2010

Sermon du dimanche 19 décembre 2010 - 4ème Avent

 

Texte : Lc 1.26-38

 

 

Chants proposés :

 

Magnifique est le Seigneur AeC 174

Ôh ! viens, Jésus, oh ! viens, Emmanuel AeC 307

J’exalte Dieu (Magnificat) AeC 171

26 « Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth,

 

27 chez une vierge fiancée à un homme de la famille de David, appelé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.

 

28 L’ange entra chez elle et dit : "Je te salue, toi à qui une grâce a été faite, le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes."

 

29 Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.

 

30 L’ange lui dit : "N’aie pas peur, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

 

31 Voici que tu seras enceinte. Tu mettras au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus.

 

32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre.

 

33 Il régnera sur la famille de Jacob éternellement, son règne n’aura pas de fin."

 

34 Marie dit à l’ange : "Comment cela se fera-t-il, puisque je n’ai pas de relations avec un homme ?"

 

35 L’ange lui répondit : "Le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naitra sera appelé Fils de Dieu.

 

36 Voici qu’Elisabeth, ta parente, est elle aussi devenue enceinte d’un fils dans sa vieillesse. Celle que l’on appelait ‘la stérile’ est dans son sixième mois.

 

37 En effet, rien n’est impossible à Dieu."

 

38 Marie dit : "Je suis la servante du Seigneur. Que ta parole s’accomplisse pour moi." Et l’ange la quitta. »

 (Segond 21, 2007)

 

Chère assemblée de l’Avent,

 

Je vais commencer par m’excuser. J’avais annoncé une série de trois sermons de l’Avent sur Abraham – c’est fait –, sur Isaac et sur Jacob.

 

Déjà, dimanche dernier, la Fête de Noël des enfants m’a amené à remplacer Isaac par « le fil doré » des prophéties messianiques à travers l’Ancien Testament.

 

Et aujourd’hui, il se trouve que le texte proposé par le « Plan de Lectures Bibliques » rejoint le thème soulevé par un intervenant sur le « Forum Evangélique Luthérien ». Comme là-bas il m’est difficile de répondre en détail en décortiquant un texte biblique comme celui proposé pour ce jour, je vous propose de le faire maintenant.

 

De quoi s’agit-il ? Je vous lis quelques extraits :

 

« […] L’Evangile apocryphe de Jacques nous donne un très beau texte sur la naissance de Marie.

 

[…] elle est née d’une manière miraculeuse. […] Elle est allée très jeune vivre au temple de Jérusalem en étant totalement consacrée au service du Seigneur.

 

[…] La fidélité de Marie a été totale envers notre Sauveur.

 

[Sans elle, notre Sauveur n’aurait pas pris la condition d’homme pour nous sauver. […] Marie comblée de grâces. […] Un autre verset parle de Marie choisie depuis toute éternité, donc Marie n’était pas interchangeable en cas de refus.

 

[…] Marie a participé à l’histoire du salut du monde. […] » (eucalyptus, La fête des lumières, Forum Ev. Luth., 09.12.2010)

 

Il est important de démêler le vrai du faux. L’intention de cet intervenant du forum est louable : « Ne pas confondre mariolatrie (action de vénérer une idole) et mariologie » (l’enseignement de la Bible sur Marie).

 

Mais là où l’intervenant se trompe, c’est quand il indique que la mariologie, l’enseignement à propos de Marie, serait chez nous « une branche oubliée ou rejetée de la théologie. »

 

Non, l’enseignement à propos de Marie n’est pas oubliée ou rejetée chez nous, mais:

 

L’enseignement concernant

JESUS et MARIE

 

1. se fonde sur les « Ecrits sacrés » et non sur d’autres sources

2. voit en Marie ce que Dieu dit d’elle

 

3. réserve toute gloire à Dieu

 

4. célèbre « le saint enfant, le Fils de Dieu »

 

X X X 1 X X X

L’enseignement concernant Jésus et Marie

se fonde sur les « Ecrits sacrés »

et non sur d’autres sources.

 

J’ai lu le récit de la naissance de Marie dans le prétendu « Evangile de Jacques », écrit apocryphe, c'est-à-dire écrit tardif du 2ème siècle, d’ailleurs sans doute écrit par un … païen, en Egypte ou en Palestine.

 

On l’appelle encore « Protevangile de Jacques », c'est-à-dire qui se situe au commencement, car il se concentre sur ce qui s’est passé avant que ne commencent les récits des 4 Evangiles de la Bible. Le titre original était « Nativité de Marie ». Cela montre sur quoi l’auteur mettait l’accent, sur quelque chose de tout à fait étranger au Nouveau Testament.

 

C’est effectivement émouvant, émouvant comme peuvent l’être des romans. On remarque d’ailleurs tout de suite qu’on n’est pas dans la sobriété des récits bibliques.

 

A force de vouloir souligner la position unique de Marie dans le plan de salut de Dieu – et elle occupe effectivement une position unique – le récit tombe dans l’excès du bucolique, et puis, surtout, c’est l’œuvre qui a lancé des idées comme l’immaculée conception et la virginité perpétuelle de Marie.

 

On n’arrive pas non plus à se défaire de l’impression d’être en présence d’un plagiat des récits de la naissance d’Isaac, de Samuel et de Jean-Baptiste.

 

Mais surtout, le récit instille déjà le poison d’une Marie sans péché, ce qui, comme nous le verrons plus loin, ne correspond pas du tout à ce qu’en dit la Bible, et plus particulièrement notre texte de Luc.

 

Comme je l’ai écrit dans un article sur un tout autre sujet, dans le magazine « Amitiés Luthériennes » à paraître cette semaine, « la sainte Ecriture reste la seule règle et la seule norme : elle seule a l’autorité de juger ; elle est comme la pierre de touche à laquelle il faut éprouver toutes les doctrines pour reconnaître si elles sont bonnes ou mauvaises, vraies ou fausses. » (« Formule de Concorde », Epitomé, Préface)

 

Alors que dit notre texte de Marie ?

 

X X X 2 X X X

L’enseignement concernant Jésus et Marie

voit en Marie

tout ce que Dieu dit d’elle,

mais aussi

rien que ce que Dieu dit d’elle.

 

D’abord son état civil. Elle est « une vierge fiancée à un homme de la famille de David, appelé Joseph » (v. 37). A l’époque, l’acte public, juridique et religieux avait lieu lors des fiançailles, quand les futurs époux se « fiaient », se confiaient, se donnaient l’un à l’autre. C’est là qu’un prêtre était présent.

 

Après les fiançailles on ne vivait pas encore ensemble, mais on était déjà considéré comme mari et femme devant la Loi, ce qui ressort du récit au chapitre suivant.

 

D’ailleurs, quand « l’ange Gabriel » (v. 26) annonce à Marie qu’elle allait être enceinte, « Marie dit à l’ange : "Comment cela se fera-t-il, puisque je n’ai pas de relations avec un homme ?" » (v. 34). Elle ne vit pas encore maritalement avec Joseph. Cela, c’est pour après les noces, la grande fête de réjouissances avec banquet, lorsque le mari fiancé va chercher l’épouse qui s’est fiée, fiancée à lui.

 

Pourquoi Dieu a-t-il choisi Marie ? … Bonne question. Pourquoi a-t-il choisi Abraham ? Pourquoi t’a-t-il choisi, toi ? Je me rappelle la réponse donnée par un formateur, Bob Scudieri, lors d’un séminaire aux Etats-Unis. On lui posait souvent la question, comment il se faisait qu’un Italien comme lui soit luthérien. Sa réponse ? – « Par pure grâce ! » (cf Ep 2.8-9)

 

Cela rejoint ce que l’ange Gabriel dit à Marie : « Une grâce t’a été faite ! » (v. 28), une faveur imméritée – c’est ça, la définition du mot grâce. On pourrait même le rendre par : « Tu as été favorisée ». Il n’est pas dit qu’elle est « comblée de grâces » (au pluriel), pleine de qualités exceptionnelles. Tout au plus peut-on traduire : « Tu as été comblée par la grâce » (NBS), par la faveur imméritée de Dieu.

 

Oh ! certes, dans le cas de Marie, il s’agit d’une faveur tout à fait exceptionnelle, même unique, car à aucun homme – ça tombe sous le sens – mais aussi à aucune autre femme cette même « grâce » ou faveur n’« a été faite » : être la mère du Fils incarné de Dieu. « Tu mettras au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut », « le saint enfant qui naitra sera appelé Fils de Dieu. » (v. 31-32+)

 

Elle n’a pas mérité ce rôle par une hypothétique sainteté, suite à une chimérique « immaculée conception » : elle était marquée par le péché originel comme nous, et nous voyons Jésus plus tard la remettre au moins à deux reprises à sa place parce qu’elle s’est laissé emporter par ses travers, ici par l’impatience, voire par l’envie de conseiller le Fils de Dieu (Jn 2.1-4), là par la peur et le désir de le détourner de sa mission pour le soustraire à l’hostilité des chefs juifs (Lc 8.19-21).

 

Elle confesse d’ailleurs, dans son chant, le « Magnificat » (Lc 1.46-55), qu’elle attendait et avait besoin de « son Sauveur » comme tous les croyants de l’Ancien Testament. Elle connaissait et confessait cette parole de l’Ecclésiaste, dans l’Ancien Testament : « Il n’y a sur la terre aucun homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. » (Ec 7.20) Elle le confesse en reconnaissant « la bassesse de sa servante », son « humble condition » (Lc 1.48).

 

Elle ne répond d’ailleurs pas à l’ange : « D’accord, moi, Marie, je vais rendre la venue du Messie possible par ma collaboration. »

 

Non, elle dit à l’ange, messager de Dieu : « "Que ta parole s’accomplisse pour moi." (v. 38) Moi je suis passive, "ta parole" divine va agir sur moi, en moi. L’important, c’est que cette parole "s’accomplisse" et que naisse "le Fils de Dieu", "Jésus", le Sauveur. Si ça doit se faire par moi, "que ta parole s’accomplisse" !" C’est "le Tout-Puissant" qui "a fait de grandes choses pour moi" (Lc 1.49), pas moi pour lui ! »

 

On peut dire, comme le fait l’intervenant du Forum, que « Marie a participé à l’histoire du salut du monde », à condition de la laisser à sa place de « servante ». Toutes proportions gardées, c’est un peu comme nous, quand nous « participons à l’histoire du salut » de quelqu’un quand il nous est « donné la grâce » de pouvoir l’amener à la foi en Jésus-Christ. Nous ne sommes pas pour autant devenus des « collègues » de Dieu, mais restons ses « serviteurs ».

 

Marie est consciente du rôle important, même unique, que Dieu lui fait jouer dans son plan de salut, mais pour elle, l’important, ce qui prime sur tout, c’est que « son Sauveur » (Lc 1.47), le Sauveur du monde vienne, comme promis, sauver les pécheurs que nous sommes.

 

En cela, elle est un modèle de foi et de soumission pour nous tous. Il faut se mettre à sa place. Prophétiquement, elle chantera : « Toutes les générations me diront heureuses ! » (Lc 1.48), mais elle sait qu’elle va commencer par être montrée du doigt comme une fille de mauvaise vie. Elle passera d’abord pour une jeune-fille qui a fauté en tombant enceinte avant les noces. Il en fallait de la foi, sur le moment, pour accepter de rendre ce service à Dieu et au monde.

 

C’est, d’ailleurs, curieux, cette insistance de certains sur la personne de Marie, car s’ils regardaient de près les textes qui parlent d’elle, ils se rendraient compte que ces textes mettent toujours Jésus en valeur, non pas elle, Marie.

 

X X X 3 X X X

L’enseignement concernant Jésus et Marie

célèbre

« le saint enfant, le Fils de Dieu ».

 

Ce qui frappe, quand on lit le premier chapitre de « l’Evangile selon Luc », le seul à raconter un peu en détail ce qui s’est passé les quinze mois avant la naissance de Jésus, c’est que l’accent est toujours mis sur le Messie promis.

 

Lorsque son fils, le futur Jean-Baptiste, est né six mois avant Jésus, son père, Zacharie, commence non pas par remercier Dieu pour la naissance quasi miraculeuse de ce fils, mais il commence par « bénir le Seigneur, le Dieu d’Israël, parce qu’il a visité et racheté son peuple » et « a donné un puissant Sauveur dans la famille de son serviteur David » ! (Lc 1.68-69)

 

6 mois auparavant, Marie chantait aussi avant tout « la grandeur du Seigneur » qui « a secouru Israël, son serviteur et s’est souvenu de sa bonté – comme il l’avait dit à nos ancêtres – en faveur d’Abraham et de sa descendance pour toujours » (Lc 1.46+54-55)

 

Elle connaît les prophéties messianiques, elle attendait le Messie, « son Sauveur », comme tous les croyants de l’Ancien Testament. Ce qui la bouleverse avant tout, ce n’est pas son rôle à elle, son rôle de « servante » dans le plan de salut de Dieu, ce qui la réjouit au plus haut point, ce qu’elle apprend aussi sans le mettre en doute, c’est qu’enfin « le Fils de Dieu », « le Fils du Très-Haut », allait venir en Sauveur – c’est là le sens du nom « Jésus » : Sauveur.

 

Si Dieu « lui fait la grâce » de l’utiliser pour cela, bien évidemment qu’elle sera honorée d’être sa « servante » ! Il est tellement important que « le Fils du Très-Haut » établisse son « règne éternel » (v. 33) sur les cœurs des hommes. Il est si important qu’il nous arrache aux terribles conséquences du péché – à la colère de Dieu et à la damnation éternelle – et nous intègre à son royaume de grâce et de vie !

 

L’Eglise luthérienne célèbre trois fêtes de Marie – le 2 février, la présentation de Jésus au Temple (Lc 2.22-38) ; le 24 février, l’annonciation (l’histoire de notre texte) ; le 2 juillet, la visite à Marie (Lc 1.39-56). Mais elle le fait tout à fait dans l’esprit de Marie : non pas comme des cultes à Marie, mais comme des cultes rendus à Dieu, et plus particulièrement au « Fils de Dieu ».

 

X X X X X X

L’enseignement concernant Jésus et Marie

réserve toute gloire à Dieu.

 

Il faut encore revenir un instant sur une affirmation sur le Forum. Je cite :

 

« Sans Marie, notre Sauveur n’aurait pas pris la condition d’homme pour nous sauver. […] Un autre verset parle de Marie choisie depuis toute éternité, donc Marie n’était pas interchangeable en cas de refus. […] »

 

Précisons que l’intervenant parle d’un « verset » de ce prétendu « Evangile de Jacques ». Il est étonnant qu’il tire d’un livre qui n’est pas biblique la conclusion suivante : « Sans Marie, notre Sauveur n’aurait pas pris la condition d’homme pour nous sauver. […] Donc Marie n’était pas interchangeable en cas de refus. »

 

N’est-ce pas mettre en doute l’affirmation de l’ange que « rien n’est impossible à Dieu » ? (v. 37) N’est-ce pas livrer le Créateur « pieds et mains liés » au pouvoir d’une créature ?

 

Nous sommes tous « interchangeables » dans le plan de salut de Dieu, dans le fonctionnement de son Royaume, dans la marche de l’Eglise. Ne nous prenons pas pour irremplaçables, ne pensons pas que Dieu ne pourrait rien faire sans nous.

 

Certes, il nous a « appelés par l’Evangile » (Martin Luther, Petit Catéchisme) – et nous en sommes à la fois grandement soulagés et honorés au plus haut point – mais ne pensons pas que sans nous Dieu serait impuissant. « Rien n’est impossible à Dieu. »

 

Certes aussi, dans sa liberté, il nous a choisis de toute éternité, comme il a choisi Marie pour le rôle unique qui a été le sien. Mais il y en a d’autres que Jésus voulait appeler, « et ils n’ont pas voulu » (Mt 23.37).

 

Il ne sert à rien de se casser la tête pour trouver la réponse à la question : Pourquoi Marie a-t-elle accepté l’appel particulier et extraordinaire qui lui a été adressé ? Pourquoi l’appel de Dieu, dans notre cas, a été efficace, et pour d’autres non ?

 

Réjouissons-nous avec Marie qu’« une grâce nous a été faite » et fêtons Noël avec joie, car Dieu a tenu ses promesses : Marie a été « enceinte » et a mis au monde notre « Sauveur », le « Fils du Très-Haut » venu à nous pour nous réunir à Dieu dans ce temps et pour l’éternité !

 

Disons-le autour de nous, chantons-le ! Peut-être que le Seigneur utilisera notre témoignage pour en sauver d’autres.

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

Publié par Eglise évangélique luthérienne à 14:59 Aucun commentaire:

DIMANCHE 7 NOVEMBRE 2010

SeErmon du dimanche 31 octobre 2010 - Fête de la Réformation

 

FÊTE DE LA REFORMATION

 

Avec une retraite des jeunes de

l’Association Mission & Jeunesse (AMJ)

 

Texte : Es 62.6-7+10-12

 

6 « Sur tes murs, Jérusalem, j’ai placé des gardes qui ne resteront jamais silencieux, de jour comme de nuit. Vous qui êtes chargés de la rappeler à l’Eternel, ne vous accordez aucun répit.

 

7 Ne lui laissez aucun répit jusqu’à ce qu’il rétablisse Jérusalem et fasse d’elle un sujet de louange sur la terre.

 

10 Franchissez, franchissez les portes ! Préparez, préparez la route, enlevez les pierres !

 

11 Voici ce que l’Eternel annonce aux extrémités de la terre : "Dites à la fille de Sion : ‘Ton salut arrive. Il a son salaire avec lui et sa récompense est devant lui.’".

 

12 On les appellera "peuple saint", "rachetés de l’Eternel", et toi on t’appellera "recherchée", "ville non abandonnée". »

 

 (Segond 21, 2007)

Chère assemblée en fête !

 

La fête de la Réformation a une longue tradition. On commémore, ce jour-là, l’énorme travail, au 16ème siècle, pour « réformer », redonner forme – la forme biblique – à l’Eglise de Jésus-Christ.

 

On aurait aussi pu l’appeler « restauration », car il s’est agi de restaurer l’Eglise en la ramenant sur les fondements solides de l’Ecriture sainte.

 

Pourquoi célèbre-t-on la fête le 31 octobre (ou le dimanche le plus proche) ? Parce que, ce jour-là, en l’an 1517, Martin Luther, professeur de théologie à l’Université de Wittenberg, a affiché sur les portes de l’église du château « 95 thèses » pour les soumettre à un débat entre professeurs d’université.

 

C’était là la tradition. Il n’innovait pas.

 

Par contre, le contenu de ses thèses a ébranlé l’Eglise de l’époque. En étudiant la Bible pour préparer ses cours à la Faculté de Théologie, Martin Luther avait découvert que l’Eglise de son temps avait dévié des vérités fondamentales de l’Eglise. Il ne voulait qu’une chose : qu’on en discute entre professeurs ; il y allait du salut des gens !

 

Dieu en a décidé autrement. Les imprimeurs de la ville ont reconnu l’importance capitale de ces thèses, s’en sont emparées et les ont répandues dans les états allemands. Elles ont rapidement été traduites et imprimées dans d’autres langues, dont le français. La Réformation était en marche : elle n’allait plus s’arrêter malgré l’opposition des puissants et de l’Eglise de Rome.

 

Et elle ne s’arrêtera jamais jusqu’à la fin des temps. C’est ce que veut dire cette phrase déjà utilisée par Jean de Gerson, chancelier de l’Université de Paris un bon siècle avant la Réforme : « Ecclesia semper reformanda est », « l’Eglise est continuellement à réformer ». Oui, l’Eglise doit continuellement réexaminer sa position pour maintenir un enseignement et une pratique conformes à la Bible.

 

C’est justement ce à quoi Dieu nous invite avec notre texte d’Esaïe ! Cela ne devrait pas nous étonner : le prophète Esaie était, plus de 7 siècles avant J.-C., un réformateur avant l’heure. Comme Martin Luther, il plaçait l’Evangile du Christ Sauveur au centre de son message. Ne songez qu’à son merveilleux chapitre 53 !

 

En ce Jour de la Réformation, laissons-nous rappeler par le prophète que

 

L’EGLISE EST

UNE « VILLE RECHERCHEE »

 

1. composée de « rachetés de l’Eternel »,

 

2. en dialogue avec Dieu,

 

3. vigilante

quant à son enseignement et sa pratique

 

4. engagée dans la mission

 

X X X 1 X X X

 

L’Eglise, une « ville recherchée »

composée de « rachetés de l’Eternel »

 

Que signifie : l’Eglise est une « ville recherchée » ? Mieux encore : une « ville non abandonnée » ? Les foules n’abandonnent-elles pas les églises ?

 

Combien sommes-nous ce matin à ce culte ? Même si j’ajoute les trois paroisses catholiques, la réformée, la mennonite et l’orthodoxe, ça m’étonnerait que l’assistance totale dépasse les 400 personnes, d’après ce que leurs pasteurs et prêtres m’ont dit la semaine passée. Or Châtenay-Malabry compte près de 32 000 habitants ! Cela fait moins de 1,25% de la population au culte ! Et la situation ne doit guère être plus reluisante au Plessis-Robinson qui compte entre 23 000 et 24 000 habitants et où il n’y a aucune Eglise protestante.

 

Peut-on dire aujourd’hui que l’Eglise est une « ville non abandonnée », « recherchée » ?

 

Non, si on parle des gens, mais cela nous le savions : Dieu nous a prévenus dans la Bible. Les non croyants trouvent l’Eglise chrétienne avec son Evangile soit de la « folie », soit carrément un « scandale » (1 Co 1.23). Comment peut-on prêcher que le salut de l’être humain ne dépend pas de ses réalisations mais d’un crucifié !?

 

Et pourtant, l’Eglise est bien une « ville non abandonnée », « recherchée » ! Mais recherchée par Dieu.

 

C’est lui qui est venu à notre rencontre en Jésus-Christ. Plus de 7 siècles avant la venue de Jésus, Esaïe a déjà été chargé de l’annoncer : « Ton salut arrive ! »

 

C’est encore Dieu qui vient à nous en la personne du Saint-Esprit. Celui-ci est venu nous « chercher » dans le Baptême et il continue à nous « appeler » à travers la Parole et la Cène.

 

Oui, c’est Dieu qui a pris les choses en main quand il a vu la déroute de l’humanité engluée dans le péché et la culpabilité. C’est Dieu qui a pris l’initiative de ne pas nous « abandonner », c’est lui qui a pris les devants en payant lui-même le prix de notre sauvetage. D’où cet autre nom de l’Eglise : « les rachetés de l’Eternel » !

 

En avons-nous de la chance que le Fils de Dieu ait tellement tenu à nous qu’il ait payé notre rachat de sa vie !

 

Et ce n’est pas tout : il nous a aussi fait cadeau de sa sainteté pour recouvrir notre péché. D’où cet autre nom de l’Eglise, de la communion des croyants : « peuple saint » !

 

Vous avez bien entendu : Dieu vous considère comme « saints », « saints » de la sainteté que le Christ vous a offerte. Pour un scoop, c’en est un ! Ce que nous ne parvenons pas à atteindre nous-mêmes – la perfection en pensées, en paroles et en actes – Jésus-Christ nous l’offre par pure grâce, sans aucun mérite de notre part !

 

Comprenez-vous maintenant que l’Eglise – c.à.d. l’ensemble de ceux qui placent leur foi en Jésus, le Sauveur – que cette Eglise porte à raison les titres de « ville non abandonnée » mais « recherchée » ?

 

C’est cette sublime découverte ou redécouverte sous un fatras d’opinions erronées qui a amené Luther et ses co-réformateurs à déblayer tout ce qui cachait la beauté de l’Eglise, la beauté spirituelle qui lui vient exclusivement de son Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

 

Ayant été recherchée, visitée, rachetée, sauvée et sanctifiée par Dieu lui-même, l’Eglise ne peut pas rester muette :

 

X X X 2 X X X

L’Eglise, cette « ville recherchée »

est en dialogue constant avec Dieu.

 

Esaïe insiste même à deux reprises qu’avec nos prières nous ne devons laisser « aucun répit » à Dieu (v. 6).

 

« Aucun répit » pour lui demander quoi ? – Pour « rappeler » l’Eglise « à l’Eternel » ! (v. 6)

 

Priez-vous pour votre Eglise, pour votre paroisse, pour ses membres ? Fait-elle partie des préoccupations que vous présentez à Dieu dans vos prières ?

 

Lui demandez-vous d’envoyer son Esprit Saint à travers l’Evangile pour qu’il éclaire les cœurs avec la Bonne Nouvelle de leur Sauveur, de leur salut ?

 

Lui demandez-vous de conduire votre paroisse (donc aussi votre pasteur) et votre Eglise dans la vérité, mais aussi dans l’amour, pour qu’y soit « dite la vérité avec amour » (Ep 4.15), aux jeunes comme aux âgés, aux cultivés comme aux incultes, aux riches comme aux pauvres, aux bien-portants comme aux malades et aux mourants, aux paroissiens comme à ceux qui ne le sont pas ?

 

Il est vrai, Esaïe demande cela particulièrement à ceux qu’il appelle « les gardes » de l’Eglise, ses bergers et pasteurs. Eux sont tout particulièrement « chargés » de prier pour elle (v. 6). Cela fait partie de leur ministère. Cela a donné cette curieuse expression en allemand : « die Kartei durchbeten » (traverser le fichier paroissial en prière). Ainsi on est assuré de n’oublier personne, même si traverser entièrement le fichier et soumettre successivement chaque paroissien avec ses joies et ses problèmes à Dieu peut prendre plusieurs jours.

 

Mais on prie aussi pour des situations ou des entreprises particulières. Martin Luther a dit un jour que plus il y a du travail qui l’attend, et plus il consacre du temps préalable à la prière.

 

L’apôtre Paul mentionne aussi ses prières pour les paroisses missionnaires qu’il a pu fonder. Aux Ephésiens il écrit par exemple : « Je prie le Seigneur qu’il vous donne, conformément à la richesse de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans votre être intérieur, de sorte que Christ habite dans votre cœur par la foi. Je prie que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour [etc.] » (Ep 3.16-17)

 

Mais comme dit, la prière pour l’Eglise, et plus particulièrement pour votre Eglise, pour votre paroisse et pour votre pasteur, c’est l’affaire de tous, de toi y compris.

 

Et nous devons le faire « jusqu’à ce que Dieu rétablisse » l’Eglise « et fasse d’elle un sujet de louange sur la terre » (v. 7). Autrement dit, jusqu’au retour du Christ. Sans doute avons-nous déjà maintenant des moments où Dieu nous permet de le remercier pour ce que l’Eglise a la grâce de vivre : un camp ou une rencontre de jeunes réussis, l’accroissement d’un poste missionnaire ou d’une paroisse, une participation croissante aux activités de la paroisse, un esprit à la fois de fidélité et de témoignage, etc.

 

Mais ici-bas, nous resterons toujours l’Eglise militante ; l’Eglise qui se débat dans les problèmes et les défis qu’elle rencontre. Nous ne serons Eglise triomphante qu’au ciel !

 

En attendant

 

X X X 3 X X X

L’Eglise, cette « ville recherchée »

doit rester vigilante quant à

son enseignement et sa pratique.

 

Une Eglise, une paroisse, ne peut jamais se dire : « Voilà, c’est fait, je n’ai plus à m’en faire : la Réformation a remis la vérité évangélique en lumière. Nous l’avons dans notre paroisse. Je peux me laisser aller ! »

 

Prenons l’image de l’Eglise dans notre texte. Il y a des murs, des portes et, comme en tout ici-bas, il faut entretenir, remplacer, réparer. Avec le temps, des pierres se détachent des murs, ou des portes se mettent à grincer, des vitres cassent, tout s’use. Et il faut « enlever les pierres » qui trainent et qui gênent l’activité normale de l’Eglise, comme le dit Esaïe (v. 10).

 

Sur le plan spirituel, c’est un peu pareil. D’ailleurs, notre texte est une sorte de parabole qui parle de l’état spirituel de l’Eglise.

 

Si on ne fait rien, si on n’entretient pas la foi des gens par la Parole et les sacrements, la foi tiédit, elle peut même mourir, des vues étranges s’introduisent dans l’Eglise qui, sans s’en être rendue compte à dévié de la Parole de Dieu.

 

« Sur tes murs, Jérusalem, j’ai placé des gardes qui ne resteront jamais silencieux. » (v. 6). C’est Dieu qui s’adresse ainsi à l’Eglise. Oui, Dieu a institué le ministère pastoral. Et il donne aux serviteurs qui s’y trouvent des titres comme « bergers », « gardes », « surveillants », etc. Dans le livre du prophète Ezéchiel il s’en prend d’ailleurs rudement aux pasteurs qui ne remplissent pas leur ministère de gardes et de bergers avec zèle et fidélité.

 

Quand ils voient une pierre se détacher, leur devoir est d’aller la consolider. Et si elle est déjà tombée, ils doivent essayer de la remettre en place parmi les « rachetés de l’Eternel ».

 

Ce n’est pas toujours évident, car parfois les cas sont trop lourds, parfois les marginaux se sont déjà solidement installés en marge de l’Eglise. Parfois ils ne veulent plus rien entendre du Sauveur et de son salut. Or c’est le seul outil que Dieu ait confié à son Eglise pour appeler des pécheurs à la repentance.

 

C’est ainsi que Luther est sorti de sa planque au château de la Wartburg pour ramener l’ordre dans la ville de Wittenberg où des extrémistes fanatiques mettaient l’œuvre de la Réformation en danger. Et vous savez comment il a ramené le calme ? En prêchant chaque jour, une semaine durant, dans l’église de la ville. Il savait que seul « l’Evangile, puissance de Dieu pour le salut » (Rm 1.16), pouvait toucher les cœurs en profondeur et les ramener à la raison.

 

Croyez-moi, vu le caractère de Luther, il était certainement tenté de donner un bon coup de pied dans la fourmilière. Mais il savait que la repentance et la foi, seul le Saint-Esprit peut les créer dans les cœurs par l’Evangile.

 

Mais l’Eglise ne doit pas seulement se préoccuper de sa bonne marche, elle ne doit pas seulement veiller à ce que son enseignement soit biblique et sa pratique conforme à l’Evangile,

 

X X X 4 X X X

L’Eglise, cette « ville recherchée »

est aussi engagée dans la mission.

 

La fin de notre texte est entièrement tournée vers « les peuples » jusqu’« aux extrémités de la terre » (v. 10-11).

 

Une paroisse ne peut pas se complaire entre ses quatre murs. Des croyants ne peuvent pas se dirent : « Ouf ! je suis sauvé. Tant pis pour les autres : ils n’ont qu’à se tourner vers le Christ ! »

 

N’oublions pas ce qu’Esaïe nous a déjà dit : Dans notre cas aussi c’est Dieu qui a pris l’initiative, pas seulement l’initiative, il a tout fait : notre rachat par son Fils sur la croix, notre conversion et notre maintien dans la foi par le Saint-Esprit à travers l’Evangile.

 

Il s’est servi pour cela de ses « gardes », nos pasteurs, mais aussi de ces autres « gardes » qu’ont été, pour les uns leurs parents, pour d’autres des amis ou la rencontre d’une paroisse ou d’une œuvre comme « Mission et Jeunesse ».

 

Tous ces « gardes » ont aidé à enlever « les pierres » qui nous barraient le chemin du Christ. Ils ont « préparé la route » de notre Sauveur vers notre cœur. Peut-être en vous amenant comme nourrissons au Baptême puis en vous élevant dans la foi ; peut-être en vous dirigeant, adultes, vers une paroisse ou un pasteur qui vous a aidé à cheminer à la rencontre de votre Sauveur.

 

C’est là la fonction de chacun de nous, que nous soyons pasteur, diacre ou simple paroissien. N’oublions pas que nous rendons témoignage de notre foi en notre Seigneur et Sauveur par notre façon de vivre, par nos réactions, par nos réponses aux défis de la vie (qu’ils soient scolaires ou professionnels, de couple, de famille ou relationnels).

 

Prions le Seigneur que notre comportement dans la vie montre quelle est notre joie de nous savoir du nombre des « rachetés de l’Eternel » !

 

Nous n’avons souvent pas à dire grand-chose pour témoigner de notre foi en Jésus-Christ. Nous sommes observés, jugés. On ne nous en passe pas une. Notre vie rendra un témoignage fort ou peu audible, c’est selon.

 

Nous aurons des ratés. Luther en a eu aussi, et ses ennemis ne l’ont pas … raté, eux, et l’œuvre de la Réforme a ainsi connu des moments d’arrêts à cause de la faiblesse humaine des réformateurs.

 

Nous aussi, ne soyons pas étonnés qu’on nous tombe dessus quand nous commettons une erreur. Nous sommes exposés, un peu comme « les gardes de Jérusalem sur ses murs ».

 

Sachons alors : le Seigneur sait de quoi nous sommes faits, il connaît nos faiblesses et ceux de son Eglise, et cependant il a promis sa bénédiction à ceux qui gardent foi en sa Parole et en ses dispositions.

 

Les réformateurs l’ont fait – et leur œuvre a été bénie de Dieu.

 

Que le Seigneur nous accorde la même foi et le même zèle pour la cause de l’Evangile !

 

Amen.

 

Jean Haessig

 

Sermon du dimanche 24 octobre 2010 - 21ème dimanche après la Trinité

 

Texte : Ep 6.10-17

 

Chants proposés :

Gloire à ton nom, ô Dieu de paix, LlS 9 : 1-3

O Jésus, selon ta promesse, LlS 295 : 1-3

Quelle est la force et le soutien LlS 149 : 1-5

10 « Enfin, mes frères et sœurs, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa force toute-puissante.

 

11 Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu afin de pouvoir tenir ferme contre les manœuvres du diable.

 

12 En effet, ce n’est pas contre l’homme que nous avons à lutter, mais contre les puissances, contre les autorités, contre les souverains de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal dans les lieux célestes.

 

13 C’est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu afin de pouvoir résister dans le jour mauvais et tenir ferme après avoir tout supporté.

