplairait à Dieu, Dieu le disqualifierait malgré tous les titres de conservatoire de musique qu’il pourrait avoir.

 

Cher frère, chère sœur, miraculés de Dieu comme moi, « dans la grâce, chantez à Dieu de tout votre cœur ! » Et si vous deviez éventuellement vous retenir quelque peu pour ne pas incommoder votre voisin sur le banc d’église, laissez chanter « votre cœur » : Dieu l’entend plus et mieux que les voix les plus mélodieuses.

 

D’ailleurs, le chant de la foi s’exprime ailleurs encore que dans « les psaumes, les hymnes, les chants spirituels » que nous faisons monter « vers Dieu ». Notre bon Père céleste est aussi tout particulièrement sensible à notre symphonie paroissiale telle qu’elle se manifeste dans nos rapports mutuels, car

 

------ 3 ------

 

LA PAROISSE EST UNE CHORALE

DONT L’HARMONIE « S’ENTEND » AUSSI

DANS LES RAPPORTS MUTUELS

 

 

Il fallait s’y attendre. La foi ne produit pas des fruits que dans les chants du dimanche matin. Notre joie de miraculés s’exprime dans tous les domaines de la vie. Paul ne cite ici que deux domaines, celui du culte et celui de nos relations fraternelles.

Et là encore, Paul place le Ressuscité et ses bénédictions au centre et au point de départ. « Que la paix du Christ habite dans vos cœurs ! » (v. 16)

Peut-être y en a-t-il qui se demandent : « Mais comment puis-je avoir le cœur en paix ? Je ne chante peut-être pas faux, mais mes paroles et mes actes connaissent encore de véritables… fausses notes ! »

 

Tu n’es pas seul dans ce cas. Nous tous ne pouvons pas ramener nous-mêmes la paix dans nos cœurs – ce n’est d’ailleurs pas de cela que Paul parle ici – Par contre, « la paix du Christ », la paix que le Christ a établie entre son Père et toi, celle-là accepte-la, laisse-la remplir ton cœur, laisse-la te rassurer, et qu’elle imprègne toute ta vie, qu’elle se manifeste dans ta vie.

« Quoi que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus ! » (v. 17) En toute chose, comportez-vous comme quelqu’un qui sait que ses péchés sont couverts, qu’il est gracié, qu’il est un miraculé de Pâque !

 

Alors vous voudrez faire honneur à celui qui vous a sauvés, vous essayerez de faire comme lui, vous voudrez que votre comportement rappelle à votre entourage celui de votre Seigneur et Sauveur, vous vous efforcerez pour que, « quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre », cela soit un témoignage rendu à « son nom » et renvoie à lui.

 

Oh ! là aussi, dans nos relations humaines, il y aura des fausses notes, mais elles ne parviendront pas jusqu’à Dieu car le pardon et la paix du Christ s’entreposent.

Et plus nous en serons conscients, et davantage « la paix de Christ habitera dans nos cœurs » et s’exprimera dans notre comportement. Voici tout un programme paroissial que je vous invite à méditer, et pourquoi pas ce soir déjà ?

 

« […] Revêtez-vous d'une tendresse magnanime, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience.

Supportez-vous les uns les autre.

Et faites-vous grâce, si quelqu'un a à se plaindre d'un autre.

Comme le Seigneur vous a fait grâce, vous aussi, faites de même.

Mais par-dessus tout, revêtez-vous de l'amour, qui est le lien parfait.

[…] Soyez reconnaissants !

Que la parole du Christ habite en vous avec toute sa richesse.

Instruisez-vous et avertissez-vous en toute sagesse, […]

Quoi que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu, le Père. »

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

 

Chants :

 

Entonnons un nouveau cantique AeC 98 : 1-4

Le Sauveur est ressuscité AeC 480 : 1-3

Béni soit le lien Qui nous unit en Christ AeC 524 : 1-4

 

 

 

sermon du dimanche 6 avril 2008 - Misericordias Domini

 

Texte : Hé 13.12-21

 

Note :

Le texte biblique utilisé est celui de la « Nouvelle Bible Segond » (2002, Alliance Bibl. Universelle). Parfois la traduction de la « Segond 21 » (2007, Soc. Bibl. de Genève), se trouve en note de bas de page.

 

12 « C'est pourquoi Jésus aussi, pour consacrer le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte de la ville.

13 Sortons donc hors du camp pour aller à lui, en portant son humiliation.

14 Car nous n'avons pas ici de cité qui demeure, mais nous cherchons celle qui est à venir.

15 Par lui, offrons donc sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire le fruit de lèvres qui reconnaissent publiquement son nom.

16 Cependant, n'oubliez pas la bienfaisance et la solidarité, car c'est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir.

17 Obéissez à ceux qui vous dirigent et soyez-leur soumis : ils veillent sur vous, sachant qu'ils auront des comptes à rendre. Qu'ils puissent le faire, non pas en soupirant, ce qui ne serait pas à votre avantage, mais avec joie.

18 Priez pour nous ; nous sommes en effet persuadés d'avoir une bonne conscience, avec la volonté de nous bien conduire à tous égards.

19 Je vous encourage instamment à le faire, pour que je vous sois rendu plus tôt.

20 Que le Dieu de la paix – qui a ramené d'entre les morts le grand berger, par le sang d'une alliance éternelle, notre Seigneur Jésus –

21 vous forme en tout ce qui est bon pour faire sa volonté ; qu'il fasse en nous ce qui lui est agréable par Jésus-Christ, à qui soit la gloire à tout jamais ! Amen ! »

 

Le même texte dans la Bible « Segond 21 » ( Hé 13.12-21 ) :

 

12 : « Voilà pourquoi Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert en dehors de la ville.

13 : Sortons donc pour aller à lui à l'extérieur du camp, en supportant d'être humiliés comme lui

(littéralement « portant son déshonneur »).

14 : Car ici-bas nous n'avons pas de cité permanente, mais nous recherchons celle qui est à venir.

15 : Par Christ, offrons [donc] sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom.

16 : Et n'oubliez pas de faire le bien et de vous entraider, car c'est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir.

17 : Obéissez à vos conducteurs et soumettez-vous à eux, car ils veillent sur votre âme en hommes qui devront rendre des comptes. Ils pourront ainsi le faire avec joie, et non en soupirant, ce qui ne vous serait d'aucun avantage.

18 : Priez pour nous. Nous sommes en effet convaincus d'avoir une bonne conscience, puisque nous voulons bien nous conduire en toute circonstance.

19 : Je vous invite plus particulièrement à prier pour que je vous sois rendu plus tôt.

20 : Que le Dieu de paix – qui a ramené d'entre les morts notre Seigneur Jésus, devenu le grand berger des brebis grâce au sang d'une alliance éternelle –

21 : vous rende capables de toute bonne oeuvre pour l'accomplissement de sa volonté. Qu'il réalise en vous ce qui lui est agréable par Jésus-Christ, à qui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen ! »

 

 

 

Chers frères et sœurs

« consacrés par le propre sang de Jésus » !

(v. 12)

 

Il y a vingt-deux ans, c’est sur ce texte que j’ai prêché lorsque je me suis retrouvé pour la première fois devant mes quatre paroisses d’alors, après une absence de plusieurs mois avec opération chirurgicale et cobaltothérapie en raison d’un cancer. « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles ! » (Rm 11.33) Que cela ait été « ses voies », il n’y a a pas de doute, et qu’elles aient été « insondables », bien entendu ! puisque cela m’était tombé dessus comme un orage qui éclate.

 

Quand nos chemins prennent, soudain, de tels virages, cela ne devrait pas nous étonner, cela ne devrait pas nous désarçonner. Nous avons la promesse de Dieu que « toutes choses coopèrent au bien de ceux qui l’aiment » (Rm 8.28). Par ailleurs, nous savons que nous ne faisons que traverser ce monde-ci. Pierre nous appelle « des exilés et des étrangers » (1 P 2.11

[1]) et l’auteur de notre épître aux Hébreux « des étrangers et résidents temporaires sur la terre » (Hé 11.13[2])

Jésus n’avait rien dit d’autre quand il a dit de nous que, bien entendu, nous étions « dans le monde », mais que nous n’étions pas « du monde » (Jn 17.18+16). « Notre citoyenneté est dans les cieux (Ph 3.20[3]). Ici-bas, nous ne faisons que passer. Notre véritable « chez-nous » est ailleurs. Notre texte le dit ainsi : « Nous n'avons pas ici de cité qui demeure – « ici-bas nous n'avons pas de cité permanente, »[4] – mais nous cherchons celle qui est à venir. » (v. 14)

Autrement dit :

 

NOUS SOMMES EN TRANSIT

VERS NOTRE PATRIE CELESTE

 

Les uns font le parcours plus vite, pour d’autres cela prend plus de temps. Les uns ne semblent pas connaître de problèmes majeurs lors de leur voyage, d’autres connaissent incidents et accidents qui leur rendent le voyage plus difficile.

 

« Nous n’avons pas ici de cité qui demeure », « de cité permanente » ; nous ne sommes pas ici pour toujours. Bien des choses nous le rappellent : les maladies, le vieillissement, aussi les décès autour de nous. Ces incidents de parcours ne devraient pas nous terrifier, mais diriger nos regards vers le but de notre voyage – « notre cité à nous dans les cieux » – cela devrait davantage encore nous faire « chercher la cité qui est à venir »

 

Et plus nous réfléchissons à notre transit ici-bas vers notre patrie céleste et mieux nous serons conscients du fait que

 

NOTRE VOYAGE

VERS NOTRE CITE CELESTE

SE FAIT

 

1. dans la foi ;

2. dans la paix ;

3. avec des guides ;

4. dans l’état de sanctifiés.

 

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NOTRE TRANSIT

VERS NOTRE PATRIE CELESTE

SE FAIT DANS LA FOI

 

Cela n’étonnera personne que ce transit vers notre cité céleste se fasse dans la foi, dans la foi en Celui dont nous venons de célébrer la mort expiatoire et la résurrection triomphale. Certes, pour tout le monde – pour les incroyants comme pour nous, les croyants – ce monde-ci n’est pas « une cité permanente ». Personne ne restera ici. Tous devront un jour partir par cette porte de sortie qu’est la mort ; et ceci pour une raison aussi implacable qu’universelle : « tous, en effet, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3.23)

 

Pour cette raison, certains disent que la vie n’a pas de sens. Aussi cherchent-ils à lui en donner en l’organisant comme s’il n’y avait rien après ; ils en font un but en soi ; ils s’enivrent de biens et de plaisirs de ce monde pour ne pas avoir à penser à la porte de sortie. Cela les angoisserait de trop.

Mais chaque vie a un but : pour ceux qui se réfugient avec foi auprès du Christ la vie éternelle ; pour les autres la damnation éternelle. Cela dépend de mes relations avec le seul Sauveur du monde : est-ce que je place ma foi en sa mort expiatoire ou non ?

 

Le désir le plus cher de Dieu est de faire aboutir notre passage sur terre dans sa cité céleste. Et l’auteur de note épître nous souhaite : « Que Dieu […] vous forme en tout ce qui est bon pour faire sa volonté ! » (v. 21) L’auteur divinement inspiré sait que nous ne pouvons nous-mêmes faire de notre passage sur terre un voyage vers le ciel. Pour cela il faut que Dieu intervienne avec son Evangile de grâce et de vie. Et nous devons continuellement affermir notre foi à cette source divine. Alors sa volonté prioritaire s’accomplit dans notre vie. Comment Jésus l’avait-il présentée ? – Voilà ce qu’il a dit : « La volonté de mon Père, c'est que quiconque voit le Fils et met sa foi en lui ait la vie éternelle; et moi, je le relèverai au dernier jour. » (Jn 6.40

[5])

 

Que le Seigneur nous accorde son Saint-Esprit pour que sa volonté salutaire s’accomplisse en nous, que nous croyions en lui ! Par ses souffrances et sa mort innocentes, par sa résurrection glorieuse aussi, il nous a ouvert la voie vers notre « cité permanente dans les cieux ».

« Celui qui croit au Fils »

[6], « celui qui met sa foi dans le Fils a la vie éternelle » (Jn 3.36), son transit terrestre le conduit à coup sûr dans « la cité permanente dans les cieux », quels que soient la durée, la difficulté et le caractère imprévisible de son passage sur terre.

 

Par contre « celui qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie », son voyage débouchera sur une catastrophe sans pareille, car « la colère de Dieu demeure sur lui » (Jn 3.36

[7]), une colère qui maintient la porte du ciel fermée et détourne l’incroyant vers la damnation éternelle.

Mais si notre vie ici-bas se déroule dans la foi en Jésus-Christ mort et ressuscité pour nous, alors

 

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NOTRE TRANSIT

VERS NOTRE PATRIE CELESTE

SE FAIT AUSSI DANS LA PAIX,

 

une paix sublime qui enveloppe et imprègne notre vie.

De façon très réaliste, notre texte nous décrit notre voyage qu’il fait débuter… dans la mort. De naissance, par nature, nous étions plongés dans un état de mort spirituelle. Nous étions, dit l’apôtre Paul, spirituellement « morts », « sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu » (Ep 2.1+12). C’est pour nous sortir de cet état de perdition que Dieu a envoyé son Fils « pour » – dit notre texte – « consacrer le peuple par son propre sang » (v. 12).

 

Jésus a fait couler « son propre sang » (v. 12) pour se « consacrer » un peuple de croyants, pour arracher à la masse des perdus le peuple de ceux qui placeront leur confiance en son expiation et résurrection et qui jouiront de ses trésors célestes.

 

En faisant couler « son propre sang » pour expier nos péchés, il a satisfait les exigences de la sainte Loi de Dieu à notre égard et nous a réconciliés avec Dieu qui est devenu notre allié pour l’éternité. C’est ainsi – dit notre texte – que « notre Seigneur Jésus » a posé les fondements « d'une alliance éternelle » (v. 20). Quiconque croit au Fils est relié à Dieu par une alliance de grâce et de miséricorde, celui-là se trouve avec Dieu dans une relation de paix éternelle, la vie d’un tel se déroule sous le règne de paix de Dieu et e son Fils.

 

Ce dernier est appelé ici « le grand Berger des brebis » (v. 20

[8]). C’est pour cela que ce texte a été choisi pour ce dimanche, aussi appelé « le dimanche du Bon Berger ».

 

Nous tous qui faisons le voyage de cette vie dans la foi en Christ, nous voyageons sous la protection et la bénédiction de notre « grand Berger ». Il ne veille pas seulement à ce que notre parcours terrestre soit un transit vers le ciel, il veille aussi à ce que, durant notre passage sur terre, rien ne puisse réellement nous porter préjudice. Et comme, en « Bon Berger » (Jn 10.14), il sait mieux que nous, ses « brebis », ce qui est bon pour nous, nous voulons lui faire confiance, même là où il nous conduit par des chemins qui nous prennent au dépourvu, voire nous amènent à devoir serrer les dents.

 

N’oublions pas : sa résurrection nous prouve qu’il est tout-puissant, plus puissant aussi que la mort et le diable. Oh ! certes, nous connaissons encore des soucis, des angoisses, voire de profondes souffrances, durant notre périple à travers cette existence, mais en restant à l’écoute de sa voix (Jn 10.16), notre « grand Berger » nous rend confiants : il fera « tout coopérer à notre bien » (Rm 8.28). Cela aussi fait partie de « l’alliance éternelle » qu’il a conclue avec nous. Lui respecte fidèlement les clauses de cette « alliance », n’en doutons jamais ! Il nous conduit d’une main sûre vers notre destination céleste.

 

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POUR QUE NOTRE TRANSIT

DEBOUCHE SUR NOTRE PATRIE CELESTE,

IL MET DES GUIDES A NOTRE DISPOSITION.

 

Notre texte les appelle « ceux qui vous dirigent » et qui « veillent sur vous » (v. 17). Ils doivent vous accompagner dans votre transit et vous servir avec leurs conseils et leurs mises en garde, avec leurs encouragements et leurs mises au point, bref avec les promesses de l’Evangile et les directives de la Loi divine. Un « veilleur » qui ne met pas en garde, un guide qui laisse son groupe s’enliser dans des situations inextricables, c’est un mauvais guide.

 

Mais Jésus, notre « grand Berger », a placé à vos côtés des « conducteurs »

[9], des hommes « qui vous dirigent » par leur proclamation de l’Evangile pour que vous ne ratiez pas la destination céleste, pour que vous ne vous relâchiez pas dans votre foi en Lui par manque de nourriture spirituelle et pour que vous soyez mis en garde contre ce qui pourrait menacer votre foi, donc menacer votre arrivée à destination.

 

« Obéissez-leur » (v. 17) quand ils accomplissent leur mission avec fidélité ; « obéissez-leur » quand ils exercent leur ministère selon les directives du « grand Berger des brebis » ; « obéissez-leur » alors pour « qu'ils puissent le faire, non pas en soupirant, ce qui ne serait pas à votre avantage, mais avec joie. » (v. 17)

 

Ne pas donner suite à ce que les guides que Jésus nous a donnés nous disent, nous amènerait à nous égarer. Et nous comporter de manière à les amener à « soupirer » dans l’exercice de leur ministère, ce serait s’élever contre celui qui nous les a donnés, « le grand Berger des brebis ».

Chaque pasteur sait qu’il commet aussi des erreurs. Quiconque a déjà monté la garde ou veillé sait qu’il peut arriver qu’on ne voie pas un danger, ou qu’on en voit là où il n’y en a pas. Les compagnons de voyage peuvent alors, fraternellement, rendre leur guide attentif à son erreur, ce pour quoi il leur sera reconnaissant : lui aussi est un compagnon de voyage et veut arriver au but avec les autres.

 

Aussi l’auteur de notre texte – lui-même un « guide » et un « veilleur » – vous exhorte-t-il : « Priez pour nous ! » (v. 18) Paul a demandé la même chose aux membres des paroisses qu’il a pu fonder.

 

Si les apôtres avaient besoin de l’intercession de leurs compagnons de voyage, combien plus avons-nous, nous pasteurs, besoin que vous priiez régulièrement pour nous ! Et si votre pasteur a fait un faux-pas, demandez-vous d’abord si vous avez régulièrement prié pour lui… Cela donne alors à toute notre entreprise de voyage une atmosphère fraternelle d’intérêt mutuel.

 

Oui, « priez pour nous ! » que nous exercions notre mission de « guides » et de « veilleurs » avec sérieux et amour. « Priez »

 

aussi que nos problèmes ou maladies personnels – que nous connaissons comme vous – ne nous empêchent pas – ou pas trop longtemps – de vous faire bénéficier de la Parole de Dieu et de ses conseils.

 

Finalement, n’oublions pas

 

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DE VIVRE NOTRE TRANSIT

VERS NOTRE PATRIE CELESTE,

EN TANT QUE « CONSACRES »

 

ou « sanctifiés » (v. 12

[10]). Dans de nombreux passages bibliques, Dieu nous appelle ainsi, nous, comme tous ceux qui croient en Jésus. Et d’ailleurs, le fait que notre transit terrestre doive déboucher sur la félicité éternelle est déjà une preuve que nous sommes « consacrés » à Dieu, « consacrés », mis à part comme peuple de Dieu. Car c’est bien là la sens du mot « consacrés » ou « sanctifiés ».

 

Quand par « l’Evangile, puissance de Dieu » (Rm 1.16), le Saint-Esprit nous a amenés à la foi en Jésus-Christ, il nous a séparés du monde incroyant et placés dans la communion de vie de Dieu. Et plus nous nous plaçons sous l’action régénératrice du Saint-Esprit dans la Parole et les sacrements, et plus nous serons poussés à mener une vie « consacrée », une vie tournée avec foi et amour vers Dieu.

 

Nous commettons encore des péchés – malheureusement ! – mais dans sa grande miséricorde Dieu nous les pardonne pour l’amour du « sang » (v. 12) versé pour nous par Jésus ; dans sa grande miséricorde, il nous les pardonne, à nous qui menons une vie de repentance et de foi de tous les jours. C’est aussi ce que veut souligner le nom latin de ce dimanche : « Misericordias Domini » (la miséricorde du Seigneur) !

 

C’est ainsi que nous traversons cette vie en personnes « consacrées » ou « sanctifiées » « par le sang de Jésus », et nous nous efforçons de sanctifier son nom par notre vie, par notre comportement durant notre périple vers le ciel.

 

A quoi une vie de « sanctifiés » peut-elle bien ressembler ? De façon générale, nous allons nous efforcer de « bien nous conduire à tous égards » (v. 18). Cela ne nous attirera pas que de l’approbation. A certains moments, notre comportement de « sanctifiés » va nous attirer la réprobation et nous aurons à « porter l’humiliation de Jésus » (v. 13) après lui, nous devrons « supporter d’être humiliés comme lui »

[11].

 

Mais ne faut-il pas plaindre et prier pour ceux qui traitent ainsi notre divin Conducteur et ceux qui le suivent, car eux se trompent du tout au tout et se dirigent vers la perdition éternelle !

Aussi notre passage sur terre ne doit-il pas se faire dans le silence gêné – comment peut-on être gêné d’avoir été sauvé et sanctifié par le Christ pour la vie éternelle ? – Non, dit notre texte, « par [Jésus], offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire le fruit de lèvres qui reconnaissent publiquement son nom ! » (v. 15)

 

Disons, le cœur débordant de joie et de gratitude, tout ce que nous devons à notre Seigneur : il nous a mis sur la bonne voie, celle de « la cité permanente dans les cieux ». « Reconnaissons publiquement son nom », « confessons son nom »

[12], « confessons » tout ce qu’il est pour nous et qu’il voudrait aussi être pour les autres !

 

Et si nous sommes remplis de bonheur, nous voudrons aussi venir en aide à ceux qui ploient sous quelque fardeau. C’est ce que notre texte souligne en nous exhortant : « N'oubliez pas la bienfaisance et la solidarité, car c'est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir. » (v. 16). Soyons solidaires entre gens du même voyage, entre croyants, entre personnes « sanctifiées », mais exerçons aussi « la bienfaisance » envers ceux qui ne nous ont pas encore rejoints : cela les amènera peut-être à réfléchir à ce Dieu de miséricorde, organisateur de notre voyage céleste.

 

Chers frères et sœurs, chers compagnons de voyage, n’oublions jamais : « Nous n’avons pas ici de cité qui demeure », « de cité permanente » ; nous sommes de passage vers notre patrie céleste. Nous voulons être reconnaissants pour la miséricorde et la bonté de Dieu à qui nous devons d’être sur le chemin de la vie. Demandons-lui aussi chaque jour de nous garder dans son peuple de voyageurs jusqu’à ce que nous ayons atteint le but : « notre cité à nous dans les cieux » !

Et « que le Dieu de la paix – qui a ramené d'entre les morts le grand berger, par le sang d'une alliance éternelle, notre Seigneur Jésus – vous forme en tout ce qui est bon pour faire sa volonté ; qu'il fasse en nous ce qui lui est agréable par Jésus-Christ, à qui soit la gloire à tout jamais ! Amen ! »

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

Chants :

 

Seigneur, dirige tous mes pas, LlS 305 : 1-3

O Jésus, dans ta bergerie introduis LlS 177 : 1-3

Les troupeaux du Sauveur LlS 248 : 1+9-12

Venez, enfants de Dieu,, venez, LlS 170 : 1-6

 

Sermon du dimanche 25 mai 2008 - 1er dimanche après la trinité

 

Texte : Lc 16.19-31

 

 

19 Il y avait un homme riche

qui s'habillait de pourpre et de fin lin,

et qui chaque jour faisait la fête

et menait brillante vie.

20 Un pauvre couvert d'ulcères, nommé Lazare,

était couché à son porche;

21 il aurait bien désiré se rassasier

de ce qui tombait de la table du riche;

au lieu de cela,

les chiens venaient lécher ses ulcères.

22 Le pauvre mourut

et fut porté par les anges sur le sein d'Abraham.

Le riche aussi mourut et fut enseveli.

23 Dans le séjour des morts, il leva les yeux;

et, en proie aux tourments,

il vit de loin Abraham et Lazare sur son sein.

24 Il s'écria :

« Abraham, mon père,

aie compassion de moi !

Envoie Lazare

tremper le bout de son doigt dans l'eau

pour me rafraîchir la langue,

car je souffre dans ces flammes. »

25 Mais Abraham répondit :

« Mon enfant, souviens-toi

que tu as reçu ton bien durant ta vie

et qu'au lieu de cela Lazare, lui, a eu le mal ;

maintenant, ici, il est consolé,

tandis que toi, tu souffres.

26 En plus de tout cela,

un grand gouffre a été mis entre nous et vous,

afin que ceux qui voudraient passer

d'ici vers vous ne puissent le faire,

et qu'on ne traverse pas non plus

de là-bas vers nous. »

27 Le riche dit :

« Alors, je te demande, père,

d'envoyer Lazare dans la maison de mon père ;

28 car j'ai cinq frères.

Qu'il leur apporte son témoignage,

afin qu'ils ne viennent pas, eux aussi,

dans ce lieu de tourment ! »

29 Abraham répondit :

« Ils ont Moïse et les Prophètes ;

qu'ils les écoutent ! »

30 L'autre reprit :

« Non, Abraham, mon père,

mais si quelqu'un de chez les morts va vers eux,

ils changeront radicalement. »

31 Et Abraham lui dit :

« S'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes,

ils ne se laisseront pas persuader,

même si quelqu'un se relevait d'entre les morts. »

 

Cher frère, chère sœur en Jésus-Christ,

« je te prie de m’écouter avec patience ! »

(Ac 26.3)

 

Voilà comment l’apôtre Paul, prisonnier à Césarée, s’est adressé au roi Agrippa accompagné de Bérénice. « Je te prie de m’écouter avec patience ! » C’est aussi la demande non formulée de chaque prédicateur quand il s’adresse à son auditoire. C’est qu’il est, à ce moment-là, un témoin du Christ auprès de vous. « Je te prie de m’écouter avec patience ! » l’important et le sérieux du sujet l’exigent.

 

Nous nous trouvons, aujourd’hui, en présence d’une parabole qui nous parle des deux destinations possibles de la vie : le Paradis céleste ou les souffrances infernales ; deux destinations où, une fois qu’on est arrivé dans l’une des deux, c’est définitif. Abraham, depuis le paradis, dit au damné en enfer : « Un grand gouffre a été mis entre nous et vous, afin que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne puissent le faire, et qu'on ne traverse pas non plus de là-bas vers nous. » (v. 26)

 

C’est en ces mots que Jésus décrit la réalité de ceux qui sont décédés en ce moment, avant le Jour du Jugement Dernier. En effet, alors qu’Abraham et Lazare sont au paradis, d’autres – dont « les cinq frères » (v. 28) du damné – vivent encore sur terre. Mais pour ce dernier « les jeux sont faits » depuis son décès : une fois en enfer, on n’en ressort malheureusement plus.

Comprenant cela, le damné voudrait épargner le même sort affreux à ses frères, « car je souffre dans ces flammes » gémit-il (v. 24). Maintenant, le damné voudrait prévenir ses frères encore vivants ; il voudrait les mettre en garde. Mais, comme ils n’écoutent pas plus les vivants que lui ne l’a fait de son vivant, il souhaite un miracle : qu’un ressuscité qu’ils ont connu avant sa mort – Lazare – aille leur parler !

 

La réponse d’Abraham est aussi brève que définitive : « Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu'ils les écoutent ! » (v. 29) – « Moïse et les prophètes », ce sont les auteurs que Dieu a inspirés pour écrire l’Ancien Testament, toute la Bible de l’époque, la Parole de Dieu. Aujourd’hui, nous avons le Nouveau Testament en plus. Depuis que Jésus a raconté cette parabole, il a aussi inspiré les écrits du Nouveau Testament à ses apôtres et évangélistes, et a ainsi mis un terme à la révélation divine. La Bible est maintenant complète.

Le message est clair : selon que l’on écoute – ou non – Dieu et ses messagers, selon que l’on écoute la Parole de Dieu bien – ou mal –, on atterrit à la bonne ou à la mauvaise adresse : on est élevé au paradis céleste ou rejeté en enfer. Il est donc de la plus haute importance – il y va de la vie ou de la mort… éternelle ! – d’

 

ECOUTER LA PAROLE DE DIEU

 

et tout aussi important – puisqu’il y va de notre éternité ! – de savoir

 

1. Pourquoi écouter ?

2. Comment écouter ?

3. Que faire pour ceux qui n’écoutent pas ?

 

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POURQUOI ECOUTER LA PAROLE DE DIEU ?

 

Notre parabole montre clairement quel est l’enjeu de l’écoute de la Parole de Dieu : il y va de notre salut, il y va de la mise à l’abri des souffrances infernales des damnés.

Abraham énonce clairement trois vérités : 1°) Si le riche se retrouve en enfer, c’est qu’il n’a pas « écouté Moïse et les prophètes », c’est qu’il n’a pas pris à cœur le message biblique. 2°) Si Lazare connaît la joie d’être au Paradis, c’est que, lui, a écouté « Moïse et les prophètes » ! 3°) Si « les cinq frères » « n’écoutent pas Moïse et les prophètes », ils rejoindront leur frère en enfer.

Ce sont là des vérités fondamentales qui sont toujours valables aujourd’hui, et qui le resteront jusqu’à la fin du monde : celui qui n’écoute pas la Parole du Dieu qui a envoyé Jésus-Christ pour nous sauver, se perd lui-même pour l’éternité.

Le but ultime de notre écoute de la Parole de Dieu est donc que par elle Dieu nous amène à placer notre foi en son Fils pour avoir part au bonheur suprême dans l’éternité et échapper aux souffrances éternelles des damnés.

Mais ce but, dans l’éternité, ne sera atteint que si l’écoute de la Parole de Dieu a atteint son but dès cette vie-ci. Quel but dans cette vie ? Là aussi, la réponse est donnée par Abraham : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader » (v. 31).

Dieu veut que nous écoutions sa Parole parce que c’est par elle qu’il nous « persuade », c’est là qu’il nous amène à croire que ce qu’il dit dans sa Parole est vrai, que ce qu’il nous y dit nous concerne au plus haut point : qu’il y va de notre foi. Par sa Parole de grâce et de vie Dieu nous amène à nous agripper au Christ, seul Sauveur, centre du message de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

A l’époque, c’est à travers « Moïse et les prophètes » que Dieu amenait les gens à se repentir et à se tourner avec foi vers Christ, le Messie annoncé, pour être unis à lui dans le temps et pour l’éternité. Avec nous, aujourd’hui, Dieu utilise en plus – et avant tout – le Nouveau Testament, la parole de ce que le Sauveur est finalement venu accomplir pour nous sauver de la damnation.

Le message biblique du salut en Christ est le seul message « persuasif » dans le domaine spirituel, le seul par lequel le Saint-Esprit touche nos cœurs pour nous amener à nous confier en Christ pour être sauvés. « La foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend par la parole du Christ. » (Rm 10.17)[1] Dans son Testament – la Seconde Lettre à Timothée – l’apôtre Paul rappelle : « Les Ecrits sacrés peuvent te donner la sagesse en vue du salut par la foi qui est en Jésus-Christ. » (2 Tm 3.15)[2]

Comment se fait-il que le message biblique ait cet effet ? Là encore, citons Paul, cette fois dans son épître aux Romains : « La Bonne Nouvelle est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » (Rm 1.16)[3]

L’Evangile seul est une telle « dynamique » de persuasion, de foi et de vie. Là où l’Evangile ne parvient pas à gagner des âmes à la foi en Christ, aucun stratagème, aucun miracle, ne peut le remplacer.

Si un mort ressuscitait pour annoncer l’Evangile, les incroyants trouveraient toutes sortes d’excuses et d’arguments pour mettre soit la mort préalable en doute (et on traiterait le ressuscité de charlatan), ou pour mettre sa résurrection en doute, comme on l’a fait pour la résurrection de notre Seigneur.

 

Le message biblique – Jésus nous a sauvés du péché, de la mort et de l’enfer – ne serait pas écouté davantage que si un vivant l’annonce, … peut-être même moins.

Il n’y a qu’une solution pour être sauvé et maintenu dans une relation de foi en Jésus et ainsi être sauvé par lui : c’est de rester à l’écoute de l’Evangile pour que, par lui, le Saint-Esprit puisse produire et maintenir son effet salutaire dans nos cœurs.

 

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COMMENT ECOUTER LA PAROLE DE DIEU ?

 

Bien des personnes écoutent, lisent et étudient la Parole de Dieu, mais elles le font mal. Voyez « le riche », membre du Peuple d’Israël, et ses « cinq frères » ! « Ils avaient Moïse et les prophètes », ils connaissaient leur Bible, mais n’avaient jamais réellement fait attention à ce qu’elle disait, ils n’avaient pas noté que ce message divin les concernait de près, parlait de leur péché, de leur culpabilité, mais aussi de leur Sauveur. Ils n’avaient pas entendu l’appel à la repentance ; ils n’avaient pas fait attention à l’offre de pardon que Dieu leur adressait dans la Bible.

Leur cœur était ailleurs : les richesses, les amusements, le matérialisme remplissaient leurs cœurs, étaient devenus leurs idoles. Ils n’avaient que faire des appels de Dieu.

 

L’enfant Samuel avait répondu à ces appels : « Parle, Seigneur ; moi, ton serviteur, j’écoute ! » (1 S 3.9). Aujourd’hui, la plupart pensent : « Parle toujours, si ça te fait plaisir, mais d’abord, je ne suis pas ton serviteur, et ensuite, j’écouterai quand j’en aurai le temps ou l’envie ! »

 

D’autres écoutent avec plus de respect, mais tout aussi mal. Ils écoutent, mais entendent autre chose, comme si le message biblique leur parvenait à travers un prisme déformant. Tout ce qu’ils entendent est déformé par des idées préconçues. Il en est résulté des confessions différentes, même des sectes.

Mais ce n’est pas d’elles que nous voulons parler aujourd’hui, mais de nous. Est-ce que nous recevons toujours le message biblique tel qu’il est. Jésus nous dit : « Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ! » (Lc 8.18)

 

Certains s’endorment dans leur écoute de la Parole de Dieu. Ils se disent : « J’appartiens à une Eglise Evangélique Luthérienne fidèle, j’ai mon nom dans ses registres, Dieu les connaît, il sait que mon nom y est inscrit, je n’ai pas à m’en faire ! » Ce serait là un orgueil contraire à l’esprit de la Parole Dieu entendue mais mal écoutée. Cela rappellerait l’attitude des pharisiens qui, se sachant descendants d’Abraham, et sachant que leur généalogie était déposée dans les archives du Temple, pensaient que cela leur garantissait automatiquement l’approbation de Dieu.

D’autres écoutent la Parole de Dieu à travers le prisme de la tradition. Aussi, lorsqu’une tradition change, ils pensent tout perdre. C’est qu’ils ont mal écouté ; la tradition leur a caché le message de Dieu.

 

Enfin, la tentation est souvent grande de croire, parce qu’on a une vaste connaissance biblique – peut-être qu’on connaît même le catéchisme par cœur, ce qui est une bonne chose ! – qu’on n’a plus rien à apprendre, qu’on sait tout, qu’on n’a plus besoin d’écouter, de lire et de méditer la Parole de Dieu.

 

Là, je dis : Danger ! Une foi vivante a toujours soif d’entendre davantage. Si l’écoute se perd, la foi fait place à une connaissance sans saveur. Or si la Bible nous exhorte à « croître dans la connaissance » (Col 1.10), elle exhorte en même temps à faire « augmenter la foi » (2 Co 10.15) en Jésus-Christ. Une connaissance sans foi mène droit dans le mur, je veux dire : en enfer.

Ces dangers ont existé de tout temps. Même « beaucoup de ses disciples dirent » un jour : « Cette parole est dure. Qui peut l’entendre ? » Jésus a dû jeter un froid par sa réponse : « Il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient pas ! » (Jn 6.60+64) Il ne suffit pas de se mêler aux croyants pour être considéré par Jésus comme croyant.

 

De ceux-là, de ceux qui font semblant, Jésus parle aussi dans sa parabole du semeur : « Celui qui a été ensemencé le long du chemin, c’est […] celui qui entend la Parole du Règne et ne la comprend pas. » (Mt 13.19)

 

A chacun de nous de s’examiner lui-même : Comment suis-je à l’écoute de Dieu ? En pensant à autre chose – ou avec soif de l’entendre ? Quiconque connaît sa condition de départ de pécheur coupable et perdu, mais aussi sa condition actuelle de pécheur pardonné grâce à Christ, celui-là est un auditeur humble, reconnaissant et avide d’en entendre davantage.

Ainsi le Saint-Esprit augmentera ta foi, la confiance que tu portes à ton Sauveur, ta paix intérieure, la consolation dans l’épreuve et ta « persuasion » ou certitude d’être aimé et sauvé par Dieu pour l’éternité – comme Lazare l’a été.

 

------ 3 ------

 

QUE FAIRE POUR CEUX QUI N’ECOUTENT PAS

LA PAROLE DE DIEU ?

 

« S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, » s’ils n’écoutent pas les écrits sacrés de la Parole de Dieu, s’ils ne permettent pas au Saint-Esprit de les attirer dans la foi vers leur Sauveur et de les maintenir dans cette foi, ils iront en enfer.

Combien sont-ils, autour de nous, à ne pas écouter du tout ? Ou à mal écouter ?

Il faut savoir qu’ils ne se mettront pas à écouter d’eux-mêmes. La Parole du « Christ crucifié » est « cause de chute pour les Juifs et folie pour les non-Juifs » (1 Co 1.23)[4] Il suffit d’écouter les sarcasmes et autres blasphèmes déversés par la télé.

Et puis, Satan a si bien mélangé les cartes que les gens sans connaissance biblique mais qui cherchent ne savent pas à qui s’adresser, découragés qu’ils sont par la multiplicité des églises et des sectes.

 

C’est donc à nous d’aller leur apporter le message du salut., d’autant que d’autres – la secte des soi-disant Témoins de Jéhovah par ex. – ratissent large et font entendre un message inspiré par Satan, « le père du mensonge », un message qui détourne les gens du véritable Christ, et les dirige en enfer.

Quel écho a en toi cette déclaration d’Abraham : « S’ils n’écoutent pas » la Parole de Dieu ils iront en enfer ?

 

Te dis-tu : « Ils ont la Bible. S’ils ne l’ouvrent pas, c’est leur faute ! » « Ils savent où est notre Eglise. S’ils ne viennent pas écouter, c’est leur faute ! » « Nous avons un pasteur : il n’a qu’à y aller ! » – N’est-ce pas alors comme si, lorsqu’un incendie se déclarait chez un voisin, tu disais : « Les pompiers n’ont qu’à faire leur boulot ; ça ne me concerne pas ! » ?

Aux temps apostoliques, chaque chrétien persécuté, au cours de sa fuite de Jérusalem à travers les contrées environnantes, témoignait de sa foi au Christ Sauveur. Il donnait, ainsi, aux autres l’occasion d’entendre le message biblique du salut, l’occasion d’apprendre qu’ils avaient un Sauveur : Jésus-Christ..

Et nous, après avoir bien écouté la Parole salutaire de Dieu, donnons-nous aussi à notre voisin l’occasion d’écouter le Seigneur lui faire l’offre de le sauveur ?

 

Il ne s’agit pas de leur « casser les pieds », mais, par amour chrétien pour eux, d’être sensible aux occasions qui se présentent, aux occasions où une parole d’Evangile peut être placée.

N’oublions pas : « nous avons Moïse et les prophètes », même, depuis 2000 ans, en plus les apôtres et les évangélistes. Eux, non. Alors ? …

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Chants proposés :

 

Dans ton temple, ô mon Sauveur, LlS 2

Ta gloire, ô notre Dieu, brille dans la Parole LlS 150

Ta Parole, Seigneur, est ma force et ma vie LlS 151

Jésus-Christ, dans sa grâce, racheta les pécheurs LlS 164

 

Ou

 

Seigneur, tu nous appelles AeC 212

Je veux répondre, ô Dieu, AeC 415

O Seigneur, ta voix m’appelle AeC 416

 

Sermon du 18 mai 2008 - Trinité

 

Fête de baptême

 

Texte : Mt 28.16-20

 

16 « Les onze disciples allèrent en Galilée,

sur la montagne que Jésus avait désignée.

17 Quand ils le virent,

ils se prosternèrent,

mais quelques-uns eurent des doutes ;

18 Jésus s'approcha et leur dit :

"Toute autorité m'a été donnée

dans le ciel et sur la terre.

19 Allez,

faites des gens de toutes les nations

des disciples,

baptisez-les

au nom du Père, du Fils et de l'Esprit saint,

20 et enseignez-leur à garder

tout ce que je vous ai commandé.

Quant à moi, je suis avec vous

tous les jours, jusqu'à la fin du monde." »[1]

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

– et tout particulièrement

chers Lydia, Idelette et Andriamijoro

qui amenez Miranto au Baptême,

 

Cela se passe sur une « montagne », dans un cadre exceptionnel : au-dessus le ciel, en bas la terre. Un cadre exceptionnel pour un événement exceptionnel. Jésus y a convoqué les siens. « Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus avait désignée. » (v. 16) Ce rassemblement, Jésus l’a au moins annoncé trois fois après sa résurrection. Il devait donc se situer vers la fin des quarante jours. Etait-ce la dernière fois avant son ascension ? Ce sont des détails que notre curiosité aimerait connaître mais qui ne sont pas d’une importance capitale. C’est ce qui va s’y passer qui est important.

 

Si notre texte indique que « les onze » y « allèrent », au matin de Pâques, Jésus y avait convié tous les siens, particulièrement les femmes auxquelles l’ange, près de la tombe vide, avait dit : « Allez vite dire à ses disciples qu'il s'est réveillé [ressuscité] d'entre les morts. Il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez » (Mt 28.7), vous, les femmes, aussi.

 

Est-ce à ce moment-là, sur cette « montagne », qu’il « est apparu à plus de cinq cents frères à la fois » (1 Co 15.6), événement que nous rapporte l’apôtre Paul ? Il devait y avoir de 300 à 440 disciples « en Galilée », non loin de cette « montagne » où Jésus les avait conviés, car, au matin de la Pentecôte, il n’y en avait qu’« environ 120 » à Jérusalem (voir Ac 1.15).

 

Curieusement, rien n’est dit de la manière dont Jésus s’y est rendu. Le texte dit simplement : « Quand ils le virent… » (v. 17). Tout à coup « ils le virent. » C’est là la chose importante. Il est avec les siens. A quoi bon se perdre en conjectures pour savoir comment il s’est subitement trouvé parmi eux ? Cela dépasse de toute façon notre compréhension.

 

« Quand ils le virent, […] quelques-uns eurent des doutes » (v. 17). L’être humain est un drôle d’oiseau. Il est toujours plus rapide à douter qu’à croire.

Heureusement que le Ressuscité ne se détourne pas de ceux qui doutent, mais va à leur rencontre, aujourd’hui à travers ses moyens de grâce – la Parole et les deux sacrements –, à l’époque, « sur la montagne », pour leur adresser de vive voix sa Parole, les arracher à leur doute et le transformer en foi.

« Quelques-uns eurent des doutes, » mais « Jésus s’approcha » d’eux (v. 18), il alla à leur rencontre. C’est là l’attitude qui caractérise notre Seigneur. Et

 

DE LA MÊME MANIERE QUE JESUS

VIENT A NOTRE RENCONTRE

IL EST NORMAL

QUE NOUS ALLIONS

A LA RENCONTRE DES AUTRES

 

------ 1 ------

 

JESUS EST VENU

A NOTRE RENCONTRE…

ET C’EST-CE QUI A

TRANSFORME NOS VIES !

 

A bien y réfléchir, on a du mal à comprendre qu’il ait pris l’initiative de venir à nous. C’est tout bonnement surprenant !

Surprenant que le Tout-Puissant vienne rechercher notre compagnie à nous, êtres limités qui ratons bien des choses et nous rendons bien souvent coupables de péché. Lui, par contre, se présente ainsi : « Toute autorité » – ou : « tout pouvoir » – « m’a été donné(e) dans le ciel et sur la terre ! » (v. 18). Son pouvoir est illimité. Il peut faire ce qu’il décide, et cela partout, dans tous les domaines, dans tous les endroits. Rien ne peut se soustraire à sa toute-puissance.

Surprenant aussi que l’Eternel vienne rechercher notre compagnie à nous, êtres éphémères car mortels, qui ne faisons que passer. Lui, par contre, nous dit : « Quant à moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ! » (v. 20)

 

Là où nous revenons de notre surprise et commençons à comprendre que le Tout-Puissant, l’Eternel, vienne à nous, être limités, faillibles, coupables et mortels, c’est quand nous voyons qu’il est l’Amour – avec un grand A ! – en personne. Toute son attitude l’atteste. Sa façon de se conduire avec nous, sa façon de nous traiter.

 

Dans sa majesté divine, ce n’était pas à lui de faire le premier pas. Il aurait été en droit d’attendre cela de nous. Mais il savait que, dans ce cas, il attendrait encore. Non, c’est lui qui fait le premier pas, c’est lui qui s’approche de nous.

Dans notre texte, « Jésus s’approcha » de ses disciples, tout particulièrement de ceux qui doutaient. Il ne veut pas les laisser sombrer dans cet état dévastateur qu’est le doute. Il veut les soulager en les rendant certains, en remplissant leur cœur d’assurance.