 

14 Tenez donc ferme : ayez autour de votre taille la vérité en guise de ceinture ; enfilez la cuirasse de la justice ;

 

15 mettez comme chaussures à vos pieds le zèle pour annoncer l’Evangile de paix ;

 

16 Prenez en toute circonstance le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais.

 

17 Prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. »

 

 (Segond 21, 2007)

Chers frères et sœurs

très bien armés par Dieu lui-même !

 

« […] Tenir ferme […] résister » […] tenir ferme […] tenez ferme ! […] » Cette répétition, cette insistance, ne vous a-t-elle pas frappés à la lecture de notre texte ? L’affaire est sérieuse, autrement l’apôtre Paul n’insisterait pas à ce point pour nous appeler à résister !

 

L’adversaire est tenace, le combat âpre, et de son issue dépend notre sort. Aussi, dit-il, « tenez ferme ! »

 

Mais Paul n’est pas pessimiste quant à l’issue de ce combat. Le tout est de bien connaître l’adversaire et de ne pas se tromper d’armes.

 

Aussi méditerons-nous aujourd’hui sur

 

L’ISSUE VICTORIEUSE

 

1.d’un terrible combat

 

2.grâce aux armes de Dieu

 

X X X 1 X X X

 

L’issue victorieuse de ce terrible combat.

 

Quel est-il, ce terrible combat ? – « Ce n’est pas contre l’homme que nous avons à lutter, mais contre les puissances, contre les autorités, contre les souverains de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal dans les lieux célestes. »

 

Ce n’est pas une lutte physique, que notre combat de croyants. Nous ne sommes pas engagés dans un corps à corps où nous verrions, sentirions ou pourrions saisir notre adversaire. Non, nos adversaires ne se laissent pas repérer par nos cinq sens. Ce ne sont pas des « hommes », des humains (v. 12). Ils sont invisibles, intouchables ; on ne les sent ni ne les entend. Ce sont des « esprits » (v. 12) qui n’ont ni « chair » ni « sang » (v. 12 ; NSB). Ils ont un autre mode d’existence que nous. Ils font partie d’un monde qui nous échappe.

 

Ce sont « les esprits du mal » (v. 12), les démons, l’armée satanique des anges déchus, à la tête desquels se trouve « le diable » (v. 11), « le Mauvais » (v. 16 ; NSB), celui par qui le mal a été introduit dans le monde, celui qui cherche par tous les moyens à retenir l’humanité captive sous l’emprise du mal, et nous en particulier.

 

L’apôtre Pierre, de son côté, met aussi en garde contre lui : « Soyez sobres, restez vigilants : votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. » (1 P 5.8)

 

Satan ne nous assaille pas continuellement. Il « manœuvre » avec ruse (v. 11) et sait attendre son moment. Sa ruse consiste à nous endormir, à nous faire croire qu’il ne s’en prendra jamais à nous. Pourtant, il est aux aguets, « il rôde » autour de nous et, au moment où nous nous y attendons le moins, il lance ses « flèches enflammées » (v. 16).

 

Pourquoi s’acharne-t-il ainsi contre nous ? Pourquoi nous hait-il tant ? Et quel est l’enjeu de l’affrontement ?

 

Revenons un peu en arrière. Satan et les démons sont des anges qui se sont rebellés contre Dieu, leur Créateur. Pour ce crime de lèse-divinité Dieu les a chassés et maudits.

 

En quoi a consisté leur rébellion, leur crime ? Dieu ne nous le révèle pas dans la Bible. Mais cela a dû être un forfait d’une extrême gravité, car, contrairement à l’humanité tombée dans le péché, Satan et ses « esprits du mal » n’ont pas de possibilité de salut. Pour eux il n’y a pas de Sauveur, pas de pardon.

 

Ils sont blessés à mort et se savent irrémédiablement condamnés. D’où leur haine contre Dieu. Mais contre lui ils sont impuissants. C’est donc indirectement qu’ils s’en prennent à lui, en s’attaquant à ses créatures, à nous, les humains.

 

Nous savons comment Satan a fait chuter toute l’humanité dans le péché, comment il a ainsi saboté et corrompu la merveilleuse œuvre de création de Dieu.

 

Malheureusement, les hommes se sont prêtés – et se prêtent encore – au jeu de Satan … pour leur malheur. C’est ainsi que, par notre faute, à travers nous, Satan arrive à faire du mal à Dieu (Gn 1 et 3).

 

Heureusement pour nous, Dieu a envoyé son Fils, Jésus-Christ, pour réparer le mal que Satan a commis, pour ramener l’humanité dans le giron de Dieu.

 

Nous connaissons l’histoire de la tentation de Jésus. Le diable a voulu détourner le Seigneur de sa mission de Sauveur. Il voulait que nous restions définitivement perdus pour Dieu. Mais notre Seigneur n’est pas tombé dans le piège (Mt 4.1-11).

 

Il a même fait plus – et il y a mis le prix : sa propre vie ! – Jésus a même « écrasé » Satan (Gn 3.15) et a « réconcilié » le monde avec Dieu (Rm 5.10). « Celui qui croit en lui », celui qui se réfugie avec foi auprès du vainqueur de Satan, « ne périt point », n’est plus entraîné par Satan sous la malédiction de Dieu, « mais a la vie éternelle » auprès du Christ (Jn 3.16).

 

Dieu a donc réussi à sauver au sein de l’humanité « un peuple qui lui appartienne » (Tt 2.14). Satan porte donc sa haine contre Dieu aussi contre nous, les croyants. Satan nous voit lui échapper. Jésus nous a obtenu le pardon et le salut, pas à lui. Comprenez qu’il nous a en grippe.

 

Voilà pourquoi il s’acharne contre nous, pas contre les incroyants ; ceux-là, malheureusement, se trouvent pris dans ses filets, sans le savoir.

 

Voilà pourquoi Satan envoie ses compères, « les souverains de ce monde de ténèbres, les esprits du mal » (v. 12), à nos trousses, ces démons que la haine et la rage du désespoir habitent et animent.

 

Quant aux flèches qu’ils nous décochent, elles sont terribles. Paul les nomme « les flèches enflammées du Mauvais » (v. 16). Quant elles atteignent leur cible, elles déclenchent des brûlures dévastatrices.

 

Voyez « la flèche » décochée à Adam et à Eve : elle a mis le monde entier à feu ; en succombant à la tentation du diable, Adam et Eve ont ouvert la porte à la corruption du monde entier et nous ont rendus coupables devant Dieu et mortels.

 

Depuis, « les souverains de ce monde de ténèbres, les esprits du mal » (v. 12), essayent d’entraîner les églises fidèles ou des croyants fidèles dans « les ténèbres » de l’erreur et de l’infidélité en les détournant de la vérité. Quelques « flèches » bien dirigées, et toute une famille, toute une paroisse ou toute une Eglise peut se mettre à flamber.

 

Deux chapitres plus haut, Paul parle de « ruse » et d’« habileté dans les manœuvres d’égarement » (Ep 4.14). Ne sous-estimons pas leur subtilité. Ils ont pas mal réussi : il suffit de voir combien d’églises et de sectes se sont égarées en partie ou en totalité.

 

Un premier danger qui nous menace, c’est le manque de connaissances bibliques. Moins votre foi est solidement fondée sur le roc salutaire de la Parole de Dieu et plus facilement votre foi pourra se voir transformée en opinions humaines sans fondement, et surtout sans lien avec le Sauveur.

 

Une autre menace, c’est la pression de la société, des gens qui nous entourent, peut-être même de proches. Et comme Pierre, pressé par les employés du chef prêtre, la question se pose : Courage ou pas courage ? Je témoigne ou je me tais ? J’affiche la couleur ou je me camoufle et cache ma foi en Jésus-Christ ?

 

Et de fil en aiguille, le camouflage se transforme en réalité, de manque de courage pour afficher sa foi on en arrive à ne plus croire du tout. Satan a réussi son coup.

 

Tenez, encore une tentation : celle du compromis. Bien entendu que dans la vie courante nous devons être capables de compromis. La vie en société n’est pas possible autrement. Mais dans le domaine de la Parole de Dieu, dans le domaine de la foi, Dieu en veut à ceux qui « boitent des deux côtés » (1 R 18.21).

 

Les passages sont nombreux qui nous mettent en garde de « servir deux maîtres, Dieu et Mammon [l’argent] » (Mt 6.24), de penser qu’il pourrait y avoir une troisième voix, celle de la neutralité, entre le « avec Jésus » et le « contre Jésus » (Mt 12.30),

 

Et on pourrait multiplier les exemples et les domaines concernés. En fait, tous les domaines de la vie le sont.

 

« Les ruses du diable » (v. 11), ses « flèches enflammées » (v. 16), ses tentations insidieuses, ont toutes un seul et même but : nous faire fléchir, briser notre résistance, nous arracher à notre communion avec Dieu, nous faire tomber dans « les ténèbres » de l’infidélité et de l’incrédulité, de l’aveuglement et de la dureté de cœur, bref, nous dresser finalement contre Dieu.

 

Comment résister à ces tentations ? Elles ont souvent l’air si … raisonnables !

 

X X X 2 X X X

L’issue victorieuse

grâce aux armes de Dieu.

 

Chers amis, il faut bien reconnaître que nous ne sommes pas de taille pour tenir tête à Satan. Contre ces « esprits » d’un autre « monde » nous n’avons pas de moyens de résister, pas de défense appropriée … à moins … oui, à moins que Dieu ne vienne à notre rescousse en nous fournissant des armes divines, l’armure et l’armement appropriés pour ce genre de combat. Et c’est effectivement ce qu’il fait.

 

Dans sa bonté infinie envers nous, Dieu est allé jusqu’au sacrifice de son Fils pour nous arracher aux filets meurtriers du péché et de Satan. Il met maintenant aussi à notre disposition toutes les armes divines nécessaires pour pouvoir « résister » (v. 13) et « tenir ferme contre les manoeuvres du diable » (v. 11).

 

« C’est pourquoi » « revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, » « prenez toutes les armes de Dieu afin de pouvoir résister dans le jour mauvais. » (v. 11 et 13).

 

Qui d’entre nous n’en a pas connu, de ces « jours mauvais » où la tentation de lâcher prise a été forte sous les assauts tenaces des « souverains de ce monde de ténèbres » (v. 11) ?

 

Aussi « prenons » « les armes » que Dieu nous tend ! Habituons-nous à les porter, exerçons-nous à les manier en périodes d’accalmie, pour être prêts « au mauvais jour » !

 

Elles sont de deux ordres, ces « armes » divines nous permettant de résister victorieusement. Voilà l’énumération que Paul en fait :

 

« Ayez autour de votre taille la vérité en guise de ceinture ; enfilez la cuirasse de la justice ;

 

mettez comme chaussures à vos pieds le zèle pour annoncer l’Evangile de paix ;

 

Prenez en toute circonstance le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais.

 

Prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. » (v. 14-17)

 

Ce qui frappe dans cette énumération, c’est le recours – à trois reprises – de la même arme, mais pour différentes fonctions : « la vérité » (v. 11), « la Parole de Dieu » (v. 17) et « l’Evangile » (v. 12), cette Bonne Nouvelle que Dieu est réconcilié avec les pécheurs que nous sommes, et ceci grâce à l’intervention et au sacrifice expiatoire de Jésus : celui-ci s’est laissé condamner à notre place et nous a ainsi évité de subir les conséquences de notre péché : la damnation et la mort éternelles.

 

« Ayez à vos pieds la vérité pour ceinture ! » Placez-vous en tout temps en pleine lumière de la vérité divine : le caractère mensonger et mortel des tentations de Satan vous apparaîtra alors immédiatement.

 

L’étude régulière de « la Parole de Dieu », voilà une bonne préparation au combat victorieux. Alors nous pouvons répondre aux tentations comme Jésus l’a fait en leur opposant : « Il est écrit ! » (Mt 4.4). « L’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu » met Satan en fuite.

 

C’est ainsi que nous pouvons écarter les compromis, résister aux pressions psychologiques de la société qui voudraient nous faire abandonner « la vérité », car les compromis nous faciliteraient la vie.

 

La volonté, « le zèle » pour résister aux tentations, seul « l’Evangile de paix » peut nous les donner, cette promesse que Dieu est en paix avec nous malgré nos péchés, qu’il est avec nous, pour l’amour de son Fils.

 

Cette « paix » avec Dieu nous est chère. Nous ne voulons la perdre à aucun prix. Voilà pourquoi « l’Evangile de paix » nous « donne le zèle » pour résister, pour lutter contre tout ce qui voudrait la rompre, cette paix si précieuse et éternelle.

 

Et puis – dit Paul – : « enfilez la cuirasse de la justice ; […] prenez en toute circonstance le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez aussi le casque du salut. »

 

Quand Satan nous malmène, quand il veut nous faire tomber dans nos travers, quand il assaille l’Eglise, « résistons-lui avec une foi ferme » (1 P 5.8), ayons confiance en notre Dieu Sauveur ! Il ne se dédie pas, ne trahit pas le verdict d’acquittement, l’absolution qu’il a prononcée sur nous pour l’amour de son Fils.

 

Il nous a imputé la justice de son Fils, il s’est lié à nous dans l’alliance de grâce du Baptême ; il ne va pas nous abandonner au milieu de la lutte et des tentations.

 

L’histoire de l’Eglise – particulièrement celle de la Réforme que nous commémorerons dimanche prochain – montre comment la certitude du pardon et du salut a fait échouer « les manœuvres » et a « éteint les flèches enflammées » du diable.

 

Chers amis, si l’Eglise du Christ a subsisté à travers les âges, si des croyants n’ont pas plié – si nous n’avons pas plié – sous les assauts et « les manœuvres » de Satan, n’oublions jamais qu’il n’y a pas de quoi en tirer fierté, car ce n’est pas grâce à nous, mais grâce à Dieu et à ses armes que nous avons pu « résister et tenir ferme ».

 

Et cela ne pourra durer que si nous continuons à ne pas nous tromper d’armes : seules celles que Dieu nous procure sont adaptées à ce combat.

 

Exerçons-nous donc assidûment et régulièrement au maniement de ces « armes de Dieu » !

 

« Etudions », sondons « les Ecritures » (Jn 5.39) pour être de plus en plus affermis dans « la vérité » de « la Parole de Dieu » !

 

« Etudions », sondons « les Ecritures », pour être fortifiés dans la foi en notre Dieu Sauveur, fortifiés aussi dans la certitude du salut que Jésus nous a obtenu !

 

Oui, « fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa force toute-puissante ! » (v. 10) « Prenez toutes les armes de Dieu afin de pouvoir résister » et Dieu vous rendra invincibles, invulnérables et victorieux !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

Publié par Eglise évangélique luthérienne à 21:41 Aucun commentaire:

LUNDI 25 OCTOBRE 2010

Sermon du dimanche 17 octobre 2010 - 20ème Dim. après la Trinité

 

 

 

Texte : 1 Th 4.1-8

 

Chants proposés :

Célébrez Dieu hautement LlS 7 : 1-5

Je veux t’aimer, Seigneur, je t’aime, LlS 263 : 1-5

Nous sommes au Seigneur LlS 281 : 1-4

Ô Jésus, notre divin Roi, LlS 166 : 1-3

ou

Louez Dieu car il est bon AeC 136 : 1-10

Oh ! prends mon âme, AeC 602 : 1-3

Ta volonté, Seigneur mon Dieu AeC 608 : 1-3

Prends ma main dans la tienne AeC 619 : 1-3

1 « Maintenant donc, frères et sœurs, vous avez appris de nous comment vous devez vous conduire et plaire à Dieu, et c’est ce que vous faites ; de même, nous vous le demandons et nous vous y encourageons dans le Seigneur Jésus : progressez encore.

 

2 Vous savez, en effet, quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus.

 

3 Ce que Dieu veut, c’est votre progression dans la sainteté : c’est que vous vous absteniez de l’immoralité sexuelle,

 

4 c'est que chacun de vous sache garder son corps dans la consécration et la dignité,

 

5 sans le livrer à la passion du désir comme les membres des autres peuples qui ne connaissent pas Dieu ;

 

6 c’est que personne, dans ce domaine, ne fasse de tort à son frère ou ne porte atteinte à ses droits, parce que le Seigneur fait justice de tous ces actes, comme nous vous l’avons déjà dit et attesté.

 

7 En effet, Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais à la consécration.

 

8 Celui, donc, qui rejette ces instructions ne rejette pas un homme, mais Dieu, qui vous a aussi donné son Saint-Esprit. »

 

 (Segond 21, 2007)

 

 

Chers frères et sœurs habités par l’Esprit saint !

 

« Ce que Dieu veut, c’est votre progression dans la sainteté ! » (v. 3) Ce passage, vous le connaissez sans doute mieux sous cette forme : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification ! » C’est clairement un commandement, une parole de Loi.

 

Ah ! bon … Mais comment faire coïncider cela avec cet autre passage : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » ? (1 Tm 2.4) Car ça, ce n’est pas de la Loi, c’est de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle à l’état pur.

 

Mais alors, Dieu, que veut-il finalement : que nous obéissions à sa Loi … ou que nous soyons sauvés ? … – Les deux, bien entendu. Mais les deux n’ont pas le même but.

 

La volonté première de Dieu, c’est que nous soyons tous sauvés des conséquences de notre état pécheur. C’est pour cela qu’il a envoyé son Fils en personne : pour nous sauver du péché, de la mort et de la puissance du diable. Et cette « Bonne Nouvelle » doit « être proclamée à toute la création » (Mc 16.16).

 

C’est là le message premier et primordial que nous devons répandre, car seul « l’Evangile est une puissance de Dieu pour le salut » (Rm 1.16) ; c’est « par l’Evangile » seul que nous avons été « appelés » et que nous sommes « gardés par la foi pour le salut » (2 Th 2.14 ; 1 Co 4.15 ; 1 P 1.5).

 

La Loi de Dieu, elle, par contre, ne nous permet pas d’atteindre ces buts. Au contraire, celui qui se fie aux œuvres qu’il accomplit, aux efforts qu’il fait pour obéir à la Loi de Dieu, ne peut qu’échouer, car il faudrait être parfait, sans péché, pour se mériter soi-même l’approbation de Dieu, pour qu’il soit satisfait de nous. D’où une certaine méfiance à l’égard de la Loi parce que nous ne pouvons être sauvés en la suivant.

 

Une méfiance bien déplacée, car « la Loi » de Dieu « est bonne » (Rm 7.16) ; il n’y a rien à y redire. Bien au contraire. Le problème est chez nous qui avons du mal à la respecter. Mais elle n’a pas été abolie pour nous.

 

Dieu nous l’applique comme barrière, comme miroir et comme règle de vie.

 

Comme barrière pour empêcher, dans une certaine mesure, les manifestations grossières du péché et préserver autant que possible l’ordre dans le monde.

 

Dieu utilise ensuite sa Loi comme miroir pour nous renvoyer notre image de pécheur.

 

Et il la donne, à nous, les croyants, comme règle de vie, en nous montrant comment nous pouvons mener une vie qui lui est agréable.

 

C’est de cela – de la règle de vie – que parle notre texte, de la vie sanctifiée des chrétiens, mais dans un domaine précis, celui de

 

LA SANCTIFICATION

DANS LE DOMAINE SEXUEL

 

Eh ! oui, pour Dieu il n’y a pas de domaine réservé, de domaine qui serait retiré ou exclu de sa Seigneurie, qui serait ignoré dans sa Parole.

 

Avec ce texte, l’apôtre Paul

 

1. s’adresse aux croyants

 

2. dans un contexte d’immoralité

 

3. pour nous encourager

à être de plus en plus consacrés

 

X X X 1 X X X

Cet appel à la sanctification

dans le domaine sexuel

s’adresse à nous, les croyants.

 

Paul s’adresse nommément à ses « frères et sœurs (v. 1) au début de notre texte. En premier lieu à ceux de « l’Eglise des Thessaloniciens » (1 Th 1.1) en Macédoine, au nord de la Grèce actuelle. Mais nous savons par Paul lui-même (Col 4.16) que ses épîtres devaient ensuite être recopiées et passées aux autres paroisses, et au-delà, à toute la chrétienté. Il s’adresse donc bien à nous aussi, croyants de St-Pierre de Châtenay-LePlessis.

 

Comme aux chrétiens de Thessalonique, « Dieu nous a », à nous aussi, « donné son Saint-Esprit » (v. 8). L’action du Saint-Esprit dans nos cœurs, c’est la chose la plus extraordinaire qui nous soit arrivée dans cette vie.

 

Aux Corinthiens, Paul demande (mais cette question s’adresse aussi à nous) : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3.16)

 

Se servant de l’Evangile, « puissance de Dieu pour sauver » (1 Rm 1.16), le Saint-Esprit a établi sa demeure en nous, nous a « appelés hors des ténèbres » de l’incrédulité et de la perdition « à la merveilleuse lumière » de Jésus-Christ, notre Sauveur, et de son salut (1 P 2.9).

 

Il nous a régénérés, il a éveillé en nous la nouvelle vie de la foi, de l’espérance et de l’amour, ou – pour parler avec Paul dans notre texte – « Dieu nous a [ainsi] appelés à la consécration », « à la sanctification » (v. 7).

 

Et à quoi Dieu s’attend-t-il que nous nous « consacrions » ? En fait, ce que Paul écrit ici montre que je devrais plutôt demander : à qui Dieu s’attend-t-il que nous nous « consacrions » ? – « A Dieu », évidemment. Il s’agit, écrit Paul, de « plaire à Dieu ». Il s’agit de mener une vie telle que tout ce que nous faisons, disons et pensons « plaise à Dieu » et lui soit « agréable ».

 

Mais … n’avons-nous pas dit que pour cela nos actes, nos paroles et nos pensées devraient être parfaites, complètement conformes à la Loi de Dieu, et que cela nous était impossible ?

 

Comment pourrions-nous alors « plaire à Dieu » ? Eh ! bien, figurez-vous, nous le pouvons ! Ou plutôt : Dieu considère que nous le faisons. Il accepte notre consécration, toute imparfaite qu’elle soit, comme « agréable », mais « agréable par Jésus-Christ ». C’est l’apôtre Pierre qui nous l’assure (1 P 2.5).

 

D’ailleurs l’épître aux Hébreu ne nous dit rien d’autre. Certes, elle le formule ainsi : « Sans la foi il est impossible d’être agréable à Dieu » (Hé 11.6). Cela veut dire : « Avec la foi cela est possible », « celui qui se réfugie avec repentance et foi auprès de Jésus, celui-là est agréable à Dieu », Dieu accepte sa consécration pour l’amour de son Fils.

 

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’appel à la consécration ou sanctification que Dieu nous adresse ici.

 

Avouons que

 

X X X 2 X X X

Cet appel à la sanctification

dans le domaine sexuel

tombe à pic dans notre monde immoral.

 

S’il y a un « domaine » (v.6) où le monde s’est laissé complètement éloigner de la Loi morale, c’est bien celui sexualité. Dieu en avait fait quelque chose de « très bon » (Gn 1.31), le monde en a fait quelque chose de nauséabond. Et ça ne s’arrange pas.

 

Vous n’avez sans doute pas pu rater la nouvelle controverse qui s’étale dans les journaux autour de Monseigneur André Léonard, primat de Belgique (un « primat » est, dans l’Eglise de Rome, l’évêque qui possède la suprématie, au moins honorifique, sur tous les évêques et archevêques de son pays).

 

Mgr Léonard a dit que le sida est une « sorte de justice immanente » qui arrive lorsqu’on malmène la nature profonde de l’amour humain ». « Quand on malmène l'environnement, il finit par nous malmener à son tour. Et quand on malmène l'amour humain, peut-être finit-il par se venger, sans qu'il faille y faire intervenir une cause transcendante. » « Malmener la nature profonde de l'amour humain finit toujours par engendrer des catastrophes à tous niveaux. »

 

Aujourd’hui on a le droit d’attaquer et de s’en prendre à tout le monde et à tous les comportements, sauf à l’homosexualité. Pourtant, quand la Bible en parle elle parle de « passions déshonorantes », de « rapports sexuels contre nature », d’« actes scandaleux » (Rm 1.24-27).

 

Mais ce n’est pas le seul exemple de ce que Paul appelle dans notre texte de « l’impureté » (v. 7) contraire à la « consécration », contraire à une vie d’enfant de Dieu.

 

L’infidélité dans le mariage est prônée par notre monde comme la norme de personnes saines. Ne restent fidèles que ceux qui sont coincés.

 

Et les tentations sont omniprésentes – dans la rue, dans les médias, partout – de « se livrer à la passion du désir comme les membres des autres peuples qui ne connaissent pas Dieu » (v. 5).

 

Dieu n’est pas contre « le désir » et « la passion » dans le couple marié. Il nous a même créés ainsi et a déclaré que c’était « très bon », mais « très bon » dans le mariage, pas ailleurs. C’est une des raisons pour lesquelles il a institué le mariage.

 

Non, Paul s’en prend ici au détournement de « la passion du désir » ; il s’en prend au détournement de cette belle chose ; il s’en prend à ceux qui salissent et dénaturent l’intimité sexuelle en la vivant ailleurs que dans le cadre que Dieu a institué pour cela.

 

C’est là, écrit Paul, le comportement de ceux « qui ne connaissent pas Dieu », « qui ne connaissent pas » sa bonté, sa sagesse, son amour pour nous dans tout ce qu’il a disposé et prescrit pour nous.

 

Et puis surtout, ils ne connaissent pas Dieu tel qu’il se révèle dans son Evangile en Jésus-Christ. Ils n’ont donc que faire de sa Loi morale, ils n’ont aucune raison de « progresser dans la sanctification », car aucune raison de vouloir « plaire à [un] Dieu » qu’ils ne connaissent pas et en qui ils ne croient pas, à qui ils pensent ne rien devoir.

 

Ce qui est malheureux, c’est que le monde ne veut pas voir qu’il se détruit ainsi, car il « fait [ainsi] du tort à son prochain » et « porte atteinte à ses droits » (v. 6).

 

Ces termes peuvent nous surprendre. Mais voyez notre société qui se délite. Les passions débridées « causent » beaucoup « de mal » dans les couples, dans les familles, entre familles.

 

Et les passions débridées « portent atteinte aux droits » des époux, des enfants (n’oublions pas le droit des enfants) ; elles « portent atteinte au droit » divin tout court.

 

X X X 3 X X X

C’est dans ce contexte

que Paul nous appelle

à montrer notre consécration

et notre rejet de l’immoralité.

 

C’est dans ce contexte de délitement – ce qui voulait dire à l’origine : changer de lit … d’où « être pris en flagrant délit » et « l’objet du délit », termes qui n’ont plus ce sens aujourd’hui – c’est donc dans ce contexte de délitement que Dieu nous invite dans notre texte à « garder » aussi notre « corps dans la consécration et la dignité » (v. 4).

 

Nous ne sommes pas deux personnes : l’une serait l’âme, l’autre le corps ; l’une (l’âme) serait concernée par « la sanctification », l’autre (le corps) ne le serait pas.

 

Non, Dieu nous a créés, sauvés et sanctifiés corps et âme. D’où l’invitation de notre texte à « garder [notre] corps dans la consécration et la dignité ».

 

Et quel est le grand argument que Paul emploie pour nous entraîner dans la voie de la « sanctification » ? Non pas les menaces, les injonctions, mais une révélation. Non pas la Loi, mais l’Evangile : « Dieu vous a donné son Saint-Esprit » (v. 8).

 

Il ne sert à rien de brandir la Loi : seul celui qui a foi dans le salut de Jésus-Christ et qui lui en sait gré et qui l’aime, voudra aussi, « poussé par l’amour du Christ » (1 Co 5.14), lui faire plaisir par une vie consacrée.

 

Cet argument, Paul le développe davantage dans une autre de ses épîtres, la première qu’il ait envoyée aux Corinthiens. Là-bas il écrit :

 

« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3.16)

 

« Votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu. Vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes car vous avez été rachetés à un grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps ! » (1 Co 6.19-20)

 

Notre « corps », le « corps » de nous qui plaçons notre foi en Jésus-Christ, « est le temple du Saint-Esprit qui est en [nous] et que [nous] avons reçu de Dieu ». Allons-nous employer ce « temple du Saint-Esprit » pour le livrer à « l’impureté », pour le transformer en porcherie ?

 

Par l’habitation du Saint-Esprit notre personne – y compris notre corps – est devenue « un temple saint », consacré à Dieu (1 Co 3.17). Allons-nous le consacrer à ce qui horripile notre Dieu Sauveur, qui horrifie le Saint-Esprit ? Allons-nous mettre notre salut en jeu en faisant fuir le Saint-Esprit ?

 

Voilà les considérations que nous soumet l’apôtre.

 

Ceci étant – et c’est heureux, même miraculeux, pour nous ! – Jésus est mort pour tous les pécheurs, il a expié tous les péchés quels qu’ils soient ; le pardon est disponible auprès de lui pour tous les dérapages, aussi importants soient-ils.

 

N’oublions pas, Paul a aussi su écrire : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5.20). Nous en avons tous déjà fait l’expérience ; nous vivons tous de cette grâce et de ce pardon en Jésus-Christ, les uns plus pour ceci, d’autres plus pour cela.

 

Que le Saint-Esprit qui nous a été donné nous remplisse de joie, de foi et d’amour !

 

Qu’il nous maintienne dans une vie de repentance et de foi de tous les jours et nous aide à « progresser dans la consécration », pour que notre vie soit de plus en plus un témoignage à sa seule gloire !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

Sermon du dimanche 3 octobre 2010- Fête des Récoltes

 

FETE DES RECOLTES ET D’ACTION DE GRÂCES

 

Texte : Ps 104.10-15+27-30

 

Chants proposés :

 

Bénissons l’Eternel, le Créateur LlS 135 : 1+3+6-8

Seigneur, jusqu’aux bornes du monde LlS 138 : 1-4

Le Dieu qui nous donna l’être LlS 136 : 1-5

10 « L’Eternel conduit les sources vers des torrents qui parcourent les montagnes.

 

11 Tous les animaux sauvages y boivent, les ânes y étanchent leur soif.

 

12 Les oiseaux du ciel nichent sur leurs rives et chantent dans les feuillages.

 

13 Du haut de sa demeure, Dieu arrose les montagnes. La terre est rassasiée du fruit de ton travail.

 

14 Il fait pousser l’herbe pour le bétail et les plantes pour les besoins de l’homme afin que la terre produise de la nourriture :

 

15 le vin qui réjouit le cœur de l’homme et fait, plus que l’huile, resplendir son visage, et le pain qui fortifie le cœur de l’homme.

 

16-26 […]

 

27 Tous ces animaux espèrent en toi pour que tu leur donnes la nourriture au moment voulu.

 

28 Tu la leur donnes, et ils la prennent ; tu ouvres ta main, et ils sont rassasiés de biens.

 

29 Tu te caches, et ils sont épouvantés ; tu leur retires le souffle, et ils expirent, ils retournent à la poussière.

 

30 Tu envoies ton souffle, et ils sont créés ; tu renouvelles ainsi la surface de la terre. »

 (Segond 21, 2007)

 

Chers frères et sœurs en Christ,

enfants d’un Créateur si grand et si prévenant !

 

La Fête annuelle des Récoltes est une fête d’actions de grâces, un culte de louange et de reconnaissance que nous rendons à Celui à qui nous devons d’avoir « ce qui est nécessaire à l’entretien de cette vie » (Martin Luther, Petit Catéchisme), d’avoir même bien plus que cela, et de nous le donner dans un cadre si merveilleux.

 

Nous ne vivons plus dans la société rurale d’il y a 2500 à 3000 ans, surtout ici, dans l’agglomération parisienne. Aucun d’entre nous ne vit des récoltes qu’il ferait dans ses champs ou ses jardins.

 

Mais tous nous dépendons des récoltes que le Seigneur fait lever dans notre pays et de par le monde. Et toute activité économique dépend directement ou indirectement des conditions météorologiques, donc de la qualité du cadre de vie.

 

Penchez-vous sur une carte du monde et voyez où sont concentrés les pays aux niveaux de vie les plus élevés … Pas au Sahel, même si on y extrait du minerai comme l’uranium.

 

L’auteur de notre psaume – un psalmiste anonyme – est conscient de cette relation entre le niveau de vie et le climat, en fait entre le niveau de vie et le Maître du climat, « l’Eternel ».

 

Ce psaume est une véritable gerbe d’étincelles à la louange de notre Créateur, une mise en chant du récit de la Création.

 

Nous aussi nous voulons entrer dans son chant, car pour nous aussi, cette année encore, Dieu a fait de grandes choses. Durant l’année de récoltes, les douze derniers mois, il nous a permis de vivre à l’aise et de connaître, à côté d’épreuves qui sont aussi notre lot ici-bas, une vie matérielle que d’autres nous envient.

 

Nous allons faire une exception aujourd’hui, et tout simplement nous laisser entraîner par le psalmiste verset après verset dans son chant de

 

LOUANGE AU DIEU DE LA CREATION

 

X X X

 

« L’Eternel conduit les sources vers des torrents qui parcourent les montagnes. » (v. 10)

 

Si Dieu fait des miracles, il a néanmoins créé le monde en le soumettant à des lois précises, les lois de la nature. Et au départ de notre plat de légumes ou de notre rôti, il y a la … météo !

 

Dieu a une toute autre conception de la météo que la plupart des gens. Pour lui, pluie n’est pas synonyme de mauvais temps.

 

Ayant grandi et vécu presque exclusivement à la campagne les 55 premières années de ma vie, je suis toujours pour le moins perplexe quand les commentateurs météo parlent de mauvais temps quand il pleut. Je me rappellerai toujours la remarque d’un paroissien agriculteur qui m’a dit : « Dans une année pluvieuse jamais un paysan n’est mort de faim. »

 

On ne peut pas en dire autant d’une année de sécheresse. Songez aux canicules de 1975, ou à celle de 2003 (nos nappes phréatiques ne sont toujours pas reconstituées), ou songez aux pays du Sahel ! Non, nous avons toutes les raisons de chanter quand « l’Eternel conduit les sources vers des torrents qui parcourent les montagnes. » (v. 10)

 

X X X

 

« Tous les animaux sauvages y boivent,

les ânes y étanchent leur soif. » (v. 11)

 

La pluie est une véritable bénédiction. Dieu l’utilise pour que nous puissions assouvir un besoin vital : étancher la soif, pas seulement « la soif » des animaux, aussi la nôtre.

 

« L’eau est le principal constituant du corps humain. La quantité moyenne d’eau contenue dans un organisme adulte est de 65 %, ce qui correspond à environ 45 litres d’eau pour une personne de 70 kilogrammes.

 

« Le corps humain ne peut pas stocker l’eau. En effet, l’organisme élimine en permanence de l’eau via les excrétions […], la respiration […], et surtout la transpiration […] : plus la chaleur et/ou l’activité physique sont importantes, plus la transpiration est abondante. […]

 

« Pour maintenir l’organisme en bonne santé, les pertes en eau doivent toujours être compensées par les apports. « La soif » est d’ailleurs un mécanisme par lequel l’organisme "avertit" qu’il est en état de déshydratation et c’est pourquoi il n’est pas bon d’attendre d’avoir soif pour boire. » ( www.cnrs.fr )

 

Le Créateur a tout prévu. Ne négligeons pas d’écouter ce que nous dit le corps qu’il nous a « façonné » (Gn 2.7).

 

X X X

 

« Les oiseaux du ciel nichent sur leurs rives

et chantent dans les feuillages. » (v. 12)

 

Oui, notre Créateur a songé à embellir notre cadre de vie : le chant des oiseaux, la musique, le chant humain.

 

X X X

 

« Du haut de sa demeure,

Dieu arrose les montagnes.

La terre est rassasiée du fruit de ton travail. »

(v. 13)

 

Le psalmiste met Dieu en scène. On a l’impression de le voir un arrosoir à la main !

 

Egalement en train d’accrocher plein de boules au sapin de sa création, ou, comme un vendangeur, en train de déverser le contenu de sa hotte sur la terre.

 

X X X

 

« Il fait pousser l’herbe pour le bétail

et les plantes pour les besoins de l’homme

afin que la terre produise de la nourriture : »

(v. 14)

 

Tout est fait dans notre intérêt. Dieu veille à ce qu’il y ait de la nourriture pour « le bétail », bétail qui à son tour nous apporte les laitages, les œufs, la viande, mais aussi la laine, le cuir, etc.

 

« Il fait [aussi] pousser les plantes », et là encore dans notre intérêt, car Dieu a créé notre corps avec ses besoins en nourriture végétale.

 

« La nourriture » que nous avons sur nos tables ne nous tombe pas toute cuite du ciel : il y a toute une chaîne de travailleurs pour l’amener sur nos tables :

 

 ---- les producteurs (agriculteurs, arboriculteurs, maraîchers, etc.),

 

 ---- les « transformateurs » (meuniers, boulangers et autres industries alimentaires)

 

 ---- et sans doute aussi des négociants et autres transporteurs intermédiaires,

 

 ---- sans compter le papa ou la maman qui fait la cuisine.

 

Pourtant, c’est bien Dieu qui « produit la nourriture », car pour qu’il y en ait, il faut qu’il bénisse non seulement la météo, mais aussi tous les travaux nécessaires entre sa pluie et son soleil d’une part, le plat fumant sur la table d’autre part.

 

X X X

 

Parmi la nourriture que Dieu fait produire, le psalmiste énumère

 

« le vin qui réjouit le cœur de l’homme

et fait, plus que l’huile, resplendir son visage,

et le pain qui fortifie le cœur de l’homme. »

(v. 15)

 

Dieu n’est pas un « triste Sire » : dans l’énumération de « la nourriture » qu’il « produit », il commence par le vin pour finir avec « le pain », bref il commence par ce « qui réjouit le cœur de l’homme » : « le vin ». Bien entendu Dieu songe ainsi à nous procurer de la joie, non pas à nous énivrer : la Bible a des mots très durs pour « l’ivrognerie » (1 P 4.3)

 

Le psalmiste continue ensuite avec ce qui « fait resplendir le visage » : « l’huile » ; aujourd’hui nous parlerions de produits de beauté.

 

Dieu ne pense pas seulement à l’utilitaire, il veut aussi nous procurer du plaisir. Et cela il l’a aussi fait au courant de l’année passée. Dieu a aussi le sens du beau et de l’agréable. Il pense aussi à la beauté de notre cadre de vie.

 

Il ne parle qu’en fin de liste de ce qui « fortifie le cœur de l’homme » : « le pain ». Mais il a une grande place dans l’organisation de Dieu, car Dieu se préoccupe de notre santé et de notre équilibre.

 

Quand, parfois, nous avons l’impression qu’il s’en désintéresse, c’est que nous oublions que les récoltes et autres biens que nous lui devons dans le domaine matériel, sont là pour agrémenter notre passage sur terre, un voyage qui n’est pas fait pour durer : c’est le bout du voyage, la félicité dans les cieux, qui est fait pour durer sans fin.

 

C’est pour cela que dans nos cultes nous parlons plus souvent des biens spirituels et célestes que des biens matériels ; mais aujourd’hui, c’est le jour des biens matériels !

 

« Le pain » peut être étendu au sens large pour désigner « tous les biens nécessaires à l’entretien de notre vie » (Martin Luther, Petit Catéchisme) : ceux-là, nous les avons eus cette année.

 

Quant au « vin » et à « l’huile », ils peuvent aussi être pris au sens large pour tous les plaisirs que Dieu nous a accordés en plus du nécessaire : un salaire plus que suffisant, du confort, des loisirs, mais aussi une couverture sociale qui connaît, certes, des problèmes comme tout ici-bas, mais qui a quand même le mérite d’exister. Ne soyons pas ingrats.

 

X X X

 

« Tous ces animaux espèrent en toi

pour que tu leur donnes la nourriture

au moment voulu. » (v. 27)

 

Tout le monde, y compris le monde animal et végétal, est tendu vers les bienfaits de l’équilibre climatique. Consciemment ou non, tous attendent et espèrent que Dieu fasse le nécessaire pour cela.

 

Mais nous qui sommes conscients que cela vient du Créateur, nous savons aussi qu’il est seul juge du « moment » adéquat pour la pluie, la neige, le soleil ou le brouillard, pour le chaud ou le froid. Il fait cela « au moment voulu ». Heureusement que nous ne sommes pas impliqués dans cette décision, sinon ce serait une raison de querelles et de guerres supplémentaire.

 

Ce faisant, Dieu nous forme à son école de patience, mais aussi à son école de la foi. Il veut nous apprendre à lui faire confiance, à montrer que nous savons qu’il « fait tout contribuer au bien de ceux qui l’aiment » (Rm 8.28), les jours agréables comme les pénibles.

 

X X X

 

Il est vrai qu’il ne fait pas beau chaque jour. Un jour les conditions climatiques peuvent être favorables, une autre fois non, et encore, ce n’est pas pareil partout. Les mêmes variations, nous pouvons les connaître au niveau du travail, de la santé, de la vie du pays. Et nous n’y comprenons souvent pas grand-chose à la façon de s’organiser de Dieu, à sa façon d’organiser notre vie.

 

Le psalmiste confesse : « Les choses nécessaires à l’entretien de notre vie,

 

tu [les] leur donnes, et ils [les] prennent ;

tu ouvres ta main,

et ils sont rassasiés de biens. » (v. 28)

 

X X X

 

Mais il continue aussi :

 

« Tu te caches, et ils sont épouvantés ;

tu leur retires le souffle, et ils expirent,

ils retournent à la poussière. » (v. 29)

 

Oui, parfois on a l’impression que Dieu « se cache », qu’il est aux abonnés absents, ou qu’il dort malgré le déchaînement des éléments, un peu comme quand Jésus dormait sur le bateau au milieu de la mer déchaînée et que ses disciples paniquaient.

 

Pourquoi laisse-t-il les tsunamis, les tremblements de terre, les inondations ou les énormes incendies ravager des régions entières ?

 

Pour nous faire comprendre que nous ne sommes rien comparés à lui. Pour tourner l’attention des gens sur lui. Pour nous amener à la repentance et à nous remettre avec confiance à sa bonté. Car sa volonté première est toujours de nous faire du bien, et avant tout de nous amener au plus grand bien qui soit, au bonheur suprême : la félicité éternelle.

 

C’est ce qu’il a amplement montré en allant jusqu’à se sacrifier pour nous sur la croix.

 

Il nous le montre aussi avec les bénédictions terrestres, un tout petit avant-goût de la félicité qui nous attend dans l’éternité.

 

X X X

 

Certes, les générations quittent l’une après l’autre ce monde par la porte de la mort. Mais ce n’est pas le point final, ni ici-bas, ni dans l’au-delà,

 

« Tu envoies ton souffle, et ils sont créés ;

tu renouvelles ainsi la surface de la terre. »

(v. 30)

 

Ici- bas, il suscite de nouvelles générations pour remplacer celles qui s’en vont « et renouvelle ainsi la surface de la terre ».

 

Il la renouvelle aussi dans le monde animal et végétal.

 

Une chose qui m’a toujours impressionnée, c’est la force que Dieu a déposée dans la nature, la force réparatrice. Songez aux marées noires, voire à des sols souillés. Quelles énormes catastrophes naturelles. Des années après, la nature de Dieu a repris le dessus. Dieu a effacé les traces du mal.

 

Mais là où « le souffle de Dieu » fait encore plus de merveilles, c’est quand il fait revivre les siens dans l’éternité. Là-bas la météo sera toujours bonne ; là-bas nous ne manquerons de rien ; là-bas nous ne connaitrons plus d’angoisses. Notre périple aura atteint son but.

 

X X X

 

On ne peut pas demeurer inerte devant tant de bonté, devant tant de bienfaits.

 

Aussi confessons-nous avec Martin Luther : « Je dois, pour tous ces bienfaits, le bénir et lui rendre grâce, le servir et lui obéir. C’est ce que je crois fermement. » (Petit Catéchisme)

 

« Le bénir et lui rendre grâce », nous le faisons dans ce culte. Mais faisons-le aussi dans notre vie quotidienne. Témoignons de sa bonté en lui faisant honneur par notre mode de vie, notre façon de nous conduire, notre façon de nous impliquer.

 

Témoignons-lui notre gratitude en « le servant », en lui rendant service, à lui et à son Eglise pour qu’elle puisse continuer à répandre sa louange dans le monde.

 

Et avec le psalmiste concluons avec entrain :

 

« Je veux chanter en l’honneur de l’Eternel tant que je vivrai, je veux célébrer mon Dieu tant que j’existerai ! » (Ps 104.33)

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

Publié par Eglise évangélique luthérienne à 14:37 Aucun commentaire:

Mariage et baptême - samedi 2 octobre 2010

 

Texte : 1 Ch 17.27

 

Bénédiction Nuptiale de Marc et Hafy

Baptême d’Ilona

Chants :

Regarde tes enfants LlS 5 : 1-3

Bénédiction nuptiale

Sur ces époux, du haut du ciel LlS 341 : 1-2

Baptême

Nous t’amenons cet enfant LlS 154 : 1+3+6

Par la puissance du Baptême LlS 157 : 1+2+4+6

« Veuille donc bénir la famille de ton serviteur

afin qu’elle subsiste éternellement devant toi,

car ce que tu bénis, Eternel,

est béni pour l’éternité ! »

 (Segond 21, 2007)

Chère assemblée en fête,

et plus particulièrement vous, chers Marc et Hafy,

qui venez chercher

la bénédiction de Dieu sur votre union

et celle du Baptême pour Ilona

 

Deux occasions exceptionnelles nous réunissent aujourd’hui dans la Maison du Seigneur, deux occasions extrêmement importantes dans vos vies, mais tout aussi importantes aux yeux de Dieu : votre union conjugale et le Baptême d’Ilona.

 

Dieu souligne avec force l’importance qu’il donne à l’une et à l’autre. La première – l’union conjugale – c’est la toute première institution qu’il a établie sur terre, et ce dès le 6ème jour de la création. Quant à l’autre – le Baptême – c’est l’un des deux sacrements que son Fils a institués à la fin de son ministère visible sur terre.

 

Vous avez souhaité cette double cérémonie parce que vous savez que Dieu a promis sa bénédiction au mariage et au Baptême. Votre attitude est la même que celle de David dans notre texte. Comme lui, vous priez Dieu : « Veuille donc bénir la famille de ton serviteur, » la famille et chacun de ses membres !

 

Le mot « bénir » vient du latin « benedicere », dire du bien, annoncer de la part de Dieu du bien à quelqu’un. Et quand Dieu fait annoncer du bien à quelqu’un, quand il lie sa bénédiction à une institution comme l’état du mariage ou à un sacrement comme le Baptême, ce ne sont pas des paroles creuses.

 

Comme le confesse David avec une assurance qui ne connaît aucun doute : « Ce que tu bénis, Eternel, est béni pour l’éternité ! »

 

Nous allons donc brièvement nous rappeler les bénédictions que Dieu a liées au mariage et au Baptême. Mais contrairement à l’ordre de ce culte, nous allons commencer par le Baptême, puis parler de l’état du mariage.

 

X X X 1 X X X

Les bénédictions que Dieu a liées au

BAPTÊME

 

Quand Jésus a institué le sacrement du Baptême, il a dit : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les […] et enseignez-leur […] » (Mt 28.19)

 

Jésus envoie son Eglise dans « toutes les nations » pour y faire « des disciples » par le Baptême et l’enseignement. Jésus a institué le saint Baptême pour nous arracher à la mort à laquelle notre état pécheur nous a voués, et pour nous hisser dans son Royaume de grâce et de vie.

 

Le but du Baptême, comme l’écrit l’apôtre Pierre, est de nous « sauver » (1 P 3.21), de nous arracher à la damnation éternelle que nous attire notre état pécheur.

 

Voilà, pour résumer, la bénédiction que Dieu a liée au Baptême.

 

Bien entendu, cela suscite quelques questions. Par exemple :

 

Comment se peut-il que le Dieu Trois-fois-Saint accepte des pécheurs comme nous auprès de lui ?

 

« Comment l’eau peut-elle opérer de si grandes choses, » surtout dans un bébé qui n’est pas conscient de ce qui se passe ?

 

Comment peut-on appliquer la parole de David – « Ce que tu bénis, Eternel, est béni pour l’éternité ! » – au Baptême quand on voit tant de baptisés tourner plus tard le dos à Jésus-Christ. Sont-ils quand même « éternellement bénis » parce qu’ils ont été baptisés dans le passé ?

 

X X X

 

Comment se peut-il que le Dieu Trois-fois-Saint accepte des pécheurs par le Baptême ?

 

C’est encore l’apôtre Pierre qui nous donne la réponse, cette fois-ci dans sa prédication de Pentecôte à Jérusalem. Il appelle ses auditeurs à se repentir et à se faire baptiser dans un but bien précis : « pour » obtenir « le pardon de leurs péchés » (Ac 2.38).

 

Dans le Baptême Dieu nous offre le pardon de nos péchés. Bien entendu, pas comme ceci, en claquant des doigts, mais le pardon des péchés obtenu pour nous de haute lutte par son Fils sur la croix.

 

C’est l’apôtre Paul qui en parle beaucoup. Il écrit par exemple : « C’est dans la mort de Jésus-Christ que nous avons été baptisés » (Rm 6.3). Dans le Baptême Dieu déverse sur nous les fruits du sacrifice expiatoire de Jésus. Par le Baptême Dieu nous communique les bienfaits de la mort et de la résurrection de son Fils.

 

Ailleurs il écrit qu’ainsi « nous avons revêtu Christ » (Ga 3.27). Dans le Baptême, Dieu nous recouvre de la justice, de la sainteté de son Fils. Voilà pourquoi il nous est possible de vivre dans sa communion : notre péché est recouvert par la justice du Christ.

 

X X X

 

Dans son Petit Catéchisme (1529), Martin Luther a posé une question qu’il savait que les gens se posaient : « Comment l’eau peut-elle opérer de si grandes choses, » surtout dans le cas d’un bébé qui n’est pas conscient de ce qui se passe ?

 

Dans sa réponse, Luther cite ce que l’apôtre Paul écrit à son collaborateur Tite : « Dieu nous a sauvés […] conformément à sa compassion, à travers le bain de la nouvelle naissance et le renouvellement du Saint-Esprit qu’il a déversé avec abondance sur nous par Jésus-Christ, notre Sauveur. » (Tt 3.5-6)

 

A travers le Baptême c’est Dieu le Saint-Esprit lui-même qui renouvelle l’esprit du baptisé, c’est le Saint-Esprit qui lui fait vivre une « nouvelle naissance », le fait naître à la vie spirituelle de la foi en Jésus-Christ.

 

Nous sommes là face à un « mystère » – comme Paul l’appelle (1 Co 4.1) – mais à un merveilleux « mystère » ! – celui de notre sauvetage pour l’éternité ! celui de notre réception dans la divine Alliance de grâce et de vie du Baptême !

 

Ce miracle, le Saint-Esprit n’a pas plus de problèmes à l’opérer dans un bébé que dans un adulte. Pas plus qu’un mort physique ne peut se réveiller lui-même à la vie, l’adulte incroyant ne peut se réveiller lui-même de la mort spirituelle à la vie spirituelle. Dans les deux cas – des bébés comme des adultes – c’est le Saint-Esprit qui produit la foi. Jésus lui-même a dit que « ces petits » peuvent être amenés à « croire en lui » (Jn 3.6).

 

X X X

 

Mais David affirme dans notre texte : « Ce que tu bénis, Eternel, est béni pour l’éternité ! » Comment peut-on appliquer cette parole de David au Baptême quand on voit tant de baptisés tourner plus tard le dos à Jésus-Christ. Sont-ils quand même « éternellement bénis » parce qu’ils ont été baptisés dans le passé ?

 

Réfléchissons un instant ! Pour notre consolation, cette vérité de la bénédiction éternelle s’applique effectivement à notre Baptême. Dieu n’a qu’une parole. Et les clauses de son Alliance du Baptême indiquent : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé ! » (Mc 16.16) Les baptisés qui, nourris par « l’enseignement » (Mt 28.20) constant de son Evangile, mènent une vie de repentance et de foi en Jésus-Christ, demeurent « revêtus » de Christ, donc pardonnés, donc sauvés, donc « éternellement bénis ».

 

Tu peux tomber dans le péché – c’est malheureux à dire, mais tu tomberas inéluctablement dans des péchés au cours de ton existence – mais si tu t’en repens et invoques le sacrifice expiatoire que Jésus a offert pour toi, pour l’amour de son Fils, Dieu te maintient dans son Alliance de grâce éternelle.

 

Il est vrai que la seconde clause du contrat divin dit : « […] mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16.16)

 

Celui qui veut se passer du Christ, celui qui ne s’appuie plus sur l’œuvre du Christ, rompt l’Alliance du Baptême. Les bénédictions éternelles ne s’appliquent plus à lui.

 

Mais s’il se repent et revient avec foi à Jésus-Christ, les clauses de son Baptême s’appliquent de nouveau, car de son côté, Dieu reste fidèle a ses clauses, et ceci pour l’éternité.

 

Ne l’oublions jamais, si nous devions nous être laissé éloigner de l’alliance du Baptême : le souhait le plus vif de Dieu est de pouvoir de nouveau nous faire bénéficier de sa grâce, de cette grâce et de cette vie éternelle que Jésus-Christ nous a obtenues sur la croix.

 

Ne l’oublions pas, et n’oublions pas de prier pour ceux qui ont rompu cette alliance. Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir !

 

Marc et Hafy, venons-en maintenant au second point.

 

X X X 2 X X X

Les bénédictions que Dieu a liées à L’ÉTAT CONJUGAL

 

sont-elles du même ordre ? Dans quelle mesure puis-je appliquer au mariage cette affirmation de David : « Ce que tu bénis, Eternel, est béni pour l’éternité ! »

 

Ce qui frappe dans le récit de la création, c’est que lorsque Dieu créa le premier couple il est précisé : « Il les créa » – mot à mot dans l’hébreu – « mâle et femelle », autrement dit de façon à se compléter sur le plan affectif et sexuel. Puis « Dieu constata que c’était très bon. » (Gn 27+31)

 

L’épanouissement intime du couple marié entre tout à fait dans la vision de Dieu, c’est même un but très clair de son institution du mariage.

 

Mais ce n’est pas le seul. Dieu donne encore une autre raison à la création de la femme à côté de l’homme : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je lui ferai une aide qui soit son vis-à-vis », « qui lui corresponde » (Gn 2.10) Ce sont les deux pièces d’un seul et même puzzle. Aussi Jésus précise-t-il : « Les deux ne feront qu’un, » mot-à-mot : « qu’une seule chair » (Mt 19.5), qu’un seul ensemble ou tandem ou unité.

 

Et ceci dans tous les domaines de la vie – ou pour reprendre les mots mêmes que Dieu utilise dans le récit de la création – pour « devenir nombreux, remplir la terre et la soumettre » (Gn 1.28).

 

« La soumettre » … Ainsi, ils doivent maîtriser la vie ensemble, en se concertant, en agissant de concert.

 

Sans doute répartiront-ils les tâches entre eux, mais la vie conjugale est un duo où les deux voix doivent chanter harmonieusement l’une avec l’autre.

 

Oh ! il y aura des couacs, des fausses notes ! Il y en a sans doute déjà eu depuis votre mariage civil. Il y en a dans tous les couples. Dans ce cas, on s’arrête, on reconnaît ses torts, on demande pardon, on corrige et on reprend.

 

La vie de repentance et de foi des baptisés, ça s’exerce aussi dans le domaine du couple. Aucun domaine de la vie n’en est exclu. Il n’y a pas les domaines où je me comporte en chrétien, et d’autres où je fais le contraire.

 

La bénédiction qui repose sur les baptisés repentants et croyants repose aussi sur nous dans notre dimension conjugale.

 

Mais il y a autre chose encore. Il est frappant de voir que dès que Dieu eut créé le premier couple, Adam et Eve, il les a tout de suite « béni » (Gn 1.28).

 

Il ne nous lance pas dans le mariage en nous tournant le dos et en nous disant : « Et maintenant débrouillez-vous ! Ce n’est plus mon affaire ! »

 

Au contraire, c’est toujours son affaire. C’est son institution, la première qu’il ait établie sur terre. Il ne fait rien au hasard. Il savait que c’était ainsi qu’allaient s’épanouir homme et femme, que c’est ainsi qu’ils allaient mieux pouvoir maîtriser les défis de la vie que si chacun s’y coltinait tout seul dans son coin.

 

« Dieu les bénit » et, depuis, Dieu lie sa bénédiction à son institution du mariage dans le monde. Dieu nous bénit dans le mariage, c.à.d. il promet de nous faire du bien dans le mariage.

 

Bien entendu, comme l’alliance de grâce du Baptême, l’alliance du mariage comporte des engagements. Nous en avons parlé et les entendrons tout à l’heure dans la liturgie du mariage. Si certaines unions conjugales ne semblent pas profiter de la bénédiction de Dieu, ce n’est pas que Dieu les ait oubliés, ce n’est même pas parce que les mariés seraient incroyants – Dieu a lié sa bénédiction à tous les mariés, le mariage est une institution divine de la vie civile – non, c’est tout simplement, pour résumer, que les contractants n’ont pas tenu leurs engagements.

 

Il est vrai que pour nous, depuis la chute dans le péché, c’est plus compliqué d’éviter les écueils de la vie conjugale que pour Adam et Eve au Jardin d’Eden.

 

Raison de plus de se rappeler que ça ne peut fonctionner que si on s’efforce de se compléter l’un l’autre, de s’adapter l’un à l’autre comme deux « vis-à-vis », comme deux personnes complémentaires d’une même unité.

 

C’est ainsi que même des couples incroyants peuvent bénéficier de la bénédiction de Dieu dans l’état du mariage.

 

Si, en plus, vous puisez vos forces dans l’Alliance de grâce du Baptême pour mieux vous adapter l’un à l’autre, pour surmonter les moments de tension inéluctables, pour faire le bonheur l’un de l’autre et maîtriser ensemble les défis de la vie, ce sera là un atout supplémentaire infiniment précieux.

 

Vous traverserez alors cette vie ensemble comme « étrangers et voyageurs sur la terre » (Hé 11.13 ; 1 P 2.11) pour être finalement reçus comme « citoyens des cieux » (Ph 3.20) à la Table « des Noces de l’Agneau » dans la félicité éternelle (Ap 19.7-9).

 

Alors oui, cette parole aura trouvé son accomplissement définitif pour vous : « Ce que tu bénis, Eternel, est béni pour l’éternité ! »

 

Aussi, que votre prière soit toujours celle de David : « Veuille donc bénir la famille de ton serviteur

afin qu’elle subsiste éternellement devant toi,

car ce que tu bénis, Eternel,

est béni pour l’éternité ! »

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

Entretien dialogué du dimanche 12 septembre 2010

 

Culte de Rentrée Gn 2.5-15

 

Chants proposés :

Père éternel et bon, LlS 13 : 1-3

O douce Providence LlS 24 : 1-5

Chaque matin, je répète, LlS 276 : 1-5

Ô Jésus, notre divin Roi, LlS 166 : 1-3

5 « Lorsque l’Eternel Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs ne poussait encore,

 car l’Eternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol.

 

6 Cependant, une vapeur montait de la terre et arrosait toute la surface du sol.

 

7 L’Eternel Dieu façonna l’homme de la poussière de la terre. Il insuffla un souffle de vie dans ses narines et l’homme devint un être vivant.

 

8 L’Eternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l’est, et il y mit l’homme qu’il avait façonné.

 

9 L’Eternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute sorte, agréables à voir et porteurs de fruits bons à manger. Il fit pousser l’arbre de la vie au milieu du jardin, ainsi que l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

 

10 Un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras.

11 Le nom du premier est Pishon : il entoure tout le pays de Havila où se trouve l’or.

12 L’or de ce pays est pur. On y trouve aussi le bdellium et la pierre d’onyx.

13 Le nom du deuxième fleuve est Guihon : il entoure tout le pays de Cush.

14 Le nom du troisième est le Tigre : il coule à l’est de l’Assyrie. Le quatrième fleuve, c’est l’Euphrate.

 

15 L’Eternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour qu’il le cultive et le garde. »

 (Segond 21, 2007)

Essayez, d’abord, de trouver les réponses par vous-mêmes.

Puis consultez les réponses en deuxième partie.

 

Chers frères et sœurs en Christ, notre Seigneur !

 

QUESTIONS

 

X X X Pour commencer X X X

 

1. Pourquoi pensez-vous que j’aie choisi cette péricope pour notre culte de Rentrée ?

 

2. D’où est tiré notre texte ?

 

3. Ce texte parle-t-il vraiment de la création de l’homme et de la femme ? Est-il question de la femme dans notre texte ?

 

4. Notre texte ne concerne-t-il alors que les hommes ? Les femmes peuvent-elles faire un tour – commencer à préparer le repas paroissial – en attendant la Prière Générale ?

 

En ce début de nouvelle année d’activités de la paroisse, je vous propose de réfléchir aux trois questions suivantes :

 

Que, où et pourquoi

sommes-nous ici ?

 

X X X 1 X X X

Que sommes-nous ?

 

« L’Eternel Dieu façonna l’homme de la poussière de la terre. Il insuffla un souffle de vie dans ses narines et l’homme devint un être vivant. » (v. 7)

 

1. De quoi sommes-nous composés, selon ce verset ?

 

2. Commençons par notre corps. Je vais demander à notre Universitaire, experte en biologie, Mme …, de nous dire ce que lui inspire – du point de vue biologique – cette phrase : « L’homme est façonné de la poussière de la terre. »

 

3. Cela est souligné aussi par le nom que Dieu donne à l’homme en hébreu : « Adam », de « adamah », le sol. « Adam » ou « homme » signifie en hébreu « le terreux », celui qui est fait de terre.

 

N’y a-t-il pas quelque chose qui nous le prouve, sans que nous ayons besoin d’êtres experts en biologie ou chimie organique ?

 

4. Ce processus de désintégration – la mort du corps – est-il le signe que Dieu a raté son œuvre ?

 

5. Pourquoi Dieu a-t-il décidé de faire vivre au corps avec la mort le processus contraire à celui de sa création ?

 

6. Venons-en à « l’âme ». Peut-être qu’on ne peut mieux saisir l’origine divine de l’âme qu’en regardant de près la façon de s’exprimer de notre texte. Vous rappelez-vous des termes de notre texte ?

 

7. Il faut savoir qu’en hébreu, il n’y a qu’un seul et même mot pour « souffle » et pour « âme ». « Dieu insuffla à l’homme le souffle de vie », son âme.

 

Qu’est-ce que cela nous révèle de la proximité entre le Créateur et l’être humain, sa créature ?

 

8. Comparez aussi la différence de procédure d’une part pour créer l’univers et ce qui nous entoure, d’autre part pour créer l’homme !

 

X X X 2 X X X

Où sommes-nous ?

 

« L’Eternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l’est, et il y mit l’homme qu’il avait façonné. » (v. 8)

 

« L’Eternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute sorte, agréables à voir et porteurs de fruits bons à manger. […] » (v. 9)

 

« Un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras : […]

Pishon : il entoure tout le pays de Havila où se trouve l’or […] aussi le bdellium et la pierre d’onyx. […]

Guihon : il entoure tout le pays de Cush. […]

« le Tigre : il coule à l’est de l’Assyrie. […]

« L’Euphrate. » (v. 10-14)

 

1. Commençons par un peu de géographie.

 

Si deux des fleuves – « Pishon » et « Guihon » – sont inconnus aujourd’hui, deux autres prennent leur source en Turquie et traversent aujourd’hui tout l’Iraq, l’un passant d’abord par la Syrie.

 

Quels sont ces deux fleuves ?

 

2. On ne peut pas situer exactement « le jardin d’Eden », parce que ces fleuves ont changé de tracé au cours des millénaires, même la côte s’est déplacée, aussi parce que le Déluge a passé par là et a pas mal chamboulé la géographie.

 

N’empêche, la mention du « Tigre » et de « l’Euphrate » situe « le jardin d’Eden » au Moyen-Orient, quelque part entre l’Arménie et le Golfe Persique.

 

Qu’est-ce que cela nous apprend ?

 

3. Quand Dieu a chassé Adam et Eve du « jardin d’Eden », il posta « les chérubins » à son entrée pour empêcher les humains d’y retourner (Gn 3.24). Puis le Déluge l’a fait disparaître.

 

Mais si nos conditions de vie ne sont plus paradisiaques, le cadre que Dieu a donné à notre existence remonte à la création du « jardin d’Eden ».

 

Quel est le premier bienfait cité par notre texte de l’environnement dans lequel le divin Créateur nous a placés ?

 

4. En effet, et c’est un signe de l’amour que Dieu nous porte. Il veut nous voir heureux.

 

Ce n’est qu’en second lieu qu’il parle de l’utilité de la végétation pour notre alimentation.

 

Mais là aussi, il joint l’agréable à l’utile, le plaisir au besoin. Comment cela ?

 

5. C’est l’expérience que nous ferons de nouveau, tout à l’heure, au repas paroissial.

 

L’environnement dans lequel notre Créateur nous a placés n’est pas seulement beau et ses denrées bonnes à manger. Dieu nous y a encore déposé d’autres biens mentionnés dans notre texte. Lesquels ?

 

6. Un dernière chose – d’un tout autre ordre – fait encore partie de l’environnement au « jardin d’Eden ». C’est quoi ?

 

7. Savez-vous quelles étaient leurs fonctions ?

 

8. Cela a-t-il encore quelque importance pour nous aujourd’hui ?

 

X X X 3 X X X

Pourquoi sommes-nous ici ?

 

« Lorsque l’Eternel Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste […] et aucune herbe […], car […] il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. » (v. 5)

 

« L’Eternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour qu’il le cultive et le garde. » (v. 15)

 

1. Est-ce que Dieu ne confie à Adam et à Eve qu’un seul rôle, qu’une seule tâche, et ceci dans le domaine matériel : « cultiver le sol » et « garder le jardin d’Eden » ?

 

2. Cette responsabilité – « cultiver » et « garder » la nature – ne s’appliquait-elle qu’à la vie au « jardin d’Eden », ou l’avons-nous toujours ?

 

3. Et quels sentiments cela éveille-t-il en vous ? Que pensez-vous de la façon dont cela se fait ?

 

4. Mais « cultivons »-nous réellement « le sol » ? Combien d’entre nous ont du sol à cultiver, ici, en banlieue parisienne ?

 

X X X Pour conclure X X X

 

1. Nous célébrons aujourd’hui le « Culte de la Rentrée ». Nous aurons, cet après-midi, notre assemblée paroissiale pour mettre en place les activités de cette nouvelle année scolaire.

 

Notre texte a-t-il aussi quelque chose à nous dire en cela ?

 

REPONSES AUX QUESTIONS

 

X X X Pour commencer X X X

 

1. Pour trois raisons :

 

a. la première, c’est qu’elle était prévue pour ce 15ème dimanche après la Trinité,

 

b. la seconde : c’est la seule des péricopes de ce jour que je n’ai pas traitée dernièrement,

 

c. et enfin : Comme un culte de rentrée est un nouveau commencement, autant commencer par un texte qui nous parle du commencement de toutes choses.

 

2. De ce qu’on appelle « le deuxième récit de la Création ».

 

a. Dans le 1er chapitre de la Genèse et les 4 premiers versets du 2ème chapitre, Dieu a met en scène l’ordre dans lequel il a créé le monde en six jours, récit qui culmine dans la création de « l’homme et de la femme » (Gn 1.27).

 

b. Dans le 2ème chapitre de la Genèse, il reprend la création de l’homme et de la femme en détail.

 

3. Non, dans les premiers versets il n’est pas encore question de la femme. C’est avec le verset 18 que nous apprenons comment Dieu a créé la femme et institué le mariage comme première de toutes les institutions divines.