A nous aussi, il nous fait toujours à nouveau savoir que, pour lui, il extrêmement important que nous n’ayons pas de doutes à son sujet. C’est pour cela qu’il multiplie les façons de « s’approcher » de nous et de nous fortifier dans notre foi en lui, en son expiation, sa résurrection, son ascension et sa session à la droite du Père. C’est pour cela qu’il diversifie les chemins pour nous « approcher » : sa Parole dans nos cultes, dans nos études bibliques, dans nos réunions des jeunes, au catéchisme ou à l’école du dimanche et en bien d’autres occasions encore. Mais il « s’approche’ » aussi de nous dans les deux sacrements : le Baptême et la Sainte Cène, de façon tout à fait étroite dans cette dernière, où il nous donne son vrai corps et son vrai sang sous les espèces du pain et du vin.

 

Dans notre texte, il développe surtout sa façon de « s’approcher » de nous dans le Baptême et la Parole. C’est au cours de ce rendez-vous spécial sur cette montagne de Galilée qu’il a institué le sacrement du Baptême : « Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit saint ! » (v. 19)

 

Johann Gerhard, un grand théologien luthérien du début du 17ème siècle, commente :

« Chacune des Personnes de la sainte Trinité est nommée dans la formule du Baptême, et chacune intervient dans ce sacrement et y donne sa bénédiction :

Ø le Père adopte le baptisé comme son enfant ;

Ø le Fils adopte le baptisé comme son frère et disciple ;

Ø le Saint-Esprit adopte le baptisé pour son temple et sa demeure. » (Johann Gerhard)

Un autre théologien, celui-là de la fin du 19ème siècle, a écrit :

« A travers le Baptême c’est Dieu lui-même qui se donne à nous :

Ø Le Père devient notre père et nous adopte pour ses enfants ;

Ø le Fils devient notre Sauveur, car nous sommes baptisés dans la communion de son sang, et par son sang nous sommes purifiés pour lui appartenir (sa justice devient notre admirable habit) ;

Ø le Saint-Esprit devient notre Consolateur et le garant de notre héritage ; nous devenons son sanctuaire où il demeure ensemble avec le Père et le Fils.

 

De cette façon […] nous avons changé de cap grâce à l’intervention conjuguée des trois Personnes de la sainte Trinité dans le Baptême. » (Rohnert).

 

Mais une fois venu à nous dans le Baptême, Jésus ne nous plante pas là, mais continue de nous fréquenter dans sa Parole. C’est à travers sa Parole qu’il nous maintient et nous enracine dans la grâce du Baptême. Le Baptême n’est qu’un volet d’un ordre double. Il faut entendre les deux ensemble : « Baptisez ! » et : « Enseignez ! »

 

« Enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé ! » (v. 20) C’est en conversant avec nous dans sa Parole, en nous y instruisant, nous encourageant, nous consolant, nous apaisant et nous réjouissant, parfois en nous corrigeant et nous éclairant, qu’il resserre avec nous les liens de l’Alliance du Baptême. Il sait combien nous pouvons, à l’occasion, être vacillants, déroutés, angoissés, découragés, tentés, ou alors trop sûrs de nous, orgueilleux, imbus de notre personne. Avec amour il vient à nos côtés et nous propose son pardon et son assistance.

 

Aussi, « venez, prosternons-nous, courbons-nous, fléchissons le genou devant le Seigneur qui nous fait » (Ps 95.6), qui a fait de nous ce que nous sommes devenus : ses « disciples » et ses « cohéritiers » de la vie éternelle (Rm 8.17) !

 

Et effectivement, maintenant, après sa résurrection, nous voyons ses disciples « se prosterner » devant lui et l’adorer comme étant Dieu lui-même.

 

Il est vrai qu’après la pêche miraculeuse, Pierre était déjà « tombé aux genoux de Jésus », mais à l’époque, « l’effroi l’avait saisi » et il implora alors : « Seigneur, éloigne-toi de moi : je suis un homme pécheur ! » (Lc 5.8-9) Il avait reconnu l’énorme abîme qui le séparait, lui, le pécheur, du Saint qu’était Jésus. Il avait subitement pris conscience de sa culpabilité et de la damnation que cela devrait lui attirer de la part de Dieu. Bref, c’est la Loi qui avait alors jeté Pierre avec « effroi » aux pieds de Jésus.

 

Mais maintenant que le divin Ressuscité les a convoqués « en Galilée, sur la montagne », c’est l’Evangile, la Bonne Nouvelle de sa victoire sur la mort, qui les amène à « se prosterner » devant lui, c’est la foi et la vénération qui les jettent aux pieds de celui qui a vaincu pour eux le péché, la mort et l’enfer ; c’est le soulagement d’appartenir à un Sauveur victorieux qui les pousse à l’adorer.

Et c’est aussi cela qui nous réunit autour de notre Seigneur en cette Fête de la très Sainte Trinité : « Le Père, le Fils et le Saint-Esprit » (v. 19) ont établi un plan pour venir à notre rencontre pour arracher les coupables que nous sommes à la damnation et à la mort éternelle. Ce plan prévoyait que « le Fils » allait se substituer à nous pour expier pleinement nos péchés et pour vaincre la mort ; ce plan comprenait la mort de Golgotha et la tombe vide du matin de Pâques. Voilà la façon, d’abord tragique au possible, mais finalement lumineuse et radieuse de Jésus de venir à nous pour nous sauver.

 

------ 2 ------

 

IL EST NORMAL

QUE NOUS ALLIONS A NOTRE TOUR

A LA RENCONTRE DES AUTRES.

 

« Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples ! »

Jésus a même dit : « Allez donc […]. » Je vous ai rejoint pour vous sauver : « Allez donc ! » « Je suis [maintenant] avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Allez donc » rejoindre « les gens de toutes les nations » pour leur transmettre à eux aussi ce que je vous ai apporté.

Ce petit mot – « donc » – parfois oublié par les traductions

[2], est plus important qu’il n’y paraît. Il indique ce qui vient d’abord et ce qui vient ensuite ; il fait bien la différence entre la cause et la conséquence. Jésus ne dit pas sans relâche : « Allez ! » « Allez ! » « Allez ! » « Faites ! » « Exécutez ! » « Accomplissez ! » « Réalisez ! ».

Non, il commence par nous rassurer : « Je suis avec vous ». « Donc » vous pouvez y aller. « Je suis avec vous » : c’est moi qui dirige les opérations, vous entrez dans ma mission, avec ma bénédiction, ma protection, mon aide. « Allez(-y) donc » tranquillement. Je suis mort et ressuscité pour les autres aussi. Je vous accompagne de mon « autorité », de mon « pouvoir », car je tiens à ce que « les gens de toutes les nations » apprennent ce qui vous est arrivé de merveilleux pour qu’ils le désirent aussi.

 

Et l’histoire de l’Eglise montre comment Jésus a tenu cette promesse. Lui et sa Bonne Nouvelle, l’Evangile, sont venus jusqu’à nous. Soyons-en maintenant les témoins et les hérauts !

Pour les disciples, c’était là quelque chose de nouveau. Jusque-là, dans l’Ancien Testament, les croyants accueillaient avec chaleur les étrangers qui, venus en Israël, se convertissaient à Dieu. Maintenant le peuple de Dieu doit se mettre lui-même en mouvement pour aller au-devant des autres avec son message de grâce et de vie. Maintenant, ce qui caractérise notre attitude de croyants, c’est exprimé par le verbe « aller » pour « faire des disciples »,

et… « faire des disciples des gens de toutes les nations », car ils sont tous pécheurs, ils ont tous besoin de se convertir à Jésus-Christ pour recevoir le pardon qu’il a obtenu pour eux comme pour nous.

Est-ce trop compliqué ? L’envoi en mission dépasse-t-il nos moyens ? Ne sommes-nous pas de taille ?

 

Livrés à nous-mêmes, nous ne serions effectivement pas à la hauteur de la tâche. Mais rappelez-vous, il a dit : « Je suis avec vous, » et il n’est pas avec nous les mains vides. Pour que nous puissions « faire des disciples », il a mis à notre disposition sa Parole et ses sacrements. Ce sont là des moyens divins ! – les seuls moyens de grâce – qu’il met à notre disposition pour pouvoir suivre son ordre de mission.

Si nous ne les employons pas – ou si nous recourrons à autre chose – nous pourrons peut-être former des associations, des cénacles, des clubs et autres regroupements, mais non pas faire des disciples, car cela seul le Saint-Esprit peut le faire, seul le Saint-Esprit peut amener à la foi ceux que nous mettons au contact de la Parole du Christ et de ses sacrements.

C’est pour cela que nous baptisons nos enfants, car – comme les textes de la liturgie du Baptême nous l’ont rappelé dimanche dernier déjà, puis tout à l’heure de nouveau – c’est le seul moyen par lequel un petit enfant peut « naître de nouveau » : en « naissant d’eau et d’Esprit », sous l’action du Saint-Esprit dans l’eau du Baptême. (Jn 3.3-6)

 

C’est aussi pour cela que nous enseignons nos enfants. Nous demandons d’ailleurs aux parents de s’engager à faire instruire leurs enfants dans les vérités de l’Evangile selon leur âge, car Jésus n’a pas seulement dit : « Baptisez-les ! » mais aussi : « Enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé ! »

C’est pour cela que nous nous plaçons nous-mêmes continuellement au contact de l’Evangile, au contact de l’action du Saint-Esprit, pour qu’il puisse nous affermir dans notre foi en Jésus-Christ, qu’il puisse nous faire « croître dans la grâce et la connaissance de Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur. » (2 P 3.18) Nous voulons être ainsi « gardés » et préservés pour le salut éternel.

Et nous voulons partager ce bonheur avec d’autres. D’où le témoignage que nous rendons à notre Seigneur dans notre vie de tous les jours. Ou les invitations à venir nous rejoindre au rendez-vous dominical du Christ dans nos cultes. Ou l’aide apportée aux nouvelles missions en France ou à l’étranger.

 

C’est de cette façon – par l’administration du Baptême et l’annonce de la Parole du Christ – que des incroyants se convertissent, que des païens deviennent chrétiens, que des gens hostiles à Dieu (Rm 8.7) deviennent des « disciples » du Christ.

« Allez donc ! » Jésus nous promet son appui personnel, sa bénédiction divine : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

 

N’est-ce rien, cela, cette promesse du Tout-Puissant ? Nous ne sommes pas envoyés dans un monde étranger, inconnu. Nous sommes envoyés dans le monde que Dieu le Père a déposé aux pieds de son Fils, dans le monde sur lequel règne Jésus-Christ dans l’intérêt des siens.

Et croyez-moi, ceux qui ont eu le courage de prendre les promesses de Jésus au mot, ceux qui se sont donné la peine de partager avec d’autres le trésor reçu du Christ, de parler de leur bonheur d’enfants de Dieu, ceux-là reviennent ébahis et heureux comme les 70 disciples l’ont été après avoir été envoyés pour la première fois par Jésus parler de lui dans la région !

Heureux sommes-nous quand nous voyons le Seigneur recevoir un enfant dans la grâce du Baptême. Heureux nous sommes aussi de toujours jouir de la grâce du Baptême. Et heureux sommes-nous finalement quand nous voyons Jésus bénir notre témoignage.

Qu’il nous accorde son Saint-Esprit pour que nous demeurions confiants en lui, patients et persévérants dans l’intérêt des « gens de toutes les nations », pour sa seule gloire !

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

Sermon du dimanche 11 mai 2008 - Pentecôte

 

CONFIRMATION – 2ème Partie et BAPTÊME

 

Texte: Ac 2.37-47

 

37 Après avoir entendu cela,

ils eurent le coeur transpercé,

et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres :

"Frères, que devons-nous faire ?"

38 Pierre leur dit :

"Changez radicalement ;

que chacun de vous reçoive le baptême

au nom de Jésus-Christ

pour le pardon de ses péchés,

et vous recevrez le don de l'Esprit saint.

39 Car la promesse est pour vous, pour vos enfants

et pour tous ceux qui sont au loin,

en aussi grand nombre

que le Seigneur, notre Dieu, les appellera."

40 Et, par beaucoup d'autres paroles,

il rendait témoignage

et les encourageait, en disant :

"Sauvez-vous de cette génération perverse. "

41 Ceux qui accueillirent sa parole

reçurent le baptême ;

en ce jour-là,

environ trois mille personnes furent ajoutées.

42 Ils étaient assidus

à l'enseignement des apôtres,

à la communion fraternelle,

au partage du pain

et aux prières.

43 La crainte s'emparait de chacun,

et beaucoup de prodiges et de signes se produisaient par l'entremise des apôtres.

44 Tous les croyants étaient ensemble

et avaient tout en commun.

45 Ils vendaient leurs biens

et leurs possessions,

et ils en partageaient le produit entre tous,

selon les besoins de chacun.

46 Chaque jour, ils étaient assidus au temple,

d'un commun accord, ils rompaient le pain

dans les maisons

et ils prenaient leur nourriture

avec allégresse et simplicité de cœur ;

47 ils louaient Dieu

et avaient la faveur de tout le peuple.

Et le Seigneur ajoutait chaque jour

à la communauté ceux qu'il sauvait.

 

Chers frères et sœurs

– et tout particulièrement vous deux,

chères Emma et Jessica

pour qui Pentecôte 2008

prend une signification toute particulière !

 

Pentecôte est l’une des fêtes les plus importantes de l’année de l’Eglise. C’est tout particulièrement la fête du Saint-Esprit, de la troisième Personne de la très sainte Trinité. Peut-être que nous ne pensons pas assez souvent à lui. C’est pour cela que quelqu’un l’a un jour appelé « le Dieu connu qu’à moitié ». Il est vrai que lors de la première Pentecôte, il y a deux mille ans, là-bas à Jérusalem, si l’attention a d’abord été attirée par des signes apparents exceptionnels accompagnant la venue du Saint-Esprit, cette attention a ensuite rapidement été détournée du Saint-Esprit vers la prédication de la Parole de Dieu.

 

L’apôtre Pierre y a prononcé un sermon mémorable. Ses auditeurs en ont été saisis. Allons donc nous mêler à la foule des auditeurs de Pierre à Jérusalem pour connaître

 

LA PUISSANTE IMPRESSION

FAITE PAR LA PREDICATION

DE PENTECÔTE :

 

1. elle « touche vivement le cœur » ;

2. elle apporte le pardon du Baptême ;

3. elle crée une communion de foi dynamique.

 

----- 1 -----

 

La prédication de Pentecôte

touche vivement le coeur !

 

Et pour cause : Pierre n’a rien tu de la vérité biblique. La foule a aussi bien entendu la Loi que l’Evangile ; elle a « entendu » les apôtres leur « parler des œuvres grandioses de Dieu » (Ac 2.11). « Les Actes des Apôtres » ne nous fournissent que des extraits du sermon de Pierre. Nous le voyons s’adresser à la foule de pèlerins juifs : il leur explique les prophéties de l’Ancien Testament qu’ils connaissaient bien, entre autres un passage du prophète Joël et un autre des Psaumes de David.

 

A partir de ces prophéties messianiques Pierre leur montre que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu « livré selon les décisions arrêtées dans la prescience de Dieu » (v. 23), mais aussi « relevé », ressuscité (v. 32), et « élevé » par Dieu qui lui a donné « l’Esprit Saint qui avait été promis » (v. 33).

 

Que de l’Evangile ? En attendant, oui. Mais ce début de sermon culmine dans l’accusation de la Loi : « Que toute la maison d'Israël le sache donc bien : […] ce Jésus, vous l’avez crucifié ! » (v. 36)

Dieu n’enjolive rien. Il parle vrai. Il veut produire la repentance dans nos cœurs, nous rendre conscients de la réalité : notre culpabilité devant lui. Les auditeurs de Jérusalem ont été comme frappés par la foudre : « Ils eurent le cœur vivement touché. » (Segond 21) Mot à mot : « Ils eurent le cœur transpercé ! » « Ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : "Frères, que devons-nous faire ?" » (v. 37) comment échapper à notre culpabilité envers le Fils de Dieu ?

 

Avons-nous, nous aussi, « le cœur vivement touché », « transpercé » par les accusations de la Loi de Dieu ? Ne fermons-nous pas parfois notre cœur à sa Parole ? Laissons-nous le Saint-Esprit « toucher » notre cœur ou laissons-nous sa Parole passer par-dessus nous sans nous « toucher », comme si ça ne nous concernait pas ? La prenons-nous à « cœur », ou notre attitude dit-elle plutôt : « Parle toujours, tu m’intéresses ! » ?

 

Nous appliquons-nous personnellement la Parole de Dieu ou considérons-nous que sa Loi ne concerne que les autres ?

Pierre nous fait comprendre dans son sermon de Pentecôte qu’un péché c’est s’en prendre à Jésus, le Fils de Dieu, lui-même. Chacun de nos péchés a contribué à le clouer en croix, et pécher sans se repentir, c’est fouler aux pieds son sacrifice expiatoire de nos péchés. Cela nous laisse-t-il indifférent, ou cela « touche-t-il vivement notre cœur » ?

 

Suis-je frappé de stupeur comme la foule de Jérusalem : « Qu’ai-je fait ? Malheur à moi ! j’ai répondu à l’amour et au sacrifice de mon Sauveur par l’indifférence, l’impénitence, par l’infatuation. Ne vais-je pas m’attirer la colère de Dieu ? Que faire pour m’en tirer ? »

 

C’est justement ce questionnement que le Saint-Esprit veut provoquer en nous : nous faire reconnaître la gravité de notre état pécheur, nous ébranler, nous amener à réfléchir à la façon de nous en sortir.

Voyez-vous, le Saint-Esprit n’est pas un sadique. Il ne veut pas nous plonger dans le désespoir. Il veut tout simplement nous ouvrir les yeux sur notre état désespéré. Il veut que que nous ne repoussions pas la main tendue du seul Sauveur possible dans cette situation, que nous ne repoussions pas son intervention, pour que nous ne méprisions pas le pardon qu’il est seul à pouvoir nous offrir.

 

Le Saint-Esprit ne cherche pas à nous rendre conscients de notre véritable et terrible état pour nous y abandonner dans le désespoir, mais

 

----- 2 -----

 

pour nous annoncer

dans la prédication de Pentecôte

le pardon par le Baptême !

 

A la question éperdue « Que devons-nous faire ? » Pierre répond : « "Changez radicalement ; [engagez-vous dans le changement radical qu’est la repentance] que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don de l'Esprit saint. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur, notre Dieu, les appellera." »

« Et, par beaucoup d'autres paroles, il rendait témoignage et les encourageait, en disant : "Sauvez-vous de cette génération perverse. " »

« Ceux qui accueillirent sa parole reçurent le baptême ; en ce jour-là, environ trois mille personnes furent ajoutées. » (v. 38-39).

 

« Trois mille personnes » ayant reconnu leur perdition ont fui, ce jour-là, dans le Baptême pour être sauvés. Aujourd’hui, tu étais seule, Jessica, à le faire, mais sache bien : « il y a » autant « de joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent » et qui est sauvé que pour trois mille (Lc 15.7+10).

Les trois mille baptêmes de la première Pentecôte nous impressionnent, mais sache, Jessica, que ton Baptême, aujourd’hui, est un miracle tout aussi grand.

 

Comment ces trois mille personnes sont-elles arrivées au Baptême ? Tout comme toi, Jessica : le Saint-Esprit, par la prédication et l’instruction, a éveillé en eux – comme dans toi – la foi en Jésus-Christ. Rappelons-vous : Pierre a développé son sermon de Pentecôte à partir de ce que ses auditeurs avaient appris et savaient de l’Ancien Testament. Comme toi au catéchisme et à l’école du dimanche, eux avaient été instruits dans les synagogues avant de trouver la clé des prophéties dans le sermon de Pierre.

 

C’est ainsi, par la parole d’Evangile, que le Saint-Esprit a éveillé en eux – comme en toi, Jessica, … et comme en nous – la merveilleuse connaissance du pardon de nos péchés, la foi en Jésus qui nous l’a procuré, et la merveilleuse paix et espérance qui en découlent.

 

Quelqu’un qui est conscient de sa culpabilité devant Dieu ne peut rien entendre de plus libérateur, de plus réjouissant que cette Bonne Nouvelle – c’est là le sens du mot « Evangile » – : Auprès de Jésus se trouve le pardon ; auprès de lui on n’a plus à craindre la colère et la damnation de Dieu.

Et Pierre leur a montré comment bénéficier de ce salut en Jésus-Christ. « "Changez radicalement [en vous repentant] ; que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don de l'Esprit saint. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur, notre Dieu, les appellera." » (v. 38)

 

« Que chacun de vous reçoive le baptême ! » – Ils ne se sont pas longtemps demandé : « Comment l’eau peut-elle opérer de si grandes choses ? » (Martin Luther, Petit Catéchisme) Quelqu’un qui est en train de se noyer se demande-t-il si la main qui se tend vers lui peut effectivement le retirer de l’eau ? Non, il l’attrape.

 

C’est ainsi que les auditeurs de Jérusalem – comme nous, aujourd’hui – avaient compris : Dans le Baptême, Jésus vient à nous en Libérateur, en Sauveur. Bien plus : là, « nous recevons le don du Saint-Esprit » ; là, le Saint-Esprit nous élève dans le peuple des rachetés, des sauvés, là il nous intègre dans la famille des enfants de Dieu.

Dieu merci, nous aussi, il nous a « appelés » à Jésus-Christ dans le Baptême. Nous aussi, nous y avons « reçu le Saint-Esprit ». Et depuis lors, dans notre vie, c’est tous les jours Pentecôte. Car dans le Baptême – et cette promesse vaut aussi pour toi, Jessica, c’est ce qui s’est aussi passé avec toi – dans le Baptême, « Dieu, notre Sauveur, […] a largement répandu sur nous l’Esprit Saint par Jésus-Christ, notre Sauveur, afin que, justifiés [c.à.d. pardonnés] pas sa grâce, nous devenions héritiers, selon l’espérance de la vie éternelle » (Tite 3.4-7)

 

Dans le Baptême nous avons « reçu le Saint-Esprit » et tous les bienfaits de la grâce que Jésus nous a obtenus par son sacrifice. Dans le Baptême, nous avons « reçu le Saint-Esprit », et il a établi sa demeure en nous. Aussi Paul demande-t-il : « Ne savez-vous pas que vous êtes le sanctuaire de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3.16)

 

Tous ceux qui croient en Jésus-Christ, tous ceux en qui le Saint-Esprit « habite », il les « assemble, éclaire, sanctifie et les maintient en Jésus-Christ dans l’unité de la vraie foi » (Martin Luther, Petit Catéchisme).

 

Comment cela ? En ce que

 

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la prédication de Pentecôte

crée une communion de foi dynamique !

 

La premier désir que le Saint-Esprit éveille par l’Evangile en ceux qu’il a amenés à placer leur foi en Jésus, c’est le désir de se retrouver ensemble au contact de leur Dieu Sauveur dans le culte et les études bibliques. Cela ressort clairement de notre texte. Les « trois mille personnes » qui, au tout début de l’Eglise chrétienne, y ont été « rajoutées » par la foi et le Baptême (v. 41) « étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. […] Tous les croyants étaient ensemble […] Chaque jour, ils étaient assidus au temple, d'un commun accord, ils rompaient le pain dans les maisons et […] ils louaient Dieu. » (v. 42+44+46-47)

 

Le sermon de Pentecôte à éveillé en eux le désir d’en avoir toujours plus. Ils savaient : ou bien on se place continuellement sous l’action du Saint-Esprit à travers la Parole et on se trouve ainsi « éclairé de ses dons », ou on se soustrait à son action en se détournant de la Parole, et le Saint-Esprit se retire avec ses dons : la foi meurt, le pardon est retiré, le salut perdu.

 

De plus, moins on donne au Saint-Esprit l’occasion d’agir sur nous par la Parole et les sacrements, et moins on en a envie, moins on y trouve du plaisir. « L’appétit vient en mangeant » : c’est l’expérience qu’on fait aussi avec les cultes, les études bibliques, etc. En ne mangeant plus, l’appétit pour la Parole et les biens célestes se perd.

 

Autour de nous, c’est le règne de l’indifférence ; et en nous, notre tendance pécheresse innée en a aussi assez de Dieu et de ses bienfaits. Mais nous ne voulons pas nous en passer, et nous savons que pour cela, nous devons rester au contact de l’Evangile. C’est à travers l’Evangile que le Saint-Esprit entretient et développe notre foi en Jésus-Christ, notre envie de rester à son contact par l’écoute de sa Parole et la prière, c’est ainsi que les bienfaits reçus dans le Baptême nous sont confirmés.

 

C’est pour cela que, comme toi, Emma, tout à l’heure, nous aussi, nous avons un jour de confirmation dit notre joie de nous savoir sauvés, et notre désir de rester en possession des bénédictions divines obtenues pour nous par Jésus et transmises à nous par le Saint-Esprit dans le Baptême ; nous aussi nous avons dit notre volonté d’être une pierre vivante à l’édifice de l’Eglise, un élément actif dans les cultes, les études bibliques et autres activités de la paroisse.

C’est dans ses cultes et autres activités autour de la Parole de Dieu et des sacrements qu’une paroisse révèle si elle s’est laissée modeler par le Saint-Esprit en communauté dynamique, une paroisse dynamisée par « l’Evangile, puissance » – mot à mot : « dynamique » ! – « de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1.16).

 

Si nous laissons régulièrement nourrir notre foi par l’Evangile, le Saint-Esprit donnera du tonus à notre vie paroissiale, cela ne restera pas sans fruits : chaque membre sain – comme les différents membres d’un corps – contribue au bon fonctionnement et au rayonnement de l’ensemble. « A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune » : la « diversité de dons de la grâce », la « diversité de services », la « diversité d'actes » (1 Co 12.4-7). Nous n’avons pas tous les mêmes dons, ne rendons pas tous les mêmes services, mais nous nous arrangeons pour agir « pour l’utilité commune ».

 

C’est ce que nous voyons faire la première paroisse chrétienne de Jérusalem. « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres » – cela doit, bien entendu, toujours se trouver en première ligne dans une paroisse, mais ils étaient aussi « assidus […] à la communion fraternelle. » « Tous les croyants étaient ensemble et avaient tout en commun. Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. » (v. 42+44-45)

Alors posons-nous la questions : Quels sont les talents que j’apporte dans ma paroisse pour la dynamiser ? Quelle part de mon temps, quelle part de mes biens ? Là où se font sentir des besoins dans l’Eglise, est-ce que j’oppose au Saint-Esprit mon confort, mon égoïsme ? Ou la paroisse sent-elle que je m’implique avec chaleur pour la seule gloire de Dieu et pour « pour l’utilité commune » ?

 

Que le message de Pentecôte nous lie – et te lie tout particulièrement, Emma – de façon toujours plus intime à notre Seigneur et Sauveur ! Ainsi le Saint-Esprit resserrera aussi les liens entre nous et nous fera voir où se trouvent « les besoins » – dans la paroisse et parmi les paroissiens.

Une paroisse chrétienne ne peut pas être la froide addition de personnes isolées, sans lien. Dans une paroisse chrétienne, une communauté où le Saint-Esprit nous a appelés et réunis dans la foi en Jésus-Christ, il ne peut y avoir qu’une solidarité reconnaissante et chaleureuse

Notre dynamique de la communion fraternelle autour de notre Sauveur et de son Evangile ne peut alors qu’être remarquée. Pour la paroisse de Jérusalem, la place centrale de « l’enseignement des apôtres » et l’importance de « la communion fraternelle » en son sein ont eu un rayonnement et un effet missionnaire extraordinaire. Luc raconte : « Ils avaient la faveur de tout le peuple » (v. 47), de ce peuple, pourtant, qui, quelques semaines auparavant avait exigé la crucifixion du Christ !

 

Eh oui ! le peuple est versatile, il se laisse manipuler par la propagande. Ne vous laissez pas décourager – ne vous laissez pas décourager, vous non plus, Emma et Jessica, – quand on vous dénigre ou se moque de vous parce que vous aimez votre Seigneur et Sauveur et voulez vivre pour lui plaire. Le Saint-Esprit peut « vivement toucher les cœurs » les plus endurcis – songez à l’apôtre Paul qui, avant d’être apôtre persécutait les chrétiens !

 

Emma, tout à l’heure tu as promis – comme nous l’avons tous fait lors de notre confirmation – d’être « prête à tout souffrir plutôt que de renier ta foi » en Jésus-Christ. Et toi, Jessica, tu as déclaré « vouloir renoncer à Satan et à ses œuvres » – c.à.d. au péché – pour rester « un enfant de Dieu et une héritière de la vie éternelle ».

Oui, demeurez fermes dans la foi et une vie chrétienne, malgré les tentations et les difficultés passagères. Le Saint-Esprit se servira alors aussi du témoignage que vous lui rendez avec courage.. Le résultat du comportement fraternel autour de l’écoute de la Parole ne s’est pas fait attendre à l’époque : « le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qu'il sauvait. » (v. 47)

 

N’oubliez pas, Emma et Jessica, n’oublions pas, chers frères et sœurs en Jésus-Christ, même au milieu de l’incompréhension et de l’opposition de Jérusalem, le Saint-Esprit a touché des cœurs par la prédication de Pentecôte. Il est toujours présent et actif à travers l’Evangile, à travers notre témoignage, et il amènera ainsi jusqu’à la fin des temps des personnes à Jésus-Christ et à la vie éternelle.

 

Sa « puissance » de Pentecôte, sa « dynamique » de Pentecôte est aujourd’hui encore aussi présente et efficace qu’à l’époque. Faisons-lui confiance ! Consolidons notre foi personnelle et notre communion fraternelle en étant « assidus » pour le rencontrer dans les activités paroissiales et confessons notre foi en menant avec la même « persévérance » une vie exemplaire et en laissant au Saint-Esprit le soin de la bénir.

 

Que la puissante prédication de Pentecôte

 

1. touche ainsi vivement nos cœurs,

2. nous aide à vivre une communion fraternelle mue par la joie d’être nous-mêmes pardonnés, et

3. nous permette d’être, autour de nous, des témoins crédibles de sa grâce !

Alors le Saint-Esprit fera de notre vie une Pentecôte perpétuelle !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

Sermon du 4 mai 2008 - Culte synodal

 

CULTE SYNODAL

Texte : Rm 8.26-30[1]

 

 

26 « De même aussi

l'Esprit vient au secours de notre faiblesse,

car nous ne savons pas

ce qu'il convient de demander dans nos prières.

Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ;

27 et celui qui sonde les coeurs

sait à quoi tend l'Esprit :

c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints.

28 Nous savons, du reste,

que tout coopère pour le bien

de ceux qui aiment Dieu,

de ceux qui sont appelés selon son projet.

29 Car ceux qu'il a connus d'avance,

il les a aussi destinés d'avance

à être configurés à l'image de son Fils,

pour qu'il soit le premier-né d'une multitude de frères.

30 Et ceux qu'il a destinés d'avance,

il les a aussi appelés ;

ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ;

et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. »

 

Chers frères et sœurs de nos différentes paroisses,

que « l’Esprit » a assemblés

ici, à Châtenay-Malabry, ces jours-ci !

 

« Déployer et consolider ! » … « Déployer et consolider » le règne de Dieu dans nos cœurs et autour de nous, voilà le thème qui a été choisi pour cette « Assemblée Générale Synodale ». « Déployer et consolider », cette formulation a été choisie à partir de cette parole imagée du Livre du Prophète Esaïe : « Agrandis l’espace de tes tentes, […] Renforce tes piquets ! » (Es 54.2)

Nous avons entendu des exposés sur ce thème, et nous l’avons eu à l’esprit tout au long de ces journées quand nous avons réfléchi aux différents projets de résolution qui nous étaient soumis, quand nous avons eu à prendre des décisions ou à élire des responsables à certains postes.

« Déployer et consolider ! » Ce programme est si vaste – « consolider » l’Eglise, « consolider » notre foi dans le Ressuscité, et « déployer » l’Eglise pour que les ténèbres de l’incrédulité reculent autour de nous ! – ce programme est si vaste et « notre faiblesse » si grande que, parfois, « nous ne savons pas » par quel bout commencer et comment mener à terme ce dans quoi nous sommes engagés. Nos débats ont montré que, parfois, nous avions du mal à nous mettre d’accord pour définir « ce qu’il convient » de faire et « de demander dans nos prières » pour un domaine précis, une activité précise.

 

Notre texte tombe donc à pic. C’est celui qui est proposé par le « Plan de Lectures Bibliques » pour ce dimanche Exaudi. Paul nous y rappelle :

 

DANS L’EGLISE DE JESUS-CHRIST

IL SE PASSE

DES CHOSES ETONNANTES !

 

1. L’amour de Dieu a trouvé la parade à nos péchés ;

2. La sagesse du Saint-Esprit comble nos connaissances limitées ;

3. La puissance de Dieu surmonte notre faiblesse.

 

Dans l’Eglise de Jésus-Christ, il se passe des choses étonnantes, car

 

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L’AMOUR DE DIEU

A TROUVE LA PARADE A NOS PECHES !

 

Nous avons beau être l’Eglise de Jésus-Christ, nous avons beau même être des personnes investies de fonctions particulières dans l’Eglise et y avoir été appelés à remplir des responsabilités particulières – par exemple ici, dans cette « Assemblée Générale Synodale » – il n’en demeure pas moins que ce moment fort d’adoration qu’est notre culte synodal comporte toujours ce passage obligé de la confession de nos péchés et de l’absolution.

 

Nous avons siégé, nous avons débattu. Et ceci après avoir pris cet engagement dans le culte d’ouverture : « Je promets solennellement devant Dieu et cette assemblée chrétienne qu'en tant que délégué ou responsable du Synode je serai obéissant à la Parole de Dieu, que j'en ferai mon unique guide, que je conformerai mes paroles et mes décisions à l'enseignement de l'Eglise luthérienne tel qu'il est révélé dans l'Ecriture Sainte et consigné dans ses confessions de foi, […] de façon à ce que, dans l'unité de la foi et dans la communion de l'amour, nous grandissions en celui qui est notre Chef, Jésus-Christ. »

 

Que celui qui pense ne jamais avoir dérogé à la communion d’amour et de fidélité se lève ! … En fait, en réponse à cette invitation, je devrais maintenant m’asseoir, moi aussi.

 

Qui n’a pas eu des moments d’impatience quand les débats tournaient en rond ? Qui n’a pas eu des réactions trop viscérales – ne serait-ce qu’en pensées : Dieu ne fait pas la différence – quand la position avancée par un autre était aux antipodes de la sienne ? Je ne parle pas maintenant de divergences doctrinales, mais de divergences d’appréciation d’une situation, d’une activité, d’une méthode ou d’un remède.

 

Certes nous avions toujours – ou croyions avoir – les meilleures intentions, mais les autres ont-ils toujours senti dans nos interventions l’expression de notre « communion d’amour » avec eux ? (cf. Ph 2.1 ; 2 Co 13.13)

 

Je vais m’arrêter ici, sinon ceux qui n’étaient pas présents lors des séances vont croire que nous avons passé notre temps en guerre de tranchées. Ce n’était, Dieu merci ! pas le cas, même s’il a pu y avoir des moments de discussion un peu plus tendus. Il n’en demeure pas moins : une belle et bonne assemblée générale synodale s’achève avec ce moment fort du culte synodal. Tout le monde ne sera sans doute pas satisfait de toutes les décisions. Rien de ce qui vient de nous n’est parfait.

 

Si j’ai mis en évidence nos carences face aux belles décisions que nous avons prises, c’est pour souligner que l’Eglise de Jésus-Christ est vraiment une drôle de réalité :

Malgré nos péchés, malgré notre culpabilité devant Dieu, il nous a « destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour qu’il soit le premier-né d’une multitude de frères ! » (v. 29) Il nous a destinés à être « conformes à l’image de son Fils »[1].

 

C’est là le grand miracle : Le Fils de Dieu s’est fait homme, est devenu notre frère, « semblable » à nous dans l’abaissement (Ph 2.7), pour que nous puissions aussi être semblables à lui dans la gloire, des copies du modèle qu’il est.

 

Et comment Dieu s’y prend-t-il pour nous amener à cette « conformité à l’image de son Fils » dans la gloire éternelle ? – Nous le connaissons, ce chemin. Nous le confessons ainsi avec Luther : « C’est le Saint-Esprit qui m’a appelé par l’Evangile […], c’est lui qui me remet pleinement tous mes péchés, ainsi qu’à tous ceux qui croient ; c’est lui qui, au dernier jour, […] me donnera la vie éternelle en Jésus-Christ. » (Martin Luther, Petit Catéchisme, 3ème Article du Credo).

Cette séquence – 1°) appel, 2°) pardon ou justification, 3°) glorification – nous l’avons dans notre texte. Certes, Paul écrit du point de vue de notre Dieu. Lui voit le déroulement du temps comme une seul page devant ses yeux. Lui « connaît d’avance » tout ce qui va se passer.

Mais il voit aussi comment, dans son amour, il a décidé de nous faire passer, nous qui croyons en l’expiation et la résurrection de son Fils, de l’appel par l’Evangile à l’état de pécheurs pardonnés et sanctifiés, puis à la gloire céleste.

 

Cette vision globale de notre destinée nous remplit de joie, de paix, d’amour et de zèle pour ce Dieu Sauveur. Dans l’Eglise de son Fils, il nous fait vivre des choses étonnantes : en Jésus-Christ, son amour a trouvé la parade à nos péchés.

Dans l’Eglise de Jésus-Christ,

il se passe des choses étonnantes, car

 

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La sagesse du Saint-Esprit COMBLE NOS CONNAISSANCES limitées !

 

Nous butons chaque jour sur les limites de nos connaissances. Lors de notre Assemblée Générale Synodale, nous en avons encore fait l’expérience ici ou là.

 

Nous avons pris des résolutions, mais ne savons guère quels en seront finalement les bonnes ou les mauvaises surprises, quels en seront finalement exactement les fruits. Nous ne pouvons pas lire l’avenir, pas non plus celui de l’Eglise. Nous ne le connaissons pas dans le détail « car nous marchons par la foi et non par la vue. », nous rappelle Paul dans une autre lettre. (2 Co 5.7)

 

C’est parce que nous sommes loin de tout savoir que nous avons confronté nos expériences, nos analyses, nos craintes et nos espoirs. Nous avons confronté la façon dont nous voyons les diktats de la réalité – des statistiques synodales, par exemple, ou des finances. Nous avons réuni des majorités pour, selon les cas, amender, adopter, ajourner ou rejeter des projets et des propositions.

 

Mais qui dit majorité ne dit toujours pas omniscience. En tout, il y a une part d’inconnu, car si tout était connu, si nous étions omniscients, si nous voyions tout clairement dans les détails – l’avenir, les fruits de nos décisions, les solutions aux défis – nous serions tous d’accord sans débat.

Il n’en est rien, et une chose que nous avons beaucoup fait au cours de cette assemblée, c’est prier, prier dans nos cultes, prier chez nous le soir, et sans doute aussi prier en silence dans les bancs durant les débats ou les rapports.

 

La raison en est simple : il y en a un qui, contrairement à nous, n’est pas limité dans la connaissance des réalités, lui ne tâtonne pas dans le brouillard, lui connaît ce qui nous est caché : c’est « le Saint-Esprit ». « Nous ne savons pas » toujours ce qu’il faut faire ou décider, ni « ce qu’il convient de demander dans nos prières » (v. 26).

 

D’ailleurs, n’avons-nous pas coutume de terminer l’énoncé de nos projets par la phrase : « Dieu voulant ! » ? (Jc 4.15) C’est que nous savons que « tout don excellent, tout présent parfait, vient d'en haut ; il descend du Père des lumières, chez qui il n'y a ni changement ni éclipse. » (Jc 1.17)

Et pour cause ! « il sonde les cœurs » (v. 27), il « connaît tout » (1 Jn 3.20) – ce qui n’est pas notre cas, nous en sommes bien conscients. C’est pour cela que nous avons terminé certaines de nos résolutions par exemple ainsi :

 

« L’Eglise Evangélique Luthérienne – Synode de France et de Belgique […] »

Ø « remet avec confiance sa vie d’Eglise entre les mains du Seigneur […] ; (AGS2008–41)

Ø « dans la confiance que Dieu fait germer et croître […] » – (AGS2008–55-1)

Ø « prie le Seigneur de fortifier et de préserver la foi et l’amour de ses nouveaux membres, de nous donner les moyens financiers […] » – (AGS2008–55-3)

Ø « demande à Dieu de bénir les moyens et le dévouement ainsi mis à Son service auprès de leurs prochains […] » – (AGS2008–61)

Ø « prie le Seigneur de nous aider tous à mener de pair la consolidation biblique de nos membres et le déploiement missionnaire […] » – (AGS2008–72)

Ø « prie le Seigneur de faire fructifier tous les efforts fournis […] » – (AGS2008–74)

Nous agissons ainsi parce que nous « ne savons pas » toujours « ce qu’il convient de demander » précisément et nous nous tournons vers celui à qui rien n’est caché et dont Paul parle ici ainsi :

« L'Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les coeurs sait à quoi tend l'Esprit : c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints. » (v. 26-27)

 

Avons-nous toujours décidé « selon Dieu », ces jours-ci ? N’étant pas omniscients, nous demandons au Saint-Esprit de rectifier le tir en transformant nos décisions « selon Dieu », en les reformulant devant le trône de Dieu « selon Dieu ».

Et cela, il sait très bien le faire. Il sait même le faire tellement mieux que nous qu’il recourt à des « soupirs inexprimables », à « des soupirs que des mots [humains] ne peuvent exprimer, »[2] mais que Dieu comprend et approuve.

 

Chers amis, c’est dans cette confiance dans le Saint-Esprit Intercesseur que nous terminons cette « Assemblée Générale Synodale » aujourd’hui, dans cette confiance et avec cette prière, car la sagesse divine du Saint-Esprit comble ainsi nos connaissances limitées.

 

Dans l’Eglise de Jésus-Christ,

il se passe des choses étonnantes, car

 

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LA PUISSANCE DE DIEU

Y SURMONTE NOS FAIBLESSES !

 

Ah ! nos faiblesses ! Et aujourd’hui, nous parlons des faiblesses de l’Eglise. Nous pourrions parler des faiblesses de l’Eglise en général au milieu des puissances de ce monde, nous pourrions nous étendre sur les puissances qui occupent les esprits jusqu’à y devenir des idoles : le sport, les chanteurs, la carrière avant tout, l’enrichissement avant tout.

 

Il est toujours plus facile de parler de ces généralités : cela ne nous touche pas directement. Généralement on pense aux autres. Mais ces jours-ci, nous ne pouvons pas nous payer le luxe de nous cantonner dans les généralités. Ces jours-ci nous nous préoccupons de la réalité de notre église, de la marche de notre église, de la mission de notre église – « Déployer et consolider » –, des projets de notre église, des défis posés à notre église.

 

Et là, nous butons continuellement sur les faiblesses de notre Eglise. Quand nous regardons à nous-mêmes, nous butons continuellement sur nos faiblesses : faiblesse numérique, faiblesse financière – du moins en rapport avec nos projets –, faiblesse dans les connaissances bibliques de bien des membres, faiblesse dans l’engagement dans les études bibliques, par exemple, faiblesses, allons, disons-le ! de nos pasteurs qui eux aussi ne sont que des humains.

Quand nous collons ainsi le nez sur l’arbre de nos faiblesses, nous ne voyons plus la forêt de la puissance de Dieu. Pourtant, l’Eglise a été faible depuis le début ! Voyez les disciples apeurés et claquemurés au matin de Pâques ! Voyez un apôtre Paul maladif au point que son collaborateur Marc, à ses débuts, n’a pas cru en son apostolat et l’a abandonné en plein voyage missionnaire.

Paul était conscient de sa faiblesse ; il a souvent demandé à Dieu de l’en débarrasser. Et que lui a répondu Dieu ? – « Ma grâce te suffit car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Co 12.9)

 

En a-t-elle « accompli » de grandes choses par le faible apôtre Paul, « la puissance de Dieu pour le salut » qu’est « l’Evangile » ! (Rm 1.16) Par l’apostolat de Paul, Dieu a fait naître des églises tout le long du rivage nord de la Méditerranée, de l’Asie Mineure jusqu’en Italie en passant par la Macédoine et la Grèce !

Nous ne sommes pas Paul – loin de là ! – mais c’est le même Seigneur qui bénit notre témoignage par le même Esprit, « l'Esprit de sagesse et d'intelligence, l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de connaissance et de crainte de l'Eternel ! » (Es 11.2)

 

Comme Paul l’a écrit aux Corinthiens, nous sommes bien pourvus par Dieu puisque il nous a « accordé la grâce de Dieu en Jésus-Christ ; car en lui [nous sommes] devenus riches de tout, de toute parole et de toute connaissance, puisque le témoignage du Christ a été confirmé en [nous]. » (1 Co 1.4-6)

 

« Riches » et faibles à la fois ! Cela rappelle le « simul justus et peccator » – « juste et pécheur à la fois » – de Martin Luther. Cela nous maintient dans l’humilité, mais nous gonfle d’espoir, de certitude et d’assurance en pensant aux promesses que Dieu a liées à l’annonce de son Evangile de grâce et de paix.

 

Certes, faibles nous sommes, mais, comme nous le dit Paul dans notre texte, « nous savons […] que tout coopère pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (v. 28), « tout coopère pour le bien de ceux » qu’il a « appelés » dans sa communion de foi et de vie, de grâce et de pardon.