 

4. Non seulement, Mesdames, vous pouvez rester, mais ce texte s’adresse aussi à vous.

 

a. Même s’il ne parlait que des hommes, ce serait « écrit pour votre instruction » aussi (Rm 15.4), comme vous restez aussi tous quand un texte parle par exemple du ministère pastoral.

 

b. Mais rassurez-vous, notre texte parle aussi de vous. Rappelez-vous :

i. A la fin du premier récit, « Dieu les bénit » tous les deux et s’adresse aux deux en ces termes : « Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la ! » (Gn 1.28)

ii. Et voilà comment Dieu donne la raison pour la création de la femme : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je lui ferai une aide qui soit son vis-à-vis » ou « qui lui corresponde » ou « semblable à lui » (Gn 2.18)

 

Si, dans le détail, les fonctions de l’un et de l’autre peuvent être différentes, pour l’essentiel hommes et femmes se trouvent dans la même situation et œuvrent ensemble vers les mêmes buts, comme nous le verrons dans la suite.

 

X X X 1 X X X

Que sommes-nous ?

 

1. Ce récit indique que notre corps est fait « de la poussière de la terre », et qu’à ce corps « Dieu a insufflé un souffle de vie », l’âme.

 

2. Les analyses biologiques montrent que tous les éléments chimiques qui composent le corps humain se trouvent effectivement dans la nature. L’être humain a effectivement un corps qui vient « de la terre ».

 

3. Nous savons qu’après la mort nos corps se décomposent et, avec le temps, finissent par se dissoudre dans la terre.

 

4. Non, bien au contraire, c’est Dieu qui, dans sa sainteté, a décrété : « Tu retournes à la terre, puisque c’est d’elle que tu as été tiré. Oui, tu es poussière et tu retourneras à la poussière. » (Gn 3.19)

 

5. Parce que c’était là ce qu’il avait menacé de faire si l’homme allait pécher, allait contrevenir à son interdiction de « manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». A cette occasion, Dieu avait dit : « Le jour où tu en mangeras, tu mourras », tu deviendras mortel, le processus de la création s’inversera : les éléments du corps rejoindront les éléments de la terre.

 

6. « L’Eternel Dieu […] insuffla un souffle de vie dans ses narines et l’homme devint un être vivant. »

 

7. Deux choses au moins :

 

a. Notre âme est quelque chose qui ne vient pas du sol, comme le corps, mais directement de Dieu qui l’a « insufflée ».

 

b. Cela rappelle l’expression employée dans le premier récit de la Création : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme. » (Gn 1.27). Les deux sont créés « à l’image de Dieu ».

 

8. Pour l’univers, « Dieu dit » – et sa parole créatrice s’accomplit. Exemple : « Dieu dit : "Qu’il y ait de la lumière !" et il y eut de la lumière. » (Gn 1.3)

 

Pour créer l’homme, il mit « la main à la pâte ». Bien sûr, « Dieu est Esprit » (Jn 4.24) et n’a pas de mains. N’empêche qu’il est dit qu’il « façonna » le corps, puis il lui « insuffla l’âme ». Autant de détails qui montrent tout le soin particulier qu’il a mis à nous créer et à nous donner, venant de lui, son « souffle », notre « âme », ce qui nous distingue du monde animal.

 

X X X 2 X X X

Où sommes-nous ?

 

1. « Le Tigre » et « l’Euphrate ».

 

2. Nous le savions, mais cela le confirme : les récits de la Bible ne sont pas des mythes ; ils parlent de la réalité de ce monde, de l’intervention et de l’action de Dieu sur terre.

 

3. La beauté de la création, de la nature. « L’Eternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute sorte, agréables à voir » (v. 9).

 

4. Manger et boire auraient pu être tout simplement des actes nécessaires et utiles, sans plus ; mais non, Dieu veut aussi que nous ayons du plaisir à nous nourrir et à boire : « les fruits » de sa création sont aussi « bons à manger » (v. 9), nous apportent du plaisir.

 

5. Les minéraux, y compris ceux du luxe comme l’or (v. 11-12). Le Seigneur a donc aussi pensé aux matériaux divers dont nous avons besoin pour organiser notre séjour sur terre, y compris pour l’embellir.

 

6. « Dieu fit pousser l’arbre de la vie au milieu du jardin, ainsi que l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (v. 9)

 

7. En mangeant du fruit de « l’arbre de la vie », ils étaient et restaient immortels. Non pas que cet arbre était « magique », mais son rôle était sacramentel : il exigeait la foi d’Adam et d’Eve.

 

Ils ne devaient, par contre, pas toucher à « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », montrant par leur obéissance qu’ils reconnaissaient que ce que Dieu interdit est mal.

 

8. Oui et non.

 

a. Non, car ces deux arbres n’existent plus pour nous.

 

b. Oui, car par analogie, nous avons l’Evangile et la Loi :

 

· L’Evangile (la Bonne Nouvelle de notre salut en Jésus-Christ) présent dans la Parole et les sacrements, « l’Evangile, puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1.16)

 

· Et la Loi dans laquelle nous reconnaissons les repères et critères divins de ce qui est bon ou mauvais au niveau des pensées, des paroles et des actes.

 

X X X 3 X X X

Pourquoi sommes-nous ici ?

 

1. De nouveau : Oui et non.

 

a. Non, car « garder le jardin d’Eden » consistait à garder les commandements de Dieu, à avoir foi en ses préceptes et à les respecter avec confiance. Lorsqu’ils perdirent cette foi et confiance en Dieu, ils perdirent aussi « le jardin d’Eden ».

 

b. Oui, si on pense à des travaux.

 

Comme il n’y avait pas de péché au « jardin d’Eden », il n’y avait pas de culte avec confession des péchés et absolution. Le culte consistait à louer Dieu pour le cadre merveilleux dans lequel ils vivaient. Il n’y avait donc pas de travail missionnaire, puisqu’il n’y avait personne à convertir.

 

Ceci explique pourquoi, à ce moment-là, dans la pratique, ils se consacraient entièrement à « cultiver le sol » et à « le garder ».

 

2. Bien entendu que nous l’avons toujours. Que ce soient les lois mosaïques pour le peuple d’Israël, ou les Dix Commandements, ou les exhortations des apôtres dans le Nouveau Testament, tout nous indique que Dieu attend toujours de nous que nous nous mettions au travail dans cette vie, et que nous le fassions en respectant la création dans laquelle il nous a placés.

 

3. Ben … nous sommes maintenant pécheurs dans un monde marqué et bouleversé par le péché. Comme dans tous les domaines de la vie, nous ne pouvons aborder cette responsabilité qu’avec repentance et foi :

 

a. avec repentance, parce que nous ne sommes pas non plus parfaits dans ce domaine ;

 

b. avec foi dans le pardon du Christ, parce qu’il a aussi payé pour cette carence.

 

c. Mais « l’amour du Christ nous presse » (2 Co 5.14) aussi à vouloir nous amender, nous améliorer, aussi dans ce domaine-là.

 

4. La loi de la pesanteur fait que nous sommes tous plaqués au sol (même les avions doivent se poser au bout de quelque temps !). Même si je travaille à l’antenne télé au sommet de la Tour Eiffel, au dernier étage de la Tour Montparnasse ou de la plus haute tour de la Défense, je ne peux me passer du sol, de la nature, et des conditions nécessaires à l’entretien du sol et de la vie : l’air, l’eau, etc.

 

L’humanité doit, collégialement – mais aussi chacun de nous individuellement à son niveau – vivre et travailler avec cette idée en tête : gérer la terre et le monde en les préservant, les « gardant ».

 

X X X Pour conclure X X X

 

1. On pourrait en tirer les leçons suivantes :

 

a. Nous alimenter tout au long de cette année à « l’arbre de vie » qu’est notre Seigneur Jésus-Christ.

 

b. Nous alimenter « abondamment » (Col 3.16) là où le Seigneur nous offre les « bons et agréables fruits » de son rachat : dans les cultes et les études bibliques, à l’instruction catéchétique

 

c. Prendre au sérieux les indications de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » qu’est pour nous la Loi de Dieu avec ses Dix Commandements.

 

d. Gérer les affaires de la paroisse « comme de bons intendants des diverses grâces de Dieu » (1 P 4.10).

 

e. Conscients que tout nous vient de Dieu, mettre notre énergie, nos dons et nos talents au service de son Eglise pour le salut de beaucoup et la gloire de son saint nom !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

Publié par Eglise évangélique luthérienne à 15:16 Aucun commentaire:

sermon du dimanche 5 septembre 2010

 

14ème Dim. Après la Trinité

 

Texte: Rm 8.12-17

 

Chants proposés :

 

O Seigneur, ta fidélité AeC 36 : 1-3

Nos cœurs pleins de reconnaissance AeC 562 : 1-2

Oh ! prends mon âme AeC 602 : 1-3

12 « Ainsi donc, frères et sœurs, nous avons une dette, mais pas envers notre propre nature pour nous conformer à ses exigences.

 

13 Si vous vivez en vous conformant à votre nature propre, vous allez mourir, mais si par l’Esprit vous faites mourir les manières d’agir du corps, vous vivrez.

 

14 En effet, tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.

 

15 Et vous n’avez pas reçu un esprit d’esclavage pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : "Abba ! Père !"

 

16 L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

 

17 Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin de prendre aussi part à sa gloire. »

 

 (Segond 21, 2007)

Chers frères et soeurs, à la fois « enfants » et « héritiers de Dieu » !

Avouez que nous revenons de loin ! Tout à l’heure nous avons confessé – c.à.d. reconnu – nos péchés, reconnu aussi que nous « méritons la juste colère et le châtiment de Dieu dans le temps et dans l’éternité » (Confession des péchés n° 1, Liturgie de l’EELSF).

 

Et voilà que Paul nous annonce : « Nous sommes enfants de Dieu. […] Nous sommes aussi héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ » ! (v. 16-17)

 

Quel retournement de situation ! Que s’est-il passé ? Comment cela se fait-il ? Comment est-ce possible ?

 

En fait, cela, l’apôtre Paul l’a indiqué dans les chapitres précédents, ce qui a fait de l’Epître aux Romains un livre de base de la Réformation.

 

Paul y décrit « l’Evangile », le message divin de ce que Jésus a fait pour nous, comme « une puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui croit » (Rm 1.16).

 

Il nous y annonce cette chose merveilleuse : que nous sommes « gratuitement déclarés justes par sa grâce, par le moyen de la libération qui se trouve en Jésus-Christ, » et que cela nous concerne tous, nous tous qui avons « foi en Jésus » (Rm 3.24+26).

 

« Ainsi donc, déclarés justes » par Dieu « sur la base de la foi, nous avons la paix avec Dieu par l’intermédiaire de notre Seigneur Jésus-Christ », la paix et « l’espérance de prendre part à la gloire de Dieu » (Rm 5.1-2).

 

Cette merveilleuse réalité, Paul la formule ainsi dans notre texte : Grâce à l’intervention salutaire de Jésus « nous sommes enfants de Dieu » (v. 16), « nous sommes aussi héritiers de Dieu » (v. 17).

 

Posons-nous alors la question :

 

C’est quoi, une vie

 

1. « d’enfant de Dieu » ?

 

2. « d’héritier de Dieu » ?

 

X X X 1 X X X

« Nous sommes enfants de Dieu ! »

 

Cela a-t-il de l’importance dans notre vie ? Cela change-t-il quelque chose à notre vie ? Quand on nous voit, voit-on autre chose que n’importe qui ?

 

Dans notre extrait de sa lettre aux chrétiens de Rome, Paul parle de notre « manière d’agir » (v. 13) d’enfants de Dieu.

 

Ah ! bon, nous aurions une « manière d’agir » autre que celle des incroyants ? Les règles de la vie scolaire ne sont-elles pas les mêmes pour tous ? Et celles de la vie sociale, du travail, voire du code de la route serait-elles différentes pour nous ?

 

Bien sûr que ce sont les mêmes ! Leurs exigences nous concernent de la même manière qu’elles s’adressent aux autres. Mais notre attitude dans la vie, notre attitude face à ces règles, est-elle la même ? Paul, inspiré du Saint-Esprit, répond par la négative.

 

Il y a une chose qui ne nous distingue pas des incroyants, une chose où, malheureusement, nous, « enfants de Dieu », sommes pareils aux autres : c’est que nous avons la même « propre nature ». Avec cette expression – « propre nature » – notre version de la Bible (la Segond 21) explique ce terme souvent mal compris des anciennes versions : « la chair » (aussi NBS).

 

« La chair », ce sont nos tendances innées marquées par le péché originel, cette « tendance » naturelle qui nous pousse à aller contre la volonté de Dieu, à agir contrairement à sa Loi, à nous livrer à « la révolte contre Dieu » (Rm 8.7).

 

Et bien entendu, c’est avec « le corps » que nous agissons, c’est le corps qui est l’instrument de notre comportement.

 

Avec la langue on peut dire la vérité ou le mensonge, diffamer ou défendre.

 

Les pieds, on peut les utiliser pour être à l’heure ou pour traîner, pour marcher sur les chemins autorisés, par ex. traverser sur les passages piétons, ou pour aller par des chemins interdits.

 

Les mains, pour signer une déclaration juste ou non, pour faire un travail honnête ou non, pour donner un coup de main ou un coup de poing.

 

Le corps, on peut l’offrir en cadeau à son conjoint où le salir en dehors des liens du mariage. Et ainsi de suite.

 

Paul ne veut pas dire que le corps seul serait affecté par le péché, et non pas l’âme. Ici, il parle de nos agissements. Ce n’est pas l’âme qui agit : elle pousse à l’action. C’est le corps qui agit ; c’est pour cela qu’il parle ici « des manières d’agir du corps ».

 

Et quand on voit comment il en parle, on comprend que Dieu l’ai choisi pour être son grand apôtre ! Ah ! Paul sait frapper les esprits ! Il a le sens de la formule ! Que dit-il ? – En résumé ceci : « Si vous vivez […] vous allez mourir, mais si […] vous faites mourir […], vous vivrez ! »

 

Bien entendu, j’ai laissé tomber bien des parties de sa phrase. Pour mieux faire ressortir la façon frappante de parler de l’apôtre. « Si vous vivez […] vous allez mourir, mais si […] vous faites mourir […], vous vivrez ! »

 

Maintenant, pour vraiment comprendre ce qu’il veut dire, il faut le citer en entier : « Si vous vivez en vous conformant à votre nature propre, vous allez mourir, mais si par l’Esprit vous faites mourir les manières d’agir du corps, vous vivrez. »

 

« Si vous vivez en vous conformant à votre nature propre, » si vous vous comportez comme si le Saint-Esprit n’avait pas fait de vous des « enfants de Dieu », si vous vous alignez sur le monde en suivant vos penchants pécheurs, vous courrez à votre perte, « vous allez mourir ».

 

« Mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les manière d’agir du corps, » si vous vous placez sous l’action sanctifiante du Saint-Esprit, si vous vous laissez éclairer, animer et diriger par sa Parole, « vous vivrez ».

 

Car si vous êtes « conduits par l’Esprit », il vous conduira dans une vie de repentance et de foi, dans une vie où vous reconnaîtrez vos torts, vos faiblesses, vos manquements, vos erreurs, bref, vos péchés, mais aussi dans une vie de foi en Jésus-Christ, de foi en son pardon, dans la certitude qu’il vous a réconciliés avec Dieu, qu’il vous a même permis d’être adoptés par Dieu.

 

Ne vous comportez pas comme si vous aviez « une dette » envers votre nature propre, innée, pécheresse, comme si vous étiez tenus de la suivre dans ses incitations. Non, vous ne lui devez rien.

 

Mais vous devez tout à Jésus-Christ qui s’est sacrifié pour vous permettre d’être « enfant de Dieu » et de pouvoir, « avec une confiance d’enfant, vous adresser à lui comme des enfants s’adressent à leur père bien-aimé ». (Martin Luther, Petit Catéchisme)

 

 

« Nous avons une dette », écrit Paul, mais envers Jésus. Oh ! il n’attend pas que nous la payions. Il sait bien que cela nous est impossible. C’est bien pour cela qu’il a payé de sa personne.

 

« Nous avons une dette » envers Jésus qui a fait de nous des « enfants de Dieu », à qui nous devons d’être maintenant « conduits par l’Esprit » pour que nous vivions. Nous n’allons quand même pas dire : « Non merci, Esprit Saint, je préfère me passer de toi et aller à ma perte ! » ?

 

Le dire ainsi à haute voix montre toute l’incongruité d’une telle attitude.

 

Prions le Seigneur de nous accorder son Esprit avec force pour qu’il nous conduise dans toute la vérité, nous montre le merveilleux de notre condition « d’enfants de Dieu » et ancre en nous la volonté de « faire mourir les manières d’agir » de notre nature pécheresse, pour qu’elles ne nous détournent pas de Dieu et nous conduisent à notre perte, à perdre notre héritage divin, car :

 

X X X 2 X X X

« Nous sommes héritiers de Dieu ! »

 

Je vais le formuler autrement : « Je suis héritier du Dieu majestueux et éternel de l’univers ! » Redites-le, chacun pour soi en silence : « Je suis héritier du Dieu majestueux et éternel de l’univers ! » (silence)

 

Enorme ! non ? Au point de ne pas en saisir toute la réalité, au point aussi de l’oublier souvent au milieu des tracas, des épreuves et autres souffrances – physiques ou morales – de notre vie ici-bas.

 

L’arbre nous cache parfois la forêt, nos soucis obscurcissent alors notre vision des choses, nos épreuves nous rendent myopes et nous empêchent de voir au-delà des soucis immédiats l’immensité et l’infinie grandeur, la dimension éternelle de notre état « d’enfants de Dieu ».

 

Il y a trois semaines, le texte sur lequel j’ai prêché lors des obsèques de Didier Nérambourg, contenait ces paroles de Moïse : « Le temps passe vite et nous nous envolons. […] Enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que notre cœur parvienne à la sagesse. » (Ps 90.10-12)

 

Ne sommes-nous pas heureux et soulagés que Jésus ait fait de nous ses « cohéritiers », les « héritiers de Dieu » ? Pourquoi alors nous comportons-nous parfois comme si nous ne voulions pas cet héritage, comme s’il nous faisait peur, comme si nous voulions nous contenter de la part de cet héritage qui se situe de ce côté-ci de la mort, comme si nous ne savions pas que nous n’en jouirons pleinement, de cet héritage divin, qu’après la mort ?

 

Serait-ce parce que nous négligerions de nous laisser « conduire par l’Esprit » (v. 15), parce que nous négligerions de nous laisser remplir de foi, d’amour et d’espérance par sa Parole et ses sacrements ?

 

Certes, nous ne devons pas négliger cette vie-ci ; nous devons même la considérer comme un précieux don de Dieu. Qu’il est rassurant de pouvoir vivre ici-bas de la grâce de Dieu en Jésus-Christ ! Qu’il est apaisant de pouvoir s’adresser en tout temps à Dieu en l’appelant « Abba ! Père ! » (v. 15) !

 

Mais la part d’héritage divin dont nous jouissons déjà ici « ne saurait être comparée à la gloire » qui sera nôtre dans l’éternité ! (Rm 8.18) Dans une autre lettre, celle aux Philippiens, le même apôtre jubile : « Christ est ma vie, et mourir représente un gain » (Ph 1.21) ; avec la mort, nous, « enfants » et « héritiers de Dieu », nous gagnons au change !

 

Car il faut bien l’avouer : de ce côté-ci de la mort, notre héritage divin est encore assombri, non seulement par « notre nature propre » innée, pécheresse, mais aussi par les afflictions diverses que nous sommes amenés à traverser : problèmes d’emploi, difficultés matérielles et financières, problèmes relationnels, deuils, maladies, les symptômes de l’âge. Et puis aussi l’incompréhension, si ce n’est le rejet que l’on peut rencontrer parce que « nous ne nous conformons pas aux exigences » (v. 12) ou à l’état d’esprit du monde incroyant.

 

Ce n’est pas pour rien que Paul nous exhorte ici à ne pas nous détourner de notre unique Sauveur ! C’est pour que nous ne connaissions pas de grands désagréments.

 

Ce n’est pas pour rien qu’il nous encourage à « souffrir avec Christ » ! C’est « afin de prendre aussi part à sa gloire » (v. 17), plutôt que de « vivre selon notre nature propre » pécheresse, d’abandonner Christ et de ne jamais connaître ainsi « sa gloire » éternelle (v. 17).

 

Ne comprenons pas mal ce que Paul nous dit ici. Il ne dit pas que nous nous méritons la gloire éternelle par les souffrances qu’il peut nous arriver d’endurer comme « enfants de Dieu ».

 

Il dit seulement qu’il vaut mieux garder foi en Jésus-Christ et mener une vie de repentance et de foi, entourés et réchauffés par la grâce de Dieu, même si cela peut entraîner quelques désagréments passagers, plutôt que d’éviter ces désagréments en tournant le passagers$ dos au seul Sauveur que nous ayons.

 

Ne cessons de plonger nos regards dans l’Evangile de Jésus-Christ ! C’est là que le Saint-« Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin de prendre aussi part à sa gloire. »

 

Puisons dans cette merveilleuse nouvelle la sérénité, la joie et la foi dont nous avons besoin pour maîtriser la vie, en attendant la vie à venir dans la gloire !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

sermon dialogué du dimanche 8 aout 2010

 

10ème Dim. Après la Trinité Texte : Hé 11.1-9

 

1 « Or LA FOI, c'est la ferme assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas.

 

2 C'est à cause d'elle que les anciens ont reçu un témoignage favorable.

 

3 Par la foi, nous comprenons que l'univers a été formé par la parole de Dieu, de sorte que le monde visible n'a pas été fait à partir des choses visibles.

 

4 C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus grand que celui de Caïn ; c'est grâce à elle qu'il a été déclaré juste, car Dieu approuvait ses offrandes, et c'est par elle qu'il parle encore bien qu'étant mort.

 

5 C'est à cause de sa foi qu'Hénoc fut enlevé pour échapper à la mort, et on ne le retrouva plus parce que Dieu l'avait enlevé. Avant d'être enlevé, il avait en effet reçu le témoignage qu'il était agréable à Dieu.

 

6 Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu, car il faut que celui qui s'approche de lui croie que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent.

 

7 C'est par la foi que Noé, averti des événements que l'on ne voyait pas encore et rempli d'une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille. C'est par elle qu'il condamna le monde et devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi.

 

8 C'est par la foi qu'Abraham obéit lorsque Dieu l'appela et qu'il partit pour le pays qu'il devait recevoir en héritage. Et il partit sans savoir où il allait.

 

9 C'est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise comme dans un pays étranger. Il y habita sous des tentes, ainsi qu'Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse, »

 

 (Segond 21, 2007)

Essayez, d’abord, de trouver les réponses par vous-mêmes.

Puis consultez les réponses en deuxième partie.

Chers frères et sœurs, miraculés de la foi,

de la foi dans notre Dieu plein de grâce !

 

La foi … à quelles sauces ne la mélange-t-on pas !

 

« Je suis croyant, mais pas pratiquant ! » Ceux qui disent cela, ont-ils jamais lu la Bible qui dit que « la foi sans les œuvres est morte » ? (Jc 2.20)

 

« Il n’y a que la foi qui sauve … » Oui, mais laquelle ? Généralement ceux qui disent cela ne parlent pas de la foi biblique.

 

Mais nous n’allons pas commencer par nous lancer dans des réflexions abstraites. L’auteur de l’Epître aux Hébreux nous tend une perche pour procéder différemment. Il nous donne des exemples ; il nous cite des croyants et montre en quoi leur foi a consisté et ce qu’elle a produit.

 

Dans ce chapitre 11 il s’étend plus ou moins brièvement sur Abel, Hénoc, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse et Rahab, puis mentionne, en passant, Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes. Nous nous contenterons des quatre premiers, de ceux qui sont compris dans notre texte d’aujourd’hui : Abel, Hénoc, Noé et Abraham.

 

Penchons-nous donc sur

 

La foi

d’Abel, de Hénoc, de Noé et d’Abraham et voyons ce qu’elle nous apprend.

 

QUESTIONS

X X X 1 X X X

La foi d’Abel

 

« C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus grand que celui de Caïn ; c'est grâce à elle qu'il a été déclaré juste, car Dieu approuvait ses offrandes, et c'est par elle qu'il parle encore bien qu'étant mort. » (v. 4)

 

1. C’est qui, « Abel » ?

 

2. C’est qui, « Caïn » ?

 

3. Quels métiers exerçaient-ils, l’un et l’autre ?

 

4. Savez-vous en quoi ont consisté les « offrandes » apportées à Dieu par Caïn et d’Abel ?

 

5. Qu’est-ce qui fait que « le sacrifice d’Abel » fut « plus grand que celui de Caïn » (v. 4) ?

 

6. Mais « Caïn » offrait aussi un sacrifice à Dieu. Cela ne montre-t-il pas qu’il avait aussi « la foi » ?

 

7. Quels sont les bienfaits que Dieu a accordés à Abel parce qu’il avait foi en Lui ?

 

8. Il est aussi question d’un autre fruit de la foi, quand il est dit que « c’est par elle qu’il [Abel] parle encore, bien qu’étant mort » (v. 4). Qu’est-ce que cela veut dire ?

 

X X X 2 X X X

La foi d’Hénoc

 

« C'est à cause de sa foi qu'Hénoc fut enlevé pour échapper à la mort, et on ne le retrouva plus parce que Dieu l'avait enlevé. Avant d'être enlevé, il avait en effet reçu le témoignage qu'il était agréable à Dieu.

 

Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu, car il faut que celui qui s'approche de lui croie que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent. » (v. 5-6)

 

1. Qui est « Hénoc » ?

 

2. Il n’est question d’Hénoc que trois fois dans la Bible : la deuxième fois dans notre texte, la troisième fois dans l’épître de Jude … et où la première fois ?

 

3. Qu’est-ce qui est particulier dans l’existence d’Hénoc ?

 

4. Que doit-on déduire en lisant dans notre texte : « Avant d'être enlevé, [Hénoc] avait […] reçu le témoignage qu'il était agréable à Dieu. Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu » ?

 

5. Comment la foi est-elle décrite ou définie dans le cas d’Hénoc ? Ecoutez : « Il faut que celui qui s'approche de lui croie que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent. » (v. 6) ?

 

X X X 3 X X X

La foi de Noé

 

« C'est par la foi que Noé, averti des événements que l'on ne voyait pas encore et rempli d'une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille. C'est par elle qu'il condamna le monde et devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi. » (v. 7)

 

1. Qui est « Noé » ?

 

2. Quelqu’un peut-il résumer l’histoire de Noé en quelques phrases ?

 

3. Dans notre texte d’Hébreux, nous pouvons distinguer quelques caractéristiques de la foi à partir de celle de Noé. Ecoutez, et relevez-les ! « Noé, averti des événements que l'on ne voyait pas encore et rempli d'une crainte respectueuse, construisit une arche. » (v. 7)

 

4. Au-delà du salut des flots, que lui a apporté sa foi en Dieu ?

 

5. L’exemple de Noé montre que notre foi a aussi des conséquences pour notre relation au monde.

 

X X X 4 X X X

La foi d’Abraham

 

« C'est par la foi qu'Abraham obéit lorsque Dieu l'appela et qu'il partit pour le pays qu'il devait recevoir en héritage. Et il partit sans savoir où il allait.

 

C'est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise comme dans un pays étranger. Il y habita sous des tentes, ainsi qu'Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse. » (v. 8-9)

 

1. Que savons-nous d’Abraham. D’où est-il ?

 

2. Que signifie : « Abraham partit sans savoir où il allait » (v. 8) ? Dieu ne lui avait-il pas dit d’aller dans le Pays de Canaan ?

 

3. Cela nous donne-t-il une indication quand à notre foi ?

 

4. « C'est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise comme dans un pays étranger. » (v. 9) Qu’est-ce que cette affirmation nous donne comme indication quant à notre relation avec ce monde-ci ?

 

X X X 5 X X X

Pour conclure

 

1. Les exemples de la foi d’Abel, de Hénoc, de Noé et d’Abraham sont là pour illustrer le verset du début de notre texte. En nous souvenant de ce que nous avons dit de la foi d’Abel, de Hénoc, de Noé et d’Abraham, écoutons maintenant ce verset. Il résume tout ce que nous avons dit.

 

2. Et que signifie le second verset : C'est à cause d'elle [de la foi] que les anciens ont reçu un témoignage favorable » (v. 2) ?

 

3. Nous avons parlé « des choses qu’on ne voit pas » à un bout, devant nous. Notre texte tire-t-il aussi des conclusions de la foi en ce qui concerne ce qui s’est passé à l’autre bout, au début de l’histoire du monde ?

 

REPONSES AUX QUESTIONS

 

X X X 1 X X X

La foi d’Abel

 

« C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus grand que celui de Caïn ; c'est grâce à elle qu'il a été déclaré juste, car Dieu approuvait ses offrandes, et c'est par elle qu'il parle encore bien qu'étant mort. » (v. 4)

 

9. « Abel » est le deuxième fils d’Adam et d’Eve (Gn 4.2)

 

10. « Caïn » est le fils aîné d’Adam et d’Eve (Gn 4.1)

 

11. « Abel fut berger et Caïn fut cultivateur. » (Gn 4.2)

 

12. « Caïn fit une offrande des produits de la terre à l’Eternel. De son côté, Abel en fit une des premiers-nés de son troupeau. » (Gn 4.3-4)

 

13. Dieu a jugé le sacrifice d’Abel « plus grand que celui de Caïn », non pas parce que Dieu aurait préféré des offrandes d’animaux à des produits de la terre, mais parce que le sacrifice d’Abel était un fruit, une expression de sa « foi » en Dieu. « C’est par la foi qu’Abel offrit un sacrifice plus grand que celui de Caïn. » (v. 4)

 

14. « Caïn » savait que Dieu existe. « Les démons le croient aussi » (Jc 2.19), mais ne sont pas des croyants pour autant. La foi c’est plus qu’admettre l’existence de Dieu, c’est aussi « placer sa confiance en lui » (Ps 37.5).

 

« Placer sa confiance en Dieu » va de pair avec l’humilité et le repentir. Or, comme Dieu le dit lui-même à Caïn avant même« Caïn » savait que Dieu existe. « Les démons le croient aussi » (Jc 2.19), mais ne sont pas des croyants pour autant. La foi c’est plus qu’admettre l’existence de Dieu, c’est aussi « placer sa confiance en lui » (Ps 37.5).

 

« Placer sa confiance en Dieu » va de pair avec l’humilité et le repentir. Or, comme Dieu le dit lui-même à Caïn avant déjà qu’celui-ci ne tue son frère : « le péché est couché à la porte » de Caïn et il ne l’a pas « dominé » mais lui a laissé libre cours dans son cœur (Gn 4.5-7). Autrement dit, Caïn ne connaissait pas la repentance. que celui-ci ne tue son frère : « le péché et couché à la porte » de Caïn et il ne l’a pas « dominé » mais lui a laissé libre cours dans son cœur (Gn 4.5-7). Autrement dit, Caïn ne connaissait pas la repentance.

 

15. Notre texte nous révèle deux bienfaits qui découlent de la foi d’Abel :

 

a. « C’est grâce elle [sa foi] qu’il a été déclaré juste » : il s’en remettait à la promesse du Messie Sauveur faite à ses parents, et son péché fut couvert par la justice du Messie promis, « il a été déclaré juste » de la justice du Sauveur qu’il espérait.

 

b. « Dieu approuvait ses offrandes ». Dans le cas d’Hénoc nous apprendrons ce qui fait que Dieu approuve nos offrandes.

 

16. La foi d’Abel « parle encore » aujourd’hui en ce sens qu’à travers le récit de la Bible il continue de témoigner de sa foi. Il le faisait aussi de son vivant, puisque cela irritait son frère.

 

Pour nous, cela rejoint cette parole de Paul : « C’est avec le cœur que l’on croit et parvient à la justice, et c’est avec la bouche que l’on affirme une conviction » (Rm 10.10).

 

X X X 2 X X X

La foi d’Hénoc

 

1. « Hénoc » est un descendant de Seth, le troisième des fils d’Adam et d’Eve (Gn 5.1-18).

 

2. Dans Gn 5 : « A l’âge de 162 ans, Jéred eut pour fils Hénoc. […] A l’âge de 65 ans, Hénoc eut pour fils Metushélah. Hénoc marcha avec Dieu 300 ans après la naissance de Metushélah et il eut des fils et des filles. Hénoc vécut en tout 365 ans. Hénoch marcha avec Dieu, puis il ne fut plus là, parce que Dieu l’avait pris. » (Gn 5.11+21-24)

 

3. Alors que pour tous ses ancêtres et descendants la Bible dit : « il vécut x ans, puis il mourut » (Gn 5.4-31), « Hénoc fut enlevé pour échapper à la mort […]. Dieu l’avait enlevé » (v.5) ou « pris » (Gn 5.24)

 

4. Qu’Hénoc n’a pas connu un sort différent de nous parce qu’il se serait rendu particulièrement « agréable à Dieu » par ses œuvres, mais « à cause de sa foi » en Dieu.

 

Celle-ci, certes, l’a fait « marcher avec Dieu » (Gn 5), mais c’était un fruit de sa foi, pas une œuvre méritoire.

 

C’est à la grâce imméritée de Dieu qu’il doit ce bienfait particulier de ne pas avoir connu la mort temporelle.

 

5. La foi comprend ces deux dimensions :

 

a. « croire que Dieu existe »

 

b. « croire qu’il récompense ceux qui le cherchent » dans la foi en accomplissant ses promesses du genre : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ! » (Jn 3.36) Oui, Dieu est un Dieu de parole ; il est digne de foi.

 

Certes, il est libre de faire des exceptions tout à fait miraculeuses, comme pour Hénoc, mais cela confirme aussi la règle générale qu’il donne le salut éternel en récompense de notre foi en son Fils.

 

X X X 3 X X X

La foi de Noé

 

1. Au chapitre 5 du livre de la Genèse, nous apprenons que « Noé » est un arrière-petit-fils d’Hénoc ; il vient donc 9 générations après Adam et Eve.

 

2. « Noé » et sa famille furent sauvés du déluge parce qu’ils craignaient Dieu et croyaient en lui. Alors qu’on ne voyait rien du déluge, ils ont cru dans l’annonce faite par Dieu et ont agi selon cette foi. Et leur foi fut récompensée.

 

3. Noé a montré deux choses :

 

a. Nous, les croyants, « nous marchons par la foi et non par la vue » (2 Co 5.7). On peut aussi le dire avec le premier verset de notre texte : « La foi, c'est la ferme assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas. » (v. 1). Qu’est-ce qu’on a dû se moquer de Noé et de sa famille en les voyant construire une arche sur la terre ferme !

 

Pareillement, écrit Pierre, « dans les derniers jours viendront des moqueurs pleins de raillerie » qui « diront : "Où est la promesse de son retour ? En effet, depuis que nos ancêtres sont morts, tout reste dans le même état qu’au début de la création !" […] Ils oublient volontairement que le monde d’alors a disparu […], submergé par les eaux. » Pareillement, « par la Parole de Dieu, le ciel et la terre actuels sont gardés pour le feu, réservés pour le jour du jugement et de la perdition des hommes impies. » (2 P 3.3-7)

 

b. Enfin, la foi-confiance va de pair avec « la crainte respectueuse » de Dieu (v. 7). D’un côté, il est notre bon Père céleste, mais d’un autre côté, il n’est pas le bon pote à qui on tape dans le dos : il est aussi le Dieu du jugement et de la condamnation de ceux qui ne croient pas en lui.

 

4. « C'est par la foi qu'il […] devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi. » (v. 7) En plaçant sa foi dans le Dieu Sauveur, il a reçu en cadeau « la justice » du Sauveur pour recouvrir son péché et pouvoir paraître devant le Trois-fois-Saint, y compris dans l’éternité.

 

5. « C'est par elle qu'il condamna le monde. » (v. 7) Croire en Jésus, c’est refuser de se fier à ses mérites. Avoir foi en Dieu et en ses dispositions, c’est en même temps refuser de vivre contrairement à ses dispositions. Cela est, automatiquement, ressenti par le monde incroyant comme une désapprobation, comme une condamnation, et peut attirer aux croyants des désagréments, pour ne pas dire, dans certains cas extrêmes, des persécutions.

 

X X X 4 X X X

La foi d’Abraham

 

1. Au chapitre 11 du livre de la Genèse, nous apprenons qu’« Abraham » est un descendant de Noé par son fils aîné, Sem.

 

Abraham est né à « Ur en Chaldée » (Gn 11.26-28), dans le sud de l’Iraq actuel. De là, il suivit son père Térach avec les siens, ses troupeaux, ses tentes et ses serviteurs, pour s’installer à Charan, à 1000 km au nord-ouest, sur la frontière actuelle entre la Syrie et la Turquie.

 

Et voilà que Dieu lui demande de déplacer tout cet énorme campement près de 700/800 km vers le sud dans « le pays qu’il devait recevoir en héritage. Et il partit sans savoir où il allait. » (v. 8)

 

2. Apparemment non. Si on se réfère au récit de Gn 12, Dieu lui avait ordonné : « Quitte ton pays, ta patrie et ta famille et va dans le pays que je te montrerai. » (Gn 12.1) Puis il est dit : « Abraham partit conformément à la parole de Dieu. » (v. 4) Plia-t-il bagages avant même que Dieu ne lui dise où aller ? Est-il parti « pour se rendre dans le pays de Canaan » (v. 5) parce qu’il fallait bien qu’il aille quelque part en attendant que Dieu parle ? Ou Dieu lui indiqua-t-il tout de suite où aller ? En tout cas ce n’est qu’arrivé en Canaan que nous trouvons le promesse de Dieu : « C’est à ta descendance que je donnerai ce pays. » (v. 7)

 

3. A ceux qui placent leur foi en son Fils Dieu fait la promesse : « Celui qui écoute ma Parole et qui croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jn 3.36) Avec Paul nous pouvons nous exclamer : « Notre citoyenneté est dans les cieux ! » (Ph 3.20)

 

Evidemment, comme Abraham s’est mis en marche, parce qu’il croyait la parole de Dieu, ainsi nous sommes en marche vers une cité qu’en fait nous ne connaissons pas non plus autrement que par les promesses et descriptions faites par Dieu dans la Bible.

 

4. Comme Abraham, « le père des croyants » (Rm 4.11) a été « étranger » dans le pays de Canaan, de même nous aussi, qui sommes « dans le monde » (Jn 17.11), nous ne sommes quand même « pas du monde » (Jn 17.14+16), mais « étrangers et voyageurs sur la terre », en route vers « la patrie céleste » où Dieu nous a « préparé une cité » (Hé 11.13+16).

 

X X X 5 X X X

Pour conclure

 

1. « Or LA FOI, c'est la ferme assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas. »

 

2. Que Dieu est « favorable » à celui qui place sa « foi » en lui et en ses promesses de grâce en Jésus-Christ.

 

3. Effectivement : de même que la foi en Jésus-Christ nous rend certains que les promesses de Dieu seront tenues pour l’éternité devant nous, de même elle ne doute pas des paroles qui nous racontent, à l’autre bout, la création du monde :

 

« Par la foi, nous comprenons que l'univers a été formé par la parole de Dieu, de sorte que le monde visible n'a pas été fait à partir des choses visibles. » (v. 3)

 

Création du monde par Dieu à un bout et, à l’autre bout, réception par Dieu dans l’éternité, ce sont là les deux bornes qui encadrent notre existence terrestre.

 

Grâce à Dieu, nous savons d’où nous venons. Grâce à Dieu, nous savons où nous allons. Qu’il en soit loué à jamais !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

Sermon du dimanche 1er aout 2010- 9ème dimanche après la trinité

 

Texte : Ph 3.4-14

 

Chants proposés :

 

Jour du Seigneur, J’ouvre mon coeur LlS 4 : 1- 4

Créateur tout-puissant, éclaire mon chemin LlS 230 : 1- 4

Seigneur, dirige tous mes pas LlS 305 : 1-3

Rendons, du fond de notre cœur, LlS 169 : 1-3

4 « Pourtant, moi-même je pourrais mettre ma confiance dans la chair. Si quelqu'un croit pouvoir se confier dans la chair, je le peux plus encore :

 

5 j'ai été circoncis le huitième jour, je suis issu du peuple d'Israël, de la tribu de Benjamin, hébreu né d'Hébreux ; en ce qui concerne la loi, j'étais pharisien ;

 

6 du point de vue du zèle, j'étais persécuteur de l'Eglise ; par rapport à la justice de la loi, j'étais irréprochable.

 

7 Mais ces qualités qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte à cause de Christ.

 

8 Et je considère même tout comme une perte à cause du bien suprême qu'est la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur. A cause de lui je me suis laissé dépouiller de tout, et je considère tout cela comme des ordures afin de gagner Christ

 

9 et d'être trouvé en lui non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi.

 

10 Ainsi je connaîtrai Christ, la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort

 

11 pour parvenir, d'une manière ou d'une autre, à la résurrection des morts.

 

12 Ce n'est pas que j'aie déjà remporté le prix ou que j'aie déjà atteint la perfection, mais je cours pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j'ai été saisi par [Jésus]-Christ. »

 

 (Segond 21, 2007)

Chers frères et soeurs,

qui avez, vous aussi,

« été saisis par Jésus-Christ » !

 

Ce texte ne tombe-t-il pas à pic, ce dimanche-ci ? Je cite pêle-mêle ce qui nous arrive dans notre paroisse ces jours-ci :

 

Ø ici on n’arrive pas à se défaire du pouvoir manipulateur de quelqu’un ;

 

Ø là on se bat contre le désespoir ;

 

Ø ailleurs on attend les résultats d’examens médicaux complémentaires pour savoir de quelle maladie grave on souffre ;

 

Ø dans un quatrième cas, on assiste, dans la parenté, à la lente mais inexorable marche d’un enfant vers la mort ;

 

Ø et finalement dans un cinquième cas, on vient d’être secoué par la mort brutale d’un être cher.

 

Quand le mal terrasse, quand le malheur vous renverse brutalement, vous avez du mal à ne pas demander comme Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27.46)

 

Pour Jésus, nous en savons la raison : tout le Nouveau Testament nous l’explique. C’était à ce prix qu’il pouvait vaincre pour nous ; c’était à ce prix qu’il pouvait nous arracher à la culpabilité du péché, et à la mort éternelle ; c’est à ce prix qu’il pouvait se relever victorieusement et nous entraîner dans sa victoire. Il n’y a que son sacrifice qui pouvait nous obtenir « la justice qui vient de Dieu » (v. 9), la seule avec laquelle nous puissions subsister devant Dieu.

 

Oui, le « pourquoi » des souffrances et de la mort de notre Seigneur, nous le connaissons. Mais au « pourquoi » de nos déboires, de nos épreuves, de nos malheurs, au « pourquoi » des chocs et déchirures qui peuvent ébranler nos vies, nous n’avons bien souvent pas de réponse précise.

 

Et nous nous posons des questions, et nous sommes assaillis par le doute, et nous ne savons plus où nous en sommes ni où tout cela doit nous mener …

 

Alors, oui, qu’il est bon de voir ce qui faisait la force de l’apôtre Paul, d’un apôtre malade, pourchassé, lapidé, emprisonné des années durant ! Dieu l’avait choisi pour être son grand apôtre : n’aurait-il pas eu intérêt à lui éviter tous ces déboires, tous ces malheurs, pour le bien de son apostolat ?

 

Paul ne se pose pas cette question. Il garde confiance car, dit-il, « j’ai été saisi par Jésus-Christ » (v. 12) !

 

Quel soulagement que de pouvoir dire :

« Moi aussi

j’ai été saisi par Jésus-Christ » !

 

1. malgré mon péché et mes déficiences !

 

2. malgré les épreuves qui peuvent me frapper !

 

X X X 1 X X X

« Moi aussi

j’ai été saisi par Jésus-Christ » !

malgré mon péché et mes déficiences !

 

Chers amis, nous savons tous comment Saul de Tarse « a été saisi par Jésus-Christ ». Le Seigneur l’avait préparé de longue date – et sans que celui-là le sache – pour devenir l’apôtre Paul, puis l’a soudainement « saisi » sur le chemin de Damas (Ac 9.1-25).

 

Le chemin sur lequel nous, nous avons « aussi été saisis par Jésus-Christ » n’était pas là-bas, quelque par en Syrie, mais peut-être le foyer de nos parents, ou les liens qui nous liaient à un ou une amie, peut-être le chemin des médias modernes, voire la lecture personnelle de la Bible. Cela a aussi pu être, pour l’un ou l’autre, le chemin de l’épreuve et du malheur.

 

Et là, l’Evangile de Jésus-Christ a fait son œuvre. Sa Parole de grâce a trouvé le chemin de notre cœur. « L’Evangile, puissance de Dieu pour le salut » (Rm 1.16), nous a touchés et « saisis » pour nous unir à « Christ » et à « la puissance de sa résurrection » (v. 10).

 

Pour beaucoup d’entre nous cela s’est fait lors de notre Baptême en tant que nourrisson. Pour d’autres cela a pu se faire au contact de la Parole d’Evangile plus tard. Ce sont là les moyens que le Saint-Esprit, envoyé par Jésus, utilise pour nous « saisir » et nous retirer des flots mortels de l’incrédulité et de la damnation éternelle pour nous mettre en sécurité auprès de Jésus-Christ.

 

Et c’est ce qui soulage et réjouit tant l’apôtre Paul : « Moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ ! » s’écrie-t-il. « Et j’en avais bigrement besoin, » nous fait-il comprendre.

 

« Avant que je ne sois "saisi" par mon Sauveur, je me débattais pour mériter mon salut avec ce que j’étais et que je faisais. Je pensais pouvoir « mettre ma confiance dans ma condition ». Voilà ce que j’essayais de faire valoir devant Dieu : "J'ai été circoncis le huitième jour, je suis issu du peuple d'Israël, de la tribu de Benjamin, hébreu né d'Hébreux ; en ce qui concerne la loi, […] pharisien ; du point de vue du zèle, […] persécuteur de l'Eglise ; par rapport à la justice de la loi, […] irréprochable." » (v. 4-6)

 

La voilà, l’illusion sur laquelle Saul de Tarse fondait son salut : il se croyait « irréprochable » ! Jésus a dû le « saisir », le secouer même, pour lui remettre les idées en place, pour lui montrer – comme il aurait dû le savoir par l’Ancien Testament : aux yeux de la sainte Loi de Dieu, « toute notre justice est comme un habit taché de sang » (Es 64.5).

 

On ne peut pas se présenter ainsi devant Dieu. Nous ne pouvons pas « mettre notre confiance dans notre condition » (v. 3). Nous ne pouvons pas déduire notre salut de notre appartenance à l’Eglise luthérienne, ou de notre condition de diacre, de pasteur ou de je ne sais trop quoi, ou de ce que nous faisons au service de l’Eglise et pour elle.

 

Non seulement nous ne le pouvons pas, mais c’est dangereux. Comme l’écrit Paul : Si nous raisonnons ainsi, cela nous mène à notre « perte », car nous passons alors à côté du Christ, à côté de sa grâce.

 

Oh ! certes, Paul ne méprisait pas le fait d’être Juif, d’avoir été circoncis, de s’être efforcé d’observer la Loi de Dieu. Même, il sait que c’est ce que Dieu attendait des croyants de l’Ancienne Alliance.

 

Mais c’est là une grâce qui lui a été faite, de naître et de grandir dans ce contexte, ce n’est pas un mérite qu’il peut faire valoir devant Dieu.

 

Pareillement, bien entendu que Dieu prend plaisir au fait que nous soyons membres de l’Eglise luthérienne, que nous y ayons une attitude consacrée, y exercions peut-être même une responsabilité. Mais lequel d’entre nous peut se targuer d’être parfait en cela ? Donc ce n’est pas cela qui nous vaut d’être acceptés par Dieu.

 

Si nous nous fions à ce que nous faisons pour être acceptés par Dieu, nous entrons dans le mur, nous allons à notre « perte ». Seul se laisser « saisir par Jésus », s’accrocher à lui avec foi et recevoir ainsi sa « justice » à lui, « celle qui vient de Dieu » (v. 9), cela seul nous permet de vivre dans la présence de Dieu, ici-bas déjà, puis dans l’au-delà.

 

Aussi, quand le malheur nous frappe, ne nous posons pas la question : « Qu’ai-je fait pour mériter cela ? » Depuis que nous avons été « saisis par Jésus-Christ », Dieu n’agit plus envers nous selon ce que nous méritons ou ne méritons pas, mais selon ce que Jésus nous a mérité : et lui nous a procuré « la justice qui vient de Dieu ». Il n’a donc plus aucune raison de nous punir ; il n’en a d’ailleurs pas non plus envie. Au contraire, pour l’amour de son Fils, Jésus-Christ, il n’agit plus avec nous qu’avec amour et fidélité.

 

Difficile à croire ? Voyez alors la vie de Paul : plus éprouvante et plus malheureuse à vue humaine vous aurez du mal à trouver. Et pourtant, le leitmotiv de l’épître aux Philippiens dont est tirée notre texte, le voilà : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ! Je le répète : réjouissez-vous ! » (Ph 4.4 ; mais aussi 3.1)

 

Alors, dis-toi, comme Paul le fait dans notre texte :

 

X X X 2 X X X

« Moi aussi

j’ai été saisi par Jésus-Christ » !

malgré les épreuves

qui peuvent me frapper !

 

N’oublions pas : Paul écrit cette épître alors qu’il indique être en « détention » à Rome et y connaître « la détresse », « les chaînes » et « les souffrances de la détention » (Ph 1.7+14+17 ; 4.14)

 

Et qu’est-ce qui le console ? « Moi aussi » – jubile-t-il – « j’ai été saisi par Jésus-Christ ! »

 

« Je suis peut-être "en détention", mais, en fait, ce ne sont pas les geôliers de Rome qui me détiennent, c’est Jésus-Christ qui m’a "saisi" ; auprès de lui, je suis en de bonnes mains quoi qu’il m’arrive ! »

 

Dans une autre épître, celle aux chrétiens de Rome, il écrit : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a donné pour nous tous, comment ne nous accorderait-il pas aussi tout avec lui ? » « Dans » tous les malheurs qui peuvent encore nous frapper, « nous sommes plus que vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés ! » (Rm 8.31-32+37)

 

Pourquoi le malheur nous désarçonne-t-il parfois ? Parce que nous espérons trouver la félicité éternelle dès ici-bas. Parce que nous oublions qu’en entrant dans le monde, le péché y a répandu la mortalité, le caractère éphémère et passager de toute chose. (Rm 5.12)

 

N’oublions pas : nous ne sommes qu’« étrangers et voyageurs sur la terre » (Hé 11.13). Ne réagissons-nous pas souvent comme si nous étions sur terre pour toujours ? Non, Pierre écrit que nous sommes « résidents temporaires sur la terre » (1 P 2.11). Nous ne faisons que passer.

 

Réjouis-toi donc d’avoir été « saisi par Jésus-Christ » au passage, d’avoir « reçu l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ » (v. 14) pour « connaître la puissance de sa résurrection ». Oui, il nous a destinés à « parvenir, d’une manière ou d’une autre, à la résurrection des morts » (v. 11) pour y recevoir « le prix », le salut éternel (v. 14), un « prix » tout à fait gratuit, un « prix » décroché pour nous par Jésus !

 

C’est bien à lui que nous le devons, et rien qu’à lui ! Et ça c’est une bonne nouvelle, car cela rend notre salut certain. Il ne dépend pas de notre « condition », mais de « la justice » parfaite de Jésus.

 

Il est vrai, comme Paul le prêchait déjà lors de son premier voyage missionnaire, « c’est à travers beaucoup de difficultés qu’il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu » (Ac 14.22)

 

Le péché a tout disloqué dans ce monde et y a introduit la souffrance et le malheur, que ce soit au niveau de la santé, des relations entre les personnes ou les Etats, ou au niveau des conditions matérielles. Et cela peut faire mal, très mal.

 

Notre voyage à travers cette vie connaît des heurts, des montées d’adrénaline, des écroulements, des déceptions, des déchirures, des deuils, « mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs », parce que « nous avons été saisis par Jésus-Christ » (Rm 8.37), le vainqueur de la mort, et qu’il s’est lié à nous par son sang versé sur la croix.

 

Moïse priait déjà : « Seigneur, enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que notre cœur parvienne à la sagesse » (Ps 90.12). Luther l’a paraphrasé ainsi : « Seigneur, apprends-nous à considérer que nous devons mourir un jour, pour que nous devenions sages ! »

 

Cette « sagesse » ne s’apprend réellement que si elle est alimentée et consolidée par « la connaissance de Jésus-Christ, mon Seigneur » (v. 8).

 

Cette « sagesse », il nous faut régulièrement la consolider et la développer au contact de la Parole et des sacrements, pour que le Saint-Esprit nous « porte vers ce qui est devant, vers le but pour remporter le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ ».

 

Réjouissez-vous donc de ce que vous ayez été « saisis par Jésus-Christ » ! Puisez dans cette certitude la force de tenir dans l’épreuve et dans la « course » (v. 12) au prix gratuit de l’éternité !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

Sermon dialogué du dimanche 25 juillet 2010

 

Jour de l’apôtre Jacques le Majeur

 

Texte : Mt 20.20-28

 

Chants proposés :

 

Daigne, en cette heure, ô tendre Père LlS 1:1- 3

Ecoutez tous une bonne nouvelle LlS 213:1-5

Dieu de paix, Dieu de charité LlS 268: 1-6

Jésus, Sauveur adorable LlS 165:1-5

20 « Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna pour lui faire une demande.

 

21 Il lui dit : "Que veux-tu ?" "Ordonne", lui dit-elle, "que dans ton royaume mes deux fils que voici soient assis l'un à ta droite et l'autre à ta gauche. "

 

22 Jésus répondit : "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire [ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé] ?" "Nous le pouvons", dirent-ils.

 

23 Il leur répondit : "Vous boirez en effet ma coupe [et vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé]. Mais quant à être assis à ma droite et à ma gauche, cela ne dépend pas de moi et ne sera donné qu'à ceux pour qui mon Père l'a préparé."

 

24 Après avoir entendu cela, les dix autres furent indignés contre les deux frères.

 

25 Jésus les appela et leur dit : "Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles, et que les grands les tiennent sous leur pouvoir.

 

26 Il n'en sera pas ainsi au milieu de vous. Mais si quelqu'un veut être grand parmi vous, il sera votre serviteur ;

 

27 et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave.

 

28 C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup." »

 

Essayez, d’abord, de trouver les réponses par vous-mêmes.

Puis consultez les réponses en deuxième partie.

A. QUI EST JACQUES LE MAJEUR ?

 

1. Notre texte parle « des fils de Zébédée » (v. 20). – C’est qui « Zébédée » ?

 

2. Qu’avait-il comme métier ?

 

3. Qui sont « les fils de Zébédée » ?

 

4. Quel était leur métier ?

 

5. « La mère des fils de Zébédée », donc la femme de Zébédée, intervient dans notre texte. Connaît-on son nom ?

 

6. La Bible ne nous apprend rien d’autre à propos de la parenté de Zébédée. Par contre, la comparaison de deux textes bibliques suggère une parenté précise pour sa femme. Laquelle ?

 

7. Les deux textes que nous venons d’entendre pour apprendre le nom de la mère « des fils de Zébédée », nous apprennent qu’il y avait un « Jacques le Jeune » (d’autres versions de la Bible traduisent « Jacques le Mineur »). – Comment appelait-on Jacques, fils de Zébédée et de Salomé, pour le distinguer de « Jacques le Jeune » ?

 

8. Puisque nous en sommes à citer quelques noms d’apôtres, essayons d’en dresser la liste complète !

 

9. Revenons à « Jacques » dit « le Majeur », frère de Jean et fils de Zébédée et de Salomé. Au fait, pourquoi en parlons-nous aujourd’hui ?

 

10. C’est quoi, cette histoire de saints sur le calendrier ?

 

11. Que savons-nous de la vie et de l’œuvre de « Jacques » « le Majeur » ? Par exemple, dans les Evangiles, Jacques est toujours cité ensemble avec son frère, Jean. Savez-vous dans quel ordre ? Et qu’en conclue-t-on ?

 

12. Rappelez-vous que Jésus ne prenait souvent que trois disciples avec lui, quand il s’agissait de situations exceptionnelles. Savez-vous qui sont ces trois disciples, et à quelles occasions il n’a pris que ces trois avec lui ?

 

13. Savez-vous comment Jésus appelait « les deux fils de Zébédée » ? Que pourrait-on en conclure à propos de leur caractère ?

 

Venons-en maintenant à notre texte !

 

 

 

B. MATTHIEU 20.20-21 : LA DEMANDE DES FILS DE ZEBEDEE

 

14. Quel autre trait de caractère de Jacques et de Jean nous étonne dès le début de l’histoire ?

 

15. Cela est-il curieux de la part de futurs apôtres ?

 

16. Quand on pense aux 3 épîtres de Jean, quel trait de caractère se serait-on plutôt attendu à trouver en lui ?

 

17. Leur demande – faite par l’intermédiaire de leur mère – est-elle ressentie par les autres disciples comme un acte d’amour envers eux ?

 

18. Ne serait-ce pas aussi la manière de présenter la demande à Jésus qui les « indigne » ?

 

19. Mais si c’est leur mère qui a pris cette initiative, peut-on leur en faire reproche ?

 

20. Venons-en à la demande : avoir les places d’honneur, « être le premier » (v. 27), n’est-ce pas un travers contre lequel nous devons tous lutter ?

 

21. Cela veut-il dire que nous ne pouvons pas nous efforcer de progresser, d’avancer dans la carrière et d’améliorer notre situation ?

 

C. MATTHIEU 20.22-23+25-28 :

LA REPONSE DE JESUS

 

La réponse de Jésus est double :

 

· d’abord il répond aux deux frères,

 

· ensuite il répond à tous les douze, car leur indignation, pour justifiée qu’elle pouvait être en partie, était aussi faite de jalousie, d’envie et de rancœur.

 

22. Voilà ce qu’il répond à Jacques et à Jean :

 

« "Vous ne savez pas ce que vous demandez.

Pouvez-vous

boire la coupe que je dois boire

[ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé] ?"

 

"Nous le pouvons", dirent-ils.

 

Il leur répondit :

"Vous boirez en effet ma coupe

[et vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé].

Mais quant à être assis à ma droite et à ma gauche, cela ne dépend pas de moi et ne sera donné qu'à ceux pour qui mon Père l'a préparé." » (v. 22-23)

 

A quoi Jésus fait-il allusion avec cette « coupe » que « les fils de Zébédée » allaient boire comme lui, avec ce « baptême » dont ils allaient être baptisés comme lui ?

 

23. Mais Jésus n’annonce-t-il aux « fils de Zébédée » que des épreuves comme tout croyant en rencontre dans la vie ?

 

24. Jésus leur pose la question : « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire ? » (v. 22) Pouvez-vous souffrir avec moi ? Que révèle la réponse de Jacques et de Jean quant à leur état d’esprit à ce moment-là ?

 

25. Terminons avec la leçon que Jésus fait à tous les douze :

 

« Jésus les appela et leur dit : "Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles, et que les grands les tiennent sous leur pouvoir.

 

Il n'en sera pas ainsi au milieu de vous. Mais si quelqu'un veut être grand parmi vous, il sera votre serviteur ;

 

et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave." » (v. 25-27)

 

Est-ce là une leçon facile à appliquer ?

 

26. En fait, il faut que l’amour du Christ nous presse. C’est pour cela que Jésus termine avec cette phrase bien connue : « C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup." » (v. 28)

 

Qu’est-ce qu’elle vous inspire ?

 

Voici ce que nous avons pu dire à l’occasion du jour de Jacques le Majeur.

 

Cela a plutôt pas trop bien commencé avec lui. Mais le Seigneur a su le faire grandir dans la foi au point qu’il soit mort en témoin de son Sauveur !

 

Puissions-nous tous, un jour, après une vie de repentance et de foi, le rejoindre devant le trône de notre Sauveur !

 

 

REPONSES AUX QUESTIONS

 

1. « Zébédée » est un pêcheur du Lac de Galilée

 

« Comme Jésus marchait le long du lac de Galilée, il vit […] des pêcheurs. Il alla un peu plus loin et vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient eux aussi dans une barque et réparaient les filets. Aussitôt, il les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers et le suivirent. » (Mc 1.16+19-20)

 

2. Zébédée était pêcheur sur le lac de Galilée.

 

3. Les fils de Zébédée sont « Jacques et Jean ».

 

4. Ils travaillaient comme pêcheurs avec leur père.

 

5. En comparant les textes parallèles de Matthieu et de Marc, on découvre que « la mère des fils de Zébédée » (Mt 27.55-56) n’était autre que « Salomé » (Mc 15.40)

 

« Il y avait là bien des femmes qui regardaient de loin ; elles avaient accompagné Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. » (Mt 27.55-56)

 

« Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin. Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques le jeune et de Joses, ainsi que Salomé. » (Mc 15.40)

 

6. Si on compare les deux textes précédents de Matthieu (Mt 27.55-56) et de Marc (Mc 15.40), à propos des femmes près de la croix, à cet autre de Jean (Jn 19.25), il est permis de supposer que « Salomé » était « sœur de la mère » de Jésus, donc une sœur de Marie. Marie serait donc la tante de Jacques et de Jean, et ces deux derniers des cousins de Jésus !

 

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. » (Jn 19.25)

 

7. Par opposition à « Jacques le Mineur » ou « le Jeune », on l’appelle « Jacques le Majeur », c’est-à-dire le plus âgé des deux. Mais il ne porte jamais ce qualificatif dans la Bible. C’est plus tard qu’on lui a donné ce nom.

 

8. « Voici les noms des douze apôtres.

1. Le premier, Simon, appelé Pierre, et

2. André, son frère,

3. Jacques, fils de Zébédée, et

4. Jean, son frère ;

5. Philippe et

6. Barthélémy, [aussi appelé Nathanaël]

7. Thomas et

8. Matthieu, le publicain [aussi appelé Lévi] ;

9. Jacques, fils d’Alphée et

10. Lebbée, surnommé Thaddée [aussi appelé Jude] ;

11. Simon le Cananite [aussi appelé le Zélote] et

12. Judas l’Iscariot, celui qui trahit Jésus. » (Mt 10.2-4)

Voir aussi Mc 3.16-19 et Lc 6.13-16.

 

9. Le calendrier a fixé la saint Jacques au 25 juillet. Comme cela tombe cette année sur un dimanche, nous en profitons pour parler de lui.

 

10. C’est dû à une dérive de l’Eglise de Rome qui déclare certaines personnes comme « saintes », comme ayant fait plus que nécessaire pour se mériter le salut.

 

Ce n’est, bien entendu, pas pour cette raison que nous en parlons.

 

L’Eglise luthérienne, quand elle commémore un apôtre ou une autre personne de la Bible ou de l’histoire de l’Eglise, rend toujours et exclusivement culte à Dieu, mais lui rend aussi grâce pour ce qu’il a accordé à la personne en question et pour les bienfaits que Dieu a accordés à l’Eglise en se servant de ces personnes.

 

11. A part deux fois, Jacques est toujours mentionné en premier (une quinzaine de fois). On dit aussi que Jean est « le frère de Jacques », pas le contraire. On en conclut que Jacques était l’aîné.

 

12. Jésus ne prenait parfois que trois disciples avec lui, quand il s’agissait de situations exceptionnelles : « Pierre, Jacques et Jean ». Ce fut le cas lors de

· la Transfiguration (Mt 17.1-9 ; Mc 9.2-10 ; Lc 9.28-36),

· la résurrection de la fille de Jaïrus (Mc 5-35-43 ; Lc 8.49-56),

· dans le Jardin de Gethsémané (Mc 14.32-35)

 

Ce sont encore eux qui s’avancèrent vers lui pour lui demander des explications sur la fin de Jérusalem (Mc 13.1-7)

 

Jacques faisait donc partie du cercle très restreint des plus intimes du Maître.

 

13. Dans la liste des douze que nous donne Marc (Mc 3.13-19), nous apprenons que Jésus « donna le nom de Boanergès » à « Jacques, fils de Zébédée, et Jean, frère de Jacques ». « Boanergès » signifie : « fils du tonnerre ». Jésus faisait-il allusion au tempérament fougueux des deux frères ? Nous n’en avons pas l’explication.

 

B. MATTHIEU 20.20-21 : LA DEMANDE

DES FILS DE ZEBEDEE

 

14. Demander des honneurs supérieurs aux autres, s’attendre à des places privilégiées, c’est un signe d’envie et d’orgueil, d’un complexe de supériorité.

 

15. Dieu n’enjolive jamais la réalité dans la Bible. Les hommes et les femmes qu’il a choisis pour lui rendre un service précis étaient tous des personnes faillibles, car « il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. » (Ec 7.20). Cette parole s’applique aussi aux disciples.

 

Et il y a une raison à cela. C’est Paul qui nous la donne : « afin que cette puissance extraordinaire » – « l’Evangile, puissance de Dieu » (Rm 1.16) et le fruit de leur apostolat – « soit attribué à Dieu et non pas à nous. » (2 Co 4.6)

 

16. Jean est appelé l’apôtre de l’amour : ses épîtres parlent continuellement de l’amour de Dieu pour nous et de notre amour pour Dieu, sa vérité et nos prochains.

 

17. Certainement pas ! « Après avoir entendu cela, les dix autres furent indignés contre les deux frères. » (v. 27). Aucun groupe ne peut rester soudé si les membres de ce groupe jouent leur carte personnelle contre celle des autres. Cela ne peut que semer la zizanie, l’envie et la jalousie. « Comment ! Jacques et Jean veulent être traités mieux que nous ? veulent avoir des positions privilégiées ? »

 

18. Déjà la façon dont la demande a été présentée a dû les faire bouillir. Leurs mères à eux n’étaient pas des tantes du Maître. Eux ne pouvaient pas faire fonctionner ce piston. Jacques et Jean ne s’en privent pas.

 

C’est ce qu’on appellerait aujourd’hui un conflit d’intérêts : faire jouer les relations familiales pour obtenir un poste dans l’Eglise.

 

19. Qui a pris l’initiative de cette démarche ? Notre texte ne le dit pas. Il dit par contre que Salomé « s’approcha de Jésus avec ses fils ». Ils étaient donc dans le coup.

 

La réalité est peut-être encore plus sombre. L’initiative est peut-être venue d’eux, et leur mère n’était peut-être que leur porte-parole, ce qui amène Marc à tout à fait passer le rôle de la mère sous silence (Mc 10.35), son rôle n’ayant sans doute été que secondaire.

 

20. Ça l’est malheureusement. Jésus, un jour, « adressa une parabole aux invités, en voyant qu’ils choisissaient les meilleures places. » (Lc 14.7) Avouons : nous sommes tous attirées par « les meilleures places », à moins qu’elles comportent des choses à faire que nous n’aimons pas, mais alors ce n’est plus une « meilleure place ».

 

21. Il faut distinguer deux attitudes différentes :

 

· l’une consiste à faire honnêtement son travail, voire à améliorer sa situation (ou ses notes à l’école) sans recourir à des passe-droits ; cela est tout à fait normal ;

 

· l’autre consiste à chercher à évincer les autres en recourant à des manigances indignes d’un croyant.

 

En toute chose il faut des « premiers » (un chef de classe, un chef d’équipe, un chef de service, un directeur ou un patron, un premier ministre et un président de la République, un président de paroisse, d’association ou de synode), ce n’est pas cela qui est répréhensible. Ce qui peut l’être, ce sont certains moyens pour y parvenir.

 

C. MATTHIEU 20.22-23+25-28 :

LA REPONSE DE JESUS

 

La réponse de Jésus est double :

 

· d’abord il répond aux deux frères,

 

· ensuite il répond à tous les douze, car leur indignation, pour justifiée qu’elle pouvait être en partie, était aussi faite de jalousie, d’envie et de rancœur.