Il a montré plus d’une fois qu’il sait changer les choses en bien pour ceux qui placent leur foi en lui. Nous avons parlé de Paul. Nous pourrions parler de Joseph en Egypte. Et puis, nous devrions parler de chacun d’entre nous, car tout pécheurs que nous sommes, « Dieu nous a appelés à l’admirable lumière de son Fils » (1 P 2.9). Tout indignes que nous sommes, nous nous trouvons investis de responsabilités en ces jours dans la Vigne du Seigneur. Et tout faibles que nous sommes et qu’est notre église, si nous « aimons » notre Seigneur, son Eglise et sa cause, il tiendra parole : il fera « tout contribuer au bien »[3] de notre église, au bien de ceux qui l’y rencontre dans son Evangile, au bien aussi de ceux à qui nous allons apporter son puissant Evangile de grâce.

 

Voyez-vous, l’Eglise, ce n’est finalement pas notre affaire, mais la sienne ! Je veux dire par là : c’est lui qui nous appelle à nous réunir autour de sa Parole et de ses sacrements ! C’est lui qui nous envoie en mission malgré nos limites et nos faiblesses, malgré notre péché ! C’est lui qui a lié le succès de notre Eglise à ses moyens de grâce et au Saint-Esprit qui agit à travers eux !

Alors, croyons et ne doutons pas ! Prenons-le au mot ! Semons son Evangile dans nos paroisses et dans le monde ! « Consolidons et déployons ! » Et faisons confiance au Saint-Esprit : il nous secondera auprès du Père avec son intercession correctrice, et auprès du monde avec son action régénératrice à travers l’Evangile.

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

[1] Rm 8.26-29 (Segond 21) : 26 : « L’Esprit aussi nous vient en aide dans notre faiblesse. En effet, nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières, mais l’Esprit lui-même intercède [pour nous] par des soupirs que des mots ne peuvent exprimer. 27 : Et Dieu qui examine les cœurs sait quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est en accord avec lui qu’il intercède en faveur des saints. 28 : Du reste, nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés conformément à son plan. 29 : En effet, ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils, afin que celui-ci soit le premier-né d’un grand nombre de frères. »

 

 

FETE DE L’ASCENSION - CONFIRMATION

 

texte : Jn 12.32

« Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre,j'attirerai tous les hommes à moi. »

 

 

Chants :

Entonnons un nouveau cantique LlS 114 : 1-5

Le Sauveur est ressuscité LlS 118 : 1-3

Attire-nous, Roi bon et doux, LlS 113 : 1-5

 

 

 

Chers frères et sœurs

 

– et tout particulièrement toi, chère Emma –

que le Christ monté au ciel « attire » ici !

 

Il y a des gens qui nous « attirent », d’autres pas. Il y a des gens qu’on suit par obligation, d’autres par sympathie. Il y a des gens dont nous ne pouvons attendre les visites, d’autres dont nous pourrions bien nous passer.

 

Je ne vais pas vous demander dans quelle catégorie vous rangez le Christ. Votre présence ici, à son contact dans l’adoration et l’Evangile, est une réponse qui parle mieux que tous les mots.

Il est vrai, Emma, qu’en ce qui te concerne, tu nous l’as aussi largement fait savoir par l’exposition de ta foi et de ton amour pour ton Seigneur et Sauveur tout à l’heure. Et s’il y a « de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent » (Lc 15.7), pour une seule personne qui reconnaît son état pécheur mais place sa foi dans l’expiation du Christ, sache que toute la paroisse se réjouit avec le ciel d’avoir entendu ta confession de foi, de t’avoir entendu parler de ton attirance par le Seigneur triomphant.

 

En cette Fête de l’Ascension, je vous propose de méditer le passage choisi comme mot d’ordre pour ce jour. C’est notre Seigneur qui parle : « Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. »

 

Notre Seigneur monté au ciel nous « attire à lui »

 

1. mais il y a des résistances ;

2. il a dû en vaincre de plus fortes ;

3. il nous donne les moyens de les neutraliser pour le suivre ;

4. et là-bas, nous serons totalement débarrassés de ces résistances.

 

 

----- 1 -----

 

Notre Seigneur monté au ciel

nous « attire à lui »,

mais il y a des résistances !

 

Nous savons tous ce que c’est qu’un aimant. C’est un bout de fer magnétisé qui attire un autre objet en fer et les plaque ensemble. Les plus petits, ça les amuse ; aux adultes cela rend bien des services dans certains métiers.

 

Ce ne sont pas des liens visibles, des ficelles, du ruban adhésif ou des câbles qui lient les deux objets ensemble ; on ne voit rien, et pourtant, ça tient. N’étant pas physicien, je n’y comprends pas grand chose, mais je ne le mets pas en doute.

 

Voyez-vous, les liens par lesquels Jésus nous « attire » à lui ne sont pas visibles non plus. Vous seriez bien embêtés de devoir en donner la couleur, le son ou le parfum. Son magnétisme, notre Seigneur Jésus-Christ l’exerce de façon invisible. D’ailleurs aucun de nous ne l’a jamais vu.

Et pourtant, il nous « attire » à lui. Cela a toujours été son intention. Autrement il ne se serait jamais prêté à l’ignominie de la croix.

 

Il nous « attire » à lui comme un aimant extrêmement puissant. Il y a des gens qui attirent dans des traquenards : c’est qu’ils n’aiment pas leur prochain ; ils sont animés par de mauvais sentiments, parfois même par des sentiments meurtriers.

 

Jésus est un aimant – participe présent du verbe aimer – dans tous les sens du terme : il est l’amour en personne. C’est parce qu’il nous aime plus que sa quiétude et sa gloire qu’il a tout fait pour nous « attirer » à lui, pour nous détacher de ce qui allait nous entraîner dans notre perdition éternelle.

 

Oui, tout ce que notre Seigneur a fait et continue de faire, n’a qu’un seul but : nous « attirer » à lui pour notre salut. C’est ainsi qu’il a dit à son Père : « Quant à ce que tu m'as donné, Père, je veux que là où, moi, je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils voient ma gloire, celle que tu m'as donnée. » (Jn 17.24)[1]

 

Mais, il y a des résistances à l’attirance du Christ. Paul l’explique ainsi : ce que le Christ représente paraît « insensé » pour les uns, pour ceux qui le jugent selon ce qu’ils voient ou savent, et cela paraît « scandaleux » pour d’autres, pour ceux qui se bercent d’illusion en pensant être au-dessus de tout reproche (1 Co 1.23).

 

Ainsi, ce matin, j’ai écouté des journalistes se demander pourquoi il y avait de moins en moins de monde aux défilés du 1er mai. Ils ont trouvé toutes sortes d’explications ; mais à aucun moment aucun d’entre eux n’a fait valoir, qu’en cette année 2008 le 1er mai tombe le Jeudi de l’Ascension et que, peut-être beaucoup de gens seraient aux cultes. Cette idée ne les a même pas frôlée, tant la foi en Jésus-Christ est devenue marginale dans notre société.

 

Mais nous aussi, il doit nous « attirer », nous tirer à lui, car en nous aussi il y a des résistances dues à notre nature pécheresse innée. Ce qu’on pourrait appeler « la loi de pesanteur de notre nature pécheresse » nous tire « vers le bas », dans le sens opposé à « l’attirance » exercée par notre Seigneur bien-aimé.

 

Mais il s’est donné les moyens pour nous arracher aux résistances. D’ailleurs,

 

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Notre Seigneur monté au ciel

nous « attire à lui »,

 

 

après avoir dû surmonter des résistances bien plus fortes que nous.

 

Avec la déclaration du Christ choisie comme texte de ce sermon – « moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi » – notre Seigneur parle, en fait, d’abord d’une autre élévation que celle de son ascension. Jean explique : « Il disait cela pour signifier de quelle mort il allait mourir. » (Jn 12.33)

 

Avant de pouvoir monter au ciel, il devait monter sur la croix. Avant de pouvoir être « souverainement élevé », il devait « s’abaisser lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort – la mort de la croix ! » (Ph 2.8-9). Avant d’être « élevé » à la droite du Père, il devait être hissé sur l’ignominieuse croix de Golgotha.

 

En fait, avant de pouvoir nous « attirer » auprès de lui dans la gloire céleste, il devait rompre les liens qui nous retenaient attachés sous la colère de Dieu, dans les filets de la damnation éternelle.

Nous savons tous qu’avant de réaliser un travail donné, il faut s’occuper des préparatifs. Avant de commencer à construire une maison, il faut en faire les plans, le devis, les démarches bancaires, réunir les outils et les matériaux. Avant de vous délivrer un sermon, il faut que je le prépare.

Eh ! bien, avant que Jésus ne puisse nous « attirer » à lui au Paradis, il faut qu’il en règle les préparatifs. Ne va pas au ciel qui veut. En fait, si Jésus n’était pas intervenu et n’avait pas réglé les préalables, aucun de nous ne pourrait avoir la certitude d’aller au ciel ; au contraire, la Loi divine nous condamnerait tous sans distinction.

 

Il fallait que, d’abord, Jésus démolisse toutes les forces opposées à notre élévation. Il fallait qu’il apaise la colère de Dieu, fasse abolir le verdict de notre condamnation, et rende vaines les accusations que Satan élève contre les pécheurs que nous sommes pour amener Dieu à nous faire partager son sort en enfer.

 

Jésus était le seul à pouvoir démonter ces résistances. Lui seul était capable de satisfaire les exigences de la sainte Loi de Dieu à notre place. Et il l’a fait en faisant porter à notre crédit la vie sainte qu’il a menée, mais aussi en détournant la damnation et les souffrances de l’enfer sur lui.

C’est ainsi qu’il a désamorcé les résistances de Dieu à notre élévation au Paradis ; c’est en se prêtant à l’élévation sur la croix qu’il a rendu possible notre élévation au ciel.

Oh ! il y a encore des résistances à notre entrée au ciel, mais elles ne sont plus du côté de Dieu, elles le sont de notre côté et du côté du monde qui nous entoure.

 

------ 3 ------

 

Notre Seigneur monté au ciel

nous « attire à lui »,

et il nous donne les moyens

de neutraliser les résistances

pour le suivre.

 

 

« J’attirerai tous les hommes à moi. »

Chère Emma, chers frères et sœurs, Dieu merci ! depuis la droite de son Père, son Fils nous a aussi « attirés » à lui. La preuve : nous sommes ici, dans sa maison. S’il n’y a que toi, Emma, qui aies pu faire état à voix haute de ta foi et de ton amour pour ton Dieu sauveur, de la certitude du salut aussi que tu fondes sur lui, nous tous nous partageons cette joie et cette foi avec toi.

Mais ce n’est pas qu’aujourd’hui que nous nous retrouvons dans la maison du Seigneur. C’est chaque dimanche qu’il nous y invite, et sauf empêchement, nous venons l’y rencontrer chaque semaine. Pourquoi ?

 

Parce que c’est dans le culte – pas seulement dans le culte, mais là de la façon la plus complète – qu’il se sert des moyens avec lesquels il nous « attire à lui », je veux parler des moyens de grâce, de son « Evangile, puissance de Dieu pour le salut » (Rm 1.16), que ce soit sous forme de Parole ou sous celle des sacrements.

 

« Quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi » – a-t-il indiqué à ses disciples quelques jours avant sa mort. Depuis, il a été « élevé », d’abord en croix, et peu après à la droite du Père.

 

Et là, il ne se tourne pas les pouces ; là, il continue d’agir en notre faveur ; là, il fait tout pour que nous soyons « attirés » par lui et, un jour, « élevés » devant son trône de gloire.

Il y a, dans notre catéchisme, une importante question 155 que je vais vous lire : « Notre Sauveur vit dans sa gloire. Quelle est maintenant notre assurance ? » Vous connaissez la réponse ? … Je vais vous aider : elle est en trois points. … Ça vous met sur la voie ? … Et si je vous dis que cela se réfère aux trois fonctions de Jésus ? … Voici la réponse :

 

« 1°) Comme Prophète, Jésus glorifié envoie des hommes prêcher l’Evangile [la Bonne Nouvelle] du salut. » Pourquoi ? – Mais bien évidemment pour nous « attirer » dans la foi vers lui.

« 2°) Comme Souverain Sacrificateur, il intercède pour nous auprès de Dieu » La aussi : Pourquoi ? – Comme tout à l’heure, pour que nos péchés ne nous empêchent pas d’être unis à lui.

« 3°) Comme Roi, il protège les siens et gouverne le monde dans l’intérêt de son Eglise, » encore pour « attirer » à lui des pécheurs à travers l’Evangile.

 

L’Eglise ne propose pas à tous les paroissiens d’avoir, à intervalles réguliers, le même entretien public que celui de la confirmation, celui auquel nous avons assisté avec Emma tout à l’heure.. Mais l’Eglise a un catéchisme synodal rédigé pour que chaque membre ait son manuel sous la main pour l’aider à clarifier les questions qu’il peut avoir et pour davantage encore être « attiré » par son Sauveur merveilleux et son salut qui ne l’est pas moins.

 

C’est ainsi qu’il nous permet de vaincre les tendances opposées à son attirance. C’est ainsi qu’il nous permet, par exemple, de nous lever le dimanche matin pour aller au culte au lieu de continuer à jouir des bienfaits de l’oreiller. C’est ainsi qu’il nous aide à mener une vie chrétienne en semaine malgré les ricanement et les incompréhensions de bien des gens que nous côtoyons.

 

----- 4 -----

 

Notre Seigneur monté au ciel

nous « attire à lui » :

 

et là-bas, nous serons totalement débarrassés de ces résistances.

 

Nous connaissons tous ce cri du cœur de l’apôtre Paul, impatient d’arriver enfin au but : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, ce qui serait, de beaucoup, le meilleur » (Ph 1.23) 1000 ans auparavant, le roi David avait déjà jubilé dans le Psaume 16 : « Il y a abondance de joies devant toi, des délices éternelles à ta droite. » (Ps 16.11

 

Pourquoi ? – Parce que là-bas, Jésus n’aura plus à tirer sur nous pour que nous soyons avec lui, là-bas il n’y aura plus de forces contraires que Jésus devrait surmonter en nous « attirant » plus fort encore ; là-bas il n’y aura plus de péché, plus de peur, plus de tentations. Là-bas, nous serons totalement débarrassés de ces résistances.

 

Comme nous ne savons pas ce qu’est une vie sans tentation, sans attirance par le mal, nous ne pouvons que nous imaginer l’état de félicité absolue au ciel. Vous rendez-vous compte ? – Là-bas nous pourrons entièrement nous abandonner à la joie d’être unis au Seigneur, sans avoir à mener encore le combat de la foi pour repousser les tentations.

 

C’est comme si l’objet en métal attiré par l’aimant n’avait pas de poids qui tire vers le bas.

 

------ Conclusion ------

 

 

Oui, Jésus est monté au ciel. Il partage maintenant – aussi selon sa nature humaine – la majesté et les pouvoirs qui étaient de toute éternité celles de sa nature divine.

Il nous est maintenant plus proche que jamais, même si nous ne le voyons pas. Il agit par sa Parole et ses sacrements sur nous comme il n’aurait guère pu le faire s’il était resté dans son état d’abaissement et d’humiliation.

 

Continuons à nous exposer au champ magnétique de son amour sauveur, au champ magnétique de son Evangile, au champ magnétique aussi de la Sainte Cène. Dans toutes ces rencontres avec nous, il n’a qu’un but : « nous attirer à lui » pour l’éternité !

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

 

Sermon du 8 juin 2008 - 3ème dimanche après la Trinité

 

Texte: Rm 4.18-25

 

Chants proposés :

 

Dans ton temple, ô mon Sauveur, LlS 2

Ta gloire, ô notre Dieu, brille dans la Parole LlS 150

Ta Parole, Seigneur, est ma force et ma vie LlS 151

Jésus-Christ, dans sa grâce, racheta les pécheurs LlS 164

 

18 « Espérant contre toute espérance, il a cru et il est ainsi devenu le père d'une multitude de nations, selon ce qui avait été dit : "Telle sera ta descendance."

19 Sans faiblir dans la foi, il considéra son propre corps déjà atteint par la mort – il avait près de cent ans – et le ventre mort de Sara.

20 Mais face à la promesse de Dieu il n'hésita pas, dans un manque de foi ; au contraire, rendu puissant dans la foi, il donna gloire à Dieu,

21 pleinement convaincu de ceci : ce que Dieu a promis, il a aussi le pouvoir de le faire.

22 C'est aussi pourquoi cela lui fut compté comme justice.

23 Mais ce n'est pas à cause de lui seul qu'il est écrit : "Cela lui fut compté",

24 c'est aussi à cause de nous, à qui cela va être compté, nous qui croyons en celui qui a réveillé d'entre les morts Jésus, notre Seigneur,

25 qui a été livré pour nos fautes et réveillé pour notre justification. »[1]

 

Chers frères et sœurs que le Seigneur a amenés à placer votre foi en lui !

 

La liberté de parole et de conscience est inscrite dans la Constitution de notre pays. Et c’est un don pour lequel nous ne pouvons pas assez remercier Dieu. Pour la petite histoire : Rabaut Saint-Etienne, pasteur cévennol et délégué du Tiers-Etat, en a été le rédacteur principal. Mais comme ailleurs, là aussi on abuse souvent de quelque chose qui, en soi, est un bien inestimable.

J’aime écouter un de nos humoristes, très présent à la télé, à la radio et sur les planches, à cause de sa finesse, de son à-propos, de sa vitesse de réaction à l’actualité. Bien entendu, tout n’est pas toujours à mon goût, mais là, il y a trois semaines, j’ai eu un choc. Il a lourdement glissé dans le blasphème, il a ridiculisé notre Seigneur Jésus-Christ.

 

Cela m’a beaucoup attristé. Lui aussi fait partie de ceux pour qui « la parole du Christ est folie », insensée (1 Co 1.18+23). Lui aussi est à plaindre, car il ne sait pas tout ce que notre Seigneur apporte à ceux qui placent leur foi en ses mérites.

 

A l’opposé, Abraham nous montre de façon très bouleversante ce qu’est

 

LA FOI EN DIEU

 

par opposition à

la confiance dans les hommes

 

------ 1 ------

 

Que d’espérances ne place-t-on pas en l’homme ! Nous ne pouvons pas vivre sans espoir. « L’espoir fait vivre » dit-on communément. Nos contemporains sont devenus pessimistes, ont peur de l’avenir, ne croient plus trop dans la continuité d’un progrès sans fin, ont peur pour la survie de notre environnement, voire de notre planète. Mais il faut bien vivre. Alors on se remonte le moral avec des cataplasmes du genre : « Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir ! »

Mais c’est quoi, cet espoir répandu dans le monde ? Au fond, ces espoirs, nous les partageons aussi, même si ce ne sont pas les seuls que nous ayons, et surtout pas les plus importants. On pourrait résumer ces espoirs avec les mots que Luther emploie pour expliquer la 4ème Demande du Notre Père :

« La nourriture, le vêtement, la demeure, le champ, le bétail, l’argent et les biens, une famille pieuse, des employés honnêtes, des supérieurs justes et intègres, un bon gouvernement, des saisons favorables, la paix, l'ordre, la santé, l'honneur, des amis fidèles, de bons voisins, et en général tout ce qu’il faut pour vivre décemment. » (Martin Luther, Petit Catéchisme)

Ce sont des espoirs que nous partageons et pour lesquels Jésus nous demande de prier. Mais le monde, sur quoi fonde-t-il ces espoirs ? Sur lui-même, sur les forces, les ressources et les possibilités qu’il trouve en lui-même ; sur les forces de la nature, pour découvrir ensuite qu’elles sont polluées ; sur l’intelligence et la raison de l’homme, pour constater ensuite qu’il est comme possédé par l’envie de détruire la paix et l’environnement ; sur les découvertes de la science et de la technique, pour être pris de panique quand il voit que ces découvertes sont souvent utilisées contre le bien de l’homme et de la nature.

 

Voilà où les rêves et les espoirs exclusifs du monde ont conduit ! Là où la médecine a vaincu d’anciennes maladies comme la variole, elle se retrouve désemparée devant de nouvelles maladies comme le SIDA. Là où l’industrie moderne a relevé le niveau de vie et la qualité de la nutrition, on se retrouve avec le sol, l’eau et l’air pollués, sans parler des peuples africains affamés au bord de la révolte.

 

Et chez nous, les fruits, les légumes et la viande n’ont plus la qualité d’autrefois en raison des pesticides et autres engrais. Là où l’être humain a lutté pour la liberté – dans notre pays, par exemple –, cette dernière a perdu tout contrôle et maîtrise de soi, tous repères et critères moraux. Là où l’homme espérait et se promettait beaucoup de bien, il a souvent moissonné le malheur.

Quand alors les déceptions s’accumulent, il devient pessimiste, sceptique, blasé. Il n’attend plus grand-chose de la vie ; il ne trouve plus grand sens à rien ; la vie devient un fardeau, une vie sans lumière, sans espoir, une vie chargée d’aigreur.

 

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Et là surgit Abraham, Abraham et sa foi indéfectible en Dieu. Comparé au scepticisme qui nous environne, il fait l’effet d’un extra-terrestre. Comparé au scientisme vulgaire répandu dans le pays, la foi d’Abraham fait plus que déteindre ; elle s’y oppose carrément. « Espérant contre toute espérance, il a cru […] Sans faiblir dans la foi, […] face à la promesse de Dieu il n'hésita pas, […] pleinement convaincu de ceci : ce que Dieu a promis, il a aussi le pouvoir de le faire. » (v. 18-20)

Abraham vivait et se fiait sans broncher à Dieu et à sa Parole, alors que des années durant il n’a rien vu de l’accomplissement des promesses que Dieu lui avait faites, bien au contraire ! Mais il savait : on peut faire fond sur lui, on peut lui faire confiance !

 

A plus forte raison devrions-nous, nous les croyants du Nouveau Testament, avoir cette confiance inébranlable en notre Dieu bon et miséricordieux ! Abraham vivait environ 2000 ans avant l’accomplissement des grandes prophéties messianiques ; nous, par contre, nous vivons 2000 ans après. Nous savons : la plus importante de ses promesses, Dieu l’a déjà tenue ; la promesse qui lui a coûté le plus, la promesse de l’accomplissement de laquelle dépendent toutes les autres promesses, la promesse de la venue de son Fils pour s’incarner comme véritable descendant d’Abraham.

 

Cette promesse a trouvé son accomplissement, il y a près de 2000 ans, dans la personne de Jésus-Christ, de « Jésus, notre Seigneur » (v. 24), « vrai Dieu, né du Père de toute éternité, vrai homme, né de la vierge Marie » (Martin Luther, Petit Catéchisme). L’incarnation du Fils de Dieu, le fait que, comme promis, il ait bien voulu devenir homme comme nous – mais sans péché –, c’est là la preuve et la garantie que nous pouvons faire confiance à Dieu.

 

Il faut se rappeler pourquoi le Fils éternel de Dieu s’est fait homme. Cela confortera notre certitude : oui, Dieu est digne de confiance, on peut s’en remettre à lui, car dans quel but Jésus est-il devenu homme ? – Pour qu’il puisse être « livré pour nos fautes » (v. 25), nous dit Paul ici.

Jésus s’est « livré » lui-même pour que Dieu ne nous refoule, ne nous rejette pas à cause de nos péchés. Pour cela il s’est laissé punir à notre place ; à notre place il a satisfait les exigences que Dieu avait envers nous. Voilà comment il a apaisé la colère de Dieu contre les pécheurs que nous sommes, voilà comment il a changé la colère de Dieu en grâce. C’est parce que Jésus s’est substitué à nous dans le Jugement de Dieu que le Dieu trois fois saint est devenu pour nous « Dieu avec nous » (2 Jn 1.3), « Dieu pour nous » (Rm 8.31)

 

« Que dirons-nous donc à ce sujet ? » demande Paul. « Si Dieu est pour nous, […] lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi tout avec lui, par grâce ? » (Rm 8.31-32)

 

Dieu nous a donné son Fils pour nous sauver ! Dieu nous a ainsi donné la caution de sa fidélité à toute épreuve. C’est là la garantie que nous pouvons lui faire confiance, « nous, qui croyons » ce qu’il nous a apporté par la mort et la résurrection de son Fils.

 

Quant à la résurrection de Jésus, elle est une preuve supplémentaire que nous pouvons faire confiance à Dieu. « Jésus-Christ, notre Seigneur, » n’a-t-il pas « été […] éveillé » – « ressuscité » – « pour notre justification. » (v. 25)

La résurrection de Jésus est comme une phénoménale absolution publique de la part de Dieu ! En ressuscitant Jésus des morts, Dieu annonce que les péchés de ceux qui placent leur foi dans le Ressuscité ne les séparent plus de lui ; nous pouvons vraiment lui faire confiance : son Fils a démoli et enlevé tout ce qui nous séparait de Dieu – nos péchés et notre culpabilité –, nous n’avons plus aucune raison de craindre Dieu.

 

Quiconque vient à lui avec foi, dans la foi en l’œuvre de son Fils, celui-là ne doit pas « hésiter » à croire, pas « douter » (v. 20) que Dieu lui accorde sa grâce, son fidèle accompagnement et sa bénédiction.

 

Bon, d’accord, … mais cela n’est-il pas plus vite dit… et prêché que vécu dans la réalité ? Ne nous retrouvons-nous pas parfois dans des situations que Paul qualifie ici de « contre toute espérance » (v. 18), des situations où il semble qu’il n’y ait rien à espérer ? Ne nous retrouvons-nous pas parfois dans des situations dont personne ne peut nous montrer d’issue, et encore moins nous en faire sortir ?

 

Chez l’un, ce sont des problèmes familiaux, chez tel autre de graves problèmes de couple, chez celui-ci le refus de se réconcilier, chez celui-là des dettes élevées ; chez d’autres de graves problèmes de santé, les séquelles de l’âge, voire les soucis quant au devenir d’un proche. Mais cela peut aussi être l’oppression injuste d’un gouvernement totalitaire, la guerre civile, le terrorisme, voire le chaos économique et la famine. N’en entendons-nous pas parler chaque jours par les médias ?

 

« Je n’ai rien à espérer » gémit ce malade, ou cet opprimé. Et effectivement, à vue humaine, on ne voit parfois pas d’issue dans ce monde. C’était aussi le cas d’Abraham quand « il considéra son propre corps déjà atteint par la mort – il avait près de cent ans – et le ventre mort de Sara » Mais malgré tout, « sans faiblir dans la foi », il resta « pleinement convaincu de ceci : ce que Dieu a promis, il a aussi le pouvoir de le faire. » (v. 19+21)

 

Il est vrai, Dieu avait fait une promesse tout à fait personnelle à Abraham : qu’il allait avoir des descendants. Mais humainement – médicalement – parlant, les chances étaient nulles. Mais « rien n’est impossible de la part de Dieu » (Lc 1.37). Combien souvent n’avons-nous pas eu honte d’avoir douté de lui ? Ici, il nous a guéris d’une grave maladie ; là, il nous a remplis de force et de patience dans des souffrances indicibles. Ici, il nous a délivrés d’une grave crise personnelle ; là, il a fait évoluer une situation apparemment désespérée vers une issue positive.

Bien entendu, nous, personnellement, nous n’avons pas reçu de la part de Dieu une promesse concrète précise comme il en a faite une à Abraham. Certes aussi, le bon sens d’Abraham lui assénait : « Vu ton âge, c’en est bel et bien fini avec l’espoir d’avoir des enfants ! », mais la foi d’Abraham demeura ferme en Dieu : « Espérant contre toute espérance, il a cru. » (v. 18)

Dieu ne nous a promis ni enfants ni santé, ni richesses ni amis, ni croissance numérique de la paroisse ni succès missionnaires, ni travail ni paix dans le pays. Et pourtant il nous a fait des promesses de la plus haute importance : le sang et la justice de son Fils Jésus-Christ doivent nous être « être comptés, nous qui croyons en celui qui a réveillé [– ressuscité –] d'entre les morts Jésus, notre Seigneur » (v. 24).

 

Or si Dieu nous compte, à nous croyants, la justice de son Fils, s’il nous considère justes comme son Fils, alors l’accompagnement et la fidèle assistance de Dieu nous sont acquis.

C’est là le Dieu merveilleux que nous avons, un Dieu plein de bonté et de sollicitude. Il nous a promis de faire « tout coopérer » ou « concourir à notre bien » (Rm 8.28) à nous qui l’aimons pour son amour sauveur.

 

Plus nous méditons les prophéties messianiques que Dieu a accomplies, les promesses qu’il a tenues, et plus nous serons « rendus puissants dans la foi » – pour parler avec Paul (v. 20) –, plus notre confiance en Dieu deviendra « inébranlable » (1 Co 15.58 ; 1 P 5.10).

Cela aura encore un autre effet : nous saurons alors aussi de mieux en mieux « rendre gloire à Dieu » (v. 20), partout et en toute occasion, y compris là où, comme dans le cas d’Abraham, nous ne voyons rien de l’accomplissement. Nous savons : là aussi il agit en silence, là aussi il est à l’œuvre, plein de sollicitude, « pour notre bien ».

 

« Espérant contre toute espérance, » Abraham « a cru. [ ;..] Sans faiblir dans la foi, […] face à la promesse de Dieu il n'hésita pas, […] pleinement convaincu de ceci : ce que Dieu a promis, il a aussi le pouvoir de le faire. » (v. 18-20)

 

Comme Abraham l’a fait, prenons, nous aussi, Dieu au mot, rappelons-lui ses serments de fidélité et d’amour. « Ainsi tu reconnaîtras », te déclare ton Dieu, « que je suis l'Eternel et que ceux qui comptent sur moi ne seront pas couverts de honte. » (Es 49.23)[2]

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du dimanche 20 juillet 2008 - 9ème Dim. après la Trinité

 

Chants proposés :

 

Seigneur, tu nous appelles AeC 212:1-3

Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, AeC 181:1-2

Tu me veux à ton service, AeC 427:1-3

 

Texte : Mt 25.14-30

14 « Il en sera comme d'un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves et leur confia ses biens.

15 Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage.

16 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla les faire valoir et en gagna cinq autres.

17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres.

18 Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un trou dans la terre et cacha l'argent de son maître.

19 Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte.

20 Celui qui avait reçu les cinq talents vint apporter cinq autres talents et dit : "Maître, tu m'avais confié cinq talents ; en voici cinq autres que j'ai gagnés."

21 Son maître lui dit : "C'est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître."

22 Celui qui avait reçu les deux talents vint aussi et dit : "Maître, tu m'avais confié deux talents, en voici deux autres que j'ai gagnés."

23 Son maître lui dit : "C'est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilité ; entre dans la joie de ton maître."

24 Celui qui n'avait reçu qu'un talent vint ensuite et dit : "Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n'as pas semé, et tu récoltes où tu n'as pas répandu ;

25 j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici ; prends ce qui est à toi."

26 Son maître lui répondit : "Esclave mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que je récolte où je n'ai pas répandu ?

27 Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée j'aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt.

28 Enlevez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents."

29 – Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il a. –

30 Et l'esclave inutile, chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents." »

 

 

Heureux esclaves de Jésus-Christ étonnamment graciés, différemment dotés ou doués et infiniment capables !

 

« En voilà une façon de s’adresser à nous ! Qu’on fasse valoir que nous sommes doués, voilà qui fait plaisir ! Et qu’on nous considère comme des personnes capables, cela flatte notre ego. Mais… que vient-on nous parler d’esclavage ? Qui peut bien se sentir honoré d’être considéré comme un « esclave » ? Tout le monde veut commander, être le chef, être indépendant. Voilà ce qu’on considère comme un but, un accomplissement, la réussite dans la vie ! »

 

Laissons de côté le débat à propos de ce qu’est la réussite sociale ou professionnelle. Ce n’est pas là notre sujet. Dans notre texte, Jésus parle d’autre chose. Il y parle – comme souvent – du Royaume de Dieu, de son Royaume et de ses sujets, de leur état et de leur activité.

Cette parabole, Jésus l’a racontée à ses disciples la semaine où il allait être crucifié. Ces paroles sont dites alors qu’il songe à sa mort imminente, à son départ imminent. C’est dans ce contexte qu’il dit : « Il en sera comme d'un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves » (v. 14) pour régler avec eux différentes choses importantes avant son absence qui devait se prolonger.

 

« Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte. » (v. 19) Rappelons-nous : Jésus s’adresse ici à ses disciples pour leur faire comprendre qui ils sont pour lui, comment il les a dotés et préparés pour le temps qui va s’écouler jusqu’à son retour au Jugement Dernier, et ce qu’il attend d’eux en son absence.

 

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Des « esclaves » de Jésus-Christ,

voilà ce que nous sommes, dit notre texte.

 

Des « esclaves » appartiennent à leur maître. Ce qu’ils sont et ce qu’ils possèdent, tout cela appartient à leur maître. Et le fruit de leur travail aussi.

 

Nous savons comment nous le sommes devenus, esclaves de Jésus-Christ : notre Seigneur Jésus-Christ – confessons-nous – « m'a sauvé, racheté et acquis, moi perdu et condamné, en me délivrant du péché, de la mort et de la puissance du diable ; non pas à prix d'or ou d'argent, mais par son saint et précieux sang, par ses souffrances et sa mort innocentes, afin que je lui appartienne et que je vive dans son Royaume, pour le servir […]. » (Martin Luther ; « Petit Catéchisme »)

Cet extrait du 2ème Article de la Foi chrétienne dans le « Petit Catéchisme » de Martin Luther, nous ne le récitons pas comme n’importe quel autre texte appris par cœur. Et encore moins avec la tête courbée comme si nous venions d’être acquis par un nouveau maître sur le marché aux « esclaves ».

 

Ces paroles jaillissent de notre cœur comme une confession joyeuse et une louange reconnaissante, car celui qui est devenu notre Maître a vraiment donné du sien et payé fort cher pour que nous puissions lui appartenir.

 

Rappelons-nous : Qu’étions-nous avant de lui appartenir ? Nous n’étions pas non plus libres ! Nous étions lourdement enchaînés sous la domination de Satan ; nous étions perdus pour l’éternité. Pour assouvir sa profonde haine contre Dieu et se venger de lui, le diable voulait nous entraîner avec lui dans les peines éternelles de l’enfer.

 

A l’époque, quand nous appartenions au royaume de Satan, nous étions exposés à la colère de Dieu, il n’y avait pas moyen d’aller vers Dieu et d’avoir part à sa vie, notre existence était sans espoir, sans issue, il n’y avait pas moyen de nous libérer de notre état mortel d’esclaves de Satan, même pas d’y améliorer notre sort.

Mais Jésus est intervenu. Il nous a arrachés à la tyrannie de Satan et nous a mis en sécurité sous sa Seigneurie à lui. Certes, dans son Royaume, nous ne sommes pas non plus nos propres maîtres – de toute façon, cela, aucun être humain ne l’est ! – mais le Maître auquel nous appartenons maintenant décrit ainsi son règne : « Mon joug est bon, et ma charge légère, » (Mt 11.30), le « fardeau » dont je vous charge est si « léger »[1] qu’au lieu de vous écraser, paradoxalement, il vous tire vers le haut, vous soulage et vous remplit de paix et de joie ! »

Nous l’avons échappé belle ! Dieu nous a fait grâce, il s’est mis en quatre pour nous mettre en sécurité auprès de lui. Nous avons maintenant un Maître qui ne nous tient pas rigueur de nos péchés, qui les a même expiés à notre place. Il nous a évité le châtiment mérité.

 

Nous avons un Maître qui se soucie plus de notre bien-être que du sien – puisqu’il s’est sacrifié pour nous ! – un Maître qui ne nous punit pas selon nos mérites mais nous fait grâce et a veillé à ce que nous soyons

 

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des « esclaves » comblés de dons.

 

Cela prouve d’ailleurs qu’il nous fait confiance. Le maître de la parabole « confia ses biens. » à ses « esclaves » (v. 14). Pareillement, Jésus nous a « confié » – à nous les « esclaves » qu’il s’est acquis à un prix si élevé – il nous a « confié sa fortune »[2] pour que nous l’administrions et la gérions sur terre.

En effet, il a fait de nous des esclaves richement dotés, pas tous pareillement, mais de façon complémentaire. « Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage. » (v. 15)

 

Jésus ne donne que trois « esclaves » en exemple. Il y en a bien entendu infiniment davantage dans son Royaume. Mais trois exemples suffisent pour nous faire comprendre ce qui lui tient à cœur.

Dans son Royaume, Jésus distribue ses dons de façons diverses. Il ne s’agit pas ici du pardon, de la vie et du salut : ceux-là, il les donne sans distinction à tous ceux qui croient en lui. « Celui qui met sa foi dans le Fils a la vie éternelle » (Jn 3.36), un croyant comme l’autre. Dans ce domaine, il n’y a pas de différence entre les « esclaves » de Jésus-Christ.

 

Mais dans d’autres domaines il y a bel et bien des différences. Il est difficile de ne pas s’en rendre compte. Nous ne sommes pas tous pareillement riches. Les uns sont plus doués intellectuellement, d’autres plus manuellement. Les uns on un esprit plus théorique, d’autres plus pratique. Les uns sont doués pour la musique, d’autres pour le bricolage. Les dons des uns sont plus développés pour être lecteurs, voire diacres, les dons d’autres sont plutôt dans le domaine du jeu d’orgue ou d’autres instruments. Les uns ont plus de facilités pour être trésorier, d’autres pour être monitrice d’école du dimanche. Chez les uns le don d’organisation est plus développé, chez d’autres celui du témoignage. L’un a une santé à toute épreuve, un autre plus de temps pour le bénévolat.

 

Je vais m’arrêter là, bien que le réservoir de dons de notre Seigneur soit infini : nous en avons reçus bien plus que ceux que je viens d’énumérer.

Tout cela pour dire que nous, les croyants, n’avons pas été fabriqués sur une chaîne de montage d’où chacun sortirait semblable à l’autre, tels des sosies. La vie en église serait vraiment monotone si c’était le cas.

 

Non, Dieu répartit ses dons différemment entre nous. C’est la raison pour laquelle il n’attend pas non plus la même chose de chacun de nous. Notre responsabilité consiste à être « bons » et « dignes de confiance » (v. 21 et 23), « bons et fidèles »[3] dans la gestion des biens et des talents que Dieu nous a confiés, et non de faire des comparaisons avec les autres qui ont été dotés différemment.

Le maître de la parabole dit pareillement aux deux premiers serviteurs : « C'est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! » (v. 21 et 23), « C’est bien, bon et fidèle serviteur ! »[4] Le maître fait le même compliment aux deux. Pourtant, le deuxième n’a « gagné » que « deux talents » (v. 22), alors que le premier en a « gagné » « cinq » (v. 20), donc plus du double ! Mais il avait aussi reçu au départ plus de dons.

Dieu n’attend pas de nous de faire l’impossible. S’il attend quelque chose de notre part, il nous en a aussi rendus capables. La seule question que chacun de nous devrait se poser à ce sujet est la suivante :

 

« Qu’est-ce que je fais avec les dons que Dieu m’a donnés ?

Est-ce que j’y reconnais des "biens" reçus de Dieu, qui ne m’appartiennent pas en propre, à moi, son "esclave" et que je dois faire prospérer dans son Royaume ?

Ou suis-je un "esclave mauvais et paresseux" (v. 26), "mauvais et paresseux" dans l’emploi des dons reçus au service de la paroisse et l’Eglise, dans la famille et au travail ou quel que soit l’endroit où le Seigneur m’a placé dans la vie pour "faire valoir" ses dons ? »

Ce qui frappe dans la parabole, c’est que Jésus n’oppose pas ici le « bon et fidèle serviteur » à quelqu’un qui, comme le fils prodigue, a dilapidé les dons reçus de Dieu. Certes, ce fils dilapidateur est encore pire que le troisième « esclave » de notre parabole, c’est évident.

Mais ici Jésus veut nous faire comprendre quelque chose que nous avons parfois du mal à saisir. Nous avons du mal à voir quelque chose de « mauvais » dans le comportement du troisième « esclave ». Comment peut-on l’appeler « mauvais » ? N’a-t-il pas rendu à son maître ce qu’il avait reçu ?

 

En raisonnant ainsi, on oublie quelque chose de fondamental : les dons de Dieu ne sont pas des dons inertes. Dieu les a pourvus d’une capacité de productivité et de rendement qu’il serait coupable d’ignorer et de ne pas utiliser.

 

Le troisième "esclave" représente ceux qui, extérieurement, font partie de l’Eglise, mais qui restent inactifs, qui n’utilisent pas les dons reçus de Dieu pour participer à l’édification du Royaume de Dieu.

Peut-être que beaucoup de chrétiens n’en sont pas conscients, mais, dans sa grâce, notre Seigneur a fait de nous

 

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des « esclaves » capables de rendement.

 

Il nous suffit d’utiliser les dons qu’il nous a faits pour sa seule gloire. Ce qui est important, ce n’est pas la nature de mes dons – il est donc complètement déplacé de jalouser les autres – ; ce qui est important, c’est que je ne « cache » (v. 18) pas les dons que le Seigneur m’a faits, mais que je les utilise.

Ce qui est important, c’est que tu fasses confiance au Seigneur : s’il t’a confié certains dons, c’est qu’ils sont utiles et propices à ton épanouissement comme au déploiement du Royaume de Dieu.

Voyez-vous ! croire en Jésus-Christ et en son expiation, ce n’est pas seulement la condition nécessaire pour être pardonné, racheté et sauvé, sans foi en Jésus-Christ, il n’y a pas non plus de vie chrétienne, de vie à la suite et pour la gloire du divin Ressuscité.

 

Celui qui ne croit pas que Dieu répartit les dons correctement, celui qui ne croit pas que les dons qu’il a reçus peuvent contribuer au développement harmonieux du Royaume de Dieu, celui-là ne fera pas non plus usage de ses dons, celui-là ne portera pas non plus de fruits.

Il est vrai, il arrive que nous connaissions des échecs dans la mise en œuvre de nos dons, en tout cas des échecs apparents. Que cela ne nous décourage pas ! Il n’appartient à personne de porter un jugement sur le niveau de réussite à avoir. Ce jugement appartient au Seigneur seul, lorsqu’il reviendra de son voyage, au Jugement Dernier, lorsqu’il « fera rendre des comptes » (v. 19).

Et là, nous pourrions avoir des surprises : le travail patient et dévoué, apparemment effacé, de l’un se trouvera peut-être avoir eu plus de rendement que les actions d’éclat de personnes plus en vue.

Que chacun de nous se demande donc :

 

Ø Ai-je déjà découvert les dons et les talents que le Seigneur m’a accordés dans sa grâce ?

Ø Ai-je proposé à ma paroisse de m’impliquer « pour l’utilité commune » (1 Co 12.7) avec ces dons du Seigneur, ou suis-je « paresseux » dans leur application ?

Ø Suis-je reconnaissant aux autres de me conseiller sur la façon dont je puis m’impliquer avec mes dons dans la vie paroissiale, familiale ou autre, pour la gloire de mon Seigneur ?

Ø Suis-je « bons » et « digne de confiance », « bon et fidèle » dans l’usage de mes dons et talents, ou ne peut-on pas me faire confiance ?

Ø Fais-je dépendre mon implication avec mes dons de l’implication des autres ? Est-ce que je sers mon Eglise, ma famille, mon patron, par gratitude envers Jésus-Christ, mon Seigneur, ou pour faire comme les autres ? Autrement dit : Est-ce que je fais dépendre ma vie chrétienne de celle des autres ou de mon Seigneur Jésus-Christ à qui je dois tant, plus que ce que je vais jamais pouvoir lui donner en retour ?

 

Vous savez : dans une parabole, notre Seigneur n’entre pas dans tous les détails de la vie. Il ne peut qu’y esquisser des vérités importantes. Ainsi, il parle du moment où il confie les talents, puis de son retour pour le Jugement Dernier « longtemps après » (v. 19). Dans cette parabole il ne parle pas du temps de grâce qui s’écoule pour chacun de nous entre ces deux extrêmes.

Mais si nous devions avoir commencé notre temps de grâce comme « le troisième » – ou si, avec le temps, nous devions être devenus « paresseux » comme lui – n’oublions jamais que ce temps est encore et toujours un temps de grâce : si nous nous repentons, si nous demandons pardon à notre Seigneur pour l’amour de son sacrifice expiatoire, sa grâce est assez vaste pour nous pardonner.

 

Avec ce « long temps » de notre vie ici-bas, il nous offre amplement l’occasion de nous « amender », comme nous le disons dans la liturgie, bref, de nous améliorer, de changer de cap, pour ne pas être « jetés »[5] comme des « esclaves inutiles » « dans les ténèbres du dehors » (v. 30).

 

Voyez-vous : c’est vraiment une situation singulière que d’être « esclave de Jésus-Christ » (Col 4.12) ! Il nous a « rachetés à un grand prix »[6] (1 Co 6.20). Quant à nous, avec notre changement de Maître, nous avons gagné sur toute la ligne. Il nous a dotés de dons ; nous n’avons qu’à les utiliser, ils porteront alors du fruit car le Seigneur les bénit.

 

Et le plus inattendu, le plus merveilleux vient à la fin : Comme nous sommes ses « esclaves », tout ce que nous avons, tout ce que nous produisons, lui appartient ; il ne nous doit rien. Et pourtant, que dira-t-il à la fin ? « On donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance » (v. 29) !

Celui qui a porté des fruits parce qu’il a utilisé les dons reçus, celui-là recevra encore des bénédictions complémentaires.

Qu’attendons-nous donc pour utiliser avec foi les dons qu’il nous a confiés, pour les utiliser pour le bien de tous et pour la gloire de notre Seigneur aimant et bienfaisant ?

 

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du 6 juillet 2008 - 7ème dimanche après la Trinité

 

Chants proposés :

 

Je chanterai, Seigneur, LlS 22:1-4

O Dieu fort, ô tendre Père, LlS 137:1-2+4-5

Dieu de paix, Dieu de charité, LlS 268:1-3+5

Jésus, à sa table sacrée, LlS 163:1-9

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Texte : Jn 6.1-15

 

6:1 « Après cela, Jésus s'en alla sur l'autre rive de la mer de Galilée, la mer de Tibériade.

6:2 Une grande foule le suivait, parce qu'elle voyait les signes qu'il produisait sur les malades.

6:3 Jésus monta sur la montagne ; là, il s'assit avec ses disciples.

6:4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.

6:5 Jésus leva les yeux et vit qu'une grande foule venait à lui ; il dit à Philippe : "Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ?"

6:6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car il savait, lui, ce qu'il allait faire.

6:7 Philippe lui répondit : "Deux cents deniers de pains ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu."

6:8 Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit :

6:9 "Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens ?"

6:10 Jésus dit : "Faites installer ces gens." – Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. – Ils s'installèrent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes.

6:11 Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua à ceux qui étaient là ; il fit de même pour les poissons, autant qu'ils en voulurent.

6:12 Lorsqu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : "Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde."

6:13 Ils les ramassèrent donc ; ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d'orge qui restaient à ceux qui avaient mangé.

6:14 A la vue du signe qu'il avait produit, les gens disaient : "C'est vraiment lui, le Prophète qui vient dans le monde."

6:15 Jésus, sachant qu'ils allaient venir s'emparer de lui pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, seul. »

 

Cher frère, chère sœur –

que le Seigneur a comblé de richesses spirituelles,

mais aussi de biens matériels !

 

Dans nos cultes, dans nos études bibliques, au catéchisme, nous parlons le plus souvent des bénédictions spirituelles et éternelles que nous recevons sans compter et sans les avoir méritées de la part de notre Dieu sauveur.

Mais Dieu nous a aussi comblés de bienfaits matériels. Jésus nous apprend à prier pour ces bienfaits matériels aussi : « Donne-nous, aujourd’hui, notre pain de ce jour ! » (Mt 6.11)

Certes, ce n’est qu’une Demande sur sept ; il n’en demeure pas moins que Dieu nous a créés avec un corps qui a ses besoins et nous a placés dans ce monde matériel qu’il a créé et que nous devons gérer avec sa bénédiction ; que nous devons aussi gérer dans l’état d’esprit de notre divin Bienfaiteur, en faisant à notre tour de la bienfaisance.

Justement, notre texte ne nous montre pas seulement comment Jésus a fait du bien à d’autres ; nous y apprenons aussi à quoi devrait ressembler notre bienfaisance à nous.

 

NOUS FAISONS LE BIEN

 

1. malgré les innombrables détresses,

2. malgré nos moyens limités,

3. par reconnaissance envers le Seigneur,

4. avec confiance en notre Seigneur.

 

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NOUS FAISONS LE BIEN MALGRE LES INNOMBRABLES DETRESSES

 

« Malgré » ? … Curieuse façon de s’exprimer, n’est-ce pas ? On s’attendrait plutôt à entendre dire : Nous faisons le bien « à cause » des innombrables détresses…

Non, ce n’est pas un lapsus : Nous faisons aussi le bien « malgré » les innombrables détresses… Comment peut-on parler ainsi ? Cela, notre texte nous le montrera. D’ailleurs, c’est souvent ainsi que cela se passe dans la vie.

 

Les disciples de notre Seigneur se sont trouvés subitement face à un défi tel, face à une tâche telle, qu’ils s’adressent à Jésus sur un ton si ce n’est déprimé, du moins résigné. « Une grande foule » venait à eux. « 5000 hommes, sans compter les femmes et les enfants » (Mt 14.21), précise Matthieu de son côté.

Cette foule faisait face à un grave problème. Marc raconte : « Jésus fut rempli de compassion pour eux, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. » (Mc 6.34)

 

La plus grande de leurs détresses était d’ordre spirituel. Ils ne connaissaient pas le Bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis. Ils se tenaient devant lui sans se rendre compte de qui il était pour eux. Certes, ils le considéraient comme quelqu’un d’exceptionnel, sinon ils ne l’auraient pas suivi aussi loin et en aussi grand nombre, mais ils n’avaient pas encore découvert toute la majesté et toute la gloire qu’étaient celles de Jésus de Nazareth. Et ils n’avaient sans doute pas non plus reconnu le plus grand de leurs besoins.

 

« Une grande foule le suivait, parce qu'elle voyait les signes qu'il produisait sur les malades. » (v. 2), puis, à la fin de l’histoire, ils voulaient « le faire roi » (v. 15), un roi politique pourvoyeur de biens à moindre frais, mais non pas berger de leurs âmes. Ils ne voient que leur détresse matérielle, pas leur détresse spirituelle. Ils recherchent en Jésus quelqu’un qui résout leurs problèmes matériels et de santé, mais non leur gros problème qu’est le péché.

 

Mais Jésus s’occupe en premier lieu de leur détresse spirituelle, de leur âme… « et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses » (Mc 6.34). C’était là son ministère premier, et c’est là aussi le rôle premier et principal de l’Eglise de Jésus-Christ, comme de chaque chrétien.

Mais cela ne veut pas dire que nous demeurions insensibles aux détresses physiques et matérielles des gens que nous côtoyons ou que nous puissions les ignorer. Après s’être occupé de la détresse spirituelle de la foule, Jésus « guérit les malades » (Mt 14.14) et, « le soir » (Mt 14.15), il demande à ses disciples comment on pourrait donner à manger à cette foule affamée.

Les disciples n’ont pas de solution à ce problème. Si, ils en ont une : renvoyer ces gens chez eux dans leurs différents bourgs et villages sans avoir pu les nourrir.

 

N’est-ce pas aussi parfois notre réaction devant l’immensité des besoins dans le monde ? La tâche nous paraît si démesurée que les bras nous en tombent et que nous commençons par ne rien faire. Nous sommes comme paralysés devant l’immensité de la tâche. A peine avons-nous fait une collecte pour venir en aide à des sinistrés d’une catastrophe que les prochains frappent déjà à notre porte. Et que dire des innombrables mendiants rencontrés dans le métro et le RER ? Le salaire pourrait y passer par jour ! C’est à désespérer, non ? – Et bien, non !

 

Malgré les nombreuses plaies qui recouvrent notre planète, malgré le grand nombre de détresses qui nous environnent, nous voulons venir en aide selon nos moyens, exercer la bienfaisance autant que nous le pouvons. Et

 

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NOUS FAISONS LE BIEN MALGRE NOS MOYENS LIMITES

 

dont nous disposons. Notre budget familial est limité, et c’est pareil pour notre budget paroissial – alimenté par nos budgets familiaux – et notre budget synodal – alimenté par nos budgets paroissiaux –. C’est que le nombre de nos membres, lui aussi, n’est pas illimité… loin s’en faut ! Il est même bien peu de choses face aux innombrables nécessiteux de la terre.

Quand, par exemple, nous faisons une collecte lancée par notre « Association Evangélique Luthérienne de Bienfaisance » (l’AELB) de quelques milliers d’euros pour venir en aide à des sinistrés qui auraient besoin de plusieurs millions, voire milliards d’euros pour réparer, reconstruire et refaire fonctionner leur économie normalement, ou tout simplement pour qu’ils aient un abri décent et de quoi manger suffisamment, nous avons l’impression que notre bienfaisance n’est qu’une goutte d’eau sur une pierre chaude, voire sur un désert brûlant.

Nous ressentons alors la même impuissance que les disciples avec leurs « cinq pains d'orge et deux poissons » (v. 9) face à cette foule d’affamés de plus de « cinq mille » personnes (v. 10 ; Mt 14.21) et nous soupirons : « Qu'est-ce que cela pour tant de gens ? » (v. 9) N’est-ce pas peine perdue ? Et pourtant Jésus demande à ses disciples de commencer avec le peu qu’ils ont pour soulager ces nécessiteux.

 

Il est vrai, « il savait, lui, ce qu'il allait faire » (v. 6), il savait comment il allait faire beaucoup avec le peu que ses disciples avaient à leur disposition.

Il avait, de même, attendu de la pauvre veuve de Sarepta qu’elle donne au prophète Elie le peu qu’elle avait à manger. Et, ô miracle ! Dieu a fait le nécessaire pour qu’elle ne manque de rien par après (1 R 17.9-16)

 

Ainsi, le petit nombre de paroissiens que nous sommes fait souvent face à tant de tâches, de responsabilités et de besoins que nous sommes tentés de soupirer : « Qu'est-ce que cela pour tant » de tâches, de besoins, de responsabilités ? (v. 9) Il y a les besoins matériels de la paroisse et de l’église qui ne font que croître, et dans cette situation, Jésus nous demande, comme il l’a fait ici à Philippe : "Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? » (v. 5) « Où trouverons-nous le nécessaire pour répondre aux besoins financiers de l’Eglise ? »

Allons-nous alors réussir l’examen de notre foi en Lui, ou allons-nous verser dans le doute et répondre comme Philippe : « Pas assez ! "ça ne suffit pas !" » (v. 7)

 

Le Seigneur n’est pas inconscient. Il sait devant quelles tâches il nous place. Et s’il a disposé les choses de manière à ce que nous soyons ses intermédiaires pour apporter notre aide là où elle est nécessaire, il nous permettra aussi de trouver les moyens pour remplir notre mission.

 

D’ailleurs, avons-nous épuisé toutes les ressources à notre disposition ? Aux disciples Jésus dit : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde. » (v. 12) Ne laissons-nous pas « se perdre » un tas de choses ! Que de gaspillage ! Et combien d’argent ne dépensons-nous pas pour des futilités qui ne servent à personne, à nous non plus !

Par exemple : Que faites-vous de vos anciennes lunettes ? On peut les donner pour les malvoyants du Tiers-Monde. Et pourquoi pas pour nos frères et sœurs dans les deux Congos ? Que ne jetons-nous pas, alors que cela pourrait encore servir, si ce n’est à nous, du moins à d’autres ? Le tri sélectif est une première démarche en ce sens. Le ramassage de vêtements dans notre paroisse pour distribution aux nécessiteux en est une autre. L’amour du prochain devrait nous faire découvrir d’autres canaux pour venir en aide les uns aux autres, ainsi qu’au travail de l’Eglise.

 

Oui, nous voulons faire le bien malgré les détresses sans nombre autour de nous, malgré nos moyens limités, car

 

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NOUS FAISONS LE BIEN PAR RECONNAISSANCE ENVERS NOTRE SEIGNEUR

 

à qui nous devons tant ! Ce qu’il a « enseigné » à cette foule qui l’a « ému, parce qu'ils étaient comme des moutons qui n'ont pas de berger » (Mc 6.34), il nous le fait aussi annoncer par l’Evangile de grâce et de vie. Nous savons tout ce que nous lui devons, à lui, « le Bon Berger qui [s’est} défait de sa vie pour » nous, « ses moutons » (Jn 10.11). Nous savons comment il nous a ainsi évité la colère de Dieu et notre damnation. Nous savons comment il nous a arrachés des griffes de Satan et mis en sécurité dans son Royaume de grâce et de pardon.

 

Il n’a pas lésiné sur le prix à payer pour nous combler ainsi : sa propre vie, il l’a jetée sur la balance, tant il nous aime ! Comment pourrions-nous ne pas l’aimer en retour et ne pas lui montrer notre gratitude ? Aussi notre gratitude pour sa sollicitude de tout instant ?

Et quel meilleur moyen de lui montrer notre gratitude que d’essayer de régler notre vie sur la sienne ? Jésus nous montre, par exemple, comment faire du bien. Il est toujours venu en aide aux autres. La même attitude devrait aussi être la nôtre, à nous, ses disciples. C’est là une occasion toute trouvée de faire plaisir à notre Seigneur. « N'oubliez pas la bienfaisance et la solidarité, » nous rappelle l’épître aux Hébreux, « car c'est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir. » (Hé 13.16)

 

La multiplication des pains a aussi commencé avec une prière d’action de grâces. « Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua » (v. 11). Notre bienfaisance devrait se faire dans le même état d’esprit, non pas à contrecœur, non pas en murmurant, par exemple : « Mon Dieu ! mon Dieu ! qu’est-ce que tu me demandes encore de faire d’impossible ! », mais avec action de grâces : « Comme tu es bon de m’avoir béni ! Comme tu m’honores de m’employer – comme les douze lors de la multiplication des pains – pour donner de tes biens à ceux qui en manquent ! »

Celui dont le cœur déborde ainsi de gratitude envers Dieu, celui-là dira : « Présent ! » lorsqu’il s’agira d’assister son Seigneur et Maître ! Cela,

 

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NOUS LE FAISONS, LE BIEN, PARCE QUE NOUS AVONS CONFIANCE EN NOTRE SEIGNEUR

 

Il leur fallait une bonne dose de confiance en leur maître, à ces disciples, pour tout organiser et faire asseoir la foule et les nourrir avec « cinq pains et deux poissons ». Ils n’avaient aucune idée comment cela pouvait être possible, et cependant ils font ce que le Seigneur attend d’eux. Ils avaient foi en lui : il s’en sortira bien !

Et, ô miracle ! Jésus multiplia « les cinq pains et les deux poissons » en sorte que « tous mangèrent et furent rassasiés » (Lc 9.17).

Cette histoire nous montre que la bienfaisance chrétienne est une affaire de foi, de confiance en Dieu. Ne doutons pas de la sollicitude de Dieu pour nous, ne doutons pas que Dieu bénit effectivement la bienfaisance, sinon nous allons hésiter à faire le bien ; peut-être que nous participerons à contrecoeur, à cause du qu’en dira-t-on, mais ce que nous ferons alors ne sera pas de la bienfaisance à laquelle Dieu prend plaisir.

 

Il est vrai, Dieu place parfois la barre bien haut, par exemple pour entretenir la vie et les activités de notre église, ou pour le démarrage d’un nouveau poste missionnaire. A vue humaine, cela paraît parfois aussi irréalisable que de nourrir plus de 5000 personnes avec cinq pains et deux poissons.

 

C’est qu’il faut inclure Dieu dans notre calcul. Avec lui, les comptes seront équilibrés, à moins que nous ne doutions de lui. Comme il l’a attendu des douze à l’époque, il attend aussi de nous aujourd’hui que nous lui montrions que notre foi, ce ne sont pas de simples mots, des mots vides de contenu, mais une réalité qui nous anime et donne le ton à notre existence. Lui sait alors comment cela doit continuer.

 

Le Siracide, écrit apocryphe de l’Ancien Testament, dit : « Faire le bien est un jardin béni » (Si 40.17). Cela s’est avéré lors de la multiplication des pains : à la fin ils ont été plus riches qu’au début. Au début ils n’avaient que cinq pains et deux poissons ; à la fin ils se sont retrouvés avec « douze paniers avec les morceaux des cinq pains d'orge qui restaient » (v. 13).

C’est là une réalité du Royaume de Dieu : Quand un croyant ou une paroisse « accorde une faveur au pauvre, » il « prête à l'Eternel, qui lui rendra son bienfait. » (Pr 19.17)[1].

 

Prions Dieu pour que l’histoire de la multiplication des pains pour nourrir les 5000 nous donne une nouvelle impulsion pour

 

FAIRE LE BIEN

 

1 malgré les innombrables détresses,

2 malgré nos moyens limités,

3 par reconnaissance envers le Seigneur,

4 avec confiance en notre Seigneur.

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du dimanche 24 aout 2008 - Jour de l'apôtre Barthélemy

 

Texte : Lc 22.24-30

 

24 « Il s'éleva aussi parmi eux une contestation : lequel d'entre eux devait-il être considéré comme le plus grand ?

25 Il leur dit : "Les rois des nations les dominent en seigneurs et ceux qui exercent l'autorité sur elles se font appeler bienfaiteurs.

26 Chez vous, rien de semblable. Au contraire, que le plus grand parmi vous devienne comme le plus jeune, et celui qui dirige comme celui qui sert.

27 En effet, qui est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.

28 Vous, vous êtes ceux qui ont persévéré avec moi dans mes épreuves ;

29 c'est pourquoi je dispose du Royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé en ma faveur,

30 afin que vous mangiez et buviez à ma table, dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël." »

 

Jn 1.43 « Le lendemain, il voulut se rendre en Galilée, et il trouve Philippe. Jésus lui dit :

"Suis-moi."

44 Philippe était de Bethsaïda, la ville d'André et de Pierre.

45 Philippe trouve Nathanaël et lui dit :

"Celui au sujet duquel ont écrit Moïse, dans la Loi, et les prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus de Nazareth, fils de Joseph. "

46 Nathanaël lui dit :

"Quelque chose de bon peut-il venir de Nazareth ?"

Philippe lui dit : "Viens voir."

47 Jésus vit Nathanaël venir à lui, et il dit de lui :

"Voici un véritable Israélite, en qui il n'y a pas de ruse." »

48 Nathanaël lui dit : "D'où me connais-tu ?"

Jésus lui répondit : "Avant que Philippe t'appelle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu."

49 Nathanaël reprit : "Rabbi, c'est toi qui es le Fils de Dieu, c'est toi qui es le roi d'Israël."

50 Jésus lui répondit : "Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois ? Tu verras des choses plus grandes encore !"

51 Et il lui dit : "Amen, amen, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme." »

 

Chers frères et sœurs,

membres – comme nous le confessons dans

le Symbole de Nicée –

de « l’Eglise qui est […] apostolique »,

 

Nous avons l’habitude de parler de l’Eglise « chrétienne » parce que Jésus-Christ en est « le seul fondement » (1 Co 3.11), et nous, les membres de l’Eglise, nous nous appelons « chrétiens » (Ac 11.26) parce que nous croyons en Christ, notre Sauveur.

Nous avons aussi l’habitude de parler de l’Eglise « évangélique », parce que le Saint-Esprit nous a appelés par l’Evangile à la foi en Jésus-Christ et nous maintient par l’Evangile dans cette foi salutaire. Aussi « l’Evangile, puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1.16), cette Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, est-elle annoncée dans nos cultes, étudiée dans nos cercles, enseignée à l’instruction et dans nos efforts missionnaires.

 

Mais l’Eglise … « apostolique » ? Je me rappelle, il y a fort longtemps, la première fois que ma fiancée a invité une proche à assister à un culte, ce jour-là on priait le Symbole de Nicée que l’invitée ne connaissait pas. Elle l’a lu à haute voix avec l’assemblée jusqu’au mot « apostolique ». Là, elle a fait un blocage. Elle a cru qu’elle s’était laissée entraîner dans la secte « néo-apostolique ».

 

Pareillement, d’autres pourraient ne pas comprendre que dans une église évangélique luthérienne qui a dû se séparer de l’église de Rome dans la douleur – entre autre à cause de l’adoration des saints – on ait retenu les jours des apôtres dans le calendrier liturgique. Le fait de célébrer aujourd’hui le « Jour de l’apôtre Barthélemy » ne cacherait-il pas un retour non avoué à « l’adoration des saints » de l’église de Rome ?

 

Oui, chers amis, l’Eglise évangélique luthérienne a gardé les jours des apôtres, aussi trois fêtes liées à l’histoire biblique de Marie. Seulement, ce n’est pas pour les adorer, mais pour voir comment l’Evangile du Christ a agi sur ces témoins de la foi, comment il a agi à travers eux aussi. Il s’agit de tirer les leçons de leurs expériences spirituelles, d’y trouver aussi du réconfort en voyant comment l’Evangile du Christ les a relevés dans des situations pénibles, parfois après avoir trébuché dans un péché.

 

Et puis, n’oublions quand même pas que, « poussés par le Saint-Esprit » (2 P 1.21), les apôtres nous ont transmis l’Evangile du Christ que Dieu leur a « inspiré » (2 Tm 3.16). C’est ainsi que Paul peut écrire : « Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. » (Ep 2.20)[1]

 

Nous confessons que « l’Eglise est apostolique » parce qu’elle fonde sa foi sur les écrits inspirés par Dieu aux apôtres. C’est Jésus que nous adorons, pas les apôtres, et c’est son salut que nous annonçons, mais dans des termes que nous ont transmis les apôtres.

Ce sont les fêtes du Christ qui sont les grands moments de l’année chrétienne. Même, les dimanches sont un rappel de sa glorieuse résurrection qu’il partage avec nous.

Les jours des apôtres, si on les observe, ne le sont généralement que s’ils tombent un dimanche. C’est le cas pour l’apôtre Barthélemy cette année. Il y a cinq ans, nous n’en avons pas tenu compte ; la prochaine fois ce sera dans six ans.

 

Qu’allons-nous apprendre avec

 

L’APÔTRE BARTHELEMY

 

1. Est-il un des « grands » parmi les apôtres ?

2. Quant à nous, sommes-nous des « grands » dans le Royaume de Dieu ?

3. Qu’est-ce qui est réellement important pour nous dans le Royaume de Dieu ?

 

------ 1 ------

 

L’apôtre Barthélemy

est-il un des « grands » parmi les apôtres ?

 

Son nom apparaît dans les quatre listes des apôtres que nous fournissent Matthieu, Marc, Luc et le livre des Actes (Mt 10.3 ; Mc 3.18 ; Lc 6.14 ; Ac 1.4). Et c’est tout ! Le nom de Barthélemy n’apparaît plus ailleurs et nous n’avons ni évangile ni épître écrit de sa main.

Alors, cela vaut-il la peine qu’on en parle ? Que peut-on bien dire un jour de l’apôtre Barthélemy ?

C’est que, comme d’autres apôtres, il portait deux noms. Ainsi, Simon a reçu comme second nom du Christ lui-même celui de Pierre (Jn 1.42). Thomas s’appelait encore Didyme (Jn 11.16). Et « Barthélemy » s’appelait encore « Nathanaël ».

 

Comment en est-on arrivé à identifier Barthélemy à Nathanaël ? C’est que les trois évangiles, dans leurs listes des apôtres, citent tous les trois Barthélemy immédiatement après Philippe. On en conclue qu’il devait y avoir un lien étroit entre ces deux hommes.

 

Or, dans l’Evangile de Jean, là où Jésus choisit ses disciples, il commence par André et Jean ; puis vient le tour de Pierre. Le lendemain, il appelle Philippe. Celui-ci va trouver Nathanaël et l’amène à Jésus qui aura un entretien très intéressant avec Nathanaël. (Jn 1.43-51)

 

Barthélemy – alias Nathanaël – était « de Cana en Galilée » (Jn 21.2), la ville où, bientôt, Jésus accomplira son premier miracle : la transformation de l’eau en vin lors d’un repas de noces.

C’était un Israélite qui connaissait sa Bible. Quand Philippe lui dit qu’il avait trouvé le Messie en Jésus de Nazareth, Barthélemy-Nathanaël demanda : « Quelque chose de bon peut-il venir de Nazareth ? » (Jn 1.46), sous-entendu : aucune prophétie messianique ne mentionne Nazareth.

Mais c’est un homme franc et direct ; Jésus dira de lui qu’il est « un véritable Israélite, en qui il n’y a pas de ruse » (Jn 1.47). Aussi accompagne-t-il Philippe auprès de Jésus pour se rendre compte lui-même qui est ce Jésus. Et l’entretien le convaincra. Il finira par confesser : « "Rabbi, c'est toi qui es le Fils de Dieu, c'est toi qui es le roi d'Israël." Jésus lui répondit : "[…] Tu verras des choses plus grandes encore !" » (Jn 1.49-50)

 

Le nom de « Nathanaël » étant absent des listes des apôtres, on en conclue que Barthélemy et Nathanaël ne font qu’un.

Il apparaît encore une fois, sous le nom de Nathanaël, à la fin de l’évangile de Jean où il fait partie du groupe de sept apôtres présents lors de la pêche miraculeuse entre la résurrection et l’ascension du Christ.

 

Comme on ne sait pas grand-chose de lui, on pourrait être tenté de penser qu’il n’était pas très important, qu’il n’était pas un « grand » parmi les apôtres. N’avons-nous pas toujours tendance à classer les gens par leur importance ? Ce travers est aussi vieux que le monde. Il se manifestait même dans le groupe des apôtres.

 

« Il s'éleva parmi eux une contestation : lequel d'entre eux devait-il être considéré comme le plus grand ? » (v. 24) Incorrigibles apôtres ! Jésus avait déjà dû leur faire la leçon à ce sujet (Lc 9.46-48). Et voilà que ça les reprend juste après avoir reçu la Sainte Cène pour la première fois ! (Lc 22.14-23)

Alors, Barthélemy a-t-il été un « grand » ou un « petit » apôtre ? Si Jésus l’a choisi pour le ministère apostolique, c’est qu’il savait qu’il correspondait au service dont il le chargeait. Ce n’est pas parce que la Bible ne parle pas beaucoup de Barthélemy que le Saint-Esprit n’a pas pu faire de grandes choses à travers son apostolat.

 

Aux pharisiens, Jésus a dit un jour : « Le règne de Dieu ne vient pas de telle sorte qu’on puisse l’observer, […] en effet, le règne de Dieu est au milieu de vous ! » (Lc 17.20-21)

Le Saint-Esprit agit, à travers la Parole divine, dans le secret des cœurs. Il m’est arrivé de découvrir dans mes paroisses que le témoignage rendu sans battage par des paroissiens sans fonction portait beaucoup de fruit dans les cœurs des autres – et la grande majorité de la paroisse n’en savait rien.

 

« Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ! » (Lc 6.37). Certes, nous savons que Dieu a fait de grandes choses par un apôtre Pierre, un apôtre Jean ou un apôtre Paul – parce que Dieu a cru bon de nous le faire savoir dans le Nouveau Testament – mais ne tirons pas des conclusions hâtives à partir de l’apparence là où Dieu ne nous a rien dit.

Lors du choix des apôtres, Jésus a promis à Barthélemy alias Nathanaël de « voir de plus grandes choses » que ce qu’il voyait Jésus lui révéler. Etait-ce « de grandes choses » dans l’œuvre missionnaire ?

 

Les écrits en dehors de la Bible le montrent à l’œuvre en Asie Mineure et en Inde, pour mourir finalement en martyr en Arménie. Mais il y a tant de légendes qui sont venues se greffer sur les faits réels qu’on ne sait plus quand on est en présence d’un mythe et quand de la réalité. Cela n’a d’ailleurs pas d’importance pour nous.

 

Plus important, pour nous, est de savoir comment répondre à la question

 

------ 2 ------

 

Sommes-nous des « grands » dans le Royaume de Dieu ?

 

Qui n’aime pas être un « grand » ! Tout le monde veut fuir la banalité, personne n’aime être considéré comme quantité négligeable. On veut se réaliser, voire s’imposer.

Il n’y a pas nécessairement quelque chose à redire à cela. Utiliser au mieux les dons et les talents que Dieu nous a confiés, cela va dans le sens de ce que Jésus enseigne dans sa parabole des talents (Lc 19.12-27). Mettre à profit les occasions que Dieu nous donne de progresser, cela va aussi dans le sens de la Parole de Dieu (2 Th 3.10-11). Bien entendu, si cela se fait de façon honnête, avec humilité et reconnaissance envers Dieu pour ces occasions.

Mais ici, il s’agit d’être « grand » dans le Royaume de Dieu. Nous ne parlons pas du monde civil ou politique. Là, nous dit Jésus dans notre texte, « les rois des nations les dominent en seigneurs et ceux qui exercent l'autorité sur elles se font appeler bienfaiteurs. Chez vous, rien de semblable. » (v. 25-26)

 

La grandeur dans le Royaume de Dieu n’est pas fonction de l’autorité ou de la position plus ou moins élevée qu’on occupe dans l’Eglise. On peut aussi être petit dans une fonction en vue. La première fois que les disciples avaient obligé Jésus de mettre les choses au point en ce domaine, il avait « pris un enfant, [l’avait] placé près de lui et leur [avait] dit : "[…] Celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand." » (Lc 9.47-48)

 

Et dans notre texte, il est encore plus concret et précis : « Que le plus grand parmi vous devienne comme le plus jeune, et celui qui dirige comme celui qui sert. En effet, qui est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (v. 26-27)

N’oublions pas : juste avant de leur donner la Cène pour la première fois, Jésus, le Maître de l’Univers, lui qui va bientôt vaincre la mort pour nous, « se lève de table, se défait de ses vêtements et prend un linge qu'il attache comme un tablier. Puis il verse de l'eau dans une cuvette et se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qui lui servait de tablier. » (Jn 13.4-5)

Il n’y a pas de doute : notre Seigneur est « le plus grand », infiniment au-dessus de nous en pouvoir et en honneurs. Et pourtant, personne n’a autant servi autrui que lui, jusqu’à y perdre sa vie et connaître les souffrances de l’enfer pour nous les éviter.

 

Nous voulons être « grands » dans le Royaume de Dieu ? Alors servons Dieu et nos prochains avec humilité, ou, pour le dire avec l’apôtre Paul, « ayons en nous les dispositions qui sont en Jésus-Christ » (Ph 2.5). Aux yeux de Dieu ce n’est ni l’apparence ni les fonctions qui font qu’on est grand ou petit, mais le cœur, la foi humble et reconnaissante en son Fils, l’amour pour Dieu et pour le prochain.

Evitons les jalousies et l’esprit de compétition entre nous et essayons de servir au mieux notre Seigneur et nos proches là où nous avons été placés dans la vie, sans lorgner vers des honneurs, convoitise qui ne peut que pourrir notre cœur, mais certainement pas avoir d’influence sur Dieu.

En fait,

 

------ 3 ------

 

Qu’est-ce qui est réellement important pour nous dans le Royaume de Dieu ?

 

D’y être, tout simplement ! D’y demeurer, de ne pas en sortir ! De « persévérer » (v. 28) dans la foi en Jésus-Christ malgré les épreuves et les tentations qui peuvent nous accabler.

A ses futurs apôtres, Jésus rend ce témoignage émouvant : « Vous, vous êtes ceux qui ont persévéré avec moi dans mes épreuves. » (v. 28) Cela n’a pas été facile pour eux, face à l’opposition de la classe dirigeante du peuple d’Israël, de rester fidèle à leur Maître. Ils connaîtront d’ailleurs une honteuse défaillance collective dans quelques heures, lorsqu’il sera capturé et crucifié. Mais grâce à Dieu, ils se relèveront de leur chute et rempliront leur apostolat après la première Pentecôte, apostolat dont nous vivons encore aujourd’hui à travers leurs écrits.

Ce qui est important pour nous, c’est de « persévérer » dans la foi en Jésus, de « persévérer » dans une vie de repentance et de foi, de rester accrochés par la foi au Sauveur du monde. Alors nous partagerons aussi sa vie dans son Royaume. Alors, cette parole de notre texte s’adresse à nous aussi : « Je dispose du Royaume en votre faveur ! » (v. 29)

 

Et ça, n’est-ce pas beau ? N’est-ce pas énorme ? N’est-ce pas prodigieux ? Le Roi des rois et Seigneur des seigneurs arrange son Royaume de manière à ce que nous jouissions pleinement de ses bénédictions, de la communion avec son Roi !

 

Que nous importe d’être grands ou petits dans le Royaume de Dieu ! L’important, c’est d’y être et de jouir de ses bénédictions dès maintenant, et un jour dans la plénitude pour l’éternité.

Certes, les apôtres auront une place de choix à côté du Christ. Eux, dit Jésus, seront « assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. » (v. 30). D’ailleurs, leurs écrits du Nouveau Testament sont déjà le barème dont dépend le verdict prononcé sur chaque être humain : un pécheur aura-t-il eu foi dans le Sauveur qu’ils annoncent – ou non ? Oui, leur place est vraiment une place à part dans le Royaume de Dieu, aussi la place du presque anonyme Barthélemy alias Nathanaël.

 

Mais des bénédictions et des honneurs célestes, nous en connaîtrons aussi. Ainsi, nous aussi, nous sommes appelés à être corégents du Christ glorifié. Paul nous demande : « Ne savez-vous pas que ce sont les saints qui jugeront le monde ? » (2 Co 6.2). Et ailleurs, il précise : « Si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui. » (2 Tm 2.12)

 

A quelle place ? Avec quel rang ? Quelle fonction ? Peu importe ! A toutes les places nous connaîtrons la félicité éternelle. A tous les rangs nous porterons la couronne de vie.

Ce qui est important, au milieu de toutes les tentations de ce monde moderne, c’est de prendre à cœur ces deux paroles du Christ qui terminent notre catéchisme :

 

« Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie. » (Ap 2.10)

« Je viens bientôt. Reste attaché à ce que tu as, pour que personne ne prenne ta couronne. » (Ap 3.11)

 

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du 17 Août 2008 - 13ème dimanche après la Trinité

 

 

 

Texte : Ac 6.1-7

 

1 « En ces jours-là, comme les disciples se multipliaient, les gens de langue grecque se mirent à maugréer contre les gens de langue hébraïque, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien.

2 Les Douze convoquèrent alors la multitude des disciples et dirent :

"Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables.

3 Choisissez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de qui l'on rende un bon témoignage, remplis d'Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cela.

4 Quant à nous, nous nous consacrerons assidûment à la prière et au service de la Parole."

5 Ce discours plut à toute la multitude. Ils choisirent Etienne, homme plein de foi et d'Esprit saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d'Antioche.

6 Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

7 La parole de Dieu se répandait, le nombre des disciples se multipliait rapidement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres obéissait à la foi. »

 

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

d’origines linguistiques multiples et diverses,

 

 

Eh oui, nous sommes encore dans le même contexte que la semaine passée, celui des différentes langues dans l’Eglise de Jésus-Christ. Ce n’est pas là un phénomène propre à notre paroisse, ni même seulement survenu dans la seconde moitié du 20ème siècle. La première communauté chrétienne de l’histoire – la paroisse de Jérusalem du temps des apôtres – l’a déjà connu, y a même été confrontée et a dû y trouver des solutions.

 

 

Il y avait « des gens de langue hébraïque » et « des gens de langue grecque » (v. 1) dans la communauté de Jérusalem. Cela me rappelle mes années de ministère pastoral dans les paroisses alsaciennes dans les années 70 jusqu’au début des années 90. J’y assurais des cultes « en langue » française et des cultes « en langue » allemande. Pourtant, tous les paroissiens étaient français. Cela montre que la devise hexagonale « une nation, une seule langue » n’est pas plus intelligente – car artificielle et réductrice de la réalité – que celle de l’ancien régime : « un roi, une religion ».

 

 

Ce serait encore pire, car carrément contraire à l’esprit du Christ et à la Parole de Dieu, que de vouloir forcer une église dans le moule « une église, une langue ». S’il n’y a que des gens d’une seule et même langue, tant mieux, car cela facilite la vie et le travail de l’église – encore qu’il faille soigneusement vérifier si ce n’est pas aussi dû à un sentiment de supériorité linguistique, à la paresse, à un manque d’ouverture missionnaire et au refus d’aller vers les gens qui parlent d’autres langues dans notre pays.

 

 

Si, par contre, on parle plus d’une seule langue dans l’église, il faut y voir la volonté de Dieu et y rechercher les bénédictions supplémentaires qu’on peut tirer de cette situation polyglotte, car il y en a sans conteste, des avantages : il suffit de voir comment ceux-là sont limités dans le travail de l’église qui ne parlent que leur seule langue.

 

 

Le problème, c’est qu’on ne voit généralement – du moins ceux qui ne parlent qu’une seule langue ne voient généralement – que les inconvénients du bilinguisme, voire de davantage de langues dans une église, ils ne voient que les problèmes que cela peut engendrer, car il y en a aussi. Plus une situation est complexe, plus elle requiert de la sagesse, du travail – et de l’amour du prochain ! – pour la gérer dans l’intérêt de tous.

 

 

Je ne vais pas vous parler des problèmes du bilinguisme dans les paroisses alsaciennes ; nous avons assez à faire, aujourd’hui, pour parler du bilinguisme dans la première communauté de Jérusalem, du temps des apôtres. Cela m’amène à citer le roi Salomon : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Ec 1.9), les problèmes de relations humaines ont tous déjà existé sous d’autres cieux et à d’autres époques. D’où l’intérêt de l’étude de l’histoire, y compris de l’histoire sainte et de l’histoire de l’Eglise.

 

 

Justement, à propos d’histoire : Comment se fait-il que dans la première paroisse chrétienne de Jérusalem, en terre d’Israël, il y ait eu « des gens de langue hébraïque » et « des gens de langue grecque » ? Notez qu’il n’est pas dit : des Israélites et des Grecs – comme, entre parenthèse, en Alsace, il ne s’agit pas de Français et d’Allemands : ils sont tous français. C’est qu’à Jérusalem, les chrétiens « de langue grecque » étaient pratiquement tous Israélites.

 

 

Rappelez-vous l’histoire de la première Pentecôte. Les apôtres ont dû prêcher en d’autres langues que l’hébreu pour être compris des milliers de pèlerins juifs venus de tout l’Empire romain. Après deux ou trois générations, les Israélites partis s’installer ailleurs dans l’Empire avaient adopté la langue unitaire de toute la partie orientale de l’Empire romain : non pas le latin parlé à Rome, mais le grec.

 

 

Certains de ces Juifs étrangers de langue grecque s’étaient même installés à Jérusalem, mais avaient leurs propres synagogues où les cultes étaient célébrés en grec. Ainsi, deux versets après notre texte, nous entendons parler de quelques-unes de ces synagogues d’Israélites étrangers : « la synagogue dite des Affranchis », celle « des Cyrénéens » (en gros, de la Libye et de la Tunisie actuelles), celle « des Alexandrins » (d’Alexandrie en Egypte), celle « des gens de Cilicie et d’Asie » (de la Turquie actuelle) (Ac 6.9).

 

 

Beaucoup d’entre eux ont reconnu en Jésus de Nazareth le Messie promis qu’ils attendaient. C’est ainsi que la première communauté chrétienne de l’histoire de l’Eglise s’est trouvée formée d’Israélites palestiniens « de langue hébraïque » et d’Israélites venus d’ailleurs, « de langue grecque ».

 

 

A cela s’ajoutaient des « prosélytes » (v. 5), des chrétiens d’origines autres qu’israélite.

 

 

Ceci nous amènera à voir aujourd’hui, à l’aide de notre texte que

 

La diversité

de cultures, de langues

ou de classes sociales

dans l’Eglise

 

 

1. tend à provoquer des frictions

2. exige la concertation et des décisions prises ensemble ;

3. demande surtout que le culte et la Parole soient placés au centre de la vie de la paroisse.

 

 

X X X 1 X X X

 

 

La diversité

de cultures, de langues ou de classes sociales

dans l’Eglise

tend à provoquer des frictions

 

 

Nous, les membres de l’Eglise, ne sommes pas des parfaits ; nous savons que, comme tout le monde, nous sommes marqués par le péché, donc que, par nature, nous sommes coupables envers Dieu. Mais nous avons trouvé le salut dans l’expiation que le Christ a fait de nos péchés.

 

 

Nous savons autre chose : notre vie de croyants est une lutte constante de repentance et de foi en Christ. Si nous ne prenons garde – ou, pour utiliser les termes de notre Seigneur – si nous ne « restons [pas] vigilants »[1] et ne « prions » pas, le péché aura raison de nous (Mt 26.41).

 

 

Nul besoin de rechercher de la malice derrière les péchés qui empoisonnent les relations entre personnes. La complexité des situations se chargera elle-même, dans notre monde pécheur, de créer des problèmes relationnels.

Voyez ce qui s’est passé à Jérusalem. Il a fallu y gérer la situation complexe des deux « langues » dans la paroisse. Et ça n’a pas marché tout seul. C’est le moins qu’on puisse dire. Au contraire, l’assistance sociale – dirions-nous aujourd’hui – ne s’est pas faite de façon équitable, ce qui a fait naître des ressentiments : « les gens de langue grecque se mirent à maugréer contre les gens de langue hébraïque, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien. » (v. 1)

Il n’y avait aucune malice derrière ce dysfonctionnement : les apôtres eux-mêmes s’occupaient de l’assistance sociale. Mais « comme les disciples se multipliaient » (v. 1), les apôtres n’ont pas pu suivre. Ils connaissaient sans doute mieux la situation des pauvres de la toute première époque – les pauvres « de langue hébraïque » – mais, débordés qu’ils étaient, ils ne voyaient pas tous les nouveaux pauvres de la paroisse, ceux « de langue grecque » qui s’étaient rajoutés.

 

 

Les pauvres « de langue grecque » – particulièrement « les veuves » qui n’avaient pas de retraite ni de pension de réversion de leur mari décédé et qui faisaient partie des faibles de la société – se sont sentis « négligés ». Ils ont considéré qu’on ne tenait pas autant compte d’eux que des autres, des pauvres « de langue hébraïque » et ils « se sont mis à maugréer », à « murmurer »[2].

 

 

L’injustice, même le sentiment d’injustice là où il n’y a pas d’injustice, provoque des tensions, des frictions, voire des révoltes ouvertes. Je me rappelle de ma situation de pasteur de paroisses bilingues assis entre deux chaises, essayant d’exercer mon « ministère de la Parole » de façon équitable pour les deux groupes linguistiques. Ce qui me rassurait quant à ma façon d’exercer le ministère, c’était de constater que dans chacun des deux groupes il y en avait qui pensaient que j’étais du côté de l’autre groupe. Bien entendu, chaque groupe aurait voulu avoir tout dans sa langue, mais l’amour du prochain et la volonté divine de dispenser l’Evangile selon les besoins de chacun exigeaient que je songe aux deux groupes linguistiques.

 

 

Ai-je été malheureux dans cet exercice du grand écart ? Non. D’abord, parce que beaucoup étiaent bilingues comme moi. Et parmi les autres, il y avait, certes, de chaque côté quelques rares personnes qui ne comprenaient pas qu’on puisse préférer la culture d’en face – comme si on pouvait choisir sa langue maternelle ! – mais ce que les apôtres ont fait à Jérusalem, nous avons essayé – et toutes les paroisses bilingues en Alsace essayent – de le faire : se concerter et prendre des décisions ensemble.

 

 

X X X 2 X X X

 

 

La diversité

de cultures, de langues ou de classes sociales

dans l’Eglise

exige la concertation

et des décisions prises ensemble

 

 

Les apôtres se sont rendus compte du problème lié à leur pratique de la bienfaisance. Ils se sont rendus compte que leur façon de faire provoquait des tensions et suscitait l’aigreur. Ils se sont rendus compte que, malgré leur meilleure volonté, leur volonté de bien faire, ils n’y parvenaient pas.

 

 

Etant apôtres, ils auraient pu dire du haut de leur dignité apostolique : « Voilà, c’est comme ceci que nous avons décidé de procéder dorénavant ; il faudra vous y conformer ! » Pierre non plus, que certains voudraient faire passer – bien à tort – pour le premier « pape », n’édicte pas un ordre de ce genre.

 

 

Ils n’étaient qu’« apôtres », – si je puis dire ! – c.à.d. des « envoyés » pour annoncer l’Evangile du Christ mort et ressuscité. Les Actes des Apôtres comme leurs épîtres montrent d’ailleurs qu’ils se sont parfois trompés comme tout le monde, qu’ils n’étaient infaillibles que quand, « poussés par le Saint-Esprit, ils parlaient de la part de Dieu » (2 P 1.21), que quand Dieu leur « inspirait » l’Ecriture Sainte (2 Tm 3.16).

 

 

Ils se sont donc comportés « non pas en dominant comme des seigneurs sur ceux qui [leur] ont été confiés, mais en étant des modèles pour le troupeau » (1 P 5.3), des modèles dont nous devons aussi nous inspirer aujourd’hui encore pour résoudre des problèmes au sein de l’église.

 

 

L’Eglise est une communauté, la communion des saints. Une paroisse est un ensemble de personnes qui se réunissent de façon responsable autour des moyens de grâce – la Parole et les sacrements – administrés par un pasteur. Si nos fonctions ne sont pas les mêmes (par exemple, tout le monde n’est pas pasteur, tout le monde n’est pas conseiller presbytéral ou diacre), il n’y a cependant pas de hiérarchie entre nous. Les problèmes, on en discute ensemble. C’est pour cela qu’il y a des assemblées paroissiales.

 

 

Sans doute, la paroisses nomme-t-elle des responsables à ceci ou à cela – des conseillers presbytéraux, des diacres, des catéchistes ou des moniteurs d’école du dimanche, généralement aussi un organiste –, mais ceux-ci n’agissent qu’au nom de la paroisse ou font des propositions à la paroisse.

 

 

C’est ce qu’ont fait les apôtres dans notre texte. Il y avait un problème. Ils n’ont pas laissé pourrir la situation mais ont fait une proposition à la paroisse. « Les Douze convoquèrent la multitude des disciples » (v. 2). « Les Douze » avaient certainement débattu préalablement entre eux de ce qu’ils allaient proposer, puisque c’est collégialement qu’ils font cette proposition : « Choisissez parmi vous, frères, sept hommes de qui l'on rende un bon témoignage, remplis d'Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cela. » (v. 3).

 

 

Des « hommes remplis d’Esprit et de sagesse » pour servir à table ? Des « hommes pleins de foi » (v. 5), comme cela est dit de l’un d’eux ? Une telle qualification est-elle bien nécessaire pour assurer l’assistance sociale, pour gérer une espèce de « restaurant du cœur » ?