 

22. « La coupe » et « le baptême » dont Jésus parle, ce sont les souffrances liées à leur état de croyants, et plus encore d’apôtres.

 

Paul a prêché que « c’est à travers beaucoup de souffrances qu’il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu » (Ac 14.22)

 

Et Pierre écrit : « Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous prenez aux souffrances de Christ, afin d'être aussi dans la joie et dans l'allégresse lorsque sa gloire sera dévoilée. » (1 P 4.13)

 

23. Non, car ils vont connaître des « souffrances » exceptionnelles dans leur apostolat.

 

· « Jacques » va mourir en martyr longtemps avant les autres. C’était encore avant le premier voyage missionnaire de Paul. « En ce temps-là, le roi Hérode se mit à maltraiter des membres de l'Eglise, et il fit mourir par l’épée Jacques, frère de Jean » (Ac 14.1-2)

 

· « Jean », lui, passe pour être le seul apôtre à ne pas être mort en martyr, mais il connaîtra plusieurs fois la prison (Ac 4.3+21 ; 5.18), sera torturé (Ac 5.40), souvent menacé (Ac 5.33), finalement exilé sur une île de forçats, Patmos (Ap 1.9) âgé de près de 100ans.

 

24. Sans broncher ils répondent : « Nous le pouvons ! » (v. 22) Là encore, quel orgueil, mais aussi quelle inconscience !

 

Il est vrai, nous pouvons subir bien des épreuves pour Christ et à sa suite. Mais, avec humilité et foi en Christ. Aussi, avons-nous répondu lors de la confirmation ou de l’admission dans la paroisse que c’est « avec l’aide de Dieu » que nous sommes prêts à tout souffrir plutôt que de renier notre foi en Christ.

 

25. …

 

26. Que nous en avons de la chance d’avoir un Seigneur et Sauveur comme lui !

 

L’histoire de Jacques et de Jean, mais aussi celles d’un Pierre ou d’un Paul, ou, dans l’Ancien Testament, celle d’un Moïse, d’un David ou d’un Elie nous montre combien nous sommes chanceux que Jésus soit venu « pour donner sa vie en rançon pour » eux, mais aussi pour nous qui ne sommes pas meilleurs.

 

Il a réglé notre dette auprès de Dieu en payant de sa vie.

 

N’oublions jamais : nous devons notre salut à quelqu’un qui était en droit d’exiger notre service et qui, à la place, nous a servis !

 

Cela devrait avoir de l’importance dans notre vie aussi.

 

Jean Thiébaut Haessig

sermon du dimanche 27 juin 2010 - 4ème dimanche après la Trinité

 

Texte : Mt 9.35-38

 

35 « Jésus parcourait toutes les villes et les villages ; il enseignait dans les synagogues, proclamait la bonne nouvelle du royaume et guérissait toute maladie et toute infirmité.

 

36 A la vue des foules, il fut rempli de compassion pour elles, car elles étaient blessées et abattues, comme des brebis qui n'ont pas de berger.

 

37 Alors il dit à ses disciples : "La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers.

 

38 Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson." »

 (Segond 21, 2007)

Chers frères et soeurs en Christ, « Chef de l’Eglise » (Col 1.18) et Directeur de la Mission

"La dimension missionnaire

de la paroisse

dans son environnement immédiat."

 

C’était là le thème de la « Conférence Luthérienne Européenne » au Portugal, au début du mois, un thème que nous avions préparé des mois à l’avance, un thème sur lequel nous nous sommes penchés pour trouver de nouveaux éclairages, de nouvelles ouvertures, de nouveaux encouragements.

 

Dans le culte d’ouverture, en prêchant sur ce texte, je me suis limité aux verbes qui décrivent Jésus :

 

JESUS

 

1. « parcourait »

 

2. « enseignait »

 

3. « proclamait »

 

4. « guérissait », et

 

5. « disait : ”Priez donc le Maître !” »

 

Il est vrai : Jésus est Jésus … et nous, nous sommes ce que nous sommes : des pécheurs, mais des pécheurs pardonnés, sauvés et sanctifiés. Luther a dit : « simul iustus et peccator », « à la fois juste et saint ».

 

Maintenant que nous avons été rachetés et élevés dans sa communion éternelle, la moindre des choses, c’est « d’avoir en nous les dispositions qui sont en Jésus-Christ » (Ph 2.5 ; NBS), « d’avoir une attitude identique à celle de Jésus-Christ » (Ph 2.5 ; Segond 21).

 

Et quelle disposition, quel sentiment de Jésus est souligné dans notre texte ? – « Il fut rempli de compassion pour les foules. » (v. 36)

 

Chers amis, on peut trouver toute une série de raisons qui nous poussent à témoigner de notre foi en Jésus-Christ : la nécessité de croître en nombre, les bénédictions qu’en retire la paroisse existante, l’amour de notre Sauveur, son grand ordre de mission (Mt 28.18-2°, et d’autres raisons encore.

 

Mais ce qui doit vraiment nous pousser à faire de la mission, ce doit être « la compassion pour les foules », « la compassion » pour les perdus, « la compassion » pour ceux dont Jésus a aussi expié les péchés, mais comme ils ne se l’approprient pas par la foi, ils n’en retirent aucun profit et demeurent perdus pour l’éternité.

 

Puissions-nous ne jamais perdre cette « compassion » pour les gens et ne pas l’oublier quand nous parlons de notre mission !

 

X X X 1 X X X

Jésus parcourait

 

« Jésus parcourait toutes les villes et les villages. » (v. 35)

 

L’une de mes grandes désillusions comme jeune débutant dans le ministère pastoral a été l’argument qu’un ancien pilier de la paroisse m’a opposé en assemblée paroissiale quand j’ai essayé de donner à la paroisse une orientation plus missionnaire. Il a dit : « Les gens savent que nous annonçons la vérité. S’ils veulent la vérité, ils savent où aller. » Il est vrai que ce paroissien, quand il était jeune, avait trouvé la vérité et avait découvert que notre Eglise l’annonçait avec fidélité.

 

Mais allez aborder les gens dans la rue ! La seule conviction qu’ils ont est celle de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18.38) Et comme ils ne la connaissent pas, ils ne savent pas non plus où la trouver.

 

Non, Jésus n’a pas dit : « Wait and see ! » « Attendez et voyez ce qui va se passer ! » « Attendez qu’ils viennent d’eux-mêmes ! ». Il a dit : « Allez ! » « Allez et faites des disciples ! » (Mt 28.19)

 

D’ailleurs, il n’a pas seulement dit : « Allez ! », il nous a aussi montré l’exemple : « Jésus parcourait toutes les villes et les villages. » Il se déplaçait pour rencontrer les perdus là où ils vivaient.

 

Aujourd’hui aussi les perdus se trouvent en dehors de l’Eglise, autour de l’Eglise, dans son voisinage. Nous devrions nous le rappeler quand nous organisons notre vie paroissiale, nos activités paroissiales.

 

Sommes-nous une paroisse qui « va » ou une paroisse qui attend ? Montrons-nous par nos activités que nous sommes émus de compassion pour les foules, pour les perdus de notre voisinage ?

 

N’oublions jamais : « Jésus parcourait », mais

 

X X X 2 X X X

Jésus enseignait aussi

 

Nous apprenons d’ailleurs qu’il « enseignait » plus particulièrement « dans les synagogues » (v. 35), dans les structures locales de l’Eglise de son temps, dans les paroisses locales des « villes et villages » de Palestine.

 

Nous aussi nous devons veiller à ce que, dans notre paroisse, tous soient bien instruits dans les vérités de l’Evangile. Nous ne pourrons résister au doute et à la tentation que si nous sommes sûrs de notre salut, que si nous avons une connaissance claire de Jésus, « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14.6).

 

L’un des points forts de l’Eglise luthérienne a toujours été le sérieux et la minutie avec lesquels elle instruit ses membres. Tenez, il y a un mois, nous avons célébré la confirmation de James et de Romain. Pourquoi ? – L’une des raisons est de montrer à la paroisse que ces adolescents ont atteint un niveau de connaissance suffisant pour pouvoir s’examiner eux-mêmes en vue de recevoir la Cène pour leur salut.

 

C’est pour la même raison que nous instruisons aussi avec le même sérieux ceux qui veulent devenir membres, et nous les recevons dans la paroisse par un acte liturgique public. Nous ne le faisons pas seulement avec ceux qui ont passé de l’incrédulité à la foi en Jésus-Christ, nous le faisons aussi avec ceux qui ont reçu un enseignement partiellement incorrect dans leur précédente Eglise.

 

D’ailleurs, nous avons tous besoin, tout au long de notre vie, de consolider et d’approfondir nos connaissances bibliques, de « progresser dans la connaissance de Dieu » (Col 1.10) et dans la foi « en Celui qui est le chef, Christ » (Ep 4.15). Cela se fait dans les cultes et études bibliques.

 

Une paroisse authentiquement missionnaire est une paroisse bien instruite. Une paroisse missionnaire est une paroisse dont les membres ont une claire connaissance des vérités à confesser, mais aussi des raisons bibliques d’en faire part aux autres.

 

Car, après avoir « parcouru » et « enseigné dans les synagogues »,

 

X X X 3 X X X

Jésus proclamait,

 

« il proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume » (v. 35).

 

Dans les quatre Evangiles – Matthieu, Marc, Luc et Jean – nous trouvons plus de 50 fois « royaume de Dieu », plus de 30 fois « royaume des cieux » et plus de 20 fois « ciel » ou « cieux ». Jésus s’exprimait souvent ainsi. Dans notre texte, par contre, il est simplement dit qu’il « proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume ».

 

Notre message missionnaire, la merveilleuse nouvelle que notre paroisse a le privilège de pouvoir annoncer dans son voisinage, c’est ce que Jean-Baptiste « proclamait » déjà « dans le désert » : « Repentez-vous », « changez d’attitude, car le Royaume des cieux est proche ! » (Mt 3.2) Le Roi est déjà venu dans ce monde pour y établir son « Royaume » !

 

Maintenant c’est nous qu’il envoie inviter les perdus à venir le rejoindre. Ce n’est qu’ainsi qu’ils seront en sécurité. Ce n’est qu’auprès de lui qu’ils trouveront le pardon de leurs péchés, la vie et le salut.

 

Il nous envoie inviter les perdus : « ”Repentez-vous,” confessez votre péché et attachez-vous avec foi à Celui qui a fait la réconciliation avec Dieu ! Ne désespérez pas de la vie, ne craignez pas la mort : ”notre Sauveur Jésus-Christ a réduit la mort à l’impuissance et a mis en lumière la vie et l’immortalité par l’Evangile !” » (2 Tm 1.10)

 

Comme Jésus, que notre paroisse persévère aussi à « proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume » !

 

« Jésus parcourait », « Jésus enseignait », « Jésus proclamait »,

 

X X X 4 X X X

Jésus guérissait :

 

« Jésus guérissait toute maladie et toute infirmité. » (v. 35)

 

Pas étonnant ! Il est le Fils de Dieu, il peut accomplir des miracles. Nous, non.

 

Mais … Oui, car il y a un mais.

 

Tout d’abord, Dieu a béni l’humanité en lui permettant de faire des progrès médicaux prodigieux. Grâce à Dieu, nos médecins peuvent, aujourd’hui, guérir des « maladies » qu’à l’époque seul Jésus pouvait « guérir ».

 

Mais les « infirmités » sont aussi variées qu’omniprésentes dans le monde d’aujourd’hui. Ce qui me frappe, c’est la quantité d’« infirmités » qui accablent, par exemple, nos banlieusards : des malaises financiers, oui, mais aussi une foule d’« infirmités » sociales et psychologiques ; des personnes sont brisées, « sans espérance et sans Dieu dans le monde » (Ep 2.12).

 

Vous en rencontrez dès que vous sortez dans la rue, peut-être déjà sur le palier en quittant votre appartement.

 

Notre monde est malade, malade de ne pas être relié à la source de la vie, malade d’avoir perdu les repères moraux, malade d’être perdu dans un brouillard spirituel.

 

Dans notre paroisse, nous avons le remède à ces « maladies ». La thérapie peut prendre du temps – des mois, peut-être des années dans certains cas ! – pour amener des personnes blessées à la guérison.

 

Nous, les croyants, nous sommes les seuls à pouvoir les amener à ne plus connaître « la tristesse de ceux qui n’ont pas d’espérance » (1 Th 4.13).

 

Bien entendu, dans tout ce que j’ai dit depuis le début – « parcourir », « enseigner », « proclamer » et « guérir » – dans tout cela il ne faut pas oublier

 

X X X 5 X X X

Jésus a aussi dit :

« Priez le Maître ! »

 

En d’autres mots, « parcourir », « enseigner », « proclamer » et « guérir », ce sont là des activités paroissiales qu’il s’agit de faire dans un contact régulier avec le Chef divin de l’Eglise, en priant régulièrement.

 

C’est lui qui nous envoie en mission. C’est de lui qu’est venu l’ordre. « Parcourir », « enseigner », « proclamer » et « guérir » les perdus et les infirmes autour de nous, c’est son affaire.

 

Mais il y tient tant qu’il nous demande, à nous qui sommes déjà en sécurité dans son Royaume, de nous joindre à lui dans ses efforts pour atteindre ceux qui sont perdus.

 

Quelle entreprise peut fonctionner harmonieusement et efficacement si les employés ne sont pas en contact constant avec le patron ? Aucune ! Eh bien, c’est pareil pour l’Eglise ! Pas étonnant que Jésus dise : Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson ! » (v. 38)

 

Soyons conscients du danger qui consiste à devenir une paroisse hyperactive, mais sans vie spirituelle, une simple organisation humaine qui ne serait plus reliée au Sauveur par la prière.

 

Mais soyons aussi conscients du danger opposé : devenir une paroisse à la vie apparemment hautement théologique et spirituelle, mais sans les œuvres correspondant à une vie spirituelle, sans « l’attitude » missionnaire « identique à celle de Jésus-Christ ».

 

N’oublions pas : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. » (v. 37) « La moisson » est prête à être rentrée dans les granges divines, mais quelle en sera la part qui pourrira dehors, éternellement ?

 

Quand je me rends de Châtenay-Malabry à Argenteuil, à Nozay ou à Yerres – sans parler de … Soissons – pour des cercles bibliques ou des visites, je passe à côté de centaines de milliers de gens, et je sais qu’un nombre effroyable d’entre eux est perdu ! Penser à eux m’afflige.

 

Bien entendu, nous ne pouvons pas tout faire, mais n’ignorons pas les portes que le Seigneur nous ouvre ; entrons-y avec confiance, dans la prière.

 

C’est son projet. Nous y sommes engagés sur son ordre de mission.

 

Alors, quand il nous montre des portes à notre portée (excusez le jeu de mots), essayons de les ouvrir en son nom, poussés par la compassion pour les perdus et pour sa seule gloire !

 

Amen.

 

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du dimanche 20 juin 2010

CULTE SYNODAL Rm 12.1-2

« Je vous encourage donc, frères et sœurs,

par les compassions de Dieu,

à offrir votre corps comme

un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu.

Ce sera de votre part un culte raisonnable.

2 Ne vous conformez pas au monde actuel,

mais soyez transformés

par le renouvellement de l’intelligence

afin de discerner

quelle est la volonté de Dieu,

ce qui est bon, agréable et parfait. »

(Segond 21)

1 : « Je vous encourage donc, mes frères,

au nom de toute la magnanimité de Dieu,

à offrir votre corps comme

un sacrifice vivant, saint et agréé de Dieu ;

voilà quel sera pour vous

le culte conforme à la Parole.

2 : Ne vous conformez pas à ce monde-ci,

mais soyez transfigurés

par le renouvellement de votre intelligence,

pour discerner

quelle est la volonté de Dieu :

ce qui est bon, agréé et parfait. » (NBS)

Chers frères et sœurs en Christ,

et plus particulièrement,

chers délégués synodaux de nos paroisses,

pasteurs et laïcs !

Nous avons préparé notre assemblée synodale dans les conférences pastorales, en conseils régionaux, au conseil synodal et dans les paroisses, nous avons mis nos réflexions en commun ces deux derniers jours, nous avons pris des décisions devant la face de Dieu, nous avons réfléchi aux « Temps forts du culte », et nous voilà en plein dans le moment solennel le plus fort d’une Assemblée Générale Synodale : le Culte Synodal.

Je ne vais pas revenir sur les temps forts d’un culte liturgique. Nous en avons amplement parlé ces jours-ci. Je vais plutôt poser la question : Le culte que Dieu attend de nous prend-t-il fin quand nous quittons le lieu de culte ?

Dans l’original grec, l’apôtre Paul emploie ici un terme précis pour « culte ». Il utilise le mot λατρεία (latreia), « -lâtrie » que nous ne trouvons plus que dans idolâtrie, le service des idoles. Paul l’utilise dans un autre sens, au sens de « service » rendu à Dieu, « service » divin, « culte ». Jésus d’ailleurs aussi (Jn 16.2).

La question que nous voulons nous poser est la suivante :

QUAND ET OÙ

REND-T-ON « SERVICE » OU « CULTE »

À DIEU ?

Seulement au cours du déroulement liturgique délimité par le prélude au début et le postlude à la fin ? – Dans notre texte, l’apôtre Paul est nettement d’un autre avis. Comme il est court, je vais le relire :

« Je vous encourage donc, frères et sœurs,

par les compassions de Dieu,

à offrir votre corps comme

un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu.

Ce sera de votre part un culte raisonnable.

2 Ne vous conformez pas au monde actuel,

mais soyez transformés

par le renouvellement de l’intelligence

afin de discerner

quelle est la volonté de Dieu,

ce qui est bon, agréable et parfait. »

LE CULTE

QUE NOUS RENDONS A DIEU

1. englobe toute notre existence,

2. ne correspond pas aux critères de ce monde,

3. est produit par la compassion de Dieu,

4. demande une remise en question continuelle.

X X X 1 X X X

Le culte que nous rendons à Dieu

ENGLOBE TOUTE NOTRE EXISTENCE.

Certes, nous venons à l’église pour rendre culte à notre Dieu Sauveur en suivant le merveilleux déroulement de nos offices du dimanche.

C’est là aussi ce à quoi notre foi nous pousse : à venir rencontrer notre Dieu dans la Parole et les sacrements, à venir l’adorer, le louer, le chanter, le célébrer et l’invoquer, y chercher notre absolution et sa bénédiction. Ce culte-là aussi, bien entendu, Dieu l’attend de nous.

Mais est-ce tout ? Avons-nous fini de rendre culte à Dieu quand nous quittons l’église ? Notre « culte », le « service » que nous rendons à Dieu, se résume-t-il à maximum une heure et demie par semaine ? Et encore ! Souvent l’office du dimanche ne dépasse pas l’heure. … Alors ! ? …

Ce n’est pas l’avis de l’apôtre Paul. Ce n’est pas ce que le Saint-Esprit lui a inspiré dans notre texte. Il n’écrit pas ici : « Je vous encourage […] à chanter, prier, écouter la Parole, à baptiser (ou recevoir le Baptême) et à prendre la Cène ».

Tout cela, il peut aussi l’écrire ailleurs, mais ici il parle d’un « culte » bien plus complet, bien plus présent dans notre vie, d’un culte qui englobe toute notre existence : « Je vous encourage donc, mes frères, […] à offrir votre corps comme un sacrifice vivant, saint et agréé de Dieu. » (v. 1)

« Offrir nos corps ? » … N’ayez crainte : Dieu n’attend pas de sacrifices humains ! Il les a même en horreur, au point de menacer de mort celui qui fait des sacrifices humains. Les prophètes – Esaïe, Jérémie et Ezéchiel – dénonçaient les sacrifices humains comme une idolâtrie (Es 57.5 ; Jé 7.31 ; 32.35 ; Ez 16.20 ; 23.37). Or, ce que Dieu veut, ce n’est pas que nous soyons idolâtres, mais que nous lui rendions un culte à lui seul.

L’horreur qu’il ressent pour les sacrifices humains, montre ce que le sacrifice de son Fils a été pour lui. Cela montre aussi l’horreur et la colère que lui inspire notre péché, ce péché qui l’a obligé à prendre une décision qui lui fait horreur, qui a obligé son Fils de se sacrifier pour les expier.

Non, le culte que Dieu attend de nous, ce n’est pas celui de corps morts, mais « vivants ». Il parle de « sacrifice vivant », de l’offrande de notre vie. Il attend que nous placions notre vie à son service.

Il l’appelle aussi un « sacrifice saint », consacré à lui, consacré à sa cause. Notre vie doit lui faire honneur, doit le servir, y compris le servir en servant son Eglise et nos semblables.

Certes, un « sacrifice » est un sacrifice ; je veux dire : cela coûte, comme cela ressort des expressions : apporter un sacrifice, faire des sacrifices.

Si notre salut, le fait d’avoir été adoptés par Dieu sans l’avoir mérité, le fait d’avoir été rachetés au prix du sacrifice de Jésus, le fait d’être déjà citoyens des cieux, ne change rien à notre vie, le culte que nous rendons à notre Dieu Sauveur est bien pauvre, s’il n’est pas carrément inexistant.

D’où cette insistance de Paul : « J’exhorte donc ! » N’oublions pas – comme Paul l’écrit dans une autre lettre – : « [nous] ne nous appartenons plus à nous-mêmes, car [nous] avons été rachetés à un grand prix ! »

Et Paul d’en conclure : « Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps et dans votre esprit qui appartiennent à Dieu. »(1 Co 6.19-20)

X X X 2 X X X

Le culte que nous rendons à Dieu

NE CORRESPOND PAS AUX CRITÈRES DU MONDE

Paul indique que Dieu nous a « transformés », mot-à-mot, « métamorphosés » (μεταμορφοῦσθε).

Mais comme, dans le verset précédent, il n’était pas question de sacrifier nos corps, il n’est pas davantage question ici de métamorphose de nos corps. Nos corps existent dans les mêmes conditions, avec les mêmes forces et les mêmes faiblesses et maladies que ceux des incroyants.

Paul précise tout de suite : « Soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence ! » Placez-vous au contact des moyens de grâce pour que le Saint-Esprit puisse continuer l’œuvre qu’il a commencée en vous.

Veillez à permettre au Saint-Esprit de continuer en vous son œuvre de « renouvellement » et de « régénération »commencée, pour l’immense majorité d’entre nous, dans notre Baptême (Tt 3.5).

Laissez « le Saint-Esprit » vous « appeler par l’Evangile », vous « éclairer de ses dons », vous « sanctifier et » vous « maintenir dans la vraie foi » (Martin Luther, « Petit Catéchisme »).

Ainsi éclairés et « transformés » par le Saint-Esprit dans « notre intelligence », nous serons en mesure « de discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » à ses yeux.

Mais cela nous amène aussi à « nous conformer » de moins en moins « à ce monde-ci ». Plus les choses vont, et plus nous sentons le monde autour de nous s’écarter de la morale chrétienne.

Cela ne devrait pas nous étonner. Là où il n’y a plus de foi en Dieu, là où on ne vit plus dans la joie d’avoir été sauvé par le sacrifice expiatoire de Jésus, on ne voit pas non plus pourquoi on chercherait à suivre les règles d’un Dieu auquel on ne croit pas !

Là où il n’y a pas de foi en Jésus-Christ, il ne peut pas non plus y avoir les fruits de la foi. Oh ! certes, il y a aussi des incroyants qui se conduisent de façon vertueuse, qui soutiennent des œuvres sociales par leurs dons, mais le monde qui nous entoure a perdu les repères divins : n’ayant plus Dieu pour Dieu, il s’est fait lui-même le critère de sa conduite. Ce qui lui plaît est bon et il se le permet … à moins que la société n’y mette le holà !

Ainsi, au fur et à mesure que le temps passe, nous nous retrouvons de plus en plus à l’écart du style de vie du plus grand nombre. Eux rendent un culte à l’homme, à l’homme coupé de son Créateur et Sauveur ; nous par contre, nous rendons un culte à Celui qui nous a si richement bénis.

Eux servent des tendances non éclairées ni « transformées »par le Saint-Esprit, nous, nous nous efforçons de servir Dieu en nous laissant guider par le Saint-Esprit dans ce qui « est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait ».

Attention ! Paul ne dit pas que notre culte est parfait, mais que « la volonté de Dieu » est « parfaite ».

Nous le savons : le service que nous rendons à Dieu est imparfait, et c’est malheureux. Néanmoins, nous nous efforçons de le « servir » selon « sa volonté », même si nous nous mettons ainsi en porte-à-faux avec« le monde actuel ».

Avouez : ce n’est pas toujours facile de ne pas faire comme les autres, que ce soit à l’école, au travail, dans le voisinage ou ailleurs. Ce n’est pas toujours facile de se démarquer des autres par amour et fidélité envers Jésus-Christ.

Nos choix sont parfois diamétralement opposés à ceux du monde. Au mieux on se moque de nous comme d’attardés, au pire on nous accuse et nous rejette.

C’est parfois difficile à vivre, mais cela ne devrait pas nous surprendre. Jésus n’avait-il pas indiqué : « Vous serez détestés de tous à cause de mon nom », à cause de votre vie mise à mon service, « mais », s’empresse-t-il de poursuivre, « celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. » (Mt 10.22)

Qu’est-ce qui nous pousse et nous rend ainsi capables de faire de notre quotidien « un culte agréable à Dieu » ?

X X X 3 X X X

Le culte que nous rendons à Dieu

EST PRODUIT

PAR LA COMPASSION DE DIEU.

Paul, du haut de son autorité apostolique qui est effectivement la sienne, ne dit pas : « Je vous ordonne de faire de votre vie un culte rendu à Dieu ! » Il ne dit même pas : « Rendez un culte à Dieu par votre style de vie ! » Non, il dit : « Je vous encourage, frères et sœurs, par les compassions de Dieu ! »

« Voyez comment votre perdition éternelle a remué Dieu jusque dans ses entrailles ! » (C’est l’image qu’utilise Paul en grec pour parler de la « compassion de Dieu ») « Votre situation dramatique, catastrophique, sans issue, l’a tellement bouleversé qu’il a fait intervenir son Fils pour vous sauver ! »

« "J’encourage par les compassions de Dieu", je vous prie de méditer ce qu’il a fait, comment il a eu pitié de vous ! Cela devrait vous pousser à la reconnaissance ! » Ailleurs, Paul nous dit : « L’amour de Christ nous presse ! » (2 Co 5.14)

Et c’est bien la seule chose qui puisse nous pousser sur le chemin de la foi, nous pousser à lui « rendre un culte » par toute notre vie !

En nous prêchant la Loi, Paul aurait peut-être obtenu la même chose, mais cela aurait été forcé. « En fait, la Loi produit la colère » (Rm 4.15).

Avec l’Evangile, la Bonne Nouvelle de ce que Jésus a fait pour nous, Paul nous émeut, le Saint-Esprit lui-même éveille en nous la volonté de lui montrer notre reconnaissance et de lui faire honneur par notre vie placée sous sa croix, placée dans sa lumière, placée à son service.

Ceci dit – et je me répète – le culte que nous lui rendons est loin d’être parfait :

X X X 4 X X X

Le culte que nous rendons à Dieu

DEMANDE

UNE REMISE EN QUESTION CONTINUELLE.

Faire de notre vie « un culte », une « offrande vivante, sainte, agréable à Dieu », c’est à la fois difficile et … facile.

Difficile, parce qu’il s’agit « de discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. » Il n’est pas toujours facile, dans les situations complexes de cette vie, dans les situations compliquées par le péché, « de discerner », de découvrir « quelle est la volonté de Dieu ».

C’est la raison pour laquelle nous échangeons en AGS et essayons de trouver ensemble les réponses à une question, à un problème, à un défi.

Mais il arrive plus d’une fois que nous ne savons pas avec certitude si nous avons fait ce qu’il aurait fallu faire, si nous n’avons pas omis de faire ce qu’il aurait fallu, ou si nous n’avons pas carrément agi contre « la volonté de Dieu ».

« S’examiner soi-même » n’est donc pas seulement nécessaire avant de participer à la Cène ; nous devons le faire quotidiennement.

En fait, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, si – pour parler avec l’apôtre Jean – « nous ne nous trompons pas nous-mêmes », nous ne pouvons que« reconnaître nos péchés » (1 Jn 1.8-9), donc aussi reconnaître que le culte que nous rendons à Dieu est gangrené par nos péchés.

De ce point de vue, il n’est non seulement difficile de« rendre un culte » parfait, c’est même impossible.

Et pourtant, c’est facile, ou pour le dire autrement : cela nous a été rendu facile.

Paul nous exhorte à faire de notre vie un culte « vivant » et « agréable » à Dieu ? Mais Pierre nous a appris que « les sacrifices spirituels » que nous « offrons » à Dieu sont « agréables à Dieu par Jésus-Christ » ! (1 P 2.5)

Dieu accepte notre culte, nos efforts pour placer notre vie à son service lui sont même « agréables », il accepte notre service malgré nos déficiences et nos faiblesses ; il l’accepte parce que nous nous sommes réfugiés par la foi auprès de Jésus-Christ qui, lui, a rendu à Dieu un culte parfait à notre place.

Certes, nous allons régulièrement nous examiner et voir comment mieux servir notre Père céleste, mais nous ne le faisons pas par peur d’être punis pour les péchés qui gangrènent encore notre service – Jésus s’est déjà fait punir à notre place ! – non, nous examinons notre vie et nous nous efforçons de toujours davantage plaire à Dieu par amour pour ce qu’il a fait pour nous, pour ce qu’il a fait de nous !

C’est ainsi, dégagés de toute crainte, poussés par l’amour et les compassions de Dieu, que nous voulons continuer ce culte, puis tous les autres cultes liturgiques, au cours des semaines qui suivent.

Prions le Seigneur que cela se ressente aussi dans la vie et la santé de nos paroisses !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

Sermon du dimanche 30 mai 2010

Fête de la Trinité 

Texte : 2 Co. 13:13

Chants proposés :

Alléluia ! Soit gloire à Dieu ! LlS 130:1-4

Célébrons l’Eternel, notre Dieu, LlS 132:1-4

Béni soit le Seigneur, mon Créateur, LlS 131:1-4

« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ,

l'amour de Dieu

et la communion du Saint-Esprit

soient avec vous tous ! »

Chers frères et soeurs,

chère assemblée en fête !

Aujourd’hui, nous pourrions parler du mystère de la Trinité, nous étendre sur le caractère surnaturel et divin des rapports entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et finalement nous perdre dans un dédale de questions auxquelles nous n'avons pas de réponses précises ici-bas.

En effet, le caractère trinitaire de Dieu nous demeure opaque, quelles que soient les bribes d'explications que nous en trouvons dans la Parole de Dieu.

Avec l'Église universelle, nous pouvons répéter que

« nous vénérons UN Dieu dans la Trinité et la TRINITÉ dans l'UNITÉ, sans confondre les Personnes ni diviser la substance : AUTRE est en effet la Personne du Père, AUTRE celle du Fils, AUTRE celle du Saint-Esprit ; mais UNE est la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ÉGALE la gloire, COéternelle la majesté. » (Symbole d’Athanase)

Si je continue sur cette lancée, vous direz avec raison : « Qu'est-ce qu'il est rasoir ! » – et vous rentrerez à la maison desséchés par des formules théologiques.

Cet aspect de notre Dieu est, certes, très intéressant, mais plutôt destiné à des études bibliques où l'on peut fouiller dans les textes, discuter, poser des questions. Alors on en retire aussi de la joie et du réconfort.

Aujourd'hui, nous voulons plutôt nous tourner vers ce que notre Dieu unique en trois Personnes a fait et continue de faire pour nous.

Car s'il a laissé dans l'ombre certains pans de sa divinité – parce que cela dépasse tout ce que nous pouvons comprendre ici-bas – il est par contre très clair quant à ses intentions à notre égard comme à l'égard du monde entier. Il est très clair aussi quant à son oeuvre en notre faveur et en faveur du monde entier.

Ceci est d'ailleurs très bien résumé dans la salutation apostolique qui termine la 2ème Lettre de l'apôtre Paul aux Corinthiens :

« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ! »

Sa « grâce »son « amour » et sa « communion », voilà ce qui résume tout ce que le Dieu trois fois saint nous a offert. Sa« grâce »son « amour » et sa « communion », voilà de quoi il veut combler le monde entier.

X X X 1 X X X

Si nous sommes réunis en ce lieu de culte aujourd'hui, c'est parce que nous savons que Dieu nous aime. C'est

SON « AMOUR »

qui nous attire vers lui.

Oh ! il a d'autres qualités dignes d'adoration. Ainsi, Dieu est tout-puissant, omniscient, partout présent, saint et éternel.

Mais s'il n'était que cela, nous essayerions de le fuir et de lui échapper. Car cela voudrait dire qu'il connaît tous nos péchés et qu'il peut nous atteindre partout pour nous les faire expier, et que cela arrivera à coup sûr, puisque, dans sa sainteté et sa justice, il ne peut pas laisser notre péché impuni.

Mais voilà, « Dieu est [aussi] amour » (1 Jn 4.8). Il nous aime et il aime le monde, comme des parents aiment leurs enfants même lorsqu'ils désobéissent. Ceux-ci les aiment alors avec tristesse, mais ils les aiment quand même et voudraient rétablir des relations où ils peuvent de nouveau les aimer avec joie.

Dans son amour pour les hommes, ses créatures tombées dans le péché, Dieu continue aussi à les aimer. Ainsi il ne cesse de nous procurer des conditions de vie sur terre qui nous permettent de vivre décemment.

Et si ce n'est pas le cas, ce n'est pas sa faute mais celle des hommes dont la convoitise sème l'injustice, dont la haine provoque l'anarchie et les guerres, et dont la soif irréfléchie de consommation et de confort pollue la création.

Mais il est toujours à nouveau frappant de voir combien l'action aimante de Dieu agit pour réparer les dégâts causés par l'homme pécheur. Il intervient ainsi pour bénir lorsque l’homme réfléchit et retourne aux règles divines de fraternité au sein de l'humanité, de justice sociale et de respect de la nature.

Voyez l'Europe de l'Ouest unie après le cataclysme des deux Guerres Mondiales ! Voyez aussi les forces que Dieu a déposées dans la nature pour réparer des catastrophes écologiques comme la pollution des rivières et des plages !

Mais « l'amour de Dieu » s'est avant tout manifesté envers nous dans un autre domaine. Il ne veut pas se cantonner dans le rôle de pourvoyeur de bonnes conditions de vie sur terre. Sa vision va plus loin, plus en profondeur aussi. C'est ce que nous indique la troisième bénédiction que Paul souhaite à tout le monde : « la communion » avec Dieu.

Avec la chute de l'humanité dans le péché, les hommes se sont retrouvé coupés de Dieu, sans communion avec lui, même foncièrement opposés à lui et voués à la damnation éternelle. Ce n'est pas pour cela que Dieu nous a créés.

Dans son grand amour, Dieu a donc cherché un moyen de rétablir cette communion entre lui, le Créateur saint et éternel, et nous, ses créatures coupables et mortelles.

X X X 2 X X X

Et c'est là le coup de maître – si je puis m'exprimer ainsi –, le coup de maître de Dieu : Dans son immense amour pour ce monde, il a trouvé une voie où notre péché se trouve puni sans exception et où, aussi inattendu que cela puisse paraître, nous échappons quand même à la punition. C'est la voie de

« LA GRÂCE DE NOTRE

SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST »

Non pas que Jésus seul nous ferait grâce, mais c'est Jésus qui a rendu possible que Dieu nous gracie au lieu de nous punir.

Jésus a marché dans la combine de Dieu. Comment pouvait-il en être autrement, puisqu'il est l'une des trois Personnes de la Trinité au sein de laquelle règne une parfaite concorde et unanimité ? Il faut néanmoins souligner l'attitude de Jésus, car ce à quoi il s'est prêté a été lourd de conséquences pour lui.

Il y a peu, on a beaucoup parlé de l’otage Clotilde Reiss, et on parle toujours des deux journalistes pris en otage en Afghanistan. Nous ne savons pas tout ce qui se discute vraiment en coulisses. Par contre, nous savons très bien quelle a été la rançon versée pour que nous soyons libérés de la colère de Dieu et de la damnation éternelle : Jésus s'est offert en victime expiatoire pour nous et le monde entier.

Il a tout pris sur lui, tout arrangé entre le Dieu saint et les pécheurs que nous sommes, pour que nous puissions être graciés par Dieu et reçus dans sa communion d'amour et de vie. Il a pris sur lui le poids de nos péchés – de tout ce que nous faisons chaque jour de travers et d'inamical, de tout ce qui ne correspond pas exactement à la sainte volonté de Dieu – tout cela il l'a pris sur lui et s'est fait punir à notre place.

Si quelqu'un paye vos dettes, vous êtes en règle. Jésus a payé la montagne de dettes que nous avions auprès de Dieu, il a pris sur lui et déplacé cette montagne de péchés qui nous séparait de Dieu et nous attirait sa colère et la damnation éternelle. Ce faisant, il nous a ouvert tout grand le chemin vers le coeur du Père, dans le Royaume de Dieu, dans sa « communion ».

Voilà pourquoi nous célébrons la Très Sainte Trinité : parce qu'elle est aussi la Très aimante Trinité, la Trinité pleine de « grâce » pour tous ceux qui acceptent le troc du Christ, pour tous ceux qui reconnaissent qu'ils ne sont rien par eux-mêmes devant Dieu, mais qu'ils sont devenus tout par l'intervention et le sacrifice parfaits du Christ.

N'est-ce pas là la bénédiction absolue, que de se savoir réintégré dans la « communion » de Dieu ? « Si Dieu est pour nous, » demande Paul, « qui sera contre nous ? » « Toutes choses" ne devront-elles pas alors « contribuer au bien de ceux qui aiment Dieu ? » (Rm 8.31+28) « Si Dieu est pour nous » et « avec nous », il ne l'est pas en tant que spectateur plus ou moins désintéressé, voire impuissant, mais comme Père affectueusement impliqué dans nos vies.

En tant que Père tout-puissant, il peut puissamment veiller sur nous, et comme Père qui nous connaît avec nos faiblesses et nos besoins profonds, qui connaît aussi l'avenir, il veille à ce que nous ne connaissions que ce qui consolide notre « communion » avec lui. Ainsi, nous pouvons avoir cette assurance : nous n’avons plus à endurer que des épreuves que nous pouvons supporter si nous nous appuyons sur lui.

Dans la « communion » de notre Dieu de « grâce » et d’« amour », nous pouvons regarder l'avenir avec sérénité et l'éternité avec joie. Car Dieu veille sur les siens pour ce temps et pour l'éternité. Jésus et son sacrifice nous en sont les garants.

X X X 3 X X X

L'ennui, le malheur, le drame même, c'est que l'homme naturel se fiche bien de l'amour et de la grâce de Dieu.

Certes, tout homme sincère et sensé sait très bien qu'il est pécheur et qu'il est continuellement confronté aux problèmes dus au péché sur terre. Mais il n'est pas prêt à admettre la portée infernale et éternelle du péché. Et il trouve ridicule, voire vexant, de devoir son salut exclusivement à un crucifié sémite. Il ne voit, d’ailleurs, pas non plus les avantages d'une vie dans

« LA COMMUNION

DU SAINT-ESPRIT »

C'est là que Dieu utilise les envoyés en mission que nous avons l'honneur d'être sans le mériter. Voyez-vous : Si Dieu, notre Père bien-aimé, est foncièrement missionnaire, nous, qu'il a adoptés comme enfants et faits héritiers de son Royaume éternel, nous ne pouvons qu'être missionnaires comme lui.

Autrement dit, les bénédictions spirituelles et célestes que nous avons eues sans les mériter, nous tournent vers ceux qui en sont encore privés. Ceux qui, comme nous, ont été reçus dans la « communion » de Dieu se trouvent orientés, comme Dieu, vers ceux qui ne vivent pas encore cette « communion ».

Bref, l'Église ne peut qu'être missionnaire parce que le coeur du Seigneur de l'Église est tourné vers tous les hommes. « La communion du Saint-Esprit » aspire – c'est là sa nature profonde – à recevoir de plus en plus de pécheurs en son sein.

La raison en est simple : « la communion du Saint-Esprit »n'est pas quelque chose de statique mais de dynamique. Remarquez : Si Paul parle ici de « la communion du Saint-Esprit », ce n'est pas que les croyants ne seraient en «communion » qu'avec « le Saint-Esprit », mais parce que c'est « le Saint-Esprit » qui nous a appelés et nous maintient dans « la communion » avec Dieu.

Cela, il le fait « par l'Évangile » (1 Co 4.15 ; 1 P 1.23). C'est par ce message d'amour et de salut en Christ qu'il nous enracine dans la communion épanouissante avec notre Père céleste.

Certes, nous n'avons jamais rencontré le Saint-Esprit face à face. Ce sont des personnes qui se trouvaient déjà dans sa « communion » qui ont été les porte-parole ou les manoeuvres du Saint-Esprit pour nous le faire rencontrer.

C'étaient peut-être nos parents qui nous l'ont fait rencontrer dans notre Baptême alors que nous étions encore nourrissons. Mais cela peut aussi avoir été un ami ou un pasteur – voire une émission radio, la lecture de la Bible ou d'une brochure – qui nous a parlé de « la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ »et de « l'amour de Dieu » .

Or nous avons la promesse, donc la certitude, que cet « Évangile est une puissance de Dieu pour le salut » (Rm 1.16). Chaque fois que l'Évangile est annoncé, le Saint-Esprit agit sur les coeurs pour appeler ou confirmer les auditeurs dans la « communion » d'amour, de pardon et de vie de Dieu.

Nous avons été mis au contact de l'Esprit régénérateur par d'autres. À notre tour, rendons ce service à des incroyants. Au moment même où le Saint-Esprit nous a intégrés dans « communion » de Dieu, nous sommes devenus ipso factomissionnaires auprès des autres. Peut-être de mauvais – c'est possible – mais cependant des missionnaires, des témoins du Christ.

Vivre sa vie de chrétien, se conduire comme quelqu'un qui se sait béni dans « la communion du Saint-Esprit », c'est déjà un témoignage devant le monde.

Et puis, Dieu nous amène à croiser des gens déboussolés parce qu'ils ne connaissent pas le "nord spirituel", Dieu et sa paix. Saisissez l'occasion pour leur dire avec simplicité combien il est réconfortant et apaisant de se savoir gracié, pardonné, aimé, béni et adopté par le Père céleste.

Et n'oubliez pas de soutenir votre paroisse dans son rayonnement évangélisateur, ou de soutenir les outils que Dieu met à votre disposition comme L'Heure Luthérienne ouMission et Jeunesse.

En disant cela, je ne prêche pas pour nous, mais pour ceux qui n'ont pas encore trouvé le chemin de « la communion » avec la Très Sainte mais aussi Très Aimante Trinité.

Cela ne vaut-il pas la peine de prier et de faire des dons pour soutenir le travail de votre paroisse, pour que, par exemple, de plus en plus de jeunes découvrent l'amour que Dieu leur porte en Jésus, ou pour que, le jour venu, votre pasteur puisse vous accompagner avec le réconfort de « l'Évangile » jusqu'à l'endroit où les anges vous prendront en charge pour vous porter au Paradis ?

Faites de votre paroisse un havre de « la communion du Saint-Esprit » pour que les nouveaux contacts y trouvent un témoignage vivant de ce que signifie se savoir aimé et sauvé par Dieu.

Alors nous pourrons travailler main dans la main pour témoigner dans notre voisinage des bénédictions qui se trouvent auprès de la Trinité, bénédictions gratuitement disponibles pour quiconque place sa foi en Jésus et en son sacrifice expiatoire.

Songez, le Saint-Esprit promet d'agir par notre témoignage ! Allons-nous rester muets, inactifs, clouer ainsi le bec au Saint-Esprit, et rendre ainsi inutile le sacrifice du Christ pour tant de personnes qui nous côtoient ?

La salutation de l'apôtre Paul s'adresse en premier lieu à la communauté chrétienne de Corinthe. Mais comme le Saint-Esprit l'a consignée dans le Nouveau Testament, elle s'adresse à toutes les communautés chrétiennes, aussi à vous :

« Que

la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ,

l'amour de Dieu

et la communion du Saint-Esprit

soient avec vous tous ! »

C'est là aussi notre prière missionnaire pour le monde incroyant.

Que Dieu « le Père, le Fils et le Saint-Esprit » nous remplisse du même amour missionnaire pour les autres dont nous avons bénéficié de sa part !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

 

Sermon du dimanche 23 mai 2010 - Pentecôte

Fête de Pentecôte avec Confirmation

James Ferret (09.07.95 ; bapt. 20.04.96)

Romain Besson ( 01.06.96 ; bapt. 30.06.96)

Texte : Es 11.1-2

Chants proposés :

Viens habiter dans nos âmes LlS 127:1-5

Esprit Saint, Dieu de vérité, LlS 158:1-4

Créateur tout-puissant, éclaire mon chemin, LlS 230:1-4

Je l’ai promis, je crois LlS 160:4-5

Peuple chrétien, ton Sauveur charitable LlS 168:1-6

« Un rameau poussera de la souche d’Isaï, un rejeton de ses racines portera du fruit.

L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de puissance, Esprit de connaissance et de crainte de l’Eternel. »

Chère assemblée en fête,

et particulièrement vous, chers James et Romain,

pareillement animés par « l’Esprit de l’Eternel » !

Notre texte parle de « l’Esprit de l’Eternel » … Normal, nous sommes le Jour de la Pentecôte, la Fête du Saint-Esprit.

Mais notre texte a aussi un lien très étroit avec votre confirmation, James et Romain. Comme vous le savez – car nous en avons parlé – tout à l’heure, quand vous viendrez vous agenouiller devant l’autel pour recevoir la bénédiction, j’imposerai successivement les mains à chacun de vous pour vous bénir en ces termes :

« Que Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, te donne » – et là vient la citation de notre texte – « son Saint-Esprit, l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de connaissance et de crainte de l’Eternel ! »

Puis je conclurai avec : « Qu’il t’accorde sa paix dès maintenant et à toujours ! Amen. »

Dans notre texte, c’est au Messie que la promesse est faite de recevoir le Saint-Esprit. Et la même promesse faite au Messie vous serait faite à vous aussi ?

Avec l’entretien d’il y a deux semaines devant la paroisse vous avez pourtant bien montré que vous ne vous prenez pas pour le Messie, loin de là ! surtout quand vous avez développé les deux premières questions que nous devons nous poser avant de venir à la Cène : Est-ce que je reconnais mes péchés et m’en repens, et est-ce que je crois que Jésus seul m’a délivré de la damnation méritée par mon péché ?

Réfléchissons donc, en ce jour de fête – doublement de fête ! – aux deux questions suivantes :

LES RAPPORTS DU SAINT-ESPRIT

1. avec Jésus

2. avec vous

1. LES RAPPORTS DU SAINT-ESPRIT

AVEC JESUS

C’est un point sur lequel il faut être au clair en ce jour de Pentecôte.

Rappelez-vous, le dimanche Rogate, dimanche consacré à la prière, dimanche aussi où, James et Romain, vous avez eu votre entretien catéchétique devant la paroisse, nous avions déjà vu que tout se tient dans le message de l’Evangile.

Nous ne sommes pas en présence d’un amas hétéroclite d’enseignements divers et sans lien les uns avec les autres. Tout est bien structuré, et le pivot ou le fondement de tout, c’est Jésus-Christ et le salut qu’il nous a apporté.

Vous savez que votre Confirmation, si elle est placée sous l’invocation de l’Esprit Saint, est aussi ancrée dans l’œuvre expiatoire de Jésus ; que la Fête de la Pentecôte a aussi un rapport avec Jésus-Christ, que l’œuvre du Saint-Esprit ne saurait se concevoir sans lien avec l’œuvre du Messie Sauveur.

Cela est déjà évident dans notre texte prophétique. « L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui », sur « le rameau » ou « rejeton » qui « poussera de la souche d’Isaï ».

« Isaï », c’est le père de David, ancêtre de Jésus. Que, selon sa nature humaine, Jésus est descendant du roi David, cela vous le savez tous : N’est-il pas appelé 16 fois « Fils de David » dans le Nouveau Testament ?

Il est donc aussi descendant du père de David, « Isaï ». Dans notre texte, le prophète appelle le Messie à venir « un rameau qui va pousser de la souche d’Isaï, un rejeton de ses racines ».

C’est que la dynastie royale issue d’« Isaï », la dynastie des descendants du roi David, allait s’écrouler. L’arbre majestueux tombé à terre, allait avoir l’air d’un bois vermoulu. Bientôt il n’y aurait plus de descendants d’« Isaï »et de David sur le trône de Jérusalem. Certes, on saura encore qui est descendant de David, car on gardait les généalogies des Israélites dans les archives du Temple.

Mais le prophète annonce ici, des siècles à l’avance, que ces descendants de David allaient faire bien piètre figure. Une villageoise de Nazareth, un charpentier de Nazareth, voilà à quoi allait ressembler cette famille.

Et Jésus ? Là aussi, le prophète prédit qu’il n’en imposera guère : « Il a grandi devant lui comme une jeune plante, comme un rejeton qui sort d'une terre toute sèche. Il n'avait ni beauté ni splendeur propre à attirer nos regards, et son aspect n'avait rien pour nous plaire. Méprisé et délaissé par les hommes, homme de douleur, habitué à la souffrance, il était pareil à celui face auquel on détourne la tête : nous l'avons méprisé, nous n'avons fait aucun cas de lui. » (Es 53.2-3)

Mais – veut nous faire comprendre le prophète dans notre texte – ne vous laissez pas tromper par l’apparence ! Même si du tronc majestueux et royal de la dynastie davidique il ne restait plus qu’une « souche », de cette souche allait pousser un « rejeton » qui allait surpasser en magnificence tout ce que la dynastie de David aura pu connaître auparavant : « L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui. »

Plus tard, Jean-Baptiste dira de Jésus : « Dieu lui a donné l’Esprit sans mesure » (Jn 3.34). Et Luc écrira dans les Actes des Apôtres : « Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth. » (Ac 10.38)

Dans la nature humaine de Jésus, le Saint-Esprit n’a trouvé aucune résistance, car aucun péché. En Jésus « l’Esprit de l’Eternel » a pu se déployer sans problème. A travers Jésus « l’Esprit de l’Eternel » a pu se manifester sous toutes ses formes. Tenez, Esaïe en énumère sept dans notre texte, ce qui a amené l’Eglise à l’appeler « l’Esprit septuple » pour souligner la diversité de ses dons, de ses forces et de ses effets.

Cela nous rappelle ce que nous avons rencontré en étude biblique quand nous avons étudié l’Apocalypse. Là-bas, Jean désigne Jésus comme « celui qui a les sept Esprits de Dieu », « sept » étant, dans l’Apocalypse, le symbole de la plénitude divine (Ap 3.1).

Cela, le prophète Esaïe l’avait déjà indiqué ainsi dans notre texte : « L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de puissance, Esprit de connaissance et de crainte de l’Eternel. »

Le Saint-Esprit imprègne le Messie de sa « sagesse », une sagesse parfaite, car « l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu » (1 Co 2.10). Avec cette sagesse, Jésus connaissait et comprenait le dessous des choses ; grâce à elle il savait parfaitement « discerner » aussi bien la volonté de Dieu que ce qui se passait autour de lui.

En plus de la « sagesse » et du « discernement », « l’Esprit de Dieu »allait aussi donner « sans mesure » au Messie le don du « conseil » et la « force ». D’où les titres qu’Esaïe a déjà donnés au Messie dans un chapitre précédent : « Merveilleux Conseiller » et « Dieu puissant » (Es 9.5). C’est que Jésus sait nous conseiller dans les détresses les plus profondes et nous a sauvés là où personne ne pouvait nous venir en aide.

Enfin, le Saint-Esprit remplira le Messie annoncé « de connaissance et de crainte de l’Eternel ». Toute sa vie visible sur terre, tout ce qu’il a fait dans son état d’abaissement, témoigne de la connaissance qu’il avait de la volonté de Dieu de nous sauver et de sa soumission à cette volonté jusqu’à se sacrifier pour nous.

Cela, il l’a fait dans l’union indissoluble avec le Père et le Saint-Esprit, dans une communion parfaite avec le Père et l’Esprit saint. C’était là le fruit de l’habitation du Saint-Esprit en lui.

Demeure la question : Comment pouvons-nous prendre cette promesse du Saint-Esprit au Messie et vous l’appliquer à vous, James et Romain ? Comment cette promesse a-t-elle pu être prononcée sur nous ?

Ce sera l’objet du deuxième point :

2. LES RAPPORTS DU SAINT-ESPRIT

AVEC VOUS,

avec nous.

Qui de nous pourrait se vanter d’avoir atteint un niveau tel qu’il n’a pas besoin de davantage de « sagesse et de discernement », de davantage de« conseil et de puissance », de davantage de « connaissance et de crainte de l’Eternel » ?

Si nous étions au top dans tous ces domaines, nous n’aurions plus besoin d’apprendre quoi que ce soit, nous ne nous tromperions plus jamais, nous aurions réponse à tout, rien ne nous poserait plus problème et, d’ailleurs, nous n’aurions plus besoin de Sauveur, car nous n’aurions plus d’imperfections, plus de faiblesses, bref, plus de péché.

Mais nous savons tous qu’il n’en est rien. La vie quotidienne nous montre que nous en sommes loin. Et votre confirmation, James et Romain, montre, certes, que vous avez atteint un palier dans votre vie, que vous passez d’une étape à une autre, que vous avez acquis les connaissances de base nécessaires pour vous examiner avant de recevoir la Sainte Cène, que de non communiants vous passez aujourd’hui communiants.

Mais vous êtes assez lucides pour vous être rendus compte qu’il y a bien des « connaissances » bibliques à approfondir et à développer (sans parler des connaissances scolaires et, plus tard, professionnelles).

Par ailleurs, la vie vous montrera qu’il n’est pas toujours facile de « discerner » quelle décision prendre, si nous sommes dans le vrai ou dans le faux, de savoir ce qu’il faut penser d’une situation ou d’un problème donné, et surtout, quelle est la volonté de Dieu à ce sujet.

Vous aurez donc – comme nous tous – grandement besoin de l’assistance du Saint-Esprit, et de ses éclaircissements à travers la Parole de Dieu. C’est ce que Luther formule ainsi dans son explication du 3ème Article : « Le Saint-Esprit, par l’Evangile, m’éclaire de ses dons. » (Petit Catéchisme)

C’est ce que votre paroisse demande pour vous quand je vous imposerai tout à l’heure les mains en disant : « Que Dieu te donne son Saint-Esprit, l’Esprit de discernement » et « de connaissance ! »

Mais Dieu ne nous a pas seulement appelés à grandir pour nous-mêmes, en solitaires, en égoïstes. Il veut aussi que nous soyons de bon « conseil »pour les autres.

Vos copains, vos proches, vous approcheront pour avoir votre avis. Bien des fois vous serez embarrassés pour répondre. Dites-le alors honnêtement, plutôt que d’énoncer des recettes que vous ne pouvez pas défendre devant la face de Dieu. Il vaut mieux avouer son ignorance que de simuler orgueilleusement celui qui sait tout.

Personne ne sait tout. Restons humbles et honnêtes, mais avec ce que nous savons soyons de bon « conseil » pour les autres et ne les laissons pas avancer dans le brouillard si nous avons des anti-brouillards, surtout si c’est le Saint-Esprit qui nous les a donnés « par l’Evangile » (Ep 3.6).

De toute façon aucun d’entre nous n’a reçu l’Evangile pour son usage exclusif. Tous nous l’avons reçu pour le partager avec d’autres. Et cette Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, c’est encore le meilleur « conseil » pour aider les autres à vivre. D’où les paroles de bénédiction, tout à l’heure : « Que Dieu te donne son Saint-Esprit, l’Esprit de conseil ! »

« Et de force ! » Qui de nous n’a pas besoin de plus de « force ! ». Il vous en faut pour demeurer maître de vous-même, pour ne pas vous laisser entraîner par vos travers. Il vous faut plus de « force ! » pour affronter les épreuves dont toute vie, aussi une vie de croyant (Ac 14.22), est parsemée.

J’ai lu sur notre forum ce qu’a dit l’acteur français Lonsdale depuis le Festival de Cannes – cela vaut la peine d’être relevé (des acteurs qui affichent leur foi ne courent pas les rues) : « Vivre par la foi n'est pas toujours simple, ce n'est pas être allongé sur la plage et présenter ses orteils à dorer au soleil. »

D’où, en prévision des problèmes que chacun de vous aura à affronter dans la vie, la bénédiction : « Que Dieu te donne son Saint-Esprit, l’Esprit de force ! »

En fait, ce dont nous avons le plus besoin, c’est de garder le cap, d’être animés par la foi en Jésus-Christ, d’être portés par l’espérance et la certitude du salut, et tout cela, à la « merveilleuse lumière » (1 P 2.9) de notre salut dont le Saint-Esprit nous éclaire à travers la Parole et les sacrements.

Notre texte le résume avec les mots « sagesse » et « crainte de l’Eternel ».

Cette « sagesse », nous ne la trouverons pas dans le monde. « La sagesse de ce monde », ce que notre monde prône comme conception et style de vie, « est folie devant Dieu » (1 Co 3.19). « Christ a été fait pour nous sagesse » (1 Co 1.30), c’est lui qui nous inspire les bonnes attitudes,« une attitude identique à la sienne » (Ph 2.5). Et cela, il le fait en nous « envoyant l’Esprit de vérité » (Jn 15.26) à travers l’Evangile.

Cette sagesse, nous ne pouvons ni l’acquérir ni la conserver « par notre raison et notre propre force ». Nous avons besoin que « le Saint-Esprit » nous « appelle par l’Evangile », nous « éclaire de ses dons », nous « sanctifie et » nous « maintient dans la vraie foi » (Martin Luther, « Petit Catéchisme »).

Nous avons besoin que « l’Esprit de l’Eternel » nous fasse grandir dans la« sagesse » et dans la « crainte de l’Eternel ». Cet apprentissage, cet affermissement, cet approfondissement de la connaissance et de la foi en Jésus-Christ n’est pas terminée avec la confirmation, sinon nous ne lirions plus la Bible après la confirmation, nous ne viendrions plus au culte, à l’étude biblique, aux réunions des jeunes.

Tout à l’heure, chacun de vous entendra prononcer sur lui : « Que Dieu te donne son Saint-Esprit, l’Esprit de sagesse […] et de crainte de l’Eternel ! ». Ce sera la prière de la paroisse pour que vous demeuriez au contact de l’Evangile de Jésus-Christ pour que le Saint-Esprit puisse vous faire « vivre dans le temps présent selon la sagesse » divine, « en attendant notre bienheureuse espérance, » le retour en « gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » (Tt 2.12).

Placez-vous, comme vous allez le promettre, sous son influence au contact de l’Evangile, faites-le dans « la crainte de l’Eternel », un profond respect et l’adoration de l’Eternel, et faites-lui confiance pour l’amour de Jésus-Christ.

Alors le même Esprit que lui, Jésus, a reçu sans mesure, vous sera prodigué jour après jour pour vous permettre d’avancer dans la repentance et la foi vers la maison de « son Père et de votre Père » (Jn 20.17), vers « l’habitation éternelle » (2 Co 5.1) qu’il nous a préparée au prix de sa mort et de sa résurrection !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

sermon du dimanche 9 mai 2010

Dimanche Rogate

avec

Entretien catéchétique

des Confirmands

James Ferret ( 09.07.95 ; bapt. 20.04.96)

Romain Besson (01.06.96 ; bapt. 30.06.96)

Texte : 1 Tm 2.1-6a

Chants proposés :

Père éternel et bon LlS 13:1-3

Grand Dieu, je me tiens à ta porte LlS 256:

Source de tous nos biens, auteur de notre vie LlS 356:1-3

Jésus-Christ, dans sa grâce, LlS 164:1-13

« J’encourage donc, avant tout, à faire des demandes, des prières, des supplications, des prières de reconnaissance pour tous les hommes,

pour les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille, en toute piété et en tout respect.

Voilà ce qui est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur,

lui qui désire que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.

En effet, il y a un seul Dieu et il y a aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, Jésus-Christ.

qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. »

Chère assemblée

Et, particulièrement, chers James et Romain,

tous réunis à l’appel

du « seul Dieu »

et aussi du « seul Médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus-Christ »,

L’essentiel de ce texte de l’apôtre Paul est bien connu, y compris de vous, James et Romain. Mais peut-être que vous ne saviez pas que ces passages se suivaient dans la Bible.

ð Le début se trouve dans la partie du catéchisme où l’on parle de la prière : « J’encourage donc, avant tout, à faire des demandes, des prières, des supplications, des prières de reconnaissance pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité » (v. 1-2)

ð La suite est souvent citée dans la prière générale après le sermon : « que nous puissions mener une vie paisible et tranquille, en toute piété et en tout respect. » (v. 2)

ð Vient ensuite un verset qu’on rencontre dans le catéchisme, dans le 3èmeArticle de la Foi chrétienne pour montrer que Dieu cherche à sauver tout le monde : « Dieu notre Sauveur, qui désire que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (v. 3-4)

ð Et l’on termine avec deux versets qui se trouvent dans le 2ème Article, là où il est question du rachat et de la médiation effectués par Jésus à notre profit : « En effet, il y a un seul Dieu et il y a aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. » (v. 5-6)

Cela devrait déjà nous rappeler que tout ce que Dieu dit dans la Bible s’articule harmonieusement. Les différents enseignements de la Bible ne forment pas un amas hétéroclite de vérités, mais un ensemble bien structuré où tout se tient, où tout est en rapport avec le centre de l’Evangile : la grâce de Dieu en Jésus-Christ. Même la prière.

Car c’est de la prière que nous allons parler aujourd’hui.

« Rogate », le nom du dimanche d’aujourd’hui, vient, comme les deux derniers dimanches, du premier mot en latin de l’Introït du jour. Après les exhortations « Jubilate », « réjouissez-vous ! » (Ps 66.1) et « Cantate »« chantez ! » (Ps 98.1), voilà « Rogate »« demandez », sollicitez, priez ! (Jn 16.24)

Comme le salut est destiné à tous,

nos prières aussi doivent se soucier de tous.

1. Dieu destine le salut à tous

James et Romain, vous nous avez déjà parlé dans le détail de l’amour de Dieu qui embrasse le monde entier. Vous nous avez présenté les aspects essentiels du 3ème Article du Credo, entre autre que « Dieu, notre Sauveur, désire que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité »(v. 4)

Vous avez montré, non pas que vous saviez tout – moi aussi je ne sais pas tout – mais que vous étiez tout heureux d’être « parvenus à la connaissance de la vérité », à la connaissance de Jésus-Christ, et que vous le considériez aussi comme votre « chemin »votre « vérité » et votre « salut » (Jn 14.6).

Vous nous avez dit que Jésus est mort pour tous sans exception, donc pour nous et pour vous aussi. Cette « connaissance » nous remplit tout d’abord … de honte, car nos péchés et notre perdition sont la raison pour laquelle Jésus a dû intervenir et se jeter comme« Médiateur » entre Dieu et nous. Cela, il l’a fait pour faire écran et prendre les coups à notre place. Ainsi il a calmé la colère de Dieu contre nous et nous a donné accès à Dieu.

Cette passerelle vers Dieu, Jésus l’a jetée pour tous, mais, malheureusement, tous ne l’empruntent pas.

Mais ce n’est pas parce que certains n’ont pas confiance dans une passerelle et ne s’y engagent pas que la passerelle n’existe pas ou qu’elle ne permet pas de passer.

Jésus est une passerelle – il est même LA passerelle unique mais sûre – entre nous et Dieu. Heureux ceux qui ont confiance en lui, ceux qui placent leur foi en ce qu’il a fait pour nous permettre de vivre en présence de Dieu.

Car

2. Jésus a vraiment bien fait son travail de « Médiateur » entre Dieu et nous, les pécheurs.

Dans la vie courante, un médiateur essaye d’arrondir les angles entre deux partis opposés, il essaye de trouver un compromis avec lequel les deux partis peuvent vivre. Et dans la vie, c’est bien ainsi.

Mais Dieu ne se prête pas à ce genre de jeu. Dieu est saint. Il ne cède pas sur ses exigences d’absolue sainteté. Il ne se contente pas non plus d’un remboursement ou d’une réparation au rabais. Pour pouvoir subsister en sa présence il faut soit être parfaitement saint, soit payer pour ses péchés. Il n’y a pas d’autre moyen de le rejoindre.

Comme nous ne sommes capables ni de l’un (être parfaitement sans péché) ni de l’autre (payer l’énorme dette contractée par nos péchés), Jésus s’est entremis. Il a pris les coups pour nous, et il a payé la note pour nous.

Paul écrit ici : « Jésus-Christ s’est donné lui-même en rançon pour tous. » (v. 6)

La vie de personne de moindre que le Fils de Dieu comme « rançon » pour nous libérer du châtiment mérité, ça c’est du solide. Et Dieu l’a accepté. Cette passerelle tient : nous pouvons l’emprunter sans hésitation.

Et elle tient, quel que soit le poids de ton péché ; elle tient, qui que tu sois ! … N’est-ce pas énorme ? Jésus s’est entremis et a payé en « victime expiatoire pour les péchés du monde entier » (1 Jn 2.1-2).

Dieu destine le salut à tous, Jésus est mort pour tous …

Comment, nous qui sommes les bénéficiaires de cette grâce universelle et de cette efficace médiation, comment ne pourrions-nous pas aussi avoir le soucis de tous ?

3. Nos prières aussi doivent se soucier de tous

Bien entendu que nous prierons plus et plus souvent pour ceux qui nous sont proches, pour nos proches dans la famille, nos proches dans la paroisse, nos proches dans le voisinage, nos proches au travail, nos proches par la foi dans nos Eglises sœurs et nos missions, pour les serviteurs de l’Eglise.

Il est normal que « les paroles de notre bouche », les prières que nous faisons monter vers Dieu, reflètent et expriment « les sentiments de notre cœur » (Ps 19.15), et que nos sentiments se préoccupent davantage de nos proches.

Mais priorité ne doit pas signifier exclusivité. Paul dit ici : « J’encourage donc, avant tout, à faire […] des prières […] pour tous les hommes » (v. 1)

Tous sont visés par l’amour de Dieu – c’est d’ailleurs ainsi que nous pouvons être certains qu’il nous aime nous aussi – tous ont été rachetés par Jésus-Christ – c’est pour cela que nous pouvons avoir la certitude d’avoir aussi été rachetés.

La conséquence en est que tous doivent aussi faire l’objet de nos prières. Bien entendu, il y a des personnes pour lesquelles nous prions individuellement : nos parents, notre conjoint, nos enfants, par exemple ; notre pasteur, nos diacres, des paroissiens dans le malheur ou à un moment important de leur vie (comme le mariage ou une naissance).

Bien entendu que nous ne pouvons pas prier individuellement pour les 6 861 990 987 personnes vivant sur les cinq continents. D’abord nous ne les connaissons pas personnellement, et ensuite ça bloquerait toute notre existence.

Mais l’actualité nous impose parfois des personnes ou des groupes de personnes pour lesquelles nous prions. Songez, par exemple, aux populations frappées par des catastrophes naturelles, le terrorisme ou les guerres.

Paul nous demande de prier particulièrement pour tous ceux qui peuvent favoriser « une vie paisible et tranquille, en toute piété et en tout respect » (v. 2)

Et là il cite « les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité »(v. 2). Aujourd’hui, en France, il citerait sans doute le président de la République, les ministres, les magistrats, les forces de police, les enseignants, même les responsables syndicaux, sans doute aussi les dirigeants des banques, sans doute aussi les gens de l’ONU.