 

 

Certainement. Ils devaient assurer un service dans l’Eglise de Jésus-Christ, et là ne doivent être revêtus d’une fonction, ne doivent se voir confiée une responsabilité que ceux « de qui l’on rend un bon témoignage » (v. 3), pour qu’on ait confiance en eux. Ainsi, si, par malheur, un problème devait survenir dans l’Eglise, on aura confiance dans ceux qui auront à gérer la situation.

 

 

A Jérusalem, le conflit était celui qu’on sait. Si nous n’avons pas de conflit dans notre paroisse, remercions-en Dieu, mais ne perdons pas de vue, quand nous nommons quelqu’un à une fonction, qu’il ou elle devra aussi avoir notre confiance si des problèmes surviennent.

 

 

La proposition des apôtres était empreinte de bon sens. La communauté la trouva bonne. « Ce discours plut à toute la multitude. » Ils passèrent donc à l’acte. « Ils choisirent Etienne, homme plein de foi et d'Esprit saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d'Antioche. » (v. 5)

 

 

Ce qui semble indiquer qu’il n’y avait pas de réelle ségrégation entre « gens de langue hébraïque » et « gens de langue grecque », mais seulement un gros problème d’organisation, c’est que les deux groupes, ensemble, « choisirent » sept personnes portant toutes des noms grecs. Cela ne veut pas dire qu’ils étaient tous « des gens de langue grecque » – les apôtres André et Philippe portaient aussi des noms grecs et étaient pourtant des pêcheurs hébreux du Lac de Galilée – néanmoins ils devaient être de bons bilingues, car nous voyons, peu après, Etienne « engagé » dans « un débat » avec des membres de synagogues de langue grecque (v. 9).

 

 

Après l’élection des sept diacres, ceux-ci furent installés dans leur fonction lors d’une cérémonie publique au culte. Les paroissiens « présentèrent » ceux qu’ils avaient élus « aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains. » (v. 2). La paroisse a élu aux postes à pourvoir, les pasteurs – en l’occurrence les apôtres – ont présidé au culte d’installation.

 

 

Par là la communauté de Jérusalem confessait que ces hommes ont été nommés dans une charge officielle de l’église, que Dieu les recevait dans cette fonction et les bénissait en vue des tâches à effectuer.

La diversité de cultures, de langues ou de classes sociales dans l’Eglise de Jérusalem a été gérée dans la concertation et par une décision prise en commun par tous. Mais

 

 

X X X 3 X X X

 

 

La diversité

de cultures, de langues ou de classes sociales

dans l’Eglise

demande surtout

que le culte et la Parole de Dieu

soient placés au centre de la vie paroissiale.

 

 

Pratiquement tout ce qui vient d’être dit à propos de concertation et de décision collective peut s’appliquer à n’importe quel groupe d’intérêt, association ou club. Mais l’Eglise est davantage. L’Eglise est Eglise de Jésus-Christ. Et elle vit de la prédication de la grâce du Christ, elle vit de la Loi de Dieu et de l’Evangile de Jésus-Christ, elle vit dans la foi en Christ, foi créée, entretenue et développée par le Saint-Esprit à travers l’Evangile.

 

 

Pour qu’il y ait Eglise, il faut que l’Evangile soit annoncé. Et pour qu’il y ait paix dans l’Eglise dans des situations suscitant des tensions, il faut plus que de simples compromis. Cela peut marcher en surface et rétablir un semblant de paix, mais pas la paix du cœur. Rappelez-vous ce reproche que le prophète Jérémie a fait aux faux prophètes, aux prophètes de mensonge : « Ils soignent à la légère la blessure de mon peuple : "Tout ira bien, tout ira bien !", disent-ils, et rien ne va ! » (Jé 6.14) Ils se sont cantonnés à l’apparence, sans se soucier de la réalité au fond des cœurs.

 

 

Pour conduire les âmes dans la vérité, il n’y a qu’une solution : annoncer la Parole de celui qui « est le Chemin, la Vérité et la Vie », Jésus-Christ (Jn 14.6) Pour nous conduire dans une repentance et une foi de tous les jours, il n’y a que l’annonce de l’Evangile du Christ. Pour entretenir, développer, consolider ou ramener la paix dans notre paroisse, il n’y a que la Parole du « Prince de paix » (Es 9.5).

Lui nous dit dans sa Parole : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre coeur ne se trouble pas et ne cède pas à la lâcheté ! » (Jn 14.27)

 

 

Evidemment, les apôtres savaient cela. Ils s’étaient rendus compte qu’ils ne pouvaient plus consacrer suffisamment de temps au « service de la Parole », pris qu’ils étaient par ailleurs pour « servir aux tables ». Etait-ce aussi une des raisons – le manque d’annonce de « la Parole de la réconciliation » (2 Co 5.19) ? – qui avait favorisé les tensions ?

 

 

Cela devait changer, et tout le monde a pris les décisions qu’il fallait. Les diacres ont été nommés pour que les prédicateurs puissent de nouveau être entièrement disponibles pour prêcher et enseigner « la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ » (Mc 1.1), « la Parole de la réconciliation » (2 Co 5.19).

 

 

Les Eglises font bien de retenir cette leçon : qu’elles ne chargent pas leurs pasteurs de boulots qui n’ont rien à voir avec l’annonce et l’enseignement de l’Evangile, rien à voir avec l’apport de la nourriture céleste au culte, à l’étude biblique, à l’instruction catéchétique, et en privé (par exemple aux malades, ou aux personnes impliquées dans des querelles…). Les besoins spirituels de l’Eglise sont suffisamment grands, et ceux des incroyants qui gravitent autour de l’Eglise bien plus encore.

 

 

Trouvons dans nos paroisses les personnes « remplies d’Esprit et de sagesse » pour s’occuper des tâches d’organisation et d’entretien, de la bienfaisance aussi, pour que les pasteurs puissent pleinement se consacrer à leur tâche. Certes, ils participeront aussi, dans la mesure du possible, aux autres activités de la paroisse, mais il n’est pas besoin qu’ils les dirigent, surtout si c’est au détriment de l’annonce de l’Evangile, unique « puissance de Dieu pour le salut » (Rm 1.16), unique moyen de grâce affermissant les croyants dans la paroisse et attirant de nouvelles âmes à Christ.

 

 

Grâce à l’arrangement qui a libéré les apôtres pour leur ministère de prédication, « la Parole de Dieu se répandait, le nombre des disciples se multipliait rapidement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres obéissait à la foi. » (v. 7)

 

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du dimanche 10/08/2008 - 12ème Dim. après la Trinité

 

 

Je vais vous donner lecture de quelques textes.

Essayez de savoir qui en est l’auteur.

 

9 Si vous ne produisez pas une parole significative, comment saura-t-on ce qui est dit ? Vous parlerez en l'air !

10 Si nombreux que soient les divers langages du monde, aucun n'est dépourvu de sens ;

11 si donc je ne connais pas le sens d'un langage,

je serai un barbare (un étranger) pour celui qui le parle, et celui qui le parle sera un barbare (un étranger) pour moi.

12 De même, vous aussi, puisque vous aspirez aux manifestations de l'Esprit, cherchez à y exceller, mais pour la construction de l'Eglise. […]

15 Que faire alors ? Je prierai par l'Esprit, mais je prierai aussi de façon intelligible ; je chanterai par l'Esprit, mais je chanterai aussi de façon intelligible.

16 […] Comment celui qui est assis parmi les simples auditeurs répondra-t-il « Amen ! » à ton action de grâces, puisqu'il ne sait pas ce que tu dis ?

17 […] cela n'est pas constructif pour l'autre.

19 […] Dans l'Eglise, je préfère dire cinq paroles avec mon intelligence, pour instruire les autres, plutôt que dix mille paroles en langue (incompréhensible) […].

23 Admettons que l'Eglise entière se rassemble et que tous parlent en langues (incompréhensibles) ; s'il survient de simples auditeurs ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous ?

24 En revanche, si tous parlent en prophètes [c.à.d. annoncent la Parole de Dieu de façon intelligible] et qu'il survienne un non-croyant ou un simple auditeur, il est confondu […] ;

25 les secrets de son coeur deviennent manifestes. Alors, tombant face contre terre,

il adorera Dieu en déclarant : « Dieu est réellement parmi vous ! »

26 Que faire alors, mes frères ? Lorsque vous vous réunissez, […], que tout soit constructif.

27 Si l'on parle en langue (incompréhensible) […], qu'il y ait aussi quelqu'un qui interprète.

28 S'il n'y a pas d'interprète, qu'on se taise dans l'Eglise […]

31 […] pour que tous soient instruits et encouragés.

 

Vous l’aurez sans doute reconnu : Ce texte est de l’apôtre Paul. Il l’a adressé aux chrétiens de Corinthe.

Texte : 1 Co 14.9-12+15-17+19+23-28+31

 

Chers frères et sœurs, éclairés et sanctifiés par l’Evangile sans connaître

 

l’hébreu, langue originale de l’Ancien Testament,

ni le grec, langue originale du Nouveau Testament !

Cela fait deux semaines que je me consacre essentiellement à l’étude comparative des deux versions les plus récentes de la Bible en français :

la « Nouvelle Bible Segond » (NBS) éditée par l’Alliance Biblique Universelle en 2002 et

la « Segond 21 » éditée par la Société Biblique de Genève en 2007.

 

Comme vous le savez, l’Assemblée Générale Synodale qui s’est tenue dans nos murs au printemps dernier nous a chargés, nous les pasteurs, d’étudier ces deux versions pour en choisir une pour les passages bibliques du catéchisme révisé qui devrait paraître dans un ou deux ans. Dieu voulant, le choix de la version sera fait en novembre prochain.

 

Je me suis donc dit : Et si, ce dimanche, nous parlions un peu de la Bible et de ses traduction, du rapport entre le texte original hébreu et grec et ses traductions. En d’autres mots :

 

Avons-nous, dans nos traductions de la Bible – françaises, pour ce qui nous concerne – la Parole « vivante » (1 P 1.23), « puissante » (Hé 1.3), « efficace » (Hé 4.12) et « permanente » (1 P 1.23) de Dieu, ou en subissant des traductions faites par des humains, la Parole divine perd-t-elle ses qualités régénératrices et faudrait-il, pour bénéficier pleinement de l’action du Saint-Esprit, que vous sachiez tous lire la Bible en hébreu et en grec ?

Vous voyez, la question des traductions n’est pas seulement une question de spécialistes, vous aussi, elle vous touche de près :

 

Avez-vous, dans les traductions, la Parole de Dieu ou seulement un ersatz, un succédané ?

Ce que la Parole de Dieu dit de son efficacité pour vous amener à la foi en Jésus-Christ et vous y maintenir et faire croître pour le salut, cela ne vaut-il que pour la Bible dans les textes originaux hébreux et grecs, dans lesquelles le Saint-Esprit les a inspirés aux prophètes, aux apôtres et aux évangélistes, ou cela est-il aussi valable pour ses traductions ?

 

Ou pour le dire simplement : Dieu vous parle-t-il efficacement dans nos traductions ? Ces traductions sont-elles un moyen de grâce efficace ? Votre salut est-il possible ou impossible avec les traductions ?

 

Votre pratique de la Parole de Dieu et la façon dont votre Eglise s’en sert auprès de vous vous donne certainement la réponse. Ce qui vous manque éventuellement, c’est l’argumentation qui est derrière.

 

Vous donner ces arguments, c’est ce à quoi je vais m’attacher maintenant, car Dieu n’est pas un Dieu du doute mais de la certitude, il ne veut pas que nous avancions dans le brouillard, mais avec un plan de route clair et précis.

 

------ 1 ------

 

 

Commençons par une observation : l’exemple de Jésus. Il prêchait non pas en hébreu, langue de l’Ancien Testament, mais en araméen, la langue du peuple d’Israël à cette époque.

Il y a ensuite l’exemple des apôtres : ils ont écrit et prêché en grec.

 

Mais peut-être que ces exemples sont mal choisis :

Jésus est Dieu. Quelle que soit la langue dans laquelle il prêche, ce qu’il prêche sera toujours la Parole de Dieu.

 

Quant aux apôtres, rappelons d’abord le miracle de la première Pentecôte : « Ils se mirent à parler en d'autres langues, selon ce que l'Esprit leur donnait d'énoncer. » (Ac 2.4) Cela montre bien que Dieu veut que l’Evangile soit annoncé dans les langues que les auditeurs peuvent comprendre.

La réaction des auditeurs de Jérusalem montre l’effet qu’a eu cette prédication sur eux : « La multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Etonnés, stupéfaits, ils disaient : "Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d'Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d'Egypte, de Libye cyrénaïque, citoyens romains, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans notre langue les oeuvres grandioses de Dieu !" » (Ac 2.6-11)

 

Nous voyons donc non seulement que Dieu veut que l’Evangile du salut soit annoncé dans les différentes langues des gens – donc aussi en français pour nous –, mais aussi que la Parole annoncée dans d’autres langues que l’hébreu et le grec ne perd pas son efficacité spirituelle, sa puissance régénératrice, puisque à la fin de cette prédication de Pentecôte, « ce jour même, environ 3000 personnes » furent converties à Jésus-Christ. (Ac 2.41)

 

Quant aux textes grecs (et non plus hébreux) des apôtres et des évangélistes que nous avons dans la Bible, rappelons-nous : « c’est poussés par le Saint-Esprit qu’ils ont parlé de la part de Dieu » en grec (2 P 1.21) et c’est pour cette raison que « toute l’Ecriture » du Nouveau Testament grec « est inspirée par Dieu » (2 Tm 3.16).

 

Remarquons aussi que, dans ses épîtres, l’apôtre Paul cite des traductions grecques de l’Ancien Testament qui avaient cours parmi les Juifs en dehors de la Palestine, parmi les Juifs qui ne parlaient plus l’araméen mais le grec.

Ce faisant, l’apôtre montre aussi que les traductions ont leur raison d’être, leur justification, et sont aussi Parole de Dieu là où elles rendent fidèlement le texte original.

 

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Venons-en maintenant à notre texte de Paul dans sa 1ère Epître aux Corinthiens.

Le sujet qu’il traite n’est pas directement celui des traductions du texte original hébreu et grec dans les langues parlées par les différents peuples. Il traite de ce phénomène particulier, apparu dans l’église primitive, du parler en langues. Certaines personnes se mettaient à parler dans des langues qui n’existaient pas et que personne ne comprenait.

 

Et là, l’apôtre rappelle quelques principes qui répondent aussi aux questions que nous nous posons à propos des traductions dans d’autres langues.

 

- 2.1. -

 

En fait, avec la parole on s’adresse à l’intelligence. Je parle pour me faire comprendre par celui à qui je m’adresse. J’ai un message à lui transmettre, je veux lui apprendre quelque chose, lui faire comprendre quelque chose, je veux « l’instruire » (v. 19) de quelque chose.

 

Si l’autre dort, ça ne sert à rien que je m’adresse à lui. S’il est dans le coma, pas davantage. Et s’il ne comprend pas ma langue, c’est du pareil au même. Pour que ma Parole soit reçue, il faut que l’autre la comprenne.

 

C’est pareil pour la Parole de Dieu. Et c’est exactement ce que Paul dit dans ce texte aux Corinthiens.

 

Il leur rappelle que, dans le culte, ou de façon générale, quand on annonce la Parole de Dieu, il ne s’agit pas de « parler en l’air » (v. 9), par-dessus la tête des gens, dans un langage qu’ils ne comprennent pas.

Dans une autre de ses lettres, – l’Epître aux Romains –, Paul demande : « Comment [les gens] croiraient-ils en celui qu’ils n’ont pas entendu proclamer ? » (Rm 10.14)

Pour que vous puissiez placer votre foi dans l’œuvre expiatoire de Jésus-Christ, il faut que vous ayez saisi et compris de quoi il s’agit ; il faut que cette œuvre vous ait été présentée « de façon intelligible » (v. 15) – dit Paul – de manière à ce que vous compreniez le message que Dieu veut que vous receviez.

 

Donc aussi dans une langue qui, pour vous, ne soit pas « dépourvue de sens » (v. 10)

Cela vous servirait à quoi si M. Nlomo vous lisait l’Ancien Testament en hébreu, l’Epître et l’Evangile en grec ? Vous n’y comprendriez rien, vous « ne sauriez pas ce qu’il dit » (v. 16), M. Nlomo « serait un étranger pour vous » (v. 11). Peut-être même, dit Paul, « s’il survient de simples auditeurs ou des non-croyants, ils diront que vous êtes fous » (v. 23) d’annoncer l’Evangile dans une langue incompréhensible !

 

Il est vrai que nous avons déjà reçu des prédicateurs qui nous ont annoncé l’Evangile dans des langues étrangères que la plupart d’entre nous n’avons pas comprises (anglais, allemand, même kazakh !). Mais alors nous avons suivi cette exhortation de l’apôtre Paul dans notre texte : « Y en a-t-il qui parlent en langue (incompréhensible) […], que quelqu’un interprète ! » et « S’il n’y a pas d’interprète, qu’on se taise dans l’Eglise ! » (v. 27-28)

Aussi, nous ne recevons des messages en langue étrangère que quand quelqu’un peut les traduire dans notre langue, le français.

 

Le but de leur proclamation dans d’autres langues n’est pas de faire un numéro pour nous épater.

Sans doute cela doit-il nous sensibiliser au fait que l’Eglise de Jésus-Christ est formée de croyants « de toute langue » (Ap 5.9), Mais cela doit surtout être l’occasion non pas d’entendre des sons incompréhensibles et « dépourvus de sens » (v. 10), mais d’être accrochés par la Bonne Nouvelle, l’Evangile de Jésus-Christ :

 

Et pour cela – pour que la Bonne Nouvelle de ce que Jésus nous apporte – remplisse notre cœur, il faut que cela nous soit annoncé dans notre langue.

Voilà pourquoi, même si le Saint-Esprit a inspiré les textes bibliques en hébreu et en grec, il a aussi lié son action sanctifiante aux traductions fidèles de ces textes dans les autres langues.

 

- 2.2. -

 

Venons à l’effet que le Saint-Esprit veut produire dans nos cœurs à travers l’annonce de l’Evangile. Cela nous fera aussi comprendre pourquoi il est nécessaire d’avoir de bonnes traductions de la Bible dans notre langue.

Dans la dernière lettre que Paul a écrite avant d’être exécuté, – la Seconde Epître à Timothée –, il rappelle dans quel but, « toute l’Ecriture » sainte a été « inspirée de Dieu » : « pour enseigner, pour réfuter, pour redresser, pour éduquer dans la justice. » (2 Tm 3.15-16).

Dans notre texte d’aujourd’hui, Paul résume ce but ainsi : « pour que tous soient instruits et encouragés » (v. 31)

 

Là encore, il est évident que si le Saint-Esprit doit pouvoir vous encourager quand vous en avez besoin, il faut que vous « sachiez ce qu’il dit » (v. 16).

Or des encouragements, nous en avons besoin dans la vie !

 

Il y a d’abord les nombreuses situations où vous êtes quelque peu découragés devant l’immensité de la tâche qui vous attend. S’il vous dit alors en hébreu : « al tira ki iteka anoki ! » qu’est-ce que ça va vous encourager ! n’est-ce pas ? Eh bien, non ! Par contre, s’il vous dit la même chose ainsi : « N’aie pas peur, car je suis avec toi ! » (Gn 26.24), ça, ça sera une parole qui vous encouragera : entendre Dieu vous dire qu’il se tient à vos côtés avec sa puissance et son amour sans borne !

 

Il y a les moments où vous êtes plongés dans la maladie, dans la souffrance, dans la déception, dans l’épreuve. S’il vous dit alors en grec : « p?st?? ? ?e?? ?? ??? ??se? ?µ?? pe??as???a? ?p?? ? d??as?e ???? p???se? s?? t? pe??asµ? ?a? t?? ??ßas?? t?? d??as?a? ?pe?e??e?? » je ne pense pas que ça vous encourage beaucoup. Par contre, si la même parole d’Evangile vous est adressée ainsi : « Dieu est digne de confiance : il ne permettra pas que vous soyez mis à l'épreuve au-delà de vos forces ; avec l'épreuve il ménagera aussi une issue, pour que vous puissiez la supporter, » (1 Co 10.13) alors là, je pense qu’il y a une autre force de réconfort et d’encouragement !

 

------- 3 ------

 

C’est pour cela, pour que « vous soyez instruits et encouragés » « de façon intelligible » (v. 15), nos pasteurs sont en train de réviser le catéchisme, aussi de trouver la version moderne de la Bible qui poursuit le mieux ce but.

 

Nous comparons la justesse des traductions par rapport au texte hébreu de l’Ancien et par rapport au texte grec du Nouveau Testament, ceux que le Saint-Esprit a « inspirés » aux prophètes et aux apôtres. Et nous recherchons celle des traductions qui utilise aussi le meilleur français actuel.

Ce n’est pas simple. Ceux qui, parmi vous, connaissent d’autres langues que le français, savent que si on reste trop collé au style de la langue d’origine, la traduction devient du charabia, mais que, parfois, pour rester fidèle au texte d’origine, il faut utiliser des termes qu’il faut expliquer par la suite.

 

Nous nous livrons donc en ce moment à un travail fastidieux « pour la construction de l’Eglise » (v. 12)

C’est pour cela que « vous avez été construits sur les fondations constituées par les apôtres et prophètes, » – sur les écrits des apôtres et des prophètes – « Jésus-Christ lui-même étant la pierre de l'angle. » (Ep 2.20)

 

Si les auteurs sacrés ont été « divinement inspirés » « par le Saint-Esprit » (2 Tm 3.16 ; 2 P 1.21) pour nous transmettre la Parole de Dieu, les traducteurs sont parfois « mal inspirés » dans le choix des mots

pour traduire certains passages, soit qu’ils n’aient pas bien compris une tournure, soit qu’ils aient voulu faire passer leur interprétation particulière dans le texte..

 

C’est pour cela que nous essayons de faire avec sérieux ce travail d’étude

de la « Nouvelle Bible Segond » de l’Alliance Biblique Universelle

et de la « Segond 21 » (la Bible Segond pour le 21ème siècle) de la Société Biblique de Genève.

Nous recherchons celle qui est la plus fidèle aux textes originaux inspirés par le Saint-Esprit tout en ayant un style facilement compréhensible.

Priez pour qu’il en sorte quelque chose de fidèle et de compréhensible, donc de constructif à la disposition du Saint-Esprit à l’œuvre parmi nous !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

 

Sermon du dimanche 23 septembre 2008 - Jour de l'Apôtre Matthieu

 

Texte: Mt 9.9-13

9 En passant plus loin, Jésus vit un homme appelé Matthieu assis au bureau des taxes.

Il lui dit : « Suis-moi ! »

Celui-ci se leva et le suivit.

10 Comme il était à table, dans la maison, beaucoup de collecteurs des taxes et de pécheurs étaient venus prendre place avec Jésus et ses disciples.

11 Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs des taxes et les pécheurs ? »

12 Jésus, qui avait entendu, dit : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades.

13 Allez apprendre ce que signifie : "Je veux la compassion et non le sacrifice ; car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs." »

 

Chers frères et sœurs !

 

Matthieu ? Vous le connaissez ! Eh bien, c’est de cette grande figure biblique que nous allons aujourd'hui évoquer la mémoire.

Quand on pense ce que Matthieu était et ce qu’il est devenu, on est rempli d’admiration. Toutefois, ce n’est pas à lui-même qu’il doit d’être devenu ce grand personnage : car

- Tout comme c’est par grâce que la vierge Marie a été choisie par Dieu pour devenir la mère de notre Sauveur

- Tout comme c’est par grâce que Saul, ennemi acharné du Christ, est devenu le grand apôtre Paul

de même c’est uniquement à la grâce de Dieu que Matthieu doit d’être devenu le personnage dont nous allons parler.

Nous en profiterons pour rappeler qu’une grâce identique nous a été faite ! Parlons donc de

 

MATTHIEU

 

1. le disciple,

2. l’apôtre,

3. l’auteur d’un Evangile.

 

------ 1 ------

 

Matthieu, le disciple du Christ

 

Le mot « disciple » évoque immédiatement les douze disciples choisis par le Jésus. Matthieu était l’un d’eux.

Mais qu’est-ce qu’un disciple ? C’est quelqu'un qui s’attache à l’enseignement du maître pour recevoir de lui savoir et connaissances. Le disciple adhère à son enseignement, s’attache fréquemment à sa personne et imite sa conduite.

C’était le cas des disciples du Christ, donc de Matthieu.

 

Avec tout de même quelques nuances importantes :

 

* Car la science dispensée par Jésus n’était pas une science profane, – un enseignement philosophique, scientifique ou littéraire. Son enseignement était religieux et consistait à révéler le Dieu d’amour aux disciples et à leur montrer le chemin du salut.

* De plus, son enseignement ne visait pas seulement à instruire les disciples, mais bel et bien à les attacher à sa personne par le lien de la foi pour qu’ils deviennent des enfants de Dieu.

* Enfin il faut noter que Matthieu n’est pas allé à Jésus, mais que Jésus est allé à lui. Matthieu n’a pas choisi Jésus comme des étudiants s’inscrivent dans telle ou telle faculté et choisissent parfois leur professeur. Non ! C’est Jésus qui l’a appelé à devenir son disciple, comme cela apparaît clairement dans notre texte : « Passant plus loin, Jésus vit un homme appelé Matthieu assis au bureau des péages. Il lui dit : Suis-moi ! Matthieu se leva et le suivit ... » (v. 9)

 

On peut aussi définir le disciple sous l’angle du pécheur perdu et condamné à qui Jésus offre le pardon et la vie.

 

Qui était Matthieu ? Matthieu ou Lévi, car il portait ces deux noms : peut-être est-ce Jésus qui lui a donné le nom de Matthieu (qui signifie ‘don de Dieu’), tout comme il a donné à Simon le nom de Pierre, à Jacques et Jean celui de ‘fils du tonnerre’.

 

Lévi était un publicain, un péager, un percepteur qui officiait à Capernaüm pour le compte des Romains ou d’Hérode. Comme tous les publicains, il avait la réputation sans doute méritée d’être un voleur doublé d’un collabo. A ce titre, il était cordialement haï par les Juifs en général et les Pharisiens en particulier, pour qui les publicains, les prostituées et les pécheurs manifestes, c’était quif quif.

Comme tous les pécheurs, il était placé sous la colère de Dieu et menacé de mort éternelle. Et voici qu’à cet homme – que j’imagine assis devant son bureau en train de remplir des papiers –, Jésus dit : « Suis-moi ! » ; raccourci saisissant par lequel le Seigneur l’invite non seulement à quitter son bureau, mais aussi sa vie de pécheur pour s’attacher à lui.

 

Jésus est un médecin : le médecin des âmes. Aux Pharisiens offusqués de ce qu’il accepte l’invitation de Matthieu à venir manger à sa table en compagnie d’autres publicains, il dit : « Ce ne sont pas les bien-portants (comme vous, les Pharisiens, qui vous prenez pour des super-saints) qui ont besoin de médecin, mais les malades ... Je ne suis pas venu pour appeler des justes, mais des malades (= des pécheurs) ».

 

Matthieu savait qu’il était malade du péché – on le lui avait assez fait comprendre. Mais il a permis au docteur Jésus de lui offrir la guérison grâce à l’excellent médicament du pardon des péchés. C’est pour cela qu’à l’appel du Maître – « Suis-moi ! » –, il délaisse son bureau, sa machine à calculer et son emploi lucratif pour suivre le Seigneur sur le chemin d’une vie nouvelle, loin du vol, de la malhonnêteté et d’autres péchés …

 

Chers amis !

 

Nous avons été l’objet de la même grâce, puisque nous aussi sommes des disciples du Christ. Nous aussi, Jésus nous a attirés à lui en nous appelant et en disant : « Suis-moi ! » « Venez à moi ! » « Je suis le chemin, la vérité et la vie. »

 

Pour beaucoup, il est venu lorsque, petits enfants, ils ont été baptisés en son nom et ont reçu l’instruction par la suite. Pour d’autres, cela s’est passé à l’âge adulte. Toujours est-il que c’est par le baptême et l’enseignement que nous sommes devenus ses disciples selon l’ordre qu’il avait donné à Matthieu et aux autres : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, en les baptisant au nom du Père, Fils et Saint Esprit et en leur enseignant à observer tout ce qui vous a été prescrit ! »

 

Nous aussi étions de nature des pécheurs perdus et condamnés. Nous sommes maintenant des enfants de Dieu, des disciples du Christ ! La grâce qui nous a été faite n’est pas moins grande que celle dont Matthieu a été l’objet ! Et comme lui, nous avons quitté notre bureau de péage – notre ancienne manière de vivre –, pour suivre le Seigneur sur le chemin d’une vie nouvelle, pleine d’espérance.

 

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Matthieu, l’apôtre

 

Quelle différence y a-t-il entre le disciple et l’apôtre, me demanderez-vous ?

Qu’est-ce qu’un apôtre ? Quand j’étais petit, les apôtres évoquaient pour moi les douze figurines en bois sculpté de l’horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg : ces vénérables personnages tournent en rond dans une sorte de petit carrousel chaque fois que l’horloge sonne une heure pleine.

 

Depuis, mes connaissances se sont un peu précisées. « Apôtre » vient du grec « apostolos » et signifie « envoyé », tout simplement ; envoyé du Christ pour une mission particulière : celle d’annoncer l’Evangile. Cette notion d’envoi ressort clairement des paroles de Jésus : « Allez, faites de toutes les nations des disciples ... »

 

Les 12 apôtres sont les mêmes que les 12 disciples. Mais là, ils ne sont pas vus sous l’angle de personnes qui sont à l’école du Christ, mais de croyants envoyés par le Christ pour annoncer la Bonne Nouvelle.

 

La première fois que Matthieu est appelé apôtre, c’est au chapitre suivant (10,2) où nous lisons : « Voici les noms des 12 apôtres. Et dans la liste figure ‘Matthieu, le péager. » Puis on peut lire : « Tels sont les 12 que Jésus envoya après leur avoir donné les recommandations … » Cette fois-là, Jésus les avait envoyés auprès des « brebis perdues de la maison d’Israël » pour « prêcher que le Royaume de Dieu est proche » ; autrement dit, ils devaient annoncer à Israël la venue du Sauveur.

 

Plus tard, Jésus les enverra à travers le monde : « Allez, faites de toutes les nations des disciples. »

 

Maintenant, si vous me demandiez dans quels pays Matthieu s’est rendu pour prêcher l’Evangile, je serais incapable de vous le dire. Je peux vous dire où s’est rendu l’apôtre Paul (qui s’est rajouté par la suite aux 12 apôtres) : il est allé en Asie Mineure, en Grèce ; il est arrivé jusqu’à Rome. Le Livre des Actes s’étend particulièrement sur son travail. Quant à Pierre, on ne sait pas trop. Lui-même fait une fois mention de Babylone : mais est-ce au sens propre ou au figuré ? Thomas ? Une tradition ancienne veut qu’il se soit rendu chez les Parthes et les Perses, peut-être même jusqu’en Inde. Matthieu, on ne sait pas. Bien qu’à en juger d’après son Evangile, il a sans doute surtout travaillé parmi les Juifs.

 

Mais peu importe ! Ce qu’il faut noter, c’est qu’il est devenu apôtre par la grâce de Dieu. Quel honneur que d’être promu porte-parole et ambassadeur du Seigneur, de se voir confier le trésor de l’Evangile pour les distribuer gratuitement ! Voyez aussi quel pouvoir Jésus a confié aux disciples : le soir de sa résurrection, il leur a dit : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Et déjà auparavant (Matthieu 10:40) : « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. »

 

Chers amis,

 

De nous aussi, Jésus a fait ses apôtres. Oh ! Pas tout à fait de la même manière que les 12. Parce que les 12 présentaient cette particularité unique d’avoir été des témoins oculaires du Christ du début à la fin (cela apparaît notamment quand Matthias est appelé à remplacer Judas). Les 12 avaient aussi pour rôle particulier d’attester devant le monde et pour les générations à venir que Jésus était vraiment ressuscité et vivant pour l’éternité !

 

Nous n’avons pas vu Jésus de nos yeux, ni mort ni ressuscité. Mais nous possédons le témoignage des 12 apôtres. Comme eux, nous sommes en mesure de proclamer avec force la résurrection du Seigneur, ainsi que toutes les autres vérités le concernant.

C’est ce que Jésus nous demande de faire à nous aussi : « Allez, faites de toutes les nations des disciples … » : par-delà les siècles, ces paroles s’adressent aussi pour nous ! Nous sommes des envoyés, donc des apôtres du Christ.

 

Oh ! Il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour exercer ce ministère : on peut l’exercer auprès de sa famille, d’amis, de collègues, de personnes de notre entourage, pour leur dire, par exemple, tout simplement quelle merveilleuse espérance de vie nous possédons en Christ.

Sachons-nous investis du rôle d’ambassadeurs de Jésus et soyons conscients de l’honneur qu’il nous a fait : en Christ, nous disposons de ce pouvoir phénoménal de détourner une personne du chemin de l’enfer pour la mettre sur le chemin du paradis !

 

12 apôtres, dont Matthieu ! Mais quand je regarde dans la salle, je vois plein d’autres apôtres : l’apôtre Claude, l’apôtre Jean, l’apôtre François ; et il n’y a pas que des hommes : il y a aussi l’apôtre Carmen, l’apôtre Brigitte … A chacun, Jésus dit : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20:21).

 

----- 3 -----

 

Matthieu, l’Evangéliste

 

Matthieu nous est sans doute surtout connu comme auteur de l’Evangile.

Qu’est-ce qu’un Evangile ? C’est le récit de la vie de Jésus qui selon le cas, débute avec sa naissance et va jusqu’à l’Ascension en passant par sa mort et sa résurrection.

Mais un Evangile n’est pas simplement une biographie du Christ, comme il en existe de Jules César ou de Martin Luther. Il ne suit même pas toujours la chronologie exacte des événements ; certains discours ou événements sont regroupés par thèmes.

Le but de l’évangéliste est de nous faire connaître Jésus en tant que Fils de Dieu et Sauveur. C’est un écrit théologique qui relate les faits et gestes du Seigneur, ses miracles et ses paroles dans l’unique but de faire naître la foi dans les coeurs. Matthieu n’est pas un journaliste, mais un prédicateur.

 

Non content d’annoncer l’Evangile oralement, il a donc aussi voulu l’annoncer par écrit. Ce qu’il a prêché à ses auditeurs, il l’a mis par écrit pour les générations futures, … dont nous sommes.

Dans son Evangile, il rapporte ce qu’il a vu, entendu et connu de Jésus. Comme Jean, il pourrait dire : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie, …nous vous l’annonçons » (1:1-2).

 

Il y a aussi des événements qu’il n’a pas pu voir ou connaître lui-même parce qu’ils se situaient au tout début, – par exemple l’annonce de l’ange à Joseph (en songe) que Marie était enceinte par un miracle du Saint Esprit, ou la venue des rois d’Orient, ou la persécution de Jésus par le roi Hérode … Dans ce cas, il a dû prendre des renseignements exacts (vraisemblablement aussi auprès de Marie), tout comme Luc qui dit au début de son Evangile avoir – je cite – « tout recherché exactement depuis les origines pour les exposer par écrit. »

 

Nous pouvons être absolument sûrs que l’Evangile est l’exacte vérité, exempte d’erreurs. Pas seulement parce que Matthieu a mis le plus grand soin à sa rédaction, mais avant tout parce que le Saint Esprit se porte garant de son contenu :

 

* C’est le Saint Esprit qui a mis au cœur de Matthieu d’écrire. Souvenez-vous de cette Parole de Pierre (2/1:21) : « C’est poussés par le Saint Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu. »

 

* C’est aussi le Saint Esprit qui a guidé sa plume. Matthieu, le bureaucrate, avait certainement des dispositions pour écrire. Et il a écrit avec son style, sa manière de s’exprimer et de relater les choses. Mais il n’en a pas moins écrit sous la conduite du Saint Esprit qui est en fin de compte le véritable auteur du Livre. Jésus n’avait-il pas promis à ses disciples (Jean 14:26) : « Le Saint Esprit, que le Père enverra en mon nom … vous rappellera tout ce que je vous ai dit. »

 

Chers amis ! Que ferions-nous sans les Evangiles ? Ce sont des monuments ! C’est surtout là que nous découvrons Jésus, le Fils de Dieu devenu homme, mort sur la croix pour expier nos péchés, ressuscité victorieusement le 3e jour ! C’est là que nous découvrons ses étonnants miracles, entendons ses discours pleins de vie et de sagesse divine !

 

Que ferions-nous sans l’Evangile de Matthieu ? Certes, il resterait les 3 autres. Mais cela ferait un témoin de moins et Matthieu est le seul à relater certains événements comme la venue des rois de l’Orient, guidés par une étoile, pour adorer l’enfant Jésus, etc.

 

Plus que les autres évangélistes, il cite des prophéties de l’Ancien Testament pour prouver que Jésus de Nazareth est bien le Messie promis et qu’il n’y a pas d’erreur sur sa personne. Son Evangile est le plus riche en citations de l’Ancien Testament : on en compte une centaine. A ce titre, il constitue vraiment la charnière entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

 

Matthieu ! Voyez donc ce que Dieu a fait de cet homme : après l’avoir arraché à son bureau de péager (où on peut se l’imaginer en train d’écrire pour tenir les comptes de son argent malhonnêtement gagné!), Dieu en a fait un écrivain d’un tout autre genre : le rédacteur de ce merveilleux Evangile, qui depuis, a été lu par des centaines millions de personnes !

Chers amis,

Dieu n’a pas fait de nous des écrivains sacrés ! Mais il a aussi mis dans notre cœur la volonté d’annoncer l’Evangile par tous les moyens et en faisant preuve d’imagination. Comment diffuser davantage la Parole de Dieu ? Matthieu a pris une plume. Nous, nous n’avons pas besoin de plume (ou d’ordinateur) pour recopier mot à mot l’Evangile et l’envoyer à quelqu'un : il suffit d’en acheter un tout imprimé en librairie, pour pas cher du tout.

 

Mais utilisons par exemple les techniques modernes à notre disposition. Il n’y a pas si longtemps, nous avions chaque semaine des messages bibliques enregistrés de 3 minutes et consultables par téléphone ... Nous avions aussi – il y a quelques années – des enregistrements vidéo du sermon du dimanche … La paroisse dispose maintenant d’un site Internet … En soutenant des émissions radiophoniques telles que ‘L’heure Luthérienne’, nous permettons à l’Evangile de pénétrer dans des pays lointains et des contrées autrement inaccessibles ...

 

Autre point important : Matthieu a écrit fidèlement ce qu’il a vu et entendu de Jésus.

 

Nous aussi devons avoir le souci de transmettre exactement la vérité. Certes, personne ne pourra jamais altérer les textes originaux de la Bible. Par contre, il n’arrive que trop souvent que l’on cherche à réécrire l’Evangile en ce sens qu’on veut le mettre au goût du jour et le rendre plus acceptable pour la raison humaine. Matthieu – par exemple – parle d’une étoile qui à Noël a guidé les rois venus de l’Orient. Or on n’a jamais trouvé d’explication scientifique satisfaisante. Alors on en parle parfois comme d’un élément de poésie ou de légende. Mais on n’a pas le droit de faire cela. Cette étoile n’est sans doute pas ce qu’il y a de plus important dans l’Evangile. Mais si on commence ainsi, on en arrive vite à nier des vérités autrement importantes telles que la résurrection de Jésus, miracle qui n’est pas plus facile à croire que l’existence de cette étoile !

Jésus a fait de nous ses ambassadeurs. Mais il nous a aussi clairement indiqué quel message nous devons transmettre et demandé de le faire fidèlement sans rien ajouter ni retrancher. Veiller à la vérité et si nécessaire combattre l’erreur est aussi notre devoir.

 

Matthieu ! Voyez comme Dieu, dans sa grâce, a richement béni cet homme !

 

Nous aussi, chers frères et sœurs, il nous a merveilleusement bénis en faisant de nous ses disciples, ses apôtres, ses instruments chargés de transmettre fidèlement aux générations futures son Evangile de vie et de salut.

 

Amen.

 

Frédéric Bohy

sermon prêché ce jour par le pasteur Claude Ludwig

 

 

Sermon du 14 septembre 2008 - 17ème Dimanche après la Trinité

 

Texte : Ep 4.1-6

 

1 « Je vous encourage donc,

moi, le prisonnier dans le Seigneur,

à vous comporter d'une manière digne

de l'appel que vous avez reçu,

2 en toute humilité et douceur, avec patience.

Supportez-vous les uns les autres,

dans l'amour,

3 en vous efforçant

de conserver l'unité de l'Esprit

par le lien de la paix.

4 Il y a un seul corps

et un seul Esprit,

tout comme vous avez aussi été appelés dans une seule espérance, celle de votre appel ;

5 il y a un seul Seigneur,

une seule foi,

un seul baptême,

6 un seul Dieu et Père de tous,

qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. »

 

Chers frères et sœurs,

 

 

Notre assemblée n’est-elle pas, à première vue, un groupe plutôt hétéroclite, bigarré même ? Nous sommes des gens d’âges différents, de formations et de professions différentes, de sensibilités et de niveaux culturels différents, mais aussi de couleurs de peau différentes, de langues maternelles extrêmement différentes, car, non seulement de provinces mais de pays et, même, de continents d’origine extrêmement différents.

 

Et cependant, nous avons le besoin de nous réunir régulièrement, semaine après semaine, dans ce centre paroissial. Qu’est-ce qui nous tient ainsi ensemble ?

 

Dans notre texte de sa Lettre aux Ephésiens, l’apôtre Paul répond en énumérant

DIFFERENTS LIENS QUI NOUS UNISSENT :

 

Chacun de ces liens à lui seul mériterait un sermon à part, mais comme notre texte les cite tous, nous les passerons tous en revue :

 

1. le lien d’une détresse commune,

2. le lien d’un appel commun,

3. le lien d’une foi commune,

4. le lien d’une vie ou œuvre commune,

5. le lien d’une espérance commune.

 

----- 1 -----

 

 

Le lien de notre DETRESSE commune

 

Le premier lien qui nous unit, le premier de nos dénominateurs communs, c’est une détresse que nous partageons tous, une détresse que, d’ailleurs, tous les hommes ont en commun, mais tous n’en sont pas conscients et, surtout, tous n’en connaissent pas le remède unique, Jésus-Christ, du moins tous ne sont-ils pas prêts à admettre que Jésus est le seul remède à cette détresse qui nous est commune : le péché.

 

Quand Dieu a créé le monde, il voulait que toute l’humanité ne forme qu’une seule famille dont lui serait le Père reconnu, aimé, admiré et respecté. Il voulait être le « seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous » – « qui agit à travers tous[1] » – « et en tous. » (v. 6)

Mais l’être humain n’a pas voulu que Dieu joue ce rôle central dans sa vie, il n’a pas voulu que Dieu soit le centre, le moteur, le pivot, la source et le but de sa vie et de ses actes. L’homme s’est mis lui-même à cette place. Et ce qui devait arriver arriva – Dieu avait d’ailleurs prévenu les hommes, pour rien – : ce fut la catastrophe.

 

Se mettant lui-même au centre de sa vie, cela ne l’a pas seulement séparé de Dieu, mais aussi de ses semblables. Plus on se met en avant et plus on se sépare des autres. Voyez la rupture de la Tour de Babel, conséquence de l’orgueil humain ! Voyez la scission du Royaume de Salomon en deux, conséquence de la folie des grandeurs. Mais voyez aussi, de nos jours, les problèmes entre les races là où on rabaisse l’autre, la lutte des classes là où le capital semble ne penser qu’à se gonfler, les divorces où l’un des deux sacrifie le couple à ses penchants personnels.

 

Quant à nous, je pense que nous sommes assez honnêtes pour reconnaître qu’il nous est déjà arrivé d’être la cause d’une rupture, d’une querelle, voire d’un éloignement lent et progressif des autres. Il nous arrive de trop vivre dans nos propres désirs, dans nos propres tracas, dans nos propres espérances, dans nos propres craintes, de ne plus nous préoccuper que de nous-mêmes.

Le résultat en est inéluctablement un éloignement de Dieu et de nos proches. Cela peut se faire insidieusement ; peut-être qu’au début du processus nous ne nous en rendons même pas compte. Cela peut arriver dans la famille, au travail, dans le voisinage.

 

Si la sainteté parfaite – la santé spirituelle parfaite – consiste à « aimer le Seigneur, son Dieu, de tout son coeur, de toute son âme et de toute son intelligence. » et à « aimer son prochain comme soi-même. » (Mt 22.37+39), le péché, au fond, consiste à être en rupture avec Dieu et son prochain, le péché consiste à être exclusivement tourné vers soi-même et à faire de soi-même le seul critère de sa vie.

 

Voilà ce qui gangrène le monde. Voilà aussi le mal que nous devons traiter en nous. Voilà ce qui nous réunit régulièrement autour de la Parole et des sacrements.

Ce lien de notre détresse commune est néanmoins le seul lien à déplorer. Les autres liens sont d’une toute autre nature et compensent bien le premier. D’abord

 

----- 2 -----

 

Le lien de notre APPEL commun,

 

le lien de note vocation commune. Et ce lien est plus que réjouissant.

Dieu a eu pitié de notre état de division dans lequel nous nous débattons et a projeté d’y remédier. Avec la croix de Jésus-Christ, son Fils, Dieu s’est replacé au centre de l’univers, d’un univers de division et d’animosité.

 

Avec le Christ, Dieu s’est même placé sous cet amoncellement universel de péché et de ruptures, l’a porté, l’a expié et l’a fait éclater. Comme « victime expiatoire de nos péchés » et « de ceux du monde entier » (1 Jn 2.2), notre Seigneur a abattu toutes les barrières et « renversé le mur de séparation, l’hostilité » (Ep 2.14), que les hommes érigent entre eux, mur de péché qui les sépare aussi de Dieu.

La Bonne Nouvelle – l’Evangile ! – c’est que, grâce à l’intervention de notre Seigneur, Dieu considère que ce mur de péché n’existe plus entre lui et nous, qu’il n’existe plus pour celui qui place sa foi dans l’œuvre expiatoire de son Fils. Et nous tous qui plaçons notre foi en Christ, nous sommes unis, dit l’apôtre Paul, dans « un seul corps » (v. 4), celui des graciés, des croyants, des rachetés, des réconciliés avec Dieu.

 

Nous sommes unis dans « un seul corps » où on s’efforce de faire régner « l’unité de l’esprit par le lien de la paix » (v. 3), l’unité dans l’Eglise « dont Christ est le Chef et Sauveur » (Ep 5.23).

Voilà « l’appel » (v. 4) que Dieu a adressé à chacun de nous. Il nous a « appelés » (v. 4) pour que nous soyons des membres vivants dans ce « seul corps » du Christ – la communion des croyants –, et pour cela, il nous a « appelés » à la « seule foi » qui sauve, celle qui s’en remet au « seul Seigneur » Jésus-Christ (v. 5).

 

Nous savons comment nous avons été « appelés » : c’est le « seul Esprit » (v. 4), le Saint-Esprit, qui nous a appelés par l’Evangile, que ce soit sous forme de Parole qui nous est annoncée, ou sous forme de l’invitation à la Cène, ou encore à travers le « seul Baptême » (v. 5) que Dieu ait institué pour notre salut, le Baptême « d’eau et d’Esprit » (Jn 3.5 ; Tt 3.5-7) dont parlent Jésus et ses apôtres.

 

La plupart d’entre nous ne se rappellent pas de leur Baptême, mais nous savons tous combien le Saint-Esprit nous y a puissamment appelés à bénéficier du pardon du Christ et à entrer dans l’Eglise, le corps spirituel de Christ, le corps de ceux qui confessent fidèlement leur foi en Jésus-Christ.

 

Et c’est là, après le lien de notre détresse commune et de notre appel commun, le troisième lien qui nous unit :

 

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Le lien de notre FOI commune

 

Paul rappelle ici aux chrétiens d’Ephèse qu’« il y a une seule foi » (v. 5).

Croire, c’est placer sa foi en Celui qui seul nous sauve, qui seul règne sur nos vies. Comme il n’y a qu’« un seul Seigneur » et Sauveur, Jésus-Christ, sur lequel placer sa foi, il n’y a que cette seule foi qui sauve.

 

Et comme c’est le « seul Esprit », le Saint-Esprit de Dieu, qui nous appelle à croire en ce « seul Sauveur », la foi qu’il fait naître dans les cœurs des gens ne peut être qu’une seule et même foi dans le Dieu Sauveur unique.

D’ailleurs, en relisant notre texte, on se rend bien compte que la foi chrétienne est étroitement liée aux trois personnes de la Trinité.

 

Le « seul Seigneur » Jésus-Christ – avec tout ce qu’il a fait pour nous et nous apporte par l’Evangile – est le centre, « le seul fondement » (1 Co 3.11) de notre foi et de notre salut.

Le « seul Esprit » de Dieu agit par l’Evangile sur nos cœurs pour que nous unir toujours plus solidement à notre Sauveur et nous faire partager les trésors de grâce qu’il nous a acquis par sa vie sainte, sa mort innoncete et sa résurrection glorieuse.

 

Quant au « seul Dieu et Père », il se trouve à l’origine de notre salut et de l’envoi de notre Sauveur, il nous accompagne dans sa fidélité paternelle et nous remettra un jour le « prix de notre foi : le salut de nos âmes » (1 P 1.9) quand il nous recevra dans la félicité éternelle.

Tous ceux qui partagent cette foi commune en Jésus-Christ, cette foi opérée par le Saint-Esprit, font partie de ce « corps dont Christ est le Chef » (Ep 5.23)

 

Certes, il y en a, dans d’autres églises, qui mélangent des erreurs à cette foi. C’est là chose dangereuse, car s’ils donnent trop d’importance à ces déviations, cela risque de faire vaciller leur foi en Jésus-Christ. C’est la raison pour laquelle nous donnons tant d’importance aux études bibliques et à l’instruction catéchétique : pour nous consolider dans la foi biblique et écarter les erreurs qui, comme le levain, peuvent faire lever toute la pâte et faire déchoir de la foi.

 

Estimons très haut le lien de notre foi biblique commune, consolidons ce lien en approfondissant notre foi au contact de l’Evangile, car alors nous resserrons aussi ce quatrième lien :

 

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Le lien de notre VIE ou ŒUVRE commune

 

Pour parler de l’Eglise de Jésus-Christ, de l’ensemble des croyants, Paul écrit : « Il y a un seul corps ». Et bien entendu, comme son Chef, Jésus-Christ, « est vivant » (Lc 24.5+23) – il « est » même « la vie » ! (Jn 11.25 ; 14.6) – son corps spirituel, son Eglise, ne peut être que vivante de la vie qui lui vient de « la tête », du Christ vivant (Col 1.18).

 

Sans doute ne peut-on pas voir ce qui constitue l’essence de l’Eglise : la foi en Jésus-Christ. Néanmoins, nous qui avons cette foi, nous qui vivons dans la certitude d’avoir été pardonnés et sauvés par Jésus-Christ, nous ne pouvons pas ne pas exprimer par notre vie, par une vie chrétienne.

Jean-Baptiste appellera cela « les fruits dignes de la repentance » (Mt 3.8). Jacques, quant à lui, indique que là où la foi ne se manifeste pas dans la vie elle est morte, en fait elle n’existe pas (Jc 2.17+26).

 

Dieu merci, nous pouvons nous réjouir de ce que nous sommes entourés dans notre paroisse par « les fruits de l’Esprit » (Ga 5.22). la vie de l’Eglise se manifeste par ce qui ne peut être que l’expression de la foi des uns et des autres : l’Evangile est annoncé et les sacrements administrés et vous vous réunissez autour pour vous en nourrir. Nous nous fortifions mutuellement, nous réfléchissons à la meilleur manière de nous impliquer dans l’évangélisation et la mission.

 

En tant que membres du « Corps de Christ », nous sommes soucieux de maintenir « l’unité » créée par le Saint-Esprit entre nous. Pour cela, nous nous efforçons de nous « comporter d'une manière digne de l'appel que [nous avons] reçu, en toute humilité et douceur, avec patience. » Nous nous « supportons les uns les autres, dans l'amour, en [nous] efforçant de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. » (v. 1-2)

 

Ainsi nous montrons que nous avons compris quel est le but réel de notre vocation : devenir des ferments de paix et d’amour là où Dieu nous a placés dans la vie, mais aussi « nous efforcer de conserver l’unité de l’Esprit », l’unité de foi et de l’enseignement biblique, « par le lien de la paix ».

Voilà en quoi consiste le lien de notre vie commune.

 

Il reste à voir

 

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Le lien de notre ESPERANCE commune

 

On pourrait se demander si cela vaut vraiment le coup de vivre comme « un seul corps » selon le « seul Esprit » si ce n’est que pour cette vie, si ce n’est que pour œuvrer pour la paix et l’amour, pour la justice et la solidarité en ce bas monde. Cela, d’autres ne peuvent-ils pas le faire aussi, du moins en apparence ?

 

Notre implication chrétienne dans cette vie est importante pour nous et pour les autres. Mais cette vie aura un jour une fin, la tienne comme la mienne, celle de tout le monde. En sera-t-il fini de nous ? La chose incroyable, mais vraie, est ce que Paul révèle ainsi : « Vous avez aussi été appelés dans une seule espérance, celle de votre appel » (v. 4).

 

Nous formons déjà « un seul corps » ici-bas, mais tout reste bien imparfait en ce bas monde et, d’ailleurs, nous avons du mal à voir le corps de Christ dans la réalité.

 

Eh bien ! Dieu « nous a appelés » à vivre cette unité dans la perfection, et à voir et à contempler cette unité parfaite : ce sera dans l’éternité bienheureuse. Là-bas l’unité de l’Eglise ne sera plus assombrie par des faiblesses, des déviances, des erreurs ici ou là ; là-bas l’unité des croyants sera éclatante, un vrai bonheur. Là-bas l’unité du corps de Christ aura été achevée dans la perfection.

 

C’est là le contenu de notre « espérance » commune. C’est là ce vers quoi nous tendons tous, le but vers lequel nous marchons. Cette espérance nous unit et nous donne la force de persévérer dans les moments difficiles.

 

Cette « espérance » nous porte, car, contrairement à d’autres choses que nous souhaitons ou espérons, mais qui restent du domaine de l’incertain, cette espérance-là est une certitude, car elle repose sur « l’appel » que Dieu nous adresse, et Dieu n’appelle pas dans le vide, Dieu ne joue pas avec nous, il ne se trompe pas non plus.

 

Cette espérance se fonde aussi sur l’œuvre de notre « Seigneur » et de ce qu’il a payé pour nous, et ce paiement est efficace, n’est pas un leurre.

Quand cette « espérance » qui nous est commune sera devenu réalité dans la félicité éternelle, alors « le seul Dieu et Père de tous » sera enfin et totalement « au-dessus de tous, par tous et en tous. » (v. 6)

 

Finalement, ces liens communs se tiennent tous :

 

Notre espérance commune nous soutient et nous affermit dans notre foi commune et dans notre vie commune sur le chemin de notre but commun : notre félicité commune.

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du 7 septembre 2008 - CULTE DE RENTREE

 

Texte : Mt 6.25-34

25 C'est pourquoi je vous dis :

"Ne vous inquiétez pas,

pour votre vie,

de ce que vous mangerez

ou de ce que vous boirez,

ni, pour votre corps,

de ce dont vous serez vêtus.

La vie n'est-elle pas plus que la nourriture,

et le corps plus que le vêtement ?

26 Regardez les oiseaux du ciel :

ils ne sèment pas,

ils ne moissonnent pas,

ils ne recueillent rien dans des granges,

et votre Père céleste les nourrit.

Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?

27 Qui de vous peut, par ses inquiétudes,

rallonger tant soit peu la durée de sa vie ?

28 Et pourquoi

vous inquiéter au sujet du vêtement ?

Observez

comment poussent les lis des champs :

ils ne travaillent pas, ils ne filent pas ;

29 et pourtant je vous dis

que pas même Salomon, dans toute sa gloire,

n'a été vêtu comme l'un d'eux.

30 Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs

qui est là aujourd'hui

et demain sera jetée au four,

ne le fera-t-il pas à bien plus forte raison pour vous, gens de peu de foi ?

31 Ne vous inquiétez donc pas,

en disant : « Qu'allons-nous manger ? »

Ou bien : « Qu'allons-nous boire ? »

Ou bien : « De quoi allons-nous nous vêtir ? »

32 – tout cela, c'est ce que les gens de toutes les nations recherchent sans relâche –

car votre Père céleste sait

que vous en avez besoin.

33 Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice,

et tout cela vous sera donné par surcroît.

34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain,

car le lendemain s'inquiétera de lui-même.

A chaque jour suffit sa peine."

 

Chers frères et sœurs, enfants d’un Père épatant !

                                                                   

Au moment de reprendre toutes nos activités paroissiales, au moment, aussi, de nous replonger dans les responsabilités, tâches et autres programmations pour l’année d’activité qui s’ouvre devant nous, au moment, enfin, de réfléchir aux moyens que nous allons mettre en œuvre pour assumer la tâche dont le Seigneur nous a chargés, il peut arriver que nous nous posions certaines questions.

 

Comment notre paroisse va-t-elle vivre ces douze prochains mois ?

Quels défis aurons-nous à relever au cours de la nouvelle année d’activités, défis de fidélité à notre Sauveur, défis de charité les uns envers les autres et envers d’autres, défis financiers ?

Comment parviendrons-nous à réunir les moyens – en collaborateurs et en argent – pour qu’au sein de notre paroisse la Parole soit annoncée à tous et les sacrements administrés pour l’édification et le salut de chacun, mais aussi pour être une voix puissante qui crie dans le désert spirituel de notre monde environnant ?

 

Ces questions – et beaucoup d’autres – m’amènent à lire aujourd’hui le texte de notre Evangile non pas comme parlant d’inquiétudes personnelles, mais de préoccupations paroissiales. Sans aucun doute, Jésus veut aussi nous dire, aujourd’hui :

 

« Ne vous inquiétez pas pour » votre paroisse :

 

1. – « Votre Père céleste sait de quoi vous avez besoin. »

2. – « Cherchez premièrement son Royaume et sa justice. »

 

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Ce qui justifie toutes nos activités paroissiales, ce qui les explique aussi, c’est l’annonce de la Parole de Dieu et l’administration des sacrements. Il s’agit de permettre à tous et à chacun de « chercher » et de trouver « le Royaume de Dieu » et d’y bénéficier des bienfaits de sa « justice » (v. 33).

Nous ne sommes pas un établissement scolaire, bien que nous consacrions beaucoup de temps et d’énergie à communiquer à nos enfants des connaissances vitales.

Nous ne sommes pas un club de jeunes, bien que nous ayons un groupe et des réunions de jeunes.

Nous ne sommes pas un club du 3ème âge, bien qu’il y ait des paroisses qui ont un groupe d’étude biblique réunissant plus ou moins cette classe d’âge.

Nous ne sommes pas une œuvre de charité, bien que nous pratiquions la charité.

Nous ne sommes pas une entreprise du bâtiment, bien que nous consacrions pas mal de temps et d’argent à leur entretien ou à leur réparation.

 

Nous ne sommes pas un organisme de séjour de vacances, bien que notre église organise des camps pour jeunes.

Nous ne sommes pas un parlement avec un gouvernement, et pourtant notre constitution paroissiale comporte de tels aspects.

Et nous pourrions continuer cette énumération :

Nous ne sommes pas une entreprise d’espaces verts, et pourtant nous tondons le gazon et taillons des haies.

Nous ne sommes pas une entreprise publicitaire, bien que nous fassions aussi de la publicité pour notre Seigneur.

 

Nous ne sommes pas un institut des langues, et pourtant, il nous est arrivé d’avoir de l’instruction catéchétique et même une confirmation partiellement en anglais.

Nous ne sommes pas une association pour la défense de la morale ou de la nature, bien qu’il nous arrive aussi, à l’occasion, d’élever notre voix en ce domaine.

Nous ne sommes pas une chorale, ni un orchestre, bien que le chant et la musique prennent une part importante dans nos cultes.

 

Je m’arrêt ici. Je voulais seulement dérouler devant vos yeux certaines des multiples facettes de la vie paroissiale en les situant à la place qui leur revient : au second rang.

Qu’on ne me comprenne pas mal : je n’ai pas dit que ceux qui assuraient leur service dans ces domaines seraient des paroissiens de seconde zone ; au contraire, la paroisse a grandement besoin de leurs services. Mais ceux qui prennent en charge de telles activités le font parce que cela sert notre but « premier », notre but prioritaire, et nous ne le faisons que parce que cela nous aide à atteindre notre but prioritaire, et ceci, dans de toujours meilleures conditions, dans le cadre le plus digne possible de notre grand « Dieu », pour trouver dans les meilleures conditions possibles « son Royaume et sa justice » dans la Parole prêchée, enseignée, étudiée et dans les sacrements administrés parmi nous.

 

Cette « recherche du Royaume de Dieu et de sa justice », voilà ce qui est prioritaire, voilà ce qui doit toujours venir « premièrement ». C’est aussi la raison pour laquelle l’enseignement de la Parole de Dieu et l’administration de ses sacrements sont prioritaires dans notre vie paroissiale. C’est là que s’ouvre à nous « le Royaume de Dieu » ; c’est là que le Christ nous offre et fixe toujours plus solidement le vêtement de « sa justice » par-dessus nos péchés.

Et pour que tous puissent mieux atteindre ce but « premier », notre paroisse – comme les autres – organise, certes, avant tout des cultes, mais aussi des cercles bibliques, des réunions des jeunes, des entretiens catéchétiques pour adultes, l’instruction catéchétique pour enfants, la visite aux malades et aux éprouvés, peut-être bientôt des réunions de dames. Servent aussi ce but le travail du conseil presbytéral, les assemblées générales paroissiales, l’implication d’instrumentistes ou de chanteurs.

 

La raison de ces activités n’est pas d’avoir une vie paroissiale de plus en plus agitée et frénétique. Dieu nous garde de l’idolâtrie de l’activisme, car alors nous aurions perdu de vue le « premièrement » – « le Royaume de Dieu et sa justice » – et nous nous serions enlisés dans des choses secondaires que nous aurions déconnectées de l’enjeu vital, essentiel et « premier » ; alors les activités secondaires, devenues prioritaires, nous seraient devenues néfastes, car elles nous cacheraient l’essentiel.

 

S’il nous est arrivé d’employer, en plus, d’autres langues – l’anglais ou l’allemand – c’est pour que tout le monde puisse mieux trouver le « premièrement », pour que chacun puisse trouver dans la « justice du Royaume de Dieu » le réconfort, la paix et la joie dont il a besoin dans ce monde si compliqué et bouleversé par le péché.

Si nous avons des réunions des jeunes, c’est que ceux-ci ont besoin d’un endroit où ils puissent, à la lumière de la Parole de Dieu, échanger leurs joies, leurs idéaux, leurs incompréhensions et leurs questions – et trouver les réponses et les conseils du « Royaume de Dieu » auquel ils appartiennent.

 

Si nous tenons à avoir un lieu de culte attirant et accueillant, ce n’est pas pour notre propre gloire – Dieu nous en préserve ! – mais pour la gloire de Celui qui nous a reçus dans son « Royaume » par pure grâce et au prix de son Fils. Nous soignons l’aspect de notre Centre Paroissial pour la gloire de Celui qui nous offre et nous garantit « la justice » de son Fils à chacune de nos rencontre avec lui au culte, « justice » grâce à laquelle nous pouvons subsister dans son « Royaume ». Si nous embellissons notre centre paroissial et en soignons l’aspect, c’est aussi pour avoir un lieu plus attrayant pour y inviter et accueillir d’autres personnes et leur y faire rencontrer le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

 

Et si nous offrons de bon cœur nos dons à la Paroisse, au Synode ou aux différentes associations auxiliaires de l’Eglise, ce n’est pas pour augmenter notre capital commun, ni même pour pouvoir payer toujours autant ou davantage de pasteurs, mais pour que « le Royaume de Dieu et sa justice » puissent être annoncés à toujours davantage de pécheurs, pour leur pardon, pour leur salut éternel et pour la gloire de notre grand Dieu miséricordieux.

 

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Alors, parfois, devant l’immensité de la tâche et l’imperfection et la petitesse de notre paroisse ou de notre église, nous ressentons quelque inquiétude. Nos capacités seront-elles à la mesure de nos tâches, à la mesure de nos responsabilités ?

Au courant de cette nouvelle année d’activités, notre paroisse va-t-elle s’affaiblir ou s’affermir, rapetisser ou grandir ? Je n’en sais rien – et vous pas davantage. Mais je sais une chose, c’est que « notre Père céleste sait de quoi nous avons besoin » (v. 32).

« Si Dieu habille l’herbe des champs » (v. 30) avec tant de splendeur, s’il s’occupe des besoins des « oiseaux du ciel » (v. 26), ne nous rendra-t-il pas aussi capables, « à bien plus forte raison » (v. 30), de remplir les tâches qu’il nous a confiées ?

Une paroisse, la proclamation fidèle de l’Evangile et l’administration correcte des sacrements pour notre salut, « ne valent-elles pas beaucoup plus » (v. 30), aux yeux de Dieu, que « les oiseaux du ciel » et que « l’herbe des champs » ?

 

La Paroisse est une institution divine, de même que l’annonce de la Parole de Dieu et l’administration de ses sacrements. Autrement dit : c’est là ce que Dieu veut, c’est là ce à quoi il tient « premièrement », ce sur quoi il veille par-dessus tout. « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, » « votre Père céleste sait que vous en avez besoin, » aussi en tant que paroisse.

Alors engageons-nous avec confiance dans cette nouvelle année d’activités et de responsabilités. Non pas avec confiance aveugle en nous-mêmes, mais avec une confiance absolue en Celui qui n’a pas hésité à nous confier des tâches aussi importantes : lui sait que nous ne pouvons rien sans son aide et sa bénédiction.

 

Engageons-nous dans cette nouvelle année en tournant nos yeux et nos cœurs vers « notre Père céleste », en l’invoquant pour qu’il nous accorde son Esprit Saint.

Engageons-nous dans cette nouvelle année avec reconnaissance et action de grâces pour toutes les bénédictions passées, les spirituelles comme les matérielles, les célestes comme les terrestres.

Oh ! certes, nous sommes un regroupement de personnes marquées par le péché, nous sommes un groupe qui additionne les faiblesses de ses membres, leurs travers, leurs manquement, leurs erreurs.

 

Mais nous sommes aussi un regroupement d’hommes et de femmes qui se repentent de cela, qui s’épanouissent à la lumière du pardon offert en Jésus-Christ, et qui se placent sous l’influence bénéfique de la Parole et des sacrements. Ainsi, de culte en culte, d’étude biblique en étude biblique, de réunion de jeunes en réunion de jeunes, nous sommes réconfortés par le pardon, la faveur et la bénédiction de Dieu.

 

N’est-ce pas une bénédiction de Dieu qu’une petite paroisse comme la nôtre trouve tous les dons et capacités nécessaires pour que l’Evangile du Christ puisse agir parmi nous ? N’est-ce pas une bénédiction de Dieu que nous ayons des frères et sœurs en la foi qui nous aident à boucler notre budget, en attendant que nous y parvenions tout seuls ?

Si nous montrons à Dieu que nous savons qu’il « sait ce dont nous avons besoin » pour remplir notre mission de paroisse, et si nous lui montrons par notre engagement paroissial que nous avons confiance en ses promesses de nous demeurer fidèle et de nous bénir, nous aurons l’occasion de l’en louer chaque semaine, car Dieu tient toujours parole.

 

Certes, il nous faut rester humbles et ne pas prendre notre volonté pour la sienne, car alors nous connaîtrons des déconvenues. Il s’agit de discerner en commun quels sont les moyens en personnes, en temps, en talents et en argent que Dieu met à notre disposition et ne pas vouloir lui forcer la main.

 

Mais si notre objectif « prioritaire » reste la recherche de « son Royaume et [de] sa justice », si nous mobilisons dans la prière les moyens que Dieu met à notre disposition, alors « ne nous inquiétons pas du lendemain » : « notre Père céleste sait de quoi notre paroisse] a besoin. » Il ne perd pas de vue notre salut, ni notre rayonnement missionnaire. Ne perdons pas non plus de vue sa gloire !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du dimanche 5 octobre 2008 - Fête des Récoltes

 

Texte : Dt 8.10-20

 

10 « Lorsque tu mangeras et que tu seras rassasié, tu béniras le Seigneur, ton Dieu, pour le bon pays qu'il t'a donné.

11 Garde-toi d'oublier le Seigneur, ton Dieu, de ne pas observer ses commandements, ses règles et ses prescriptions, tels que je les institue pour toi aujourd'hui.

12 Lorsque tu mangeras et que tu seras rassasié, lorsque tu bâtiras et habiteras de belles maisons,

13 lorsque ton gros bétail et ton petit bétail se multiplieront, que l'argent et l'or se multiplieront pour toi et que tout ce qui t'appartient se multipliera,

14 prends garde, de peur que ton coeur ne s'élève et que tu n'oublies le Seigneur, ton Dieu, qui te fait sortir de l'Egypte, de la maison des esclaves.

15 Il t'a fait marcher dans ce désert grand et redoutable, pays des serpents brûlants, des scorpions et de la soif, où il n'y a pas d'eau ; il a fait jaillir pour toi de l'eau du rocher de granit,

16 il t'a fait manger dans le désert la manne que tes pères ne connaissaient pas,

afin de t'affliger et de te mettre à l'épreuve, pour te faire du bien par la suite.

17 Et tu te dirais : "C'est par ma force et la vigueur de ma main que j'ai acquis toutes ces richesses !"

18 Tu te souviendras du Seigneur, ton Dieu, car c'est lui qui te donne de la force pour acquérir ces richesses, afin d'établir son alliance, celle qu'il a jurée à tes pères – voilà pourquoi il en est ainsi en ce jour.

19 Si jamais tu oublies le Seigneur (YHWH), ton Dieu, si tu suis d'autres dieux, si tu les sers et si tu te prosternes devant eux, je vous en avertis aujourd'hui : vous disparaîtrez.

20 Vous disparaîtrez comme les nations que le Seigneur fait disparaître devant vous, parce que vous n'aurez pas écouté le Seigneur, votre Dieu. »

 

Chère assemblée en fête – une fois de plus !

 

Nous célébrons aujourd’hui la Fête des Récoltes et d’Action de Grâces – et en ce même moment c’est la désolation à Haïti où nos frères et sœurs de la ville de Gonaïves accueillent sur deux étages de leur centre paroissial des habitants de la ville dévastée par un ouragan.

 

Nous célébrons aujourd’hui la Fête des Récoltes et d’Action de Grâces, parce que la démocratie et la paix dans notre pays nous ont permis de travailler et d’avoir un revenu. Nous avons encore pu « manger » et « être rassasiés » (v. 10) au cours de l’année d’activités écoulée, et pendant ce temps nos frères et sœurs du Congo-Brazzaville n’ont pas les moyens matériels pour allumer un contre-feu missionnaire à la déferlante de l’islam dans leur pays, déferlante alimentée par les pétrodollars.

 

Dans notre pays, on a élevé, abattu et mangé des bovins, des ovins, des porcins et autres volailles, semé ou planté et récolté des légumes et autres céréales, et nous avons été en mesure de l’acheter pour en manger, alors que dans d’autres pays, on produit parfois de quoi manger, mais on ne peut pas l’acheter : il faut que nous leur envoyons de l’argent pour qu’ils puissent manger leurs propres productions !

 

Nous ne sommes pas en mesure d’analyser les différentes politiques économiques à la surface du globe – ce n’est, d’ailleurs, pas notre mission en tant qu’Eglise. Force est cependant de constater que l’absurde est souvent maître en la matière.

L’être humain – l’homo sapiens, cet être dit intelligent ! – se manœuvre souvent dans des impasses. Il donne l’impression d’être frappé de cécité, tellement le péché a décomposé et bouleversé les relations entre les hommes et les relations des hommes avec la Création de Dieu.

Bien entendu, chez nous aussi tout n’est pas rose, tout n’est pas sans problème et facile, ni pour la plupart des agriculteurs ni pour beaucoup de travailleurs des autres secteurs. Il ne faut, cependant, pas pousser : comparé à la plupart des pays, nous avons toutes les raisons de louer Dieu d’avoir de nouveau béni notre pays, notre travail. Nous avons toutes les raisons de le louer de nous faire vivre dans « le bon pays qu’il nous a donné » (v. 10).

 

Au fait, qu’est-ce que Dieu considère être ce qu’il appelle ici un « bon pays » ? Un « pays » où l’on vit dans le superflu ? Un « pays » où on peut se payer tout ce que notre société de consommation nous propose ?

 

Le Créateur de l’Univers et Seigneur de tous les pays nous dit ce qu’est un « bon pays » à ses yeux : « Lorsque tu manges et que tu es rassasié, » alors tu vis dans un « bon pays que Dieu t’a donné », alors tu as toutes les raisons de « bénir le Seigneur, ton Dieu » (v. 10).

C’est pour cela que nous célébrons aujourd’hui

 

LA FÊTE DES RECOLTES ET D’ACTION DE GRÂCES

 

car :

 

1. « Dieu nous a donné un bon pays. »

2. Il est vrai, il lui arrive de nous mettre à l’épreuve pour notre bien,

3. Mais il respecte l’alliance conclue avec nous.

 

 

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« Dieu nous a donné un bon pays. »

 

Personne ne voudra sans doute le nier. Evidemment, il ne nous a pas donné un pays parfait, un pays sans problèmes, un pays sans injustice sociale – cela, nous ne le trouverons qu’au ciel : tant que nous serons contaminés par le péché, tant que nous vivrons ici-bas, notre propre péché et le péché disséminé dans le monde compliqueront notre vie et nous apporteront problèmes et, parfois, souffrances.

Mais quand même ! … Quand nous lisons dans les journaux, entendons à la radio et voyons à la télé ce qui se passe dans d’autres pays, ce que nos pauvres frères et sœurs en humanité y subissent, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi il y en a tant qui désirent venir chez nous – et notre paroisse cosmopolite montre combien nous en retirons tous des bénédictions.

Quand on se penche sur les difficultés à vivre dans d’autres pays, on a du mal à comprendre l’insatisfaction générale autour de nous, le manque de gratitude envers Dieu.

« Le Seigneur, [notre] Dieu, » nous « a donné un bon pays. » Cette affirmation s’appliquait à Israël et au Pays de Canaan. Elle s’applique encore plus à nous et à notre pays, la France : notre pays est bien plus fertile que la Palestine, et il n’est pas en état de guerre, comme cela était le cas à l’époque, et d’ailleurs aussi aujourd’hui.

Et puis, n’est-ce pas vrai que c’est « le Seigneur, [notre] Dieu, » qui nous « a donné [ce] bon pays » ? Ceux d’entre nous qui sommes nés en France, en quoi l’avons-nous mérité plutôt que de naître en Géorgie, en Tchétchénie, à Haïti ou en Afrique ? Et pour vous autres, qui êtes nés ailleurs : en quoi avez-vous mérité de pouvoir vous installer en France plutôt que vos proches qui sont restés au pays ?

« Le Seigneur, [notre] Dieu, » est un Dieu aux possibilités innombrables, aussi pour « nous donner un bon pays » avec une bonne couverture sociale, un système scolaire, hospitalier, judiciaire et un niveau de vie parmi les meilleurs au monde. Dieu nous pardonne de ne pas lui être assez reconnaissants pour ces privilèges, car nous sommes des privilégiés, sans l’avoir mérité !

Vous êtes étonnés ? Vous ne pensez pas être des privilégiés ? Sans doute pas en vous comparant à votre voisin, mais vous êtes-vous déjà comparé à votre voisin un peu plus loin, dans d’autres pays ?

Je voulais avoir des repères un peu plus précis. J’ai donc consulté et comparé les produits intérieurs bruts (PIB) par habitant des différents pays dont nous sommes originaires dans notre paroisse.

 

Selon les organismes internationaux, la France se trouve au 15ème rang dans le monde dans ce domaine. Notre PIB par habitant est un chouia supérieur à celui du Canada, environ 7 fois supérieur à celui de Lettonie, 9 fois supérieur à celui du Brésil, 26 fois supérieur à celui du Congo, 34 fois supérieur à celui de Côte d’Ivoire, 43 fois supérieur à celui du Cameroun, 88 fois supérieur à celui du Madagascar, 91 fois supérieur à celui du Togo, et 233 fois supérieur à celui de la Rép. Dém. du Congo (l’ancien Zaïre) … Il paraît que Dieu nous traite mal en France …

 

Il « nous a donné ce pays », c’est aussi de lui que vient ce qui est « bon » dans notre pays. Cela explique pourquoi notre « bon pays » attire les autres comme une terre promise.

Qu’avons-nous fait pour être tellement mieux lotis que les autres, pour être nés ici ou pour avoir pu nous y installer ? Sans doute travaillons-nous beaucoup, nous nous échinons même souvent. Mais dans les pays où sévit la pauvreté, ils ne demanderaient qu’à pouvoir travailler comme nous. D’ailleurs, c’est simple, le flux migratoire ne va pas dans l’autre sens. Cela montre que nous ne voudrions pas échanger avec eux et connaître leurs conditions de travail.

Si nos « richesses », nous les avions « acquises par notre » seule « force et vigueur de notre main » (v. 17), si nous les devions à notre supposée supériorité, cela ne devrait pas nous faire peur de nous installer à Haïti ou au Congo pour y réaliser avec « notre force et la vigueur de notre main » le même niveau de vie qu’en France.

 

« Garde-toi » de penser ainsi ! Dans notre texte, Dieu nous adresse deux fois cette mise en garde : « Garde-toi ! » : « Garde-toi d'oublier le Seigneur, ton Dieu ! » (v. 11) « Prends garde, de peur que ton coeur ne s'élève et que tu n'oublies le Seigneur, ton Dieu ! » (v. 14)

« Sa bonté toujours active / Nous prodigue mille soins, / Sa providence attentive / Pourvoit à tous nos besoins » (LlS 136:3) allons-nous chanter tout à l’heure.

Bien entendu, jusqu’à un certain point, c’est mon travail qui me permet de subsister. En partie c’est vrai : « C'est par ma force et la vigueur de ma main que j'ai acquis » ce que je possède. Et Dieu veut qu’il en soit ainsi : il veut nous faire subsister en bénissant notre travail.

 

N’oublions cependant pas, pour citer le Seigneur dans notre texte : « C'est le Seigneur, ton Dieu, qui te donne de la force pour acquérir ces richesses, » (v. 18) « C'est lui qui » t’a placé dans une situation où ton travail te permet de recueillir ses fruits. Tu ne lui dois pas seulement le « bon pays » dans lequel tu vis, tu lui dois aussi tes dons et tes talents. Déjà le mot « don » indique que c’est quelque chose que Dieu t’a « donné » et que tu as reçu.

 

Voilà pourquoi nous voulons, aujourd’hui, solennellement « nous souvenir du Seigneur, notre Dieu, », le remercier pour tous ses bienfaits matériels et lui rendre grâces de nous avoir aussi permis de gagner au cours de l’année écoulée de quoi subvenir à nos besoins, d’avoir pu nous « rassasier », de pouvoir vivre – comme cela est dit ici – « dans de belles maisons » (v. 12) où Dieu nous a aussi permis de faire entrer beaucoup de superflu.

 

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Il est vrai, il lui arrive de nous mettre à l’épreuve pour notre bien.

 

Par exemple, dans mon verger, en Alsace, il a permis que des frimas de printemps successifs s’abattent sur les arbres en fleurs : nous n’avons eu ni cerises, ni mirabelles, ni quetsches, et seulement quelques pommes. Encore heureux qu’il n’y ait pas eu de sécheresse, car en d’autres années les fruits tombent avant d’avoir pu mûrir, par manque d’eau. Est-ce là un langage et une vision de campagnard ? Pas si sûr ! Vous avez dû en observer les contrecoups avec la montée des prix dans les commerces ici en ville.

Le Seigneur a aussi permis que l’augmentation du prix des matières premières – le pétrole et le gaz en premiers – rogne et affaiblisse quelque peu, parfois beaucoup, notre pouvoir d’achat.

Si le Seigneur nous met ainsi quelque peu à l’étroit, s’il lui arrive de nous « affliger » ainsi et de nous « mettre à l’épreuve », ce n’est pas pour nous nuire, mais, comme il le précise ici, « pour nous faire du bien par la suite » (v. 16)

 

Et « le bien », « le bien » profond et durable, c’est quoi ? C’est de reconnaître ses faiblesses, ses limites et ses travers, bref, son caractère pécheur et coupable, et de trouver refuge avec foi auprès de celui qui, seul, nous a obtenu le pardon et réconcilié Dieu avec nous : Jésus-Christ.

Paul a été soumis à de terribles épreuves. Il reconnaît que c’était – écrit-il – « pour que je ne sois pas trop orgueilleux » (2 Co 12.7). Notre texte ne dit pas autre chose. Si Dieu nous met à l’épreuve, s’il nous met parfois quelque peu matériellement à l’étroit, c’est pour « que [notre] coeur ne s'élève pas » (v. 12), c’est pour nous préserver – ou nous guérir – de l’idolâtrie de nous-même, c’est pour empêcher que nous ne nous détournions de sa grâce et de son pardon, c’est pour que nous le laissions être notre Dieu en toute chose.

 

Le danger n’est-il pas permanent que notre niveau de vie et notre confort deviennent les idoles après lesquelles nous courons et que nous plaçons au premier rang de nos préoccupations ?

Quand « le Seigneur, [notre] Dieu, » nous « afflige » en nous conduisant par des passes financières difficiles, voire périlleuses, il veut nous apprendre à lui faire confiance aussi quand nous devons nous passer du superflu ; il veut nous apprendre qu’on peut aussi lui être reconnaissant sans nager dans la surabondance, un peu comme la pauvre veuve qui exprima sa gratitude envers le Dieu secourable en « mettant deux petites pièces » dans le tronc du Temple, ce qui était énorme, car c’était « tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre » (Mc 12.42-44).

 

Quand « le Seigneur, [notre] Dieu, » nous « met à l’épreuve » financièrement, il veut nous apprendre à ne pas nous confier dans « les richesses », mais à lui faire confiance aussi dans les moments difficiles, car « Dieu est digne de confiance, lui par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ, notre Seigneur. » (1 Co 1.9) :

 

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Il respecte l’Alliance qu’il a conclue avec nous

 

Pensez d’abord à « l’alliance » conclue avec Noé.

 

« Tu te souviendras du Seigneur, ton Dieu, car c'est lui qui te donne de la force pour acquérir ces richesses, afin d'établir son alliance, celle qu'il a jurée à tes pères – voilà pourquoi il en est ainsi en ce jour. » (v. 18)

 

Noé et les siens venaient d’échapper miraculeusement à la destruction totale de l’humanité. La terre était dévastée par le déluge. Le fruit de décennies de travail – de semailles et de récoltes – balayé ! Ils devaient tout recommencer à zéro.

Mais Dieu est compatissant envers ceux qui placent leur foi en lui. Il a conclu cette alliance avec Noé et ses descendants, donc avec l’humanité actuelle qui descend de lui :

 

« Je ne maudirai plus la terre à cause des humains, parce que le coeur des humains est disposé au mal depuis leur jeunesse ; […]. Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront pas. » (Gn 8.21-22)

 

Certes, la terre connaît encore des famines, même notre société si fière de son libéralisme et de ses richesses connaît actuellement une grave crise de confiance dans son système bancaire, et bien des humains souffrent encore de la pauvreté, mais ce n’est pas parce que Dieu ne serait pas fidèle à son alliance, ce n’est pas parce qu’il ne ferait pas assez pousser et moissonner, mais parce que les humains ne gèrent pas avec sagesse ce que Dieu a mis à leur disposition, parce qu’ils ne répartissent pas ces fruits de la terre et du travail de façon solidaire. Ils ne se donnent pas autant de peine pour répartir entre tous ce qui est nécessaire à la vie qu’ils le font pour produire des armes et d’en inonder même les pays où on meurt de faim.

 

Dieu a bon dos, mais cette réaction est vieille comme le péché dans le monde : « Ce n’est pas moi, c’est elle ! c’est lui ! » (voir Gn 3.11-13)

 

Si les hommes consacraient avec la même ingéniosité leur haute technicité à l’aide aux pays sous-développés qu’à la conduite des guerres (curieusement, là l’argent est toujours disponible !), plus personne ne mourrait de faim.

 

Non, ce n’est pas à Dieu qu’il faut faire des reproches : il veille à ce qu’il y ait suffisamment à manger sur terre. « Il établit » et « confirme »

[1] « son alliance, celle qu’il a jurée à nos pères », celle qu’il a conclue avec Noé, mais aussi l’alliance qu’il a conclue avec Abraham.

Dans cette autre alliance, celle conclue avec Abraham, Dieu stipule : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité. » (Gn 26.4), cette « postérité » présente à travers les prophéties de l’Ancien Testament, cette « postérité » qui n’est autre que Jésus-Christ lui-même (Ga 3.16).

 

L’alliance que Dieu a conclue avec Abraham est en fait l’alliance dont Jésus-Christ est le fondement, et le salut la bénédiction. C’est « la Nouvelle Alliance » (2 Co 3.6) dont nous sommes les bénéficiaires par le Baptême. Pour nous, qui vivons après l’intervention salutaire du Christ, c’est l’Alliance du Baptême.

 

« N'oublie pas » : c’est là que « le Seigneur, ton Dieu t’[a] fait sortir de l'Egypte [spirituelle], de la maison des esclaves, » (v. 14), de l’esclavage du péché. Et c’est là la grande nouvelle, l’événement primordial qui nous rempli aussi de confiance et de courage en cette fête d’Action de Grâces et des Récoltes.

 

Pour le peuple de l’Ancienne Alliance, le grand acte libérateur de leur histoire passée était la libération de l’esclavage en Egypte. Les prophètes ont toujours rappelé cet acte libérateur pour souligner que Dieu est leur Sauveur et, surtout, pour annoncer que, pareillement, même bien plus encore, le Messie Sauveur viendra les délivrer de l’esclavage du péché. Ils devaient « se souvenir » de la libération d’Egypte pour être affermis dans la certitude que Dieu leur veut du bien et veille sur eux, dans la certitude aussi qu’il les sauvera de leurs péchés en envoyant le Messie Sauveur.

 

Pour nous, peuple de la Nouvelle Alliance, quand les choses vont mal, quand la récolte ou les revenus de l’année n’ont pas été à la hauteur des espérances, peut-être à peine à la hauteur des besoins, ou quand une récession se pointe à l’horizon, Dieu nous dit aussi : « N'oublie pas » l’alliance du Baptême que Dieu a conclue avec toi. « N'oublie pas » que là « le Seigneur, ton Dieu t’[a] fait sortir […], de la maison des esclaves », de l’esclavage du péché pour que tu puisses te sentir libre dans son Alliance de grâce et sous sa protection paternelle.

Souviens-toi de toutes les bénédictions qu’il t’accorde, sur le plan spirituel et matériel. Souviens-toi surtout avec gratitude qu’il t’accorde tout cela « sans que tu en sois digne, par sa pure bonté et sa miséricorde paternelle » (Martin Luther, Petit Catéchisme)

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du dimanche 23 novembre 2008 -Dernier dimanche après la Trinité

 

Texte : 2 Pierre 3.3-14

 

3 « Sachez avant tout que dans les derniers jours viendront des moqueurs pleins de raillerie. Ces hommes vivront en suivant leurs propres désirs

4 et diront : "Où est la promesse de son retour ? En effet, depuis que nos ancêtres sont morts, tout reste dans le même état qu'au début de la création."

5 De fait, ils veulent ignorer que des cieux ont existé autrefois par la parole de Dieu, ainsi qu'une terre tirée des eaux et au milieu d'elles.

6 Ils oublient volontairement que le monde d'alors a disparu de la même manière, submergé par l'eau.

7 Or, par la parole de Dieu, le ciel et la terre actuels sont gardés pour le feu, réservés pour le jour du jugement et de la perdition des hommes impies.

8 Mais s'il y a une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas oublier, c'est qu'aux yeux du Seigneur un jour est comme 1000 ans et 1000 ans sont comme un jour.

9 Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme certains le pensent ; au contraire, il fait preuve de patience envers nous, voulant qu'aucun ne périsse mais que tous parviennent à la repentance.

10 Le jour du Seigneur viendra comme un voleur [dans la nuit]. Ce jour-là, le ciel disparaîtra avec fracas, les éléments embrasés se désagrégeront et la terre avec les oeuvres qu'elle contient sera brûlée.

11 Puisque tout notre monde doit être dissous, combien votre conduite et votre piété doivent-elles être saintes !

12 Attendez et hâtez la venue du jour de Dieu, jour où le ciel enflammé se désagrégera et où les éléments embrasés se fondront.

13 Mais nous attendons, conformément à sa promesse, un nouveau ciel et une nouvelle terre où la justice habitera.

14 C’est pourquoi, bien-aimés, dans cette attente, faites tous vos efforts pour qu’il vous trouve sans tache et irréprochables dans la paix. »

 

Chers frères et sœurs en Christ,

« qui attendez, conformément à sa promesse,

un nouveau ciel et une nouvelle terre » !

 

Une des promesses les plus grandioses de tous les temps, notre Seigneur l’a faite la veille de sa crucifixion, dans la salle où il a institué la Sainte Cène.

Il venait de célébrer pour la dernière fois le repas de la Pâque juive avec les douze. Judas, l’un d’entre eux, les avait déjà quittés. Jésus avait déjà indiqué que « son heure était venue de passer de ce monde au Père » (Jn 13.1).

 

L’ambiance était lourde dans la salle. Des questions travaillaient les disciples ; et ils n’en connaissaient pas les réponses. Qu’allaient-ils devenir, eux ? Qu’en était-il de leurs attentes, de leurs espérances ? Que devaient-ils faire une fois que leur Maître ne sera plus avec eux de façon visible pour les enseigner, pour les conduire et les diriger ?

 

Pour les rassurer, Jésus leur avait dit : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Si ce n'était pas le cas, je vous l'aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et puisque je vais vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi afin que, là où je suis, vous y soyez aussi. » (Jn 14.2-3)

Cette promesse de revenir, notre Seigneur la répète et la réitère toujours à nouveau à travers tout le Nouveau Testament. Même les anges l’ont annoncée lors de son ascension. Et, bien entendu, cette promesse revient souvent dans la prédication et dans les écrits des apôtres. Et Pierre n’est pas en reste.