Ce sont les efforts conjugués de ces gens qui nous permettent de« mener une vie paisible et tranquille ». S’ils exercent mal leur autorité, c’est le clash, comme en Grèce.

Peut-être que le président n’est pas de votre bord. Vous croyez qu’Hérode l’était à l’époque où Paul écrit ? Ou l’empereur ou le gouverneur romain ? Non, il s’agit de prier « pour tous ceux qui exercent l’autorité », pour qu’ils le fassent dans l’intérêt de la paix, de la justice et de la solidarité.

C’est dans de telles conditions de vie, de vie sociale apaisée, que nous pouvons aussi « mener une vie en toute piété et en tout respect » (v. 2)

Quel que soit le domaine que l’apôtre aborde, même la prière pour les autorités, il place toujours tout dans le cadre général du salut des âmes. Car tout – la vie familiale, la vie intellectuelle, la vie professionnelle, nos loisirs, la vie sociale, la vie politique – tout se résumera un jour, au jour de la mort, à la question : être sauvé ou ne pas être sauvé.

Voilà pourquoi nous voulons prier « pour tous les hommes », comme Jésus est mort pour tous et que Dieu a destiné sa grâce à tous !

Mais nous ne faisons pas que solliciter,

4. Nous voulons aussi remercier

Malheureusement, il n’y a pas que les enfants qui oublient parfois de dire : « Merci ! » Rappelez-vous l’histoire de la guérison des dix lépreux (Lc 17.11-19). Un seul sur dix est venu remercier Jésus. Et nous comprenons tous que les autres – les neuf ingrats – ont lamentablement échoué.,

Personne ne peut s’opposer à cette exhortation apostolique de Paul dans l’épître aux Colossiens : « Soyez reconnaissants ! » (Col 3.15). Cela tombe sous le sens qu’un croyant est une personne reconnaissante, reconnaissante à Dieu pour la création dans laquelle il nous a placés, pour les talents qu’ils nous a donnés, pour tout ce que son Fils nous a procuré par son sacrifice expiatoire et sa résurrection glorieuse, pour tout ce que le Saint-Esprit fait pour nous maintenir dans la foi.

Nous comprenons aussi que nous devions « être reconnaissants » envers ceux qui nous ont rendu service.

Mais comment réagissons-nous en entendant Paul nous dire : « J’encourage donc, avant tout, à faire […] des prières de reconnaissance pour tous les hommes » ? à remercier Dieu pour tous les hommes, pour ceux que nous aimons comme pour ceux avec lesquels nous avons des problèmes ?

Voyez-vous, cela n’est possible que si on replace tout dans le contexte de Dieu. Ailleurs Paul nous indique « que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8.28), tout et tout le monde, car Dieu veut « changer en bien » ce que les hommes peuvent nous faire de mal.

Nous ne le voyons pas toujours tout de suite, parfois peut-être jamais, mais nous pouvons lui faire confiance, à « lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a donné pour nous tous » (Rm 8.32).

Alors disons, même quand nous sommes dubitatifs comme Pierre : « Sur ta parole je jetterai les filets » (Lc 5.5), sur ta parole, parce que tu dis qu’il y a des raisons de le faire, je vais te remercier d’avoir mis à mes côtés, ou au-dessus de moi comme autorités, des gens que je ne comprends pas, à qui je dois même m’opposer, à l’occasion.

Peut-être que le Seigneur veut me faire grandir dans la foi et dans l’amour par ceux qui me posent problème. Ici-bas, « nous marchons par la foi et non par la vue » (2 Co 5.7).

Ayons donc foi en notre Dieu Sauveur et acceptons avec reconnaissance tout ce qu’il nous envoie dans sa sagesse suprême et son amour sans bornes !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig, pasteur

 

Sermon du dimanche 2 mai 2010

Dimanche Cantate Ps 98

« Chantez en l’honneur de l’Eternel

un cantique nouveau,

 car il a fait des merveilles !

Sa main droite

et son bras saint lui ont assuré la victoire.

L’Eternel a fait connaître son salut,

 il a révélé sa justice sous les yeux des nations.

Il s’est souvenu

de sa bonté

et de sa fidélité

envers la communauté d’Israël.

 Jusqu’aux extrémités de la terre, on a vu le salut de notre Dieu.

Poussez des cris de joie en l’honneur de l’Eternel,

habitants de toute la terre !

Faites éclater votre allégresse et chantez !

Chantez en l’honneur de l’Eternel

 avec la harpe,

au son de tous les instruments !

Au son des trompettes

 et du cor,

poussez des cris de joie

en présence du roi, de l’Eternel !

Que la mer retentisse avec tout ce qu’elle contient,

 le monde et ceux qui l’habitent,

que les fleuves battent des mains,

 qu’avec eux les montagnes poussent des cris de joie

 devant l’Eternel,

car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice,

et les peuples avec droiture. »

Chants proposés :

Entonnons un nouveau cantique AeC 98:1-4

Répons pour l’Introït :

Chantez le Seigneur, terre entière ! AeC 808:1

Répons après l’A.T. :

Source d’eau vive, j’ai soif de toi ! AeC 510:1-3

Credo (en même temps 2ème cantique) :

Je crois en Dieu, le Créateur, AeC 565:1-3

Loué sois-tu pour ta lumière AeC 275:1-4

Travail avec les Confirmands :

Les confirmands ont d’abord lu ensemble les questions ci-après,

Puis, toujours ensemble, le Psaume.

Pour répondre aux questions,

ils ont, chacun pour soi, relu le Psaume autant de fois qu’ils en ont éprouvé le besoin,

et chaque fois qu’ils ont trouvé un élément de réponse,

ils l’ont inscrit en dessous de la question.

A suivi la mise en commun, à la suite de laquelle chacun a choisi une des questions pour mettre une réponse au propre (pour certaines questions il n’y a pas eu de texte définitif).

1 Qui est célébré par ce psaume ?

2 Qu’a-t-il fait ?

3 Pour qui l’a-t-il fait ?

4 Qu’est-ce qui l’a poussé à le faire ?

5 A qui s’adresse le psalmiste ?

6 A quoi exhorte le psalmiste ?

7 Pourquoi un cantique « nouveau » ?

8 Qu’est-ce qu’un psalmiste ? Qu’est-ce qu’un psaume ?

1 Qui est célébré par ce psaume ?

Dès l’entrée, le psalmiste « chante en l’honneur de l’Eternel », notre Dieu, le « Roi », le Créateur du ciel et de la terre, celui qui a « assuré la victoire ».

Le psaume fait allusion à Jésus, notre Sauveur, qui nous a apporté « le salut » en expiant nos péchés.

« L’Eternel a fait connaître son salut, il a révélé sa justice sous les yeux des nations. » C’est pour cela que nous remercions notre Dieu.

Nous chantons ses louanges à cause de tout ce qu’il a fait pour nous. Sans son intervention en notre faveur, nous serions éternellement perdus.

2 Qu’a-t-il fait ?

Nous devons « chanter en l’honneur de l’Eternel » pour toutes les « merveilles » qu’il a faites et qu’il continue de faire grâce à Jésus, son Fils.

Il s’est « assuré la victoire ». En effet, son Fils a vaincu pour nous la mort et la puissance du diable et nous a ainsi rachetés pour son royaume éternel.

Il nous a montré que grâce à son Fils et à notre foi en lui, nous sommes sauvés.

C’est pour cela que nous « chantons ».

Il nous a donné son Fils ; celui-ci s’est sacrifié pour nous sauver.

Il nous a ouvert les yeux, nous a guidés, nous a montré le chemin. Il nous « a fait connaître sa justice », il nous a montré la vérité, la seule vérité qui nous sauve.

Au Jugement Dernier il nous jugera « avec justice » et « droiture », selon que nous aurons placé notre foi en sa « justice » ou non.

Grâce à Jésus, il nous reçoit « en sa présence » dès à présent. Mais c’est dans l’au-delà que nous le verrons vraiment, quand nous serons « en présence du roi, de l’Eternel », entourés de tous les rachetés et de l’armée céleste des saints anges.

Pour résumer : Qu’a-t-il fait pour nous ? Il a fait le nécessaire pour que nous puissions vivre sans crainte « en sa présence » de grâce ici-bas, puis dans« sa présence » de gloire dans l’au-delà.

3 Pour qui l’a-t-il fait ?

Il a fait toutes ces « merveilles » pour que tous les croyants voient qu’il est« bon » et, qu’en retour, ils le « louent » et le « chantent ».

Mais les « merveilles » de notre salut, il ne les a pas seulement accomplies pour nous, les croyants, mais aussi pour toutes « les nations», pour qu’elles puissent « voir le salut de notre Dieu », et ceci « jusqu’aux extrémités de la terre ».

Ainsi, « les habitants de toute la terre » pourront « faire éclater leur allégresse » « en l’honneur de Dieu », car il nous a « assuré la victoire »grâce à son Fils Jésus.

Celui-ci s’est sacrifié pour moi, pour nous, pour vous tous présents à ce culte, mais aussi pour toutes « les nations », pour « les habitants de toute la terre ».

4 Qu’est-ce qui l’a poussé à le faire ?

C’est « sa bonté » qui l’a poussé à nous sauver de façon aussi merveilleuse. Il a eu pitié de nous. Dans sa grande miséricorde, il a trouvé un moyen de nous sauver tout en alliant justice et miséricorde.

C’est aussi « sa fidélité » envers Israël qui l’a poussé à intervenir pour notre salut. Dès la chute de nos premiers parents dans le péché Dieu a promis un Sauveur pour les pécheurs que nous sommes.

Ces promesses, il les a faites de plus en plus nombreuses, de plus en plus précises aussi, à son peuple d’Israël.

Un autre psaume nous assure : « La parole de l’Eternel est droite et toute son œuvre s’accomplit avec fidélité » (Ps 33.4).

Comme il avait promis à Israël d’envoyer le Messie Sauveur, il a tenu parole, il est resté fidèle à ses prophéties, malgré l’immense peine qu’allait lui apporter le sacrifice de son Fils bien-aimé.

Pour résumer : c’est « sa bonté » et « sa fidélité » qui ont poussé Dieu à nous sauver par son Fils Jésus.

5 A qui s’adresse le psalmiste ?

6 A quoi exhorte le psalmiste ?

Le psalmiste exhorte les croyants, mais aussi « les habitants de toute la terre », à « chanter en l’honneur de l’Eternel ».

Ces louanges montent vers lui à cause de ses œuvres de la création, mais aussi à cause « de sa bonté et de sa fidélité ».

Le psalmiste veut nous entraîner à louer Dieu pour « ses merveilles », les plus grandes concernant la façon dont il nous a sauvés.

Le psalmiste exhorte aussi à l’allégresse, à la réjouissance et à la joie : « Faites éclater votre allégresse et chantez ! » « Poussez des cris de joie ! »

« Chantez » donc, louez l’Eternel en ce dimanche Cantate et soyez réjouis et remplis d’allégresse en le célébrant !

7 Pourquoi un cantique « nouveau » ?

On nous parle ici de cantique « nouveau », car Dieu, « l’Eternel », a bouleversé le cours des événements.

En effet, nous étions condamnés de par nos fautes, nos péchés. Et il nous a sauvés. Dans sa bonté, il a envoyé son Fils unique pour qu’il prenne nos péchés sur lui et qu’il soit puni à notre place. C’est pourquoi il est écrit que c’est par « sa main droite » – il est question de Jésus à « la droite » du Père – qu’il a assuré sa victoire.

De plus, dans ce psaume, « justice » et « salut » sont placés en parallèle, ce qui prouve que c’est parce que Jésus a été condamné que nous avons acquis le salut de Dieu et que nous avons été sauvés de la mort et du diable.

C’est pourquoi nous devons chanter les bienfaits de Dieu à travers ce cantique « nouveau », afin de le remercier pour son « salut » et sa « fidélité », une chose tout à fait inouïe et « nouvelle », tout à fait contraire à ce qui peut « monter au cœur de l’homme » (1 Co 2.9), tout à fait « nouveau » par rapport à ce que l’homme peut imaginer : l’Evangile de Jésus-Christ et de son salut.

Il nous a assuré qu’il nous sauverait, et il a tenu parole.

Nous devons, pour tout cela, le louer dans sa sainteté et dans sa bonté salutaire.

Chantons aujourd’hui ce « cantique nouveau » et rendons-lui grâces pour toutes ces merveilles qu’il nous offre !

 

Sermon du dimanche 25 avril 2010

JOUR DE L’EVANGELISTE MARC

Texte :Ac 15.36-40 + 2 Tm 4.11

Ac 15.36 « Quelques jours plus tard, Paul dit à Barnabas : "Retournons visiter nos frères et sœurs dans toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir comment ils vont."

37 Barnabas voulait aussi emmener Jean, surnommé Marc,

38 mais Paul estimait qu’il ne fallait pas prendre avec eux celui qui les avait quittés depuis la Pamphylie et ne les avait pas accompagnés dans leur tâche.

39 Ce désaccord fut assez vif pour qu’ils se séparent l’un de l’autre. Barnabas prit Marc avec lui et embarqua pour l’île de Chypre.

40 Paul choisit Silas et partit, confié par les frères à la grâce de Dieu. »

2 Tm 4.11 « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le ministère. »

Chers frères et sœurs en Jésus, notre Sauveur,

Quelle volte-face de la part de l’apôtre Paul ! … n’est-ce pas ?

Dans le premier texte – moins de 20 ans après la résurrection de Jésus et la Pentecôte – Paul refuse de reprendre une seconde fois l’évangéliste Marc comme collaborateur avec lui, au point de se brouiller avec son ami Barnabas, cousin de Marc (Col 4.10).

Dans le second texte, il dit le plus grand bien de ce même Marc, « collaborateur » apprécié (Phil 24).

Une petite vingtaine d’années sépare ces deux événements. Que s’est-il passé durant ces quinze à vingt ans ? Le changement d’opinion de Paul à propos de Marc nous intrigue, n’est-ce pas ? Cela vaut le coup de nous pencher sur l’évangéliste Marc, pour une fois que son jour tombe un dimanche.

L’EVANGELISTE MARC

1. Qui est-il ?

2. Que pouvons-nous en apprendre ?

1

Qui est l’évangéliste Marc ?

Comme beaucoup de Juifs, il portait un nom hébreu – « Jean » – et un nom grec ou latin : « Marc ». Il nous est plutôt connu sous ce nom romain, « Marc », alors que les chrétiens d’origine juive le présentaient plutôt comme« Jean surnommé Marc » (Ac 12.12).

Sa mère, du nom de « Marie » – prénom très répandu à l’époque déjà – a fait partie du premier cercle des chrétiens : c’est chez elle que « Pierre »se rendit après avoir été libéré de prison par un ange.

La mère de Marc était assez riche pour avoir à Jérusalem une maison assez spacieuse pour pouvoir y accueillir « beaucoup de personnes »pour y prier en période de persécution. Elle pouvait d’ailleurs aussi se payer des servantes (Ac 12.12-13).

Il se pourrait même que « la grande chambre à l’étage » où Jésus a institué la Sainte Cène se soit trouvée dans la maison de Marie, mère de Marc. (Mc 14.15)

Marc est le seul jeune homme en dehors du cercle des apôtres dont nous savons qu’il a fait partie des chrétiens dès le début. On pense généralement qu’il est le « jeune homme » qui, poussé par la curiosité de l’adolescence, a suivi Jésus de loin à Gethsémané, que les soldats ont « attrapé », mais qui « se sauva tout nu » dans la nuit, laissant sa tunique dans les mains des soldats.

Nous avons vu Pierre se réfugier dans cette maison après avoir été libéré de prison par un ange. Ce n’est pas la seule indication de relations étroites entre l’apôtre Pierre et le futur évangéliste Marc.

Dans sa première lettre, Pierre parle de « Marc, mon fils » (1 P 5.13). Sans doute de la même manière que Paul appelle « Timothée mon enfant dans la foi » (1 Tm 1.2). Marc a dû être « régénéré […] par la Parole vivante et permanente de Dieu » annoncée par Pierre, son père spirituel (1 P 1.23).

Dans son Evangile, il arrive à Marc de donner plus de détails à propos de Pierre que des autres apôtres, ainsi à propos de son reniement.

Marc est très imprégné par le style de Pierre. Par exemple, comme Pierre, Marc n’utilise jamais le mot « loi », alors qu’il se trouve dans les trois autres Evangiles.

C’est sans doute à l’aide des récits faits par Pierre que le Saint-Esprit a inspiré son Evangile à Marc, un Evangile destiné aux non Juifs, car il explique en détail les noms des personnes, le temps, les nombres et les lieux de la vie du Christ, détails que les Juifs n’avaient pas besoin qu’on leur explique.

Ce qui frappe aussi, c’est que Marc écrit au présent. Par l’Evangile selon Marc, le Saint-Esprit veut nous faire comprendre que nous vivons dans le présent de la toute-puissance et de la présence de Jésus-Christ.

L’image que Marc nous donne de Jésus – que ce soit dans ses paroles ou ses miracles – c’est celle de la souveraineté de Jésus : son influence sur la vie des gens et son pouvoir sur les démons. Jésus est en tout temps celui qui sauve de toute détresse ; il connaît nos problèmes et nos soucis quotidiens ; il est au courant des grandes questions que nous nous posons.

Le Saint-Esprit a utilisé « Jean surnommé Marc » en raison de ses dons et capacités, en raison de sa proximité avec l’apôtre Pierre aussi, et sans doute également en raison de sa maîtrise des différentes langues, l’hébreu des Juifs, mais aussi le grec et le latin parlés dans l’Empire romain.

Le Saint-Esprit a dû accomplir bien d’autres miracles en Marc avant qu’il ne lui inspire son Evangile. Cet Evangile, il l’a écrit après la mort de Paul, car Paul n’en dit mot dans ses épîtres. Pourtant, vers le tard, il ne dit que du bien de Marc. Il n’aurait certainement pas oublié de mentionner une œuvre aussi capitale pour les croyants de tous les temps que l’Evangile selon Marc.

Déjà lors de son premier emprisonnement à Rome (une douzaine d’années après la brouille), Marc faisait partie de l’équipe autour de l’apôtre Paul. Dans sa Lettre à Philémon, Paul énumère Marc parmi ses « collaborateurs » (Phil 24).

Et dans la Lettre aux Colossiens, écrite en même temps à partir de Rome, Paul le recommande chaudement aux chrétiens de Colosses : « Marc, le cousin de Barnabas, vous salue, au sujet duquel vous avez reçu des instructions : s’il vient chez vous, faites-lui bon accueil ! » (Col 4.10)

Paul allait donc envoyer Marc en mission, non pas avec le groupe qui allait porter les lettres aux Colossiens et à Philémon, mais ailleurs. Nous aimerions savoir où, mais n’avons pas d’information à ce sujet. Certainement en Asie Mineure, voire en Syrie ou en Palestine, car de là, il pourrait passer par Colosse.

Marc avait donc su regagner l’estime et la confiance de l’apôtre Paul au point d’être envoyé dans une mission à part.

Le Saint-Esprit a dû le travailler par l’Evangile, comme il a dû, auparavant, travailler Saul de Tarse, pour qu’il devienne l’instrument dont il avait besoin.

Après la mort de Paul, Marc semble avoir été le collaborateur et interprète de Pierre. Papias d’Hiérapolis, ville d’Asie Mineure à proximité de Colosses et de Laodicée, écrit vers 140 ap. J.-C. :

« Marc, devenu l’interprète de Pierre, rédigea avec soin, mais non dans l’ordre, tous les souvenirs de Pierre concernant ce que le Seigneur avait dit ou fait. […] Plus tard, il accompagna Pierre, qui enseignait selon les besoins du moment, et non pas dans le dessein de rapporter systématiquement les discours du Seigneur. En écrivant ces souvenirs, Marc ne commit pas d’erreur, car il visa à ne rien omettre et à ne rien affirmer qui ne fût vrai. »

En amenant Marc à être formé au contact des principaux apôtres – Pierre et Paul – le Saint-Esprit l’a remarquablement préparé pour pouvoir lui inspirer son Evangile.

2

En quoi le parcours de Marc

nous concerne-t-il ?

Que pouvons-nous en retirer

pour nous-mêmes ?

Le parcours de Marc me fait penser à cette parole de notre Seigneur : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18.26) Quand Dieu s’occupe d’une personne, il peut en faire de grandes choses. Voyez ce qu’il a fait de Marc l’impétueux, le découragé, l’infidèle, l’indigne de confiance : un missionnaire réfléchi, courageux, engagé, digne de confiance, et il lui a finalement inspiré l’un des quatre Evangiles !

X X X A X X X

La première fois qu’il apparaît dans le Nouveau Testament, dans la nuit de Gethsémané, Marc est un « jeune homme » que la curiosité pousse à un comportement irréfléchi et impétueux, même dangereux. Cette nuit-là, Jésus aura été confronté à bien des faiblesses humaines parmi ses proches : Judas l’a trahi et vendu, Pierre l’a renié, Marc s’est mis en danger de façon inconsidérée.

C’est un Marc tout à fait différent que nous rencontrons 30 ans après Gethsémané. L’apôtre Paul n’aurait jamais confié à Marc une mission importante s’il avait encore été la tête brûlée de sa jeunesse. Dieu l’a mûri entre-temps.

Pensez maintenant à vous-mêmes ! N’avez-vous pas mûri aussi depuis votre jeunesse ? Sans doute faut-il de tout pour faire un monde, y compris une Eglise, autant des jeunes que des moins jeunes. Mais pour confier à quelqu’un une responsabilité importante dans l’Eglise, il faut que cette personne ait une certaine maturité spirituelle.

Ce n’est pas pour rien que la Bible appelle les responsables des Eglises des « anciens ». C’était déjà le cas dans l’Ancien Testament (1 S 8.4) ; ça l’a aussi été du temps des apôtres (Ac 14.24). Il est vrai que Marc devait avoir un peu moins de 50 ans au moment où Paul l’envoie en mission, et environ 55 ans quand Paul indique à Timothée que Marc lui est « utile pour le ministère » (2 Tm 4.11).

X X X B X X X

Le Saint-Esprit a dû faire de la tête brûlée un homme mûr. Il a aussi dû transformer le Marc découragé en un Marc courageux.

Je ne jette pas la pierre à Marc : Qu’aurais-je fait à sa place ? Ils étaient partis à 3 pour implanter l’Eglise chrétienne dans l’Empire romain païen. Même les Juifs leur étaient hostiles.

Et pour arranger le tout, l’apôtre Paul, avec son « écharde dans la chair »dont Dieu refusait de le délivrer (2 Co 12.7-9), ne semblait pas, selon les critères humains, apte à conduire cette importante mission. On pense qu’il avait une maladie chronique, ce qui expliquerait l’arrivée d’un médecin, Luc, dans l’équipe de Paul.

Avouez : Qu’il est difficile de faire confiance à Dieu quand on oublie ses promesses et ne voit que les problèmes ! Qu’il est difficile de ne pas se décourager quand on met face à face la petitesse de l’Eglise et l’impressionnant monde qui nous entoure ! Rappelons-nous alors ce que Dieu a dit à Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Co 12.9)

Avec Marc cela s’est aussi vérifié. D’un homme découragé, le Saint-Esprit a fait un homme courageux. Ne se laisse-t-il pas envoyer en mission par un apôtre emprisonné, une mission périlleuse par mer et par terre, périlleuse aussi à cause des brigands de grand chemin, périlleuse aussi à cause de la haine des Juifs de l’époque ?

Quand nous sommes, pareillement, découragés, rappelons-nous : « Dieu lui-même a dit : "Je ne te délaisserai pas et je ne t’abandonnerai pas." C’est donc avec assurance que nous pouvons dire : "Le Seigneur est mon secours, je n’aurai peur de rien. Que peut me faire un homme ?" » (Hé 13.5-6)

X X X C X X X

Car quand nous sommes découragés, il nous arrive de déserter, de jeter le manche après la cognée. C’est ce que Paul a reproché à Marc quand il a refusé de le reprendre dans son équipe pour le deuxième voyage missionnaire. « Barnabas voulait aussi emmener Jean surnommé Marc, mais Paul estimait qu’il ne fallait pas prendre avec eux celui qui les avait quittés depuis la Pamphylie et ne les avait pas accompagnés dans leur tâche. » (Ac 15.37-38)

Bref, Marc avait déserté son poste. « Ils avaient [choisi] Marc pour aide »(Ac 13.5), et voilà qu’il les plantait là en pleine campagne missionnaire. Paul ne voulait pas revivre le même problème. Le travail de la mission est trop important pour qu’on la mette ainsi en jeu.

Nous avons sans doute tous des exemples de personnes qui ont jeté l’éponge devant les difficultés qu’on rencontre au travail dans la Vigne du Seigneur. Mais ça ne nous avance pas plus.

Ce que chacun de nous doit se demander, c’est : « Moi, me suis-je déjà conduit en déserteur dans l’Eglise ? Moi, ai-je déjà abandonné par manque de foi un poste, une fonction, qu’on m’avait confiés ? » On trouve toujours des raisons, des explications, des justifications à un abandon de poste. La question est de savoir si cela tient devant Dieu, si ce n’est pas le résultat d’un manque de foi.

Repentons-nous alors. Montrons que nous avons changé, qu’on peut de nouveau nous faire confiance. Mais soyons humbles et patients. On ne regagne pas la confiance des autres du jour au lendemain. Marc ne réapparaît dans l’équipe de Paul qu’une douzaine d’années après son abandon de poste.

X X X D X X X

C’est quand même un miracle de voir comment le Saint-Esprit a changé un Marc indigne de confiance en un Marc digne de confiance !

La confiance ne s’impose pas. La confiance se gagne. C’est un peu comme la foi en Jésus-Christ. Elle ne s’hérite et ne s’impose pas. Seul le Saint-Esprit l’éveille et l’approfondit à travers sa Parole et les sacrements. Nous ne pouvons que témoigner, parler de notre Sauveur, et nous le faisons auprès de nos enfants dès leur plus jeune âge, puis nous continuons de les mettre au contact de l’Evangile de Jésus-Christ à l’école du dimanche, au catéchisme, en réunion des jeunes, et nous tous au culte et dans les études bibliques, voire dans nos cultes de famille.

C’est pareil pour gagner la confiance des autres. Par votre comportement vous donnez une image de vous-même. Par votre comportement vous devenez crédible aux yeux des autres, ou non.

Mais même si vous avez fait une entrée en matière désastreuse comme Marc, priez, soyez humbles et persévérants, et vous regagnerez la confiance de ceux qui, à un moment donné, l’ont peut-être perdu.

X X X E X X X

Voyez encore le cas de Marc ! Au lieu du contre témoignage du début, il rend finalement à la chrétienté de tous les temps le témoignage de son Evangile. Ce changement a mis des années ; mais ouvrez votre Bible et voyez le résultat : un Evangile !

Le Saint-Esprit, après l’avoir relevé de ses défaillances du début, après l’avoir longuement travaillé pour faire de lui l’outil dont il avait besoin, lui a inspiré le texte de son Evangile.

Le Saint-Esprit l’a dirigé de manière à ce qu’il prenne de ce qu’il a appris en côtoyant Pierre et Paul ce qu’il devait mettre par écrit.

Le Saint-Esprit l’a d’ailleurs dirigé un peu différemment des autres évangélistes. Ainsi, il décrit davantage que les trois autres évangélistes les sentiments des gens. Il lui arrive aussi d’utiliser plus de mots que les autres pour exprimer ce que Jésus ressent.

Avec chacun des évangélistes, le Saint-Esprit a joué des registres distincts mais concordants :

Matthieu met l’accent sur Jésus en tant que roi qui fonde un royaume éternel.

Luc souligne sa perfection et les conséquences universelles de son œuvre de rachat.

Jean commence tout de suite avec le mystère caché de la personne de Jésus, « Dieu né de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu » (Symbole de Nicée).

Marc, lui, le présente davantage comme le Messie, le Serviteur de l’Eternel qui s’humilie pour se consacrer entièrement à sa mission de Sauveur. Il nous montre en Jésus « le Fils de l’homme » plein de compassion pour les personnes qui souffrent, mais aussi le Fils de Dieu en pleine possession de la puissance divine. Et pourtant il va aller jusqu’à se sacrifier pour le salut du monde, pour notre salut.

Voilà les pensées que m’inspire la trajectoire de « Jean surnommé Marc », trajectoire où, sans conteste, le Saint-Esprit tenait le gouvernail.

Alors, demandons-lui aussi pour nous :

« O Saint-Esprit, esprit de vie,

De lumière et de foi,

Source de puissance infinie,

Dans ma faiblesse à toi je crie :

Accomplis tout en moi.

Conduis-moi, selon ta promesse,

En toute vérité.

Sois mon secours, sois ma sagesse ;

Et que je marche sans faiblesse

A ta sainte clarté ! »

(LlS 125, strophes 1 et 3)

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

Sermon de Pâques 04 avril 2010

FETE DE PÂQUES

Texte : Ac 10.34-43

34 « Alors Pierre prit la parole et dit : "En vérité, je reconnais que Dieu ne fait pas de favoritisme

35 et que dans toute nation, celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable.

36 Il a envoyé sa parole aux Israélites en leur annonçant la paix par Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous.

37 Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée suite au baptême que Jean a prêché.

38 Vous savez comme Dieu a déversé une onction de Saint-Esprit et de puissance sur Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient sous la domination du diable, parce que Dieu était avec lui.

39 Nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Lui qu’ils ont tué en le clouant sur la croix,

40 Dieu l’a ressuscité le troisième jour et a permis qu’il apparaisse,

41 non à tout le peuple, mais aux témoins choisis d’avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection.

42 Jésus nous a ordonné de prêcher au peuple et d’attester que c’est lui que Dieu a désigné juge des vivants et des morts.

43 Tous les prophètes rendent de lui le témoignage que toute personne qui croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés."

44 Pierre parlait encore, quand le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole.

45 Tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de ce que le don du Saint-Esprit était déversé même sur les non-Juifs. »

 

Chers frères et sœurs en Celui

qui nous entraîne dans sa glorieuse résurrection !

S’il y a une occasion, au cours de l’année, où nous nous réjouissons particulièrement, c’est à l’occasion de la réjouissante fête de Pâques ! Rien ne doit être trop beau pour faire de cette fête une fête grandiose.

Nous apparaissons devant notre Seigneur ressuscité et victorieux dans nos habits les plus festifs. Notre cœur s’élève vers le divin Ressuscité dans des cantiques exaltants. C’est la grande, la principale fête de la chrétienté.

Pourquoi ? Parce qu’il y a deux mille ans, « notre Sauveur Jésus-Christ a réduit la mort à l'impuissance et a mis en lumière la vie et l'immortalité » (2 Tm 1.10). Ce jour-là, il nous a donné la preuve éclatante qu’il nous a délivrés du péché et de ses conséquences destructrices, que nous sommes aussi cohéritiers avec lui des bénédictions divines et éternelles.

Oui, qu’il soit loué

Le Sauveur ressuscité, le Dieu de notre salut !

Etonnante et surprenante, que cette nouvelle que l’Eglise chrétienne a à annoncer à tous les pécheurs depuis 2000 ans ! C’est la nouvelle que Dieu aime le monde à cause de Christ, que par Christ, Dieu a sauvé le monde du péché, de la mort et de la damnation !

Notre histoire nous apprend comment cet évangile libérateur a commencé à se répandre parmi les païens. Notre texte est le résumé de la prédication que Pierre a donnée devant la famille et les employés de l’officier romain Corneille, dans sa maison à Césarée.

Et ce que Pierre a prêché à l’époque, cela affermit aujourd’hui encore notre foi en notre Seigneur Jésus-Christ. Cela nous fait chanter d’allégresse à cause de toutes ces vérités fondamentales de la foi chrétienne que nous pouvons résumer ainsi :

Le Sauveur ressuscité

est

le Dieu de notre salut !

1. Sa vie et sa mort nous apportent le salut.

2. Sa résurrection nous l’atteste avec éclat.



1

Sa vie et sa mort

nous apportent le salut

Avant de ressusciter de la mort, Jésus a vécu et est mort pour pouvoir nous sauver. C’est avec cette vérité que Pierre commence son message de Pâques. Sans la vie et la mort de Jésus, sa résurrection n’a pas de sens.

Pierre, en véritable expert en mission, commence avec ce que le centurion et ses gens savaient déjà de Jésus : « Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée suite au baptême que Jean a prêché. Vous savez comme Dieu a déversé une onction de Saint-Esprit et de puissance sur Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient sous la domination du diable, parce que Dieu était avec lui. Nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. » (v. 37-39)

Oui, ça, ils le savaient ; ces nouvelles étaient arrivées jusqu’à Césarée. Dieu avait fait en sorte qu’on parle de la vie, de la mort et de la résurrection de ce Jésus de Nazareth jusque sur les rivages de la Méditerranée.

S’appuyant sur ce qu’ils en savaient déjà, Pierre se met maintenant à leur en expliquer la profonde signification et les merveilleuses conséquences. Nous aussi, nous avons besoin qu’on nous les rappelle constamment : Jésus de Nazareth est vrai Dieu. Depuis sa conception par le Saint-Esprit dans la vierge Marie il est aussi vrai homme. Et ce Jésus à la fois Dieu et homme n’a jamais refusé son aide à ceux qui venaient à lui.

Il est devenu homme pour accomplir la volonté de son Père. Dans cette mission exceptionnelle il s’est laissé guider par le Saint-Esprit, la troisième Personne de la Trinité. Et il a remplie sa mission à la perfection : Sa vie visible sur terre a correspondu en tous points à la sainte volonté du Père. Il a été obéissant en tout aux saintes exigences de la Loi de Dieu.

Et cela, il l’a fait à notre place et pour notre compte, parce que nous n’y serions jamais parvenu. Cela, il l’a fait pour satisfaire les exigences de Dieu à notre égard et apaiser la colère de Dieu contre nous.

« Il s’est dépouillé lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort. » Son obéissance allait atteindre son paroxysme, physiquement, à « la mort sur la croix » (Ph 2.8). Mais le plus terrible n’était pas visible : son obéissance jusque dans les souffrances des peines de l’enfer.

C’est qu’il