 

Justement, dans notre texte il nous annonce :

 

LE SEIGNEUR REVIENDRA

 

1. Certes, « les moqueurs » rient.

2. Mais Dieu est clair à ce sujet.

3. Et nous, les croyants, nous vivons dans cette heureuse assurance.

 

----- 1 -----

 

« Les moqueurs » rient quand nous parlons du retour de notre Seigneur et Sauveur, de son retour et de la fin de ce monde auquel ils s’accrochent tant, de ce monde qu’ils se sont soumis et rendu confortable, agréable.

Il faut être juste : tous les incroyants ne se moquent pas à l’idée d’une fin du monde. L’annonce d’une fin du monde n’est plus l’apanage du message chrétien. L’homme moderne a développé des sciences et des techniques qui, si elles ne sont rigoureusement canalisées, mettent la vie et le monde en péril. Et cela fait peur. Cela avait commencé avec la guerre froide qui a provoqué ces mouvement de masse pacifistes : on avait peur que l’une ou l’autre des superpuissances ne déclenche le cataclysme final.

 

Maintenant, ce danger s’est déplacé vers d’autres pays, et l’ONU fait tout pour pouvoir contrôler ce danger.

 

Entre-temps, ce sont des techniques en elles-mêmes pacifiques qui donnent froid dans le dos : la pollution de l’air, de la terre et des mers. Là aussi, on entend des savants parler de destructions irréversibles – des forêts, des nappes phréatiques, de la couche d’ozone, d’extinction d’espèces, d’alimentation gangrenée par les produits chimiques, de réchauffement climatique. Et les gens ont peur.

 

Et l’on dit que le soleil lui-même ne peut pas brûler éternellement sans se consumer lentement.

Non tout le monde n’est pas « plein de raillerie » (v. 3) quand on parle de fin du monde. Mais dès qu’on dit que c’est Dieu – et non pas les hommes – qui déclenchera cette fin, du coup, même ces anxieux se rangent de nouveau du côté des « moqueurs ». Ils se moquent de nous quand nous affirmons que cela se passera comme le Créateur nous le révèle lui-même dans sa Parole. Par exemple ici : « Le ciel disparaîtra avec fracas, les éléments embrasés se désagrégeront et la terre avec les oeuvres qu'elle contient sera brûlée. » (v. 10)

 

Les incroyants, par définition, ne croient pas en Dieu. Ils ne raisonnent que par rapport à ce qu’ils voient – y compris grâce à la science –, ce qu’ils peuvent accomplir, empêcher ou par rapport au mal qu’ils peuvent commettre. Et selon le cas, cela remplit le cœur des incroyants d’espoir, d’attentes ou de peur.

 

Qu’il y a un Dieu qui a aussi son mot à dire, cette vérité, la plupart des gens autour de nous la rejettent. Que c’est Dieu qui a « fixé les règles au ciel et à la terre » (Jé 33.25), mais qui a aussi « fixé un jour où il jugera le monde » (Ac 17.31), cela les fait sinon tous rire, du moins sourire avec condescendance : « Que ces chrétiens sont naïfs ! »

 

« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Ec 1.9) : Au fond, les moqueurs d’aujourd’hui sont pareils à ceux d’hier. Pierre les met tous dans le même sac quand il les décrit ainsi : « Sachez avant tout que dans les derniers jours viendront des moqueurs pleins de raillerie. Ces hommes vivront en suivant leurs propres désirs et diront : "Où est la promesse de son retour ?" » (v. 3-4)

 

« Dieu aurait eu assez de temps durant les deux derniers millénaires pour venir et mettre fin aux malheurs de ce monde ! Non, le monde poursuit sa course, et aucun dieu n’y changera quoi que ce soit. Certes, nous, les humains, nous nous sommes toujours davantage « soumis » la terre (Gn 1.28) ; au fur et à mesure des siècles nous l’avons pas mal aménagée, rendu la vie plus confortable ; le niveau de vie a augmenté ; mais en ce qui concerne l’univers, la nature et les lois de la nature, "tout reste dans le même état qu'au début de la création." (v. 4) »

 

Pierre nous rappelle : Une scène analogue s’est déjà produite dans le temps. Les gens se sont moqués à l’annonce du jugement de Dieu, et ils se sont moqués de ceux qui croyaient à cette annonce. C’était au temps de Noé. Nous connaissons la suite : « Le monde d'alors a disparu […], submergé par l'eau. » (v. 6)

 

Les moqueurs se moquent parce que, curieusement, ils voudraient d’abord vivre une espèce de répétition générale. Et comme il n’y en a jamais eu (comme s’il pouvait y avoir une répétition générale de la destruction du monde !), ils pensent que cela n’aura pas non plus lieu plus tard.

Mais que « le Seigneur tarde » (v.9) avec sa venue, qu’il n’ait pas encore détruit ce monde ne signifie aucunement qu’il ne le fera jamais. Les moqueurs vont se retrouver bien penauds – en fait, atterrés – lorsque le Seigneur viendra mettre fin à ce monde.

 

Il n’y a rien de plus insensé que se mettre avec « les moqueurs », car

 

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Dieu annonce le retour du Christ de façon on ne peut plus catégorique.

 

Cela, il le fait aussi par la plume de Pierre dans notre texte. Et ce que Dieu promet, il le tient : l’histoire du Déluge (Gn 6-7) est là pour nous le rappeler. « La parole de l'Eternel est droite et toute son oeuvre s'accomplit avec fidélité » (Ps 33.4), quoi que cela lui coûte, et heureusement pour nous : ainsi, il a tenu parole pour nous sauver, même si cela lui a coûté ce qu’il avait de plus cher, son Fils.

 

Mais son annonce de la fin du monde, il la tiendra aussi, … envers et contre toutes les « railleries ».

D’ailleurs, l’argumentation des incroyants ne tient pas. Ce n’est pas vrai que « tout reste dans le même état qu'au début de la création » (v. 4) « Des cieux ont existé autrefois par la parole de Dieu, ainsi qu'une terre tirée des eaux et au milieu d'elles. » (v. 5). Dieu a créé le monde « par sa Parole » puissante (Hé 11.3) – et sans répétition générale préalable (il n’en a pas besoin, lui, le Dieu tout-puissant et parfait).

 

Et par cette même Parole puissante – et là aussi sans répétition générale – il a envoyé les flots dévastateurs du Déluge sur la terre. Quand on compare les récits bibliques d’avant et d’après le déluge, on ne peut qu’admettre que bien des choses ont changé : la longévité des gens, et le régime alimentaire : de végétariens l’humanité est devenue omnivore.

Avec le retour du Christ pour le Jugement Dernier, les transformations seront infiniment plus radicales : de mortels nous passerons éternels, et notre « corps humilié » par tant de souffrances dans cette vie deviendra « corps glorieux » semblable à celui du Christ ressuscité (Ph 3.21). « Par la parole de Dieu, le ciel et la terre actuels sont gardés pour le feu, réservés pour le jour du jugement et de la perdition des hommes impies. » (v. 7).

 

Non, « Dieu ne tarde pas », Dieu n’a pas oublié son annonce. Que sont quelques siècles, même quelques millénaires, pour l’Eternel ? Il n’est pas, comme nous, victime du temps qui s’écoule. Il est le Créateur du temps, il se situe en-dehors du temps, bien qu’intervenant dans notre temps. « Il y a une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas oublier, c'est qu'aux yeux du Seigneur un jour est comme 1000 ans et 1000 ans sont comme un jour. » (v. 8)

 

Et de toute manière, « aux yeux du Seigneur » nous nous trouvons déjà dans les derniers temps depuis la mort, la résurrection et l’ascension de son Fils, depuis qu’il nous a envoyé du ciel le Saint-Esprit comme « Défenseur » ou « Consolateur » (Jn 15.26)

 

Aussi soyons prêts ! Jésus « viendra » de façon finalement aussi inattendue qu’un « voleur dans la nuit. Ce jour-là, le ciel disparaîtra avec fracas, les éléments embrasés se désagrégeront et la terre avec les oeuvres qu'elle contient sera brûlée. » (v. 10)

 

Comment réagissons-nous, nous, les croyants, à cette brûlante prophétie de Dieu ? – Nous ne doutons pas un instant que Dieu mettra un jour fin à ce monde. Sans doute y a-t-il un petit pincement à l’idée de ce qui pourrait nous tomber dessus à ce moment, mais cela ne nous paralyse pas de terreur :

 

------ 3 ------

 

Nous vivons dans l’heureuse attente de notre Seigneur.

 

Cette attente, parée de certitude, imprègne notre foi, notre espérance et notre vie.

Ce ne sont pas les événements terribles – « le jugement et la perdition des impies », le cataclysme apocalyptique de la « dissolution » de ce monde (v. 11) – qui nous rendent heureux : ce serait là de la morbidité perverse. Non, c’est ce qui vient après qui nous remplit de nostalgie et de bonheur.

A la place du monde « désagrégé » et « disparu » (v. 10), le Seigneur établira « un nouveau ciel et une nouvelle terre où la justice habitera. » (v. 13) C’est là ce que le Seigneur nous promet. Voilà ce qui nous attend !

 

C’est vers cette existence sans péché, sans injustice ni méchanceté, même sans souffrances ni mort, que nous tendons. Voilà ce que « nous attendons, conformément à sa promesse ». Et là, « nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Th 4.17). Nous jouirons éternellement de sa merveilleuse présence.

 

Mais que faire en attendant ? Comment nous comporter « dans cette attente » (v. 14) ? Pierre ne nous en demande-t-il pas un peu trop ? « Dans cette attente, » écrit-il, « faites tous vos efforts pour qu’il vous trouve sans tache et irréprochables dans la paix. »

 

« Que ceux qui sont "sans tache et irréprochables" se lèvent ! » … Si vous pensez à votre propre comportement, à vos mérites propres, vous avez raison de rester tous assis – et moi je devrais aussi m’asseoir avec vous.

 

Mais Pierre sait cela. S’il nous invite à veiller à « nous trouver sans tache et irréprochables dans la paix », c’est que c’est réellement possible ! Tout simplement – si je puis dire – en recevant par la foi la justice et la sainteté parfaites de Jésus-Christ, notre Sauveur. Pierre nous encourage, nous exhorte ici à veiller à demeurer dans la foi en Christ, car alors Dieu nous considère « sans tache et irréprochable » comme son Fils bien-aimé, notre divin Substitut. Et tout croyant se trouve dans cette situation de rêve. Non, ce n’est pas un rêve, c’est la réalité devant Dieu.

 

Pensez maintenant à votre situation de croyants, de pécheurs recouverts par la justice du Christ, pensez à votre état de pécheurs graciés, pardonnés et justifiés par la foi en Jésus-Christ. Si je vous interpelle donc une seconde fois : « Que ceux qui sont "sans tache et irréprochables" se lèvent ! » Oui, vous pouvez tranquillement – non, même avec joie ! – vous lever et confesser votre état de « revêtus de Christ » (Ga 3.27) et de sa sainteté. Grâce à quoi Dieu est réconcilié avec vous, « en paix » avec vous.

C’est vraiment, là, un état miraculeux pour nous, d’abord parce que nous ne l’avons pas mérité, ensuite parce que son caractère merveilleux dépasse tout entendement. Et cela n’aurait pas d’effet sur notre temps « d’attente » des « nouveaux cieux » et de la « nouvelle terre où la justice habitera » ?

Evidemment que cela en a ! Comme l’indique l’apôtre Pierre, « nous faisons tous nos efforts » pour qu’au « Jour du Seigneur » celui-ci « nous trouve sans tache et irréprochables dans la paix ». Il faut donc, pour cela, que nous persévérions à croire en lui comme à notre seul Sauveur.

Mais cela dépend-il de « nos efforts » ? Je croyais que « je ne puis, par ma raison et mes propres forces, croire en Jésus-Christ mon Seigneur ni aller à lui », comme nous l’avons appris de Luther dans son catéchisme ?

 

C’est vrai. « C’est le Saint-Esprit qui m’a appelé par l’Evangile, éclairé de ses dons, sanctifié et maintenu dans la vraie foi. » Mais sachant cela, sachant que seul le Saint-Esprit peut me maintenir par l’Evangile dans cet état de miraculé où je n’ai pas à craindre le Jour du Jugement Dernier, où je n’ai pas à craindre de me retrouver face à Dieu, je vais « porter mes efforts » pour rester au contact de l’Evangile, au contact de l’action sanctifiante du Saint-Esprit.

Vous rendez-vous compte ? En fait, non, nous ne le pouvons pas vraiment, car nous n’avons pas d’éléments de comparaison. Mais quand même ! Il suffit de tout grossir à l’infini de ce qu’on peut connaître comme catastrophes naturelles.

 

Donc, vous rendez-vous compte ? Au milieu des déflagrations, au milieu des « éléments embrasés » et de leur « désagrégation », au milieu du « fracas » dans lequel « la terre disparaîtra », nous serons « en paix », en paix avec celui qui dirige les opérations finales, en paix parce qu’il a fait le nécessaire pour que les croyants n’aient pas à craindre cette fin du monde, en paix, parce qu’il nous a « promis » « un nouveau ciel et une nouvelle terre où la justice habitera ».

Aussi « faisons nos efforts » maintenant, pour vivre notre temps d’« attente » « dans une repentance et une foi de tous les jours » ! Et invitons les autres à en faire de même. « Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6.2) insiste Paul avec force.

 

Quant à Pierre, il rappelle ici : « Le Seigneur […] fait preuve de patience envers nous, voulant qu'aucun ne périsse mais que tous parviennent à la repentance. » (v. 9). Le Seigneur prolonge encore son temps de grâce, parce qu’il veut donner à d’autres aussi l’occasion de se repentir et de se tourner avec foi vers lui pour pouvoir attendre son retour dans la paix.

La ville de Pompéi, près de Naples en Italie, a été détruite et complètement recouverte par la lave et les cendres du Vésuve en 79 après Jésus-Christ. Sa population se retrouva en grande partie prise sous les décombres. Lorsqu’au 17ème, et surtout au 18ème siècle, on redécouvrit la ville et procéda aux fouilles, on découvrit les gens dans toutes les positions possibles : certains dans les rues, surpris durant leur fuite ; d’autres tapis dans un coin où ils se croyaient à l’abri. Par contre, la sentinelle romaine se tenait toujours bien droite, debout, à la porte de la ville, là où son officier l’avait placée. Elle tenait toujours sa lance à la main.

 

Voilà comment le Seigneur veut nous trouver à son retour : en train de veiller, « dans l’attente » de sa venue, prêts à tout moment, repentants et croyants, recouverts de sa justice par la foi.

Nous aurions de quoi craindre sa venue, car lequel d’entre nous voudrait affirmer qu’il ne mérite pas d’être damné et rejeté pour l’éternité ? Lequel d’entre nous aurait l’outrecuidance d’affirmer qu’il mérite « le ciel nouveau » ?

 

Mais celui qui va venir, il a déjà été là, et à l’époque, il a fait le nécessaire pour que, maintenant, nous puissions attendre « le nouveau ciel et la nouvelle terre » « dans la paix » et la joie.

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du dimanche 16 novembre 2008 - Avant dernier dimanche après la Trinité

 

Chants proposés :

 

Pour nous, bientôt, luira l’aurore LlS 304 : 1-4

Consolez vos cœurs qui pleurent LlS 323 : 1-3

Messagers de bonnes nouvelles LlS 185 : 1-5

ou :

Quand le soir descend AeC 609 : 1-4

Reste avec nous, Seigneur, le jour décline AeC 638 : 1-4

A Dieu seul j’abandonne AeC 634 : 1-4

(Toi qui disposes de toutes choses AeC 631 : 1-3)

 

 

1 Th 3.7-13

 

7 « C'est pourquoi, frères et soeurs, dans nos angoisses et nos épreuves, nous avons été encouragés à votre sujet par votre foi ;

8 En effet, maintenant nous vivons, puisque vous tenez ferme dans le Seigneur.

9 Comment exprimer en retour toute notre reconnaissance à Dieu à votre sujet pour toute la joie que nous éprouvons à cause de vous devant notre Dieu ?

10 Nuit et jour, nous le prions avec beaucoup d'insistance de nous permettre de vous revoir et de compléter ce qui manque à votre foi.

11 Que Dieu lui-même, notre Père, et notre Seigneur Jésus[-Christ] dirigent notre parcours jusque chez vous !

12 Que le Seigneur fasse grandir et déborder l'amour que vous avez les uns pour les autres et pour tous les hommes, à l'exemple de celui que nous avons pour vous !

13 Qu'il affermisse ainsi votre coeur pour qu'il soit irréprochable dans la sainteté devant Dieu notre Père, lors du retour de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints ! »

 

 

Chers frères et sœurs

confiés à mon ministère pastoral

sur le chemin de l’éternité,

 

Cette semaine, j’ai été empêché de consacrer suffisamment de temps à la rédaction d’un nouveau sermon. La formation des diacres et la préparation de leur examen final, les suites des réunions des jours passés, qu’elles aient été synodales ou régionales, et finalement le montage financier de trois dossiers missionnaires à finaliser avant vendredi (Niort en Poitou, Troyes en Champagne et Chinatown à … Paris), les trois groupes d’études bibliques et l’instruction des confirmands, tout cela ne m’a pas laissé le choix.

J’ai donc regardé dans ma réserve d’anciens sermons pour l’avant-dernier dimanche après la Trinité. Et là, encore une fois je n’avais pas le choix : le seul sermon écrit en français pour ce jour avant que je ne vienne parmi vous, c’est ce sermon sur ce texte de Paul.

 

Je me rappelle : déjà à l’époque, j’avais eu comme un mouvement d’étonnement et d’hésitation quand j’ai découvert le texte biblique que la série que je suivais cette année-là proposait à la prédication.

L’étonnement et le mouvement d’hésitation, ils sont provoqués par le sujet que l’apôtre développe sur l’arrière-plan du Jugement Dernier. C’est un sujet que, personnellement, je n’aime pas tant aborder, je préfère que d’autres le fassent. Tenez ! j’aimerais autant qu’exceptionnellement le président du conseiller presbytéral prêche là-dessus. – Valdo, tu veux venir ? …

 

Comme quoi il est bon qu’un pasteur ne soit pas entièrement libre de choisir ses textes de sermon, sinon il éviterait certains sujets. La coutume voulant qu’un pasteur suive une série fixe de textes appelés péricopes doit éviter qu’il ne prêche que sur des thèmes qu’il aime et se taise sur d’autres sujets un peu délicats.

Et bien voilà, je me jette à l’eau. Notre texte répond à la question :

 

QU’EST-CE QUI REND VOTRE PASTEUR HEUREUX ?

 

Il y a, certes, un tas de choses qui le rendent ou le rendraient heureux, comme vous aussi : plus de temps à consacrer à son épouse, à ses enfants et petits-enfants, davantage de moyens financiers, une vie sans problèmes, de bons amis, une santé à toute épreuve.

Vos vœux ne vont-ils pas aussi dans ce sens ? Nous pouvons, d’ailleurs, porter ces vœux dans la prière devant notre bon Père céleste. Notre bonheur sur terre ne lui est pas indifférent.

Ce qu’il faut savoir, cependant, c’est qu’il a souvent d’autres priorités que nous et qu’il nous faut aussi prier de nous donner l’humilité et la confiance pour nous ranger à ses priorités à lui.

Ces priorités se sentent aussi dans la réponse de notre texte à la question :

 

QU’EST-CE QUI REND VOTRE PASTEUR HEUREUX ?

 

Notre texte donne une triple réponse à cette question :

 

1. Votre foi de membres de l’Eglise rend le pasteur heureux.

2. Quand il peut vous apporter ce qui manque à votre joie, cela le rend heureux.

3. Lorsqu’il peut se rendre compte que vous êtes prêts pour le Retour du Christ.

 

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Votre foi en Jésus-Christ rend votre pasteur heureux.

 

Paul écrit : « Frères et soeurs, dans nos angoisses et nos épreuves, nous avons été encouragés à votre sujet par votre foi ; […] Comment exprimer en retour toute notre reconnaissance à Dieu à votre sujet pour toute la joie que nous éprouvons à cause de vous devant notre Dieu ? » (v. 7+9)

Tout apôtre qu’il était, Paul n’a pas connu un ministère sans problème. Il parle même d’« angoisses » et d’« épreuves ». Il ne vivait pas sur une autre planète. Il avait, comme vos pasteurs, à lutter contre son vieil homme dans une repentance et une foi de tous les jours.

Enfin, Satan voyait son ministère apostolique autant d’un mauvais œil que le ministère de vos pasteurs. Aussi, comme le dit Paul juste avant notre texte (1 Th 2.18), « Satan empêche » souvent vos pasteurs d’accomplir leur ministère comme ceux-ci le voudraient … ou le devraient.

 

Quelle joie alors pour Paul, retenu et immobilisé à Athènes, de recevoir par Timothée « de bonnes nouvelles de leur foi et de leur amour » (1 Th 3.6), d’apprendre que les Thessaloniciens, même privés de leur apôtre, « tiennent fermes dans [leur foi au] Seigneur » (v. 8) !

 

Voyez-vous : comme Paul, vos pasteurs vivent aussi parfois « dans la crainte que le tentateur ne vous ai tentés et que nous n’ayons travaillé pour rien » (1 Th 3.5). C’est qu’il est rusé, Satan : il manque ni de patience ni d’imagination pour tendre ses filets et nous détourner d’une vie faite de repentance et de foi.

 

Chaque fois que vos pasteurs se rendent compte que vous avez su esquiver les tentations de Satan pour « tenir fermes dans [votre foi au] Seigneur, » vos bergers sont remplis de joie et louent Dieu de ce que le loup n’ait pas réussi à leur ravir une des brebis du troupeau que le Seigneur leur a confiées.

 

Quelle joie pour un berger, que de voir que ses brebis le suivent et restent avides des pâturages évangéliques sur lesquels il les mène : la Parole et les sacrements. Tant qu’ils ont faim et soif de cette nourriture céleste, ils reçoivent, par la foi en Jésus, le pardon, la vie et le salut.

 

Ainsi, les bergers peuvent se réjouir de ce que leur ministère porte du fruit pour la vie éternelle.

Mais il y a autre chose qui réjouit un pasteur. C’est – pour parler avec Paul dans notre texte – lorsqu’il peut « compléter ce qui manque à votre foi » (v. 10),

 

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Pouvoir vous apporter ce qui manque à votre joie,

lorsque vous lui donnez l’occasion,

lorsque vous le laissez augmenter

votre foi en Jésus-Christ.

cela aussi rend votre pasteur heureux.

 

Nous savons – et c’est heureux pour nous ! – que « celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn 3.36), et ceci quelle que soit la solidité de sa foi. Quel serait notre sort si Dieu disait : « Vous serez sauvés si votre foi est aussi grande et aussi forte que celle de la femme syro-phénicienne (cananéenne) ! » (Mt 15.21-28) ? Non, rendons grâces à Dieu : il nous pardonne et nous accepte quelle que soit la solidité de notre foi en son Fils.

Tout croyant, tout pécheur qui sait que son salut dépend du Christ seul, aura cependant à cœur de « grandir » (v. 12) dans la connaissance et dans la foi de ce Sauveur merveilleux.

 

Ce n’est pas sans raison que les apôtres, inspirés par le Saint-Esprit, insistent tant pour que nous veillions à « grandir » dans la foi en Jésus-Christ.

Certes, nous sommes graciés, pardonnés et acceptés par Dieu si nous plaçons notre foi dans l’œuvre salutaire de son Fils, même si notre foi en son Fils est faible.

 

Il n’en demeure pas moins qu’il est plus facile de « tenir ferme », de résister aux tentations du diable, du monde et de nos propres tendances pécheresses, si notre foi est plus « ferme », plus ancrée dans les vérités évangéliques.

C’est aussi pour cela – pour augmenter votre foi en Jésus – que Dieu vous donne des pasteurs. Par leur prédication, par leur instruction, par leur cure d’âme, ils remplissent cette mission divine : rendre votre foi plus ferme, plus forte en Christ.

 

Aussi, toutes les occasions que vous donnez à votre pasteur de vous apporter l’Evangile le réjouissent. Ce n’est pas pour une raison égoïste qu’il se réjouit quand son Eglise est pleine, que les études bibliques ou autres activités sont bien fréquentées, mais parce qu’ainsi il a l’occasion de mieux vous conduire sur le chemin de la vie, de mieux vous amener à la maturité dans la foi.

 

Et c’est pour la même raison qu’il est attristé lorsque des brebis de son troupeau manquent au culte sans raison, à l’étude biblique, etc. Il ne peut alors guère leur être d’un grand secours pour affermir leur foi.

Un pasteur se réjouit aussi de voir ses paroissiens rassemblés autour de la Parole et des sacrements, parce que cela témoigne d’une certaine maturité de ses paroissiens. Ceux-ci montrent ainsi qu’ils savent où sont les vraies priorités, qu’ils savent que « l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4.4), de la bouche du Christ et de ses messagers.

 

Les paroissiens montrent ainsi qu’ils prennent au sérieux les rendez-vous que Dieu leur donne pour les instruire, les corriger, les exhorter, les affermir, les apaiser, les réjouir et les réconforter dans leur vie avec Dieu.

Voilà les situations dans lesquelles vos pasteurs peuvent « compléter ce qui manque à votre foi », travailler et affermir votre communion de foi avec Christ. C’est ce que Paul se propose de faire lorsqu’il pourra revenir à Thessalonique, et il s’en réjouit déjà à l’avance. Il sait qu’ainsi il les préparera à rencontrer leur Seigneur et Sauveur au Jour du Jugement Dernier.

 

C’est d’ailleurs là le troisième sujet de joie pour un pasteur :

 

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Pouvoir se rendre compte que vous êtes prêts pour le Retour de Christ,

rend votre pasteur heureux.

 

Paul écrit : « Que le Seigneur […] affermisse ainsi votre coeur pour qu'il soit irréprochable dans la sainteté devant Dieu notre Père, lors du retour de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints ! » (v. 12-13)

 

Ce qui réjouira un pasteur au Jour du Jugement Dernier, c’est de voir ses anciens paroissiens avec lui à la droite du divin Juge, de les voir, là, « irréprochables dans la sainteté […] avec tous les saints ! » de Dieu.

Les joies du ministère pastoral dont parle ici l’apôtre Paul sont des joies en étroite liaison avec la joie du Jugement Dernier. je m’explique :

 

Si votre pasteur se réjouit de votre foi en Jésus-Christ, c’est qu’il sait qu’en plaçant votre foi en lui et en son œuvre d’expiation, vos péchés vous sont pardonnés et recouverts par sa sainteté. Aux yeux de Dieu – pour l’amour du Christ qui s’est substitué à vous – vous qui croyez en Jésus, vous êtes reconnus « saints » comme Jésus.

Cette grâce divine réjouit votre berger. Grâce à elle vous êtes maintenant – et serez « irréprochable dans la sainteté devant Dieu notre Père, lors du retour de notre Seigneur Jésus ».

 

Pour que vos péchés demeurent ainsi pardonnés et recouverts par « la sainteté » de Jésus jusqu’à son « retour » en gloire, il faut « que le Seigneur [lui-même] affermisse ainsi votre coeur » dans la foi. Et cela, il le fait essentiellement par le ministère de votre pasteur, non pas par la personne du pasteur, mais par la Parole divine que celui-ci vous annonce, par les sacrements divins qu’il administre sur son ordre parmi vous.

 

Cultes, études bibliques, réunions des jeunes, instruction catéchétique et cure d’âme se tiennent dans cette perspective d’éternité : permettre au Saint-Esprit de vous maintenir et de vous affermir dans une foi toujours plus mûre et plus forte pour que vous soyez « irréprochable dans la sainteté devant Dieu notre Père, lors du retour de notre Seigneur Jésus ».

 

Pour résumer, voici donc ce qui rend votre pasteur heureux :

 

1. lorsque vous croyez en Jésus-Christ, le Sauveur,

2. lorsque vous me permettez de vous servir la nourriture spirituelle de l’Evangile,

3. lorsque vous êtes préparés à rencontrer le divin Juge.

 

Mais cela ne vous remplit-il pas, vous aussi, de joie ? Ne partageons-nous pas la même joie ?

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du 9 novembre 2008 ANTEPENULTIEME DIMANCHE APRES LA TRINITE

 

 

Chants proposés :

 

Bientôt, pour juger l’univers, J.-C. va paraître LlS 319 : 1-4

Bientôt, pour juger l’univers, J.-C. va paraître LlS 319 : 5-7

La mort est inévitable LlS 326 : 3-6

Texte: 1 Th 5.1-11

 

1 « Pour ce qui est des temps et des moments, vous n'avez pas besoin, frères, qu'on vous en écrive

2 Car vous savez bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit.

3 Quand les hommes diront : Paix et sûreté ! alors une ruine soudaine les surprendra, comme les douleurs de l'enfantement surprennent la femme enceinte, et ils n'échapperont point.

4 Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur ;

5 vous êtes tous des enfants de la lumière et des enfants du jour. Nous ne sommes point de la nuit ni des ténèbres.

6 Ne dormons donc point comme les autres, mais veillons et soyons sobres.

7 Car ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s'enivrent, s'enivrent la nuit.

8 Mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, ayant revêtu la cuirasse de la foi et de l'amour, et ayant pour casque l'espérance du salut.

9 Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à la possession du salut par notre Seigneur Jésus-Christ,

10 qui est mort pour nous, afin que, soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec lui.

11 C'est pourquoi exhortez-vous réciproquement, et édifiez-vous les uns les autres, comme en réalité vous le faites. »

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ qui cheminons tous au-devant du Jour du Seigneur !

 

Les trois derniers dimanches de l’année liturgique parlent des choses dernières : de la mort et de la résurrection, du jugement dernier et de l’éternité, et bien entendu de la manière de s’y préparer ou de vivre de façon à être sûr de sa félicité éternelle.

 

Ces trois dimanches, on les compte à rebours et on les appelle : l’antépénultième (le troisième à partir de la fin), l’avant-dernier et le dernier dimanche après la Trinité.

 

Ces trois dimanches, on les célèbre toujours, que la date de Pâques soit tôt dans l’année ou tard, donc quel que soit le nombre des dimanches après la Trinité. Le maximum, ce sont 24 dimanches plus ces trois derniers. S’il y en a moins, on décompte autant que nécessaire en commençant par le 24ème, puis le 23ème, le 22ème, et ainsi de suite, mais les trois derniers sont toujours célébrés avec leurs thèmes des choses dernières vers lesquelles nous nous dirigeons tous.

 

Autre chose. Vous avez l’habitude d’entendre des prédications articulées autour d’un thème, lui-même subdivisé en rubriques, développé ou déroulé devant vous selon des points logiques. Ce serait, là, plutôt la façon de l’apôtre Paul de proclamer l’Evangile de Jésus-Christ, sauf, justement, sauf peut-être dans notre texte.

 

Ici on a l’impression que son côté sémitique, sa culture juive prend le dessus. Comme nous le connaissons des psaumes et des prophètes, comme nous pouvons aussi le rencontrer dans l’Evangile de Jean et les discours de Jésus, ici, dans notre texte, Paul fait se succéder différentes images pour nous faire saisir une vérité. Notre texte ressemble à un mille-feuille où, feuille après feuille, couche après couche, image par image

, Paul s’efforce de nous faire comprendre une même vérité.

Son thème peut se résumer ainsi : Le Jour du Seigneur, le jour de son retour pour le Jugement des vivants et des morts, ce jour vous trouvera tels que vous aurez été au moment de votre décès. Et pour mourir dans les bonnes dispositions – c’est à dire dans la foi au seul Sauveur – il s’agit de ne pas gâcher ce temps qu’il nous fait la grâce de vivre.

 

Ce message, des plus importants

 

– SE PREPARER AU RETOUR DU CHRIST –

 

Paul nous y sensibilise par quatre images et une promesse :

 

1. le voleur dans la nuit,

2. la femme qui accouche,

3. ceux qui s’enivrent la nuit,

4. le casque et la cuirasse,

5. notre merveilleuse destinée !

 

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Le voleur dans la nuit.

 

Un voleur sévissant la nuit ! Cela peut paraître étrange que Paul prenne cet exemple pour nous faire comprendre la venue de notre Seigneur à la fin des temps. Mais Paul ne nous dit pas que Jésus est un voleur, pas plus que Jésus, dans la parabole du juge inique ou injuste, veut dire que Dieu est injuste.

 

Il y a une chose, dans l’attitude de ces personnages mis en scène, dans leur comportement et façon d’agir qui est prise en exemple et soulignée, un aspect de leur façon de se conduire qui rappelle le comportement de Dieu ou, dans notre texte, de Jésus le Jour du Jugement Dernier.

Qu’est-ce qui caractérise un voleur qui s’introduit la nuit chez les gens ? Indique-t-il au préalable par lettre, e-mail ou téléphone l’heure à laquelle il va venir ? Va-t-il prévenir les gens à cambrioler du moment de son arrivée ? Bien sûr que non ! Autrement les policiers l’attendraient.

 

Le propre d’un voleur, c’est de « surprendre » (v. 4), c’est de faire ses coups à l’improviste, de façon inopinée, sans qu’on sache qu’il vient et quand il vient. Ce n’est que lorsque la police arrive à infiltrer des bandes ou des gangs qu’elle arrive à être sur place à l’heure dite.

 

Mais voilà, on n’infiltre pas le conseil de Dieu. On ne s’introduit pas dans les réflexions de l’Eternel quand il n’a pas décidé de nous les révéler. Il se trouve en dehors du temps et de l’espace dans lesquels il nous a placés pour cette vie. Aussi, personne ne peut connaître, calculer ou deviner la date du Dernier Jour. Ceux qui s’y aventurent sont tout simplement des charlatans.

 

Jésus, alors qu’il était avec ses disciples, leur avait dit : « Quant au jour et à l’heure, personne ne les connaît, pas même les anges du ciel, ni même le Fils. » Le Fils les a ignoré à ce moment-là car, durant son abaissement, il avait renoncé à tout savoir. Pour que ce soit clair, il précise : « Mon Père seul les connaît, » ce jour et cette heure du retour du Christ dans sa gloire (Mt 24.36)

« Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. » (v. 2)

 

« La nuit », la vraie nuit, celle où il n’y a vraiment pas de lumière – car à l’époque il n’y avait pas d’électricité, donc pas d’éclairage public –, cette nuit a quelque chose d’angoissant. On ne voit pas contre quoi on pourrait se cogner, le trou dans lequel on pourrait tomber, le mal intentionné qui s’approche de nous.

 

Pareillement, on ne peut pas prévoir la venue du Christ pour le Jugement. Cela doit-il nous angoisser ? Non ! Et Paul de nous dire pourquoi : « Vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur ; vous êtes tous des enfants de la lumière et des enfants du jour. Nous ne sommes point de la nuit ni des ténèbres. » (v. 4-5)

 

Bien évidemment, Jésus, « la Lumière du monde » (Jn 8.12), éclaire la nuit de ce monde pécheur. Nous ne savons pas quand Jésus viendra, mais nous savons qu’il « nous a appelés des ténèbres » de la damnation « à sa merveilleuse lumière » de grâce et de vie (1 P 2.9).

 

Et nous savons que si nous persévérons dans la foi en lui, il nous emmènera dans la lumière céleste, dans la félicité éternelle. « Ne dormons donc point comme les autres, mais veillons et soyons sobres. » (v. 6). Avec cette invitation Pauol tire les mêmes conclusions que Jésus : « Restez donc vigilants, puisque vous ne savez ni le jour ni l’heure où le Fils de l’homme viendra. » (Mt 25.13)

 

Veillez à demeurer au contact de l’Evangile, pour que le Saint-Esprit puisse vous maintenir dans la foi en Jésus et qu’ainsi vous soyez prêts à tout moment à le rencontrer.

 

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La femme dans les douleurs de l’enfantement.

 

En quoi les douleurs de l’enfantement peuvent-elles nous faire comprendre un aspect du retour du Christ pour le Jugement ? Cet exemple va un peu plus loin que celui du voleur. Un voleur, on ne l’attend pas nécessairement, on espère même ne jamais avoir affaire à un cambrioleur de toute sa vie.

Une femme enceinte, par contre, sait qu’elle « n’échappera pas » à l’accouchement, elle attend même ce moment avec impatience, même si ça peut être avec quelque appréhension ; c’est en quelque sorte le point d’orgue de la grossesse, même si on accouche dans la douleur.

Le point de comparaison que Paul souligne ici, c’est, comme dans le cas du cambrioleur, l’effet de surprise – le moment précis de l’accouchement ne se dicte pas si on laisse faire la nature – mais aussi le caractère inéluctable de l’accouchement : il fait partie de la grossesse.

 

Pareillement, le Retour du Christ pour le Jugement fait partie de notre vie. Aussi vrai que nous vivons, nous vivrons le Dernier Jour : ou bien nous serons encore en vie à ce moment-là, ou bien Jésus nous ressuscitera pour nous le faire vivre.

 

Personne, dit Paul, « n’y échappera ». Certains ont beau faire la politique de l’autruche, d’autres ont beau se jeter dans une vie hyperactive pour ne pas avoir le temps d’y penser, « ils n’échapperont pas » à cet événement. « Quand les hommes diront : Paix et sûreté ! alors une ruine soudaine les surprendra, comme les douleurs de l'enfantement surprennent la femme enceinte, et ils n'échapperont point. » (v. 6)

 

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Les ivrognes dans la nuit.

 

Avouez qu’il y a de la vie dans notre texte : après le cambriolage et un accouchement, voilà qu’on a affaire à des ivrognes, et en plus, à « ceux qui s'enivrent la nuit. » (v. 7)

 

Dans mon enfance, nous avions un tel ivrogne comme voisin : « de Wahnerhans », comme on l’appelait en alsacien, « Jean le charpentier ». Il était charpentier, un véritable artiste les rares moments où il n’était pas ivre. La nuit, il s’asseyait sur le banc entre nos deux fermes et il braillait pendant des heures des chansons dans la nuit. Au début, c’était cocasse, mais à la longue, cela devenait pénible pour le voisinage. Il arrivait que mon père prenne son courage à deux mains pour se rhabiller et aller lui dire d’aller se coucher.

 

Quel mal-être, quelles angoisses, quels problèmes, quel mal de vivre essayait-il de noyer ainsi dans l’alcool ? Je ne le sais pas, j’étais trop jeune. Mon père devait le savoir qui a su lui faire rencontrer son Sauveur dans les derniers jours de sa vie, sur son lit de mort, ce qui rappelle la parabole des ouvriers engagés à la dernière heure.

 

Mais il y en a pour qui il n’y a plus de rencontre avec le Christ à la dernière heure. Il y en a qui passent dans un état second – d’ivrognes, de drogués, de poursuiveurs de plaisirs coupables – à la rencontre du Dernier Jour, et qui ratent ainsi l’entrée dans le Royaume des Cieux.

 

Et même s’ils le font « la nuit » pour se cacher du regard des autres, ils ne peuvent se soustraire au regard de Dieu. Il n’y a que le sang de Jésus-Christ qui peut faire écran ; il n’y a que la foi en l’expiation de nos péchés par Jésus qui nous permet d’échapper à la colère de Dieu.

 

Veillons à ne pas nous laisser entraîner par le monde dans quelque ivresse trompeuse, trompeuse parce qu’on y oublie que notre vie débouchera sur le Jugement Dernier et qu’il n’y a qu’un seul qui peut nous y obtenir l’acquittement, un acquittement qu’il nous faut obtenir dans cette vie-ci !

Mieux vaut ne pas jouer avec le feu et ne pas compter sur l’occasion de la dernière minute. Nous pourrions la manquer !

 

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Le casque et la cuirasse.

 

Paul écrit : « Nous qui sommes du jour, soyons sobres, ayant revêtu la cuirasse de la foi et de l'amour, et ayant pour casque l'espérance du salut. » (v. 8)

Ça change des cambriolages, des accouchements et des ivresses nocturnes, n’est-ce pas ? Le casque et la cuirasse ! Aujourd’hui, Paul dirait : le casque et le gilet pare-balles.

En tout cas, c’est une tenue de combat, celle du combat de la foi. Dans le contexte de l’approche du Dernier Jour, Paul ne mentionne que des armes défensives, plus précisément : il parle d’une armure défensive faite d’un casque et d’une cuirasse. On les met pour ne pas être blessé, pour pouvoir tenir bon sous les coups quand ils pleuvent.

 

Paul nous dit : « Nous sommes du jour », pas de la nuit. Nous avons été arrachés des ténèbres de la damnation éternelle, et appelés à la lumineuse, à la « glorieuse liberté des enfants de Dieu » (Rm 8.21), au merveilleux état de pécheurs pardonnés et de citoyens des cieux.

Ce merveilleux état civil, non, mieux ! ce merveilleux état divin et céleste, il s’agit maintenant de le préserver, de le défendre, contre tout ce qui voudrait nous le faire perdre ou abandonner, contre tout ce qui voudrait faire en sorte que nous nous présentions dans les mauvaises dispositions lors de la rencontre avec notre Sauveur et Juge.

 

Que devons-nous opposer aux tentations, séductions trompeuses et autres incitations au doute ? – Paul répond : « la cuirasse de la foi et de l'amour, et (le] casque [de] l'espérance du salut. »

Appuyons-nous solidement sur les promesses faites par Dieu en Jésus-Christ et scellées pour chacun de nous, individuellement, dans notre Baptême ! Consolidons notre « foi » en Jésus-Christ par une rencontre régulière avec lui dans son Evangile !

 

N’oublions pas de nous laisser régulièrement – quotidiennement ! – éclairer et réchauffer – littéralement imprégner ! – par « l’amour » que Dieu nous témoigne au travers de la crèche de Bethléem, de la croix de Golgotha et de la tombe vide du matin de Pâques !

 

Considérons « l’espérance du salut », ce cadeau merveilleux, littéralement tombé du ciel sans que nous y ayons contribué, sans que nous l’ayons, par ailleurs, mérité. Ce don de la grâce de Dieu, ce cadeau sans pareil, pèse plus lourd que tout ce que ce monde veut nous donner à sa place.

Méditons cela quand les tentations nous pressent, quand le découragement nous guette. Opposons-leur la certitude de notre salut en Jésus-Christ, et nous aurons une armure qui, grâce à Jésus-Christ, nous permettra de tenir bon sur notre chemin à la rencontre de notre Seigneur au Dernier Jour.

 

Car c’est dans cette direction que Paul dirige finalement nos regards. Ce sera le dernier point :

 

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Notre merveilleuse destinée.

 

Pourquoi Paul a-t-il utilisé les images du voleur dans la nuit, de la femme qui accouche, de ceux qui s’enivrent la nuit, du casque et de la cuirasse ? – Pour mieux nous préparer à notre merveilleuse destinée. « Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à la possession du salut par notre Seigneur Jésus-Christ. » (v. 8)

« Dieu nous a destinés » … Ce n’est pas là simple velléité. Le désir de Dieu de nous faire entrer en « possession du salut » a été tellement fort qu’il a fait intervenir son propre Fils, qu’il a jeté son Fils, Jésus-Christ, dans la bataille. Et le Fils a tellement voulu que « nous vivions ensemble avec lui », non seulement dans cette vie, mais aussi dans l’au-delà, qu’il « est mort pour nous » (v. 9), qu’il a payé de sa vie sainte et parfaite notre place dans le salut éternel. « Il est mort pour nous, afin que, soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec lui. » (v. 10)

 

Si lui-même a fait le nécessaire pour que nous nous trouvions toujours « ensemble avec lui », nous n’avons pas besoin de nous en faire. Ce que lui, le Fils éternel de Dieu, le Saint, a fait pour nous, est de nature à pleinement contenter Dieu et à nous réconcilier avec lui pour ce temps et pour l’éternité.

 

Fondée sur la mort et la résurrection de Jésus, notre communion avec Dieu est assurée, « que nous veillions ou que nous dormions ». Si je m’endors, le soir dans la foi, je peux m’endormir en paix. Même si le Seigneur devait me rappeler durant la nuit, « rien ne peut me séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, [mon] Seigneur » (Rm 8.39).

 

Et si le Seigneur revient à l’improviste, comme un voleur dans la nuit, si j’ai « veillé » à rester au contact de l’Evangile pour que le Saint-Esprit puisse me maintenir dans la foi en Jésus et m’y « édifier » (v. 11), même si je suis en train de m’occuper d’autre chose à ce moment-là, il me placera « à sa droite », du côté des pécheurs graciés, acquittés, du côté des « bénis par son Père », et il me dira de « prendre possession du royaume » (Mt 25.31-34).

 

Et nous ne « veillerions » pas, nous ne nous entraiderions pas pour « être gardés par la puissance de Dieu, au moyen de la foi [en Jésus] pour le salut » (1 P 1.5) ?

 

La réponse tombe sous le sens. « C'est pourquoi, » conclue Paul, « exhortez-vous réciproquement, et édifiez-vous les uns les autres, comme en réalité vous le faites. » (v. 11).

Que le Seigneur nous accorde son Esprit saint, pour que notre paroisse et nos familles soient des endroits où on « s’exhorte réciproquement et s’édifie les uns les autres » sur le chemin de notre merveilleuse destinée éternelle !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du dimanche 2 novembre 2008 - Toussaint

 

Texte : Hé 9.27

 

 

« Il est réservé aux humains de mourir une seule fois – après quoi vient le jugement –."

 

Chants proposés :

Tout ce qui vit sur la terre LlS 315:1-4

En Jésus je mourrai tranquille LlS 307:1-3

Mon Rédempteur est vivant LlS 318:1-6

O Seigneur Jésus, mon Sauveur, LlS 167:1-1

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ qui avez tous déjà dû voir

des êtres chers quitter ce monde !

 

« Le 2 novembre, appelé "jour des morts", l’Église prie particulièrement pour tous ceux et celles qui nous ont précédés ici-bas. […] Prier pour ceux que nous avons aimés fait partie de notre foi. Mais n'oublions pas qu'on peut aussi leur demander de prier pour nous, de s'associer aux difficultés de notre vie et, le jour venu, de nous aider à faire, à notre tour, le grand passage. »

… Hum… Je vois, les uns froncent les sourcils, d’autres deviennent nerveux dans les bancs, d’autres encore sont atterrés. … Ce que je viens de dire vous met mal à l’aise, n’est-ce pas ? Et vous avez raison. Si ce que je viens de lire était effectivement ma position, il serait de votre devoir de m’obliger à quitter la chaire et vous devriez demander à notre église d’engager contre moi une procédure disciplinaire pour me faire revenir de ma position contraire à la Parole de Dieu.

Rassurez-vous ! j’ai cité un passage d’un article intitulé « Comment prier pour les morts » trouvé sur un site catholique romain (www.croire.com).

 

Il est vrai, la tendance naturelle de l’être humain est de vouloir continuer à se préoccuper du sort des défunts de leur entourage, y compris de continuer à prier pour eux. On se laisse entraîner par l’affectif, le sentimental, au point d’oublier ce que Dieu nous dit à ce sujet dans sa Parole. Même dans certaines églises protestantes on s’est laissé glisser sur cette pente.

 

Mais ce serait, là, annuler la Réformation de l’Eglise pour laquelle nous avons loué le Seigneur dimanche dernier. Ce serait surtout contredire l’Evangile de Jésus-Christ remis en lumière par la Réformation luthérienne.

 

Que penser alors de la Toussaint (c’était hier) et du Jour des Défunts (aujourd’hui) ? Ou, pour le dire autrement :

 

les eglises issues de la reforme peuvent-elles celebrer la toussaint ?

Dieu nous répond dans la Bible :

1. Non, si cela consiste à prier pour les morts !

2. Oui, si cela consiste à louer Dieu de les avoir sauvés !

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Non, nous ne pouvons pas célébrer la Toussaint si cela consiste à prier pour les morts.

Voyez-vous, tout est une question de foi, de confiance en Dieu. Est-ce que j’ajoute foi à ce qu’il dit, même quand ça ne correspond pas à ce que j’aimerais faire, même quand ça va à l’encontre de ce à quoi me pousse ce que je ressens ?

 

N’oublions pas : ce ne sont pas nos sentiments – souvent bien instables, en tout cas pas infaillibles – qui fixent ce qui est vérité divine. Seul Dieu peut nous dire ce qui est vrai, ce qui est juste, ce qui n’est pas trompeur.

 

Or, en priant pour les morts, on met la Parole de notre Dieu en doute, on n’ajoute pas foi à ses promesses, on remet ses dires en question.

Tenez, les deux versets qui entourent notre texte – le verset qui le précède et celui qui le suit – insistent pour dire que la mort expiatoire de Jésus est suffisante pour notre salut. Jésus « s’est manifesté une seule fois, pour abolir le péché par son sacrifice » (v. 26) « Christ s’est offert une seule fois pour porter les péchés d’une multitude » (v. 28). Et entre ces deux affirmations, notre texte dirait le contraire ? L’expiation du Christ ne serait pas suffisante pour le salut de nos défunts ? Il faudrait que nous obtenions, en plus, par nos prières ce que l’expiation du Christ n’aurait pas totalement réglé une fois pour toute ?

 

Non, tout au contraire ! L’auteur de l’Epître aux Hébreux relie entre elles ces affirmations concernant Jésus et celle concernant notre mort. Il le fait avec les termes « tout comme » et « de même aussi ».

 

Dans les deux cas, il n’y a plus rien à ajouter, dans les deux cas plus rien ne change. Avec la mort du Christ notre salut a été achevé. Avec notre mort le salut des croyants est définitivement scellé. Plus besoin de prières. La mort du Christ n’a pas besoin d’un apport complémentaire pour nous sauver : elle est suffisante. Et notre mort est l’entrée immédiate et définitive dans ce salut. Nul besoin d’une poussée supplémentaire à l’aide de nos prières.

« C’est abuser du nom de Dieu, et cela, contre le Deuxième Commandement. » (Apol. XXIV,328)

Continuer à prier pour nos proches morts dans la foi en Christ, c’est nier que l’expiation du Christ ait été suffisante, c’est traiter Dieu de menteur.

 

« Il faut regarder le purgatoire, avec les cérémonies, les cultes et les trafics qui y sont liés, comme une pure fantasmagorie du diable ; car tout cela est contraire à l’article capital selon lequel seul le Christ – et aucune œuvre des hommes – ne secourra les âmes. »

« De plus, il ne nous a été donné aucun commandement ni aucun ordre au sujet des morts. » (Articles de Smalcalde, II.2 [383]).

Dans les « Articles de Smalcalde » de 1537, Martin Luther réfute la prière en faveur des morts dans le chapitre intitulé « Articles qui concernent l’office et l’œuvre de Jésus-Christ ou notre rédemption », notre rachat. En parlant de la prière pour les morts dans le chapitre où il nous dit comment Jésus nous a sauvés, Luther met en évidence que cette pratique – prier pour les morts – va à l’encontre des articles centraux de notre foi, à l’encontre des articles fondamentaux de notre salut en Jésus-Christ.

 

En dehors de Jésus, rien ni personne ne peut nous « hisser » au ciel. Et quiconque ne s’est pas tourné de son vivant vers lui avec repentance et foi, quiconque n’a pas reconnu son état pécheur et coupable devant Dieu et n’en a pas appelé de son vivant à l’œuvre expiatoire de Jésus, rien d’autre, malheureusement, ne peut le sauver.

Jésus lui-même a indiqué la règle qui s’applique à nous, qui s’applique à tous : « Celui qui met sa foi en Christ n'est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas mis sa foi dans le nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3.18) Cette parole du Christ est de l’Evangile pour nous, les croyants, mais elle est de la Loi pour les incroyants.

 

En fait, dans cette vie, nous vivons tous sous un des deux verdicts suivants (il n’y en a pas de troisième) : ou bien : rejetés et damnés, si nous ne sommes pas repentants et croyants en Christ ; ou alors : pardonnés et acquittés, adoptés et accueillis dans la famille éternelle de Dieu, si nous sommes repentants et en appelons à l’œuvre expiatoire de Jésus.

 

Dans cette vie, le verdict peut changer. Et heureusement qu’il a changé, un jour, pour nous ! De condamnés que nous étions par nature, nous avons été acquittés quand le Saint-Esprit nous a amenés à la foi en Jésus-Christ.

 

Mais le verdict peut, malheureusement, aussi changer dans l’autre sens pour ceux qui se détournent de leur Sauveur et ne vivent plus dans la foi en son expiation de nos péchés.

C’est ce qui nous pousse à prier pour les vivants. C’est ce qui nous rend actifs pour rendre témoignage à Jésus-Christ auprès de nos contemporains tant qu’il en est temps, car « il est réservé aux humains de mourir une seule fois – après quoi vient le jugement –. »

Avec la mort, le verdict est définitivement arrêté, sans appel possible, le sort de chacun est alors définitivement fixé. « Après » la mort, il n’y a plus de changement d’état, plus d’évolution possible. « Après » la mort, « le jugement », le verdict, est définitivement prononcé, et Dieu ne se déjuge jamais.

 

Les croyants peuvent se consoler avec cette promesse : « Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur ! » (Ap 14.13) Ceux qui meurent dans la foi en Christ connaissent la félicité éternelle « dès » leur décès. Ils n’ont plus besoin de nos prières. « Rien ne peut [plus] les séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur » (Rm 8.38-39)

Par contre – et c’est alors un grand malheur ! – celui qui est mort sans foi en Christ, connaît aussi, « dès » sa mort, la damnation. Il est alors définitivement rejeté par Christ dans les souffrances de l’enfer. Là aussi, rien ne peut plus changer son sort. Rappelez-vous ce que, dans une parabole, Abraham dit, depuis le paradis, au riche qui se trouve en enfer : « Un grand gouffre a été mis entre nous et vous, afin […] qu'on ne traverse pas […] de là-bas vers nous. » (Lc 16.26)

 

Nous avons donc trouvé dans la Bible une première réponse à la question : Pouvons-nous célébrer la Toussaint ? – Non, si cela consiste à prier pour les morts. Mais il y a aussi une autre réponse :

 

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Oui, nous pouvons célébrer la Toussaint si cela consiste à louer Dieu d’avoir sauvé ceux qui sont morts dans la foi en son Fils !

 

La Toussaint est aussi un moment particulier où nous nous souvenons de nos chers disparus. J’espère, d’ailleurs, que ce n’est pas le seul moment. C’est une occasion où nous fleurissons leurs tombes, là aussi, sans doute pas seulement à ce moment-là de l’année. Nous nous souvenons d’eux en regardant des photos, en pensant à ce que nous avons vécu ensemble, à ce que nous leur devons.

 

Mais nous le faisons aussi en enfants de Dieu. Notre bon Père céleste n’est pas absent de ces moments de souvenir. Nous savons qu’il a toujours été présent dans notre vie, nous a toujours accompagnés dans sa fidélité et bénis dans son amour, même si, peut-être, à certains moments, nous n’en avons pas été tellement conscients.

 

Il était donc aussi présent dans ce que nous avons vécu avec nos chers disparus. Dieu était là et a fait en sorte qu’à l’époque, ceux qui nous ont maintenant quittés nous ont aidés à mettre les pieds à l’étrier, particulièrement nos parents, nos grands-parents peut-être, les pasteurs de notre enfance, les moniteurs et monitrices qui nous ont fait fréquenter notre Seigneur à l’école du dimanche, et d’autres sans doute encore.

 

Pourquoi ne pas marquer le coup et avoir une fête d’action de grâces pour louer Dieu pour toutes les bénédictions dont il nous a comblés par l’intermédiaire de ces proches ? Et pourquoi ne pas avoir un moment d’émotion et de gratitude pour ces personnes qui se sont dévouées, parfois sacrifiées, pour nous, et à qui nous devons tant ?

 

Ne serions-nous pas ingrats en ne songeant jamais ainsi à eux, aussi ingrats envers Dieu en ne le remerciant jamais de nous les avoir donnés ?

 

Et s’ils sont partis dans la foi en Christ, comment ne pas en louer Dieu ? Quelle plus belle consolation au milieu du déchirement qu’est un deuil que de savoir que la peine n’est que pour nous ? Pour lui ou elle qui est parti dans la foi en Jésus-Christ, « la mort est un gain » (Ph 1.21), les croyants décédés ont gagné au change ! Et pas peu.

 

Aussi, même si nous avons un pincement au cœur chaque fois que nous pensons à eux, s’ils sont « morts dans le Seigneur », nous ne sommes pas « tristes comme les autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Th 4.13). Nous aimerions encore les avoir autour de nous, mais ils sont maintenant « avec le Christ, ce qui est, de beaucoup, le meilleur » (Ph 1.23) et nous les retrouverons un jour, grâce à Christ, dans la félicité éternelle.

 

Et nous n’en louerions pas Dieu ? Nous ne ferions pas monter vers lui nos chants et nos prières d’action de grâces ? Et pourquoi pas lors d’une célébration spéciale le Jour de la Toussaint, ou en ce Jour des Défunts ?

 

Quand nous prions pour nos proches en vie, c’est pour demander à Dieu de les maintenir dans la foi en Christ ou de les y amener. Ces prières sont parfois empreintes d’un soupçon de fébrilité, d’anxiété, particulièrement s’il s’agit du conjoint ou des enfants : ne sont-ils pas en danger de se laisser entraîner loin du Christ par les séductions insidieuses de ce monde, en danger, aussi, de perdre leur foi ? de retomber sous le verdict de condamnation ?

 

Pour nos proches « morts dans le Seigneur », morts dans la foi en leur Sauveur, rien de tel : nous n’avons plus besoin de nous angoisser à leur sujet ; ils sont « heureux dès à présent ». Et à qui le doivent-ils ? A qui devons-nous cette certitude du salut, ce soulagement que, maintenant, ils ne peuvent plus perdre leur félicité ? – A notre Seigneur Jésus-Christ et rien qu’à lui, à son amour sans borne pour nous, à son amour qui l’a poussé jusqu’à se sacrifier pour expier nos péchés !

La Toussaint est pour nous une fête du Christ. Nous ne célébrons pas nos morts, nous fêtons le Vainqueur de la mort, le Seigneur de nos morts dans la foi. Ceux qui sont « tous » définitivement « saints », c.à.d. définitivement mis à part dans la félicité éternelle, ceux-là ne risquent plus rien, grâce à Christ. Ils n’ont plus non plus besoin de nos prières. Et pour cela, nous ne pouvons que faire monter des prières de reconnaissance à Dieu.

 

Remarquez au passage qu’il n’y a pas non plus de risque de se réincarner en pire, pas plus que d’espoir de se réincarner en mieux. « Il est réservé aux humains de mourir une seule fois » – notez-le bien : « une seule fois ! – après quoi vient le jugement –. »

Non, nous pouvons être soulagés et consolés quant à la félicité éternelle et définitive de nos proches partis dans la foi en Jésus.

 

Oui, mais n’est-il pas dit : « après quoi vient le jugement » ? N’y a-t-il pas un Jugement Dernier ? Effectivement. Jésus en parle, ses apôtres en parlent, et les prophètes l’avaient déjà fait auparavant. Ce sera un moment solennel et dramatique où Jésus publiera devant l’humanité entière le verdict qui est fixé pour chaque être humain lors de sa mort.

 

Cette proclamation publique du verdict au Jugement Dernier ne sera pas différente du verdict tombé au moment de la mort. Aucune prière n’est donc nécessaire pour éviter aux acquittés de se retrouver accusés, mais aucune prière ne pourra pas non plus changer quoi que ce soit au verdict de condamnation sous lequel un incroyant est décédé.

 

Alors, prier pour les autres en ces jours de la Toussaint et des Défunts ? Oui, plus que jamais ! Mais pour les vivants ! Que le Seigneur veuille nous garder dans la foi en Jésus-Christ et qu’il convertisse ceux qui lui tournent encore le dos !

C’est aussi, là, une incitation à l’évangélisation et à la mission : il s’agit de faire rencontrer le Christ à autant de personnes que possible pour leur éviter la damnation éternelle.

 

Il n’y a plus rien à faire pour les morts : les uns – les croyants décédés – n’ont plus besoin de nos prière, et pour les autres, pour ceux qui sont morts sans foi en Christ, la prière vient trop tard.

Occupons-nous donc des vivants ! Soutenons l’effort missionnaire de l’Eglise ! Investissons-nous dans la vie de la paroisse pour la rendre visible et attractive aux incroyants ! Témoignons de notre foi et des trésors de grâce que nous devons à notre Seigneur. Remercions-le particulièrement pour la certitude que « quiconque croit au Fils a la vie éternelle » et ne peut plus la perdre dans l’au-delà !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du dimanche 14 décembre 2008 -3ème dimanche de l'Avent

 

 

Texte : Mt 11 . 2-11

 

Chants proposés :

 

Saint Envoyé du Père, notre éternel espoir LlS 38 : 1+4-7

Quel est cet astre radieux LlS 36 : 1-3

Béni soit à jamais (Cantique de Zacharie) LlS 25 : 1+7-11

 

2 « Or, dans sa prison, Jean avait entendu parler de ce que faisait Christ. Il envoya deux de ses disciples lui demander :

3 "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?"

4 Jésus leur répondit : "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez :

5 les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.

6 Heureux celui pour qui je ne représenterai pas un obstacle !"

7 Comme ils s'en allaient, Jésus se mit à dire à la foule au sujet de Jean : "Qu'êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ?

8 Mais qu'êtes-vous allés voir ? Un homme habillé de [tenues] élégantes ? Ceux qui portent des tenues élégantes sont dans les maisons des rois.

9 Qu'êtes-vous donc allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète,

10 [car] c'est celui à propos duquel il est écrit : Voici, j'envoie mon messager devant toi pour te préparer le chemin.

11 Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'est venu personne de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui." »

 

 

Chers frères et sœurs en Christ,

appelés à être « grands » dans son Royaume !

 

 

Il y a des périodes où notre moral n’est vraiment pas au beau fixe. Notre quotidien peut être sérieusement secoué, voire ébranlé, par la maladie ou le décès d’un proche. Des espoirs non réalisés peuvent nous plonger dans de grandes déceptions. Des difficultés financières peuvent être la cause de notre découragement. Des coups durs – qui plus est, qui nous prennent à l’improviste – peuvent ébranler nos existences. Et, dans le domaine spirituel, notre péché et notre culpabilité peuvent ronger insidieusement et saper notre bonheur et notre tranquillité intérieure.

Des doutes peuvent alors menacer d’assombrir notre existence : Dieu est-il vraiment avec moi ? Et si oui, peut-il réellement changer quelque chose pour mon bien ? Où est-il ? Qu’attend-t-il pour intervenir en ma faveur ?

 

Jean-Baptiste, ce préparateur du chemin du Messie, semble avoir connu un tel moment de doute, dans sa prison. Connaissait-il un tel flottement ? Il n’était, finalement, qu’homme lui aussi ! Ou alors était-il à bout d’arguments pour convaincre ses disciples ?

 

« Dans sa prison, Jean avait entendu parler de ce que faisait Christ. Il envoya deux de ses disciples lui demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" » (v. 2-3)

Jésus ne s’offusque pas de ce moment de faiblesse de son précurseur, le Baptiste. Au contraire, il lui vient en aide avec sa parole d’Evangile.

 

De la même façon, tout comme il le fait avec Jean-Baptiste, Jésus se préoccupe et s’occupe aussi de nous : il attire aussi notre regard sur lui, le Messie, et nous montre qu’en lui nous devenons même

 

PLUS GRANDS QUE LE GRAND BAPTISTE !

 

Sans non plus nous offusquer des questions posées par Jean-Baptiste, ou par d’autre d’entre nous, voyons que

 

1. Poser des questions

c’est là le propre de notre condition.

2. Répondre aux questions

c’est là une des fonctions de Jésus.

3. Faire de nous des grands dans son Royaume,

voilà ce qu’il vise avec nous.

 

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Poser des questions, c’est le propre de notre condition.

 

Des questions, tout le monde en a, y compris dans le domaine spirituel. Ceux qui n’en posent pas, ont des problèmes pour les poser, ou ceux à qui ils voudraient confier leurs problèmes… leur posent problème.

Jean-Baptiste, en tout cas, a des questions à poser à Jésus.

« Dans sa prison, Jean avait entendu parler de ce que faisait Christ. Il envoya deux de ses disciples lui demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" »

Etonnant, non ? Etonnant, mais non pas incompréhensible.

Jean est en prison dans la forteresse de Machéronte, à l’est de la Mer Morte. C’est le général et historien juif Josèphe qui nous l’apprend. Jean y connaît, comme c’est le cas pour les prisonniers de l’époque, des conditions de vie misérables. Il ne peut plus prêcher. Il est empêché de continuer à remplir sa mission de précurseur du Messie.

Jean avait rencontré Jésus pour la première fois – si l’on peut dire – quand sa mère, Elisabeth, allait sur la fin de sa grossesse et que Marie, la mère de Jésus en était au début. Jean allait naître quelque six mois avant Jésus (Lc 1.26+39-57).

 

La première rencontre entre les deux de leur vivant, du moins la première rapportée par les Evangiles, fut aussi un événement marquant pour tous les deux : ce fut le jour où Jésus se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. Ce jour-là, alors qu’il baptisait le Fils de Dieu, Jean entendit la voix de Dieu le Père et vit une forme symbolique de Dieu le Saint-Esprit (Mc 1.9-11 ; Jn 1.29-34).

C’est dans ces circonstances que Jean a annoncé : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » (Jn 1.29)

 

Emprisonné dans la forteresse de Machéronte, Jean pouvait, cependant, avoir des contacts avec ses disciples ; il pouvait leur parler. C’est ainsi qu’il les a envoyé poser ces questions à Jésus.

Voulait-il, dans un moment de doute dû aux sévères conditions d’emprisonnement, avoir des preuves que ce que Jésus faisait correspondait effectivement à ce que lui, Jean, avait été chargé par Dieu d’annoncer à propos du Messie ?

 

Ou songeait-il à affermir la foi de ses disciples qui devaient être passablement ébranlés par l’emprisonnement de leur maître ? Etait-il vraiment l’envoyé de Dieu pour « préparer le chemin » du Messie ? (Lc 1.17+76 ; Mt 11.10) Et ce Jésus, qui laissait croupir leur maître en prison, était-il vraiment le Messie que Jean avait annoncé ?

Les disciples de Jean se demandaient-ils si leur maître avait préparé le chemin à la bonne personne ? Pourquoi ce Jésus de Nazareth était-il si discret ? Pourquoi n’intervenait-il pas dans le cours de l’histoire politique ? S’il était le Fils de Dieu, pourquoi n’intervenait-il pas pour délivrer son précurseur ?

 

De telles questions sont normales de la part d’hommes comme nous. Depuis l’irruption du péché dans le monde, il a tout détraqué et disloqué : ainsi, nous n’arrivons pas à mener une vie en parfaite harmonie avec la volonté de Dieu ; nous avons du mal à connaître Dieu dans toute sa profondeur, ou nous avons du mal à déceler quelle est sa volonté dans une situation donnée.

Et les questions fusent ! Comment Dieu, sa toute-puissance et sa bonté, sa compassion et sa fidélité, s’accordent-ils avec la façon dont se déroule notre vie ?

Et comment nos vies avec nos imperfections, nos difficultés, nos déceptions, s’accordent-elles avec la volonté de notre Père céleste ?

 

Heureusement qu’au milieu du doute la foi peut subsister. Nous avons peut-être tous déjà passé par l’état de ce père souffrant de la maladie de son fils et qui a lancé vers Jésus : « Je crois, Seigneur ! Viens au secours de mon incrédulité ! » (Mc 9.24)

Il y a cependant un danger, c’est celui de ne plus être habité que par nos questions, par nos doutes. C’est de ne plus rien entendre d’autre. Alors nos questions peuvent nous conduire à l’incrédulité, à déchoir de Dieu.

 

Il y a pourtant un chemin pour s’en sortir : c’est de prêter attention aux réponses que Jésus nous donne, car

 

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Répondre à nos questions c’est une des fonctions de Jésus.

 

Car Jésus répond à nos questions. Il n’en est pas outré. Il ne nous blâme pas et ne se moque pas de nos questions.

Seulement, il ne faut pas craindre l’effort d’aller à la recherche de ses réponses. Elles ne sont pas toujours évidentes, elles ne se trouvent pas toujours sur la première page de la Bible que nous ouvrons.

 

Pour Jean, emprisonné à Machéronte, ce n’était pas simple non plus d’obtenir les réponses à ses questions. Il a dû se donner la peine de trouver des personnes prêtes à aller trouver Jésus pour lui poser ces questions. Mais la peine que Jean s’est donnée a été récompensée.

Voyez comment les réponses de Jésus balayent nos doutes ! « Jésus répondit [aux envoyés de Jean-Baptiste] : "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres." »

Jésus répond en faisant allusion à des textes du prophète Esaïe (Es 35.5-6 et 61.1). Il vient de ressusciter un jeune homme, fils unique d’une veuve, à Naïn. N’est-ce pas ce qu’Esaïe a annoncé à propos du Messie à venir ?

 

Jésus donne à réfléchir aux envoyés de Jean : « Prêtez attention "à ce que vous entendez et à ce que vous voyez" ! Prêtez l’oreille à ma Parole ! Regardez les fruits que porte mon ministère de la parole et mon ministère de guérison ! Des vies sont transformées comme Dieu l’avait annoncé par le prophète Esaïe ! »

Chers amis, cette puissance divine de Jésus est encore à l’œuvre parmi nous aujourd’hui pour changer des vies. Cela ne se passe pas exactement comme à l’époque, car Jésus ne se promène plus de façon visible, dans l’état d’abaissement, parmi nous. Mais il est toujours – même plus que jamais ! – au centre de nos vies, même au centre de l’histoire du monde, lui et le rôle central qu’il y joue.

 

« Heureux » – dit-il ici – « celui pour qui je ne représenterai pas un obstacle ! » (v. 6) « Heureux » es-tu si tu ne trébuches pas sur ma personne et ma façon d’agir et si tu ne chutes pas de la foi dans l’incrédulité !

 

« Heureux » es-tu si tu continues à placer ta foi en moi et en ma Parole, car tu seras ainsi préservé des conséquences du doute et de l’incrédulité, tu demeureras à l’abri auprès de moi, à l’abri des véritables malheurs que sont la colère et la damnation de Dieu.

« Heureux » seras-tu aussi, si tu persévères dans ta foi en moi, car alors mon Père est réellement réconcilié avec toi et te bénit dès cette vie. « Tout contribue » alors « à ton bien » (Rm 8.28), même les phases difficiles dans ta vie.

 

Nous, aujourd’hui, Jésus nous invite à « entendre » et à « voir » dans son Evangile comment sa vie et son œuvre sont l’accomplissement de l’Ancien Testament, comment Dieu a répondu à nos problèmes et à nos questions par l’envoi de son Fils, né en ce monde à Noël, livré à la mort le Vendredi Saint et ressuscité en gloire le jour de Pâques.

C’est en Jésus que la gloire salutaire de Dieu se révèle à nous, c’est en Jésus qu’elle agit pour notre salut, conformément aux prédictions d’Esaïe (Es 35.1-10).

Les disciples envoyés par Jean-Baptiste ont pu « contempler la gloire » du Messie à l’œuvre. Sont-ils aussi arrivés à la conviction de cet autre disciple du Baptiste, entre-temps devenu disciple et futur apôtre de Jésus : « Nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père » (Jn 1.14) ?

 

Cette gloire de Jésus, nous pouvons encore la voir et la contempler aujourd’hui si nous nous donnons la peine d’aller la chercher dans sa Parole.

 

Alors il pourra

 

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Faire de nous des grands dans son Royaume, car c’est ce qu’il vise avec nous !

 

De l’aveu même de Jésus, Jean-Baptiste occupe une place capitale dans le Royaume des cieux. « Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'est venu personne de plus grand que Jean-Baptiste. » (v. 11)

 

Son rôle dans l’histoire sainte, dans l’histoire de l’Eglise, a été unique. Jésus dit ici qu’il a été « plus qu’un prophète » (v. 10), car il a été lui-même annoncé par le prophète Esaïe (Es 40. 3 ; Lc 3.4-6), il n’est pas seulement le dernier prophète du Christ, il est lui-même déjà l’accomplissement d’une prophétie.

 

Jésus rappelle à ceux qui se tiennent autour de lui et des envoyés du Baptiste que ce dernier a accompli un ministère exceptionnel. Il souligne sa fidélité envers le Dieu qui l’a investi d’une mission aussi belle que dangereuse. Il mentionne sa droiture, son détachement de ce monde et sa consécration entière à sa mission, son abandon complet dans la volonté de Dieu, son exemple de foi sans pareil, jusque dans son existence de martyr.

 

Il ressort de la façon dont Jésus parle du Baptiste que ce dernier n’a pas trouvé en Jésus « un obstacle » à sa foi, une occasion de chute, mais qu’il est demeuré ferme dans la foi en Jésus, au milieu des épreuves, et ceci jusqu’à sa mort en martyr. Il a été un « grand ». Qui voudrait le nier ?

Aussi sommes-nous surpris que Jésus dise maintenant de chacun de nous, aussi insignifiant que puisse paraître notre rôle dans le monde, que nous sommes « plus grands » que Jean-Baptiste ! « Le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui." » (v. 11) Que veut-il dire par là ?

Et bien : nous, nous avons « entendu et vu » l’accomplissement des promesses de Dieu en Christ. Nous, nous avons les écrits du Nouveau Testament – les Evangiles et les Epîtres – qui nous rapportent et nous expliquent comment Jésus a vécu, œuvré et souffert, comment il est mort, mais aussi ressuscité, monté au ciel et comment il siège maintenant à la droite du Père. Tout cela, Jean ne l’a plus « vu ».

 

Nous avons vu comment « l’Evangile, puissance de salut pour tout homme qui croit » (Rm 1.16), s’est répandu « dans le monde entier » (Mc 16.15) et a « fait des disciples de toutes les nations » (Mt 28.19) – dont nous ! –. Cela non plus Jean-Baptiste ne l’a pas « vu ».

Mais de même que la réponse de Jésus a fortifié Jean dans sa foi, la puissance de Dieu qu’est l’Evangile produit, maintient et consolide en nous la repentance et la foi en Jésus.

Voyez-vous le cheminement indiqué par notre texte ? – Questions – Réponses – Affermissement !

 

1 Poser des questions :

c’est le propre de notre condition.

2 Répondre aux questions :

c’est une des fonctions de Jésus.

3 Faire de nous des grands dans son Royaume en consolidant notre foi par son Evangile :

voilà ce qu’il vise avec nous.

 

C’est ainsi que Dieu nous conduit à travers les remous de la vie.

 

A nous de vivre dans la patience sous sa conduite, dans la foi confiante en la puissance de son amour fidèle et dans l’attente de la venue du Christ en gloire. Prenons en cela les prophètes tels que Jean-Baptiste en exemple :

 

« Vous aussi, soyez patients, affermissez votre coeur, car le retour du Seigneur est proche. […] Mes frères et soeurs, prenez pour modèles de patience dans la souffrance les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. » (Jc 5.8+10)

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

 

Sermon du dimanche 7 décembre 2008 - 2ème dimanche de l'Avent

 

Chants proposés :

Entonnons un nouveau cantique LlS 30 : 1-4

Viens ? Sauveur de la terre, LlS 39 : 1-5

Ô Berger d’Israël, écoute ! LlS 174 : 1-5

Jérusalem, laisse passer le Roi LlS 162 : 1-3

Texte : Ps 80.2-7+15-20

 

2 « Prête l’oreille, Berger d’Israël, toi qui conduis Joseph comme un troupeau ! Interviens dans ta splendeur, toi qui sièges entre les chérubins !

3 Devant Ephraïm, Benjamin et Manassé, déploie ta force et viens à notre secours !"

4 Ô Dieu, relève-nous ! Fais briller ton visage, et nous serons sauvés !

5 Eternel, Dieu de l’univers, jusqu’à quand t’irriteras-tu contre la prière de ton peuple ?

6 Tu les as nourris d’un pain trempé de larmes, tu leur a fait boire des larmes à pleine mesure.

7 Tu fais de nous une source de conflits pour nos voisins, et nos ennemis se moquent de nous

15 Dieu de l’univers, reviens donc ; regarde du haut du ciel et constate la situation, interviens pour cette vigne !

16 Protège ce que ta main droite a planté, le fils que tu as toi-même rendu fort !

17 Ta vigne est brûlée par le feu, elle est saccagée ; ton visage menaçant provoque ta perte.

18 Que ta main soit sur l’homme qui est à ta droite, sur le fils de l’homme que tu as toi-même fortifié !

19 Alors nous ne nous éloignerons plus de toi. Fais-nous revivre, et nous ferons appel à ton nom !

20 Eternel, Dieu de l’univers, relèves-nous ! Fais briller ton visage et nous serons sauvés ! »

 

 

Chers frères et sœurs en Christ, éclairés par la splendeur du Dieu de « l’Avent »,

 

S’il est un peuple qui correspond au Temps de l’Avent, s’il est une situation qui illustre bien ce temps d’attente et de préparation continuelle – d’où la couleur liturgique : le violet – c’est bien le peuple des croyants de l’Ancien Testament.

Cela est si vrai que nous oublions parfois que nous aussi nous sommes un peuple en attente, un peuple dans l’attente constante de la rencontre avec notre Dieu et Sauveur – comme le peuple de l’Ancienne Alliance au milieu duquel sont nés les psaumes, du milieu duquel les psaumes sont montés vers Dieu.

 

Et comme, nous aussi, nous sommes peuple de l’attente, les Psaumes, ces cantiques des croyants de l’Ancien Testament, formulent souvent exactement ce que nous ressentons.

 

Le premier livre de la Bible que le réformateur Martin Luther a commenté quand il est devenu professeur de théologie à l’Université de Wittenberg, ce furent les Psaumes. C’était en 1512. Il le refit en 1517, juste avant l’affichage de ses 95 Thèses qui marquèrent le début de la Réformation.

La plupart de ses chorals – genre qu’il a créé – ont été écrits à partir de psaumes – entre autre « Ein feste Burg ist unser Gott » (« C’est un rempart que notre Dieu ») à partir du Ps 46, et la Réforme en France ne se comprendrait pas sans les Psaumes huguenots.

De tout temps, les Psaumes ont occupé une place primordiale dans la piété de l’Eglise chrétienne, aussi bien dans le déroulement du culte que dans la piété des individus. Combien de réconfort les chrétiens n’en ont-ils pas retiré – après les croyants de l’Ancien Testament !

 

C’est que les situations spirituelles ne sont pas si différentes, même si les temps avant et après l’abaissement du Messie le sont.

 

Voyons donc d’un peu plus près

 

CE PSAUME 80, CE PSAUME DE L’AVENT

 

1. Qui prie dans ce psaume ? – Toi !

2. Qui y interpelles-tu ? – Dieu !

3. Qu’en attends-tu ? – Tout !

 

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C’est donc toi qui pries dans ce Psaume.

 

Bien sûr, ce n’est pas toi qui as rédigé les paroles de ce psaume. C’est un « Psaume d’Asaph ». Douze psaumes lui sont attribués. S’agit-il du chantre qui a contribué à embellir le culte du Temple du temps du roi David ? En fait, peu importe.

Ce qui est clair, c’est qu’il écrit à une période … sombre de l’histoire du peuple de Dieu. Il attend l’intervention de Dieu en faveur d’un peuple qui ne le mérite pas.

Il a l’impression que Dieu se cache, se détourne, se désintéresse de lui, qu’il lui retire sa faveur et sa protection pour lui faire sentir sa colère.

 

Les malheurs d’Asaph et du peuple d’Israël font jaser les incroyants : on se moque d’eux et de leur Dieu qui, apparemment, se désintéresse d’eux, semble même prendre plaisir à les enfoncer dans la détresse et à les y abandonner.

Et là, Asaph fait cette belle prière où revient à trois reprises cette demande incessante : « Ô Dieu, relève-nous ! Fais briller ton visage, et nous serons sauvés ! » (v. 4, 8 et 20) C’est là plus qu’un cri, plus qu’un appel au secours : c’est une formidable confession de foi, un témoignage fort de l’espérance que le psalmiste place en Dieu, malgré les apparences contraires.

 

Les apparences ! … Parlons-en. Regardez-vous, regardez-moi, regardons-nous ! Les apparences ne sont pas toujours belles : la maladie, le deuil, les conditions de travail, l’argent qui manque, nos problèmes relationnels avec certains, nos travers contre lesquels nous luttons mais que nous n’arrivons pas à éradiquer …

Ces apparences font souvent jaser les gens – aujourd’hui comme du temps d’Asaph. « Vous êtes de santé fragile ? Mais … si Dieu vous aimait, il vous permettrait de vivre une vie sans problèmes de santé ! » « Votre paroisse a des problèmes d’argent ? Mais … si vous étiez réellement fidèles à Dieu, il vous donnerait tous les moyens dont vous avez besoin pour accomplir fidèlement le travail dans sa "vigne"! » (v. 17)

 

« Nos ennemis se moquent de nous » faisait déjà remarquer Asaph à Dieu (v. 7). Nous faisons encore la même constatation. Et il n’est pas toujours facile de vivre cette situation.

Et ce n'est même pas le pire. Devant les autres, on peut donner le change. On peut souvent cacher ses problèmes aux autres. Pas à Dieu. Lui « sonde les reins et les cœurs » (Ap 2.23). Lui sonde tout ce que nous nous efforçons – avec plus ou moins de réussite – à cacher à nos proches. Lui connaît nos péchés, nos pensées mauvaises, nos actes honteux, nos travers qui nous font tant de misère.

 

Alors nous connaissons parfois des moments de découragement, de déprime. Mais où est Dieu ? Que fait-il ? Pourquoi ne nous aide-t-il pas à faire plus de progrès ? Pourquoi nous sentons-nous ainsi abandonnés de lui ? Pourquoi fait-il la sourde oreille ? Pourquoi regarde-t-il ailleurs ? Pourquoi ne vient-il pas, ne fait-il pas irruption dans notre vie avec plus de brio, de « splendeur » (v. 2) et de « force » (v. 3) ?

 

Dans ces moments – plus qu’à d’autres – nous avons l’impression que les pensées et les paroles de ce psaume sont nées dans notre propre cœur : « Prête l’oreille » (v. 2) « Déploie ta force et viens à notre secours ! » (v. 3) « Fais briller ton visage, et nous serons sauvés ! » (v. 4, 8, 20) « Regarde du haut des cieux et vois ! » (v. 15) « Interviens ! » (v. 15) « Protège ! » (v. 16) « Fais revivre ! » (v. 19)

Nous sommes en attente de l’intervention de Dieu, tendus vers lui. Nous ne l’attendons pas par bravade, mais conscients de notre indignité et de notre culpabilité devant lui. Mais nous sommes surtout tournés vers lui dans la certitude que grâce à son Fils, notre Médiateur, nous pouvons nous adresser à lui avec confiance.

 

Il va intervenir en notre faveur, enchevêtrés que nous pouvons l’être dans des problèmes personnels dus au péché présent dans le monde, y compris en nous-mêmes.

Il ne va pas nous abandonner quand nous sommes blessés par nos déceptions, perdus au milieu de nos fautes.

S’il est clair que c’est toi qui prie – que c’est nous, les croyants, qui prions – dans ce psaume, le deuxième point est tout aussi évident :

 

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C’est Dieu que nous interpellons dans ce psaume.

 

Un seul a la solution au problème que pose notre péché, un seul peut nous indiquer l’issue et nous faire sortir par elle : Dieu. Il le peut – et il le veut – ce qui est un vrai soulagement pour nous. Le psalmiste le sait, et nous – Dieu merci ! – aussi. Aussi nous tournons-nous vers lui avec repentance et foi pour qu’il intervienne, pour qu’il procède à son « Avent », à sa venue dans notre vie.

Cet « avent » – « avent » signifie : « venue », ne l’oublions pas – , cette venue, est à la fois quelque chose que nous attendons et quelque chose que nous vivons déjà à chaque instant. C’est en fait un « avent » continuel, perpétuel. Heureux qui, comme Asaph, se tourne avec son péché et ses problèmes vers Dieu avec repentance et foi en Jésus-Christ ! Celui-là vivra effectivement « l’Avent » de Dieu, celui-là rencontrera Dieu dans sa vie, un Dieu tellement autre et pourtant continuellement proche.

 

Il n’y a qu’à se rappeler les noms que le Dieu de « l’Avent » porte dans notre prière.

« Eternel, Dieu de l’univers » ! (v. 5) L’ancienne version mettait « Dieu des armées », manière de désigner les divers éléments de l’univers, perçus comme un ensemble d’armées en raison de l’ordre qui les caractérise, ordre créé et maintenu par le Créateur.

Notre Dieu est le Maître de l’univers. Il tient tout sous son contrôle : l’univers des planètes, mais aussi celui de ce monde, l’univers des anges, mais aussi celui des humains, l’univers des croyants, de notre âme, de notre corps, de notre mental, de notre foi, dans ce temps et pour l’éternité.

Le Dieu dont nous espérons « l’avent », la venue, l’irruption dans nos vies, « siège entre les chérubins » (v. 2). Cela nous rappelle l’arche de l’alliance qui se trouvait dans le saint des saints au Temple. Sur son couvercle, deux chérubins en or se faisaient face, et au-dessus d’eux se tenait symboliquement Dieu, un Dieu saint et tout-puissant, mais qui accepte le sang rédempteur versé chaque année sur le couvercle de l’arche pour le pardon des péchés.

 

Ce sang était l’image prophétique, le symbole annonciateur, du « sang de Jésus-Christ, du Fils » de Dieu qui « nous purifie de tout péché » (1 Jn 1.7).

Celui auquel Asaph s’adresse, celui auquel nous adressons nos prières avec Asaph, s’appelle aussi « le Berger d’Israël » (v. 2), celui qui est continuellement préoccupé de notre bonheur car, conscients de notre état pécheur, nous nous en repentons et allons chercher auprès de lui le pardon et l’absolution. Il est un « Berger » plein de sollicitude pour nous qui sommes allés chercher refuge auprès de lui dans la foi et lui faisons confiance.

 

Il n’y a pas trente-six solutions pour régler le différend entre le « Dieu de l’univers » et les pécheurs que nous sommes. Nous-mêmes ne pouvons réparer les pots cassés par notre péché : cela dépasse nos possibilités. Nous ne pouvons même pas aller à sa rencontre par nos propres moyens, faire une partie du parcours à sa rencontre « comme des grands ». Mais là, ô miracle ! c’est lui qui vient à nous dans sa grâce. C’est tout le sens merveilleux du mot « avent », venue.

 

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Qu’attends-tu de son « avent »,

 

de sa venue et de sa présence parmi nous ? Au début, en annonçant le thème de ce sermon, j’avais répondu, un peu par bravade : Tout ! Par là, je voulais souligner que notre attente de « l’avent » de notre Dieu est aussi grande que variée.

 

Nous connaissons les attentes de nos enfants et petits-enfants en ce temps précédant Noël. Mais, aussi irrationnelle et démesurée que puisse être l’attente des tout petits, elle n’est que peu de chose en comparaison des cadeaux et bienfaits que nous espérons recevoir de Dieu.

Certes, Dieu nous fait parfois sentir sa colère ; mais alors c’est à des moments où nous ne nous repentons pas, à des moments où nous voulons nous passer de sa grâce et de son pardon. Mais dès que nous l’implorons : « "Prête l’oreille" à nos demandes de pardon », il pardonne. Dès que nous demandons : « "Fais briller ton visage" sur nous », « nous serons sauvés ». Et si nous supplions : « "Affermis-moi" dans ma foi en ta grâce et en ton salut », il vient nous « rendre lui-même forts » (v. 16).

C’est ainsi qu’il vient régulièrement à nous dans sa Parole et ses sacrements, dans cet Evangile qui nous dévoile en Jésus-Christ l’étendue, la profondeur et la beauté sans pareilles de son amour pour nous.

Là, il « fait briller » sur nous « son visage » de Père aimant et fidèle. Là, dans l’Evangile, par cette Bonne Nouvelle, il réchauffe notre cœur par la confirmation de son pardon et de sa bénédiction protectrice et prévenante.

En fait, il vient à nous dans la personne de son Fils, notre Sauveur. C’est lui qui a jeté les ponts entre le Dieu trois fois saint et nous, les pécheurs. Et ce Sauveur, Jésus-Christ, vient les bras chargés de salut et de bénédictions de toutes sortes.

« L’avent » de sa venue, il nous le fait vivre chaque fois que nous le rencontrons dans son Evangile – dans sa Parole et ses sacrements. Nous ne cessons de prier pour cet « avent » : qu’il vienne dans nos vies, qu’il nous confirme nous conduire comme il a conduit le peuple d’Israël en marchant devant lui 40 années durant à travers le désert. Les épreuves n’ont pas disparu pour autant pour eux, mais en lui faisant confiance, en s’en remettant avec foi à sa conduite, ils ont pu surmonter leurs épreuves.

 

Nous espérons tous la même chose pour nous-mêmes, pour nos familles, nos paroisses, notre Eglise et nos missions : que Dieu vienne nous conduire, nous bénir et nous protéger ; qu’il se conduise avec nous en « Berger d’Israël », en « Berger » qui prend soin de nous, qui nous guide, en « Berger » aussi qui détourne de nous les dangers ou qui nous aide à rester près de lui dans le danger.

Ce à quoi nous aspirons, c’est qu’il vienne continuellement nous faire entendre sa voix de « Bon Berger ». Cette voix nous apaise, car elle nous répète qu’il nous a pardonné, qu’il est réconcilié avec nous, qu’il est notre allié et protecteur, mieux même, notre Père aimant et tout-puissant, et qu’il a lui-même payé le prix exorbitant pour qu’il puisse en être ainsi.

Et plus il fait son « avent » auprès de nous pour nous parler, nous réconforter, nous guider, et plus nous nous mettons à le contempler et à l’adorer dans son amour et sa fidélité, dans la « splendeur » de sa force et de sa grâce.

 

C’est comme s’il tournait son « visage » bienveillant vers nous et nous disait : « Tu vois, je suis venu à toi. Mon "avent", ma venue, est devenu réalité dans ta vie de pécheur repentant et croyant. Et si j’ai "regardé du haut du ciel", si je suis "venu à ton secours" il y a près de 2000 ans, si, dans l’Evangile, je te suis "apparu dans ma splendeur" de Sauveur fidèle, alors sache que j’ai l’intention de toujours "faire briller mon visage" bienveillant sur ceux qui m’invoquent avec foi. Sois donc assuré – et rassuré ! –: je t’ai sauvé ! »

 

Puissions-nous vivre cet « avent » et entendre ce message de « l’avent » tout au long de notre vie, jusqu’au moment où, lors de son dernier « avent », de sa dernière venue, il nous prendra avec lui dans la félicité éternelle – selon sa promesse !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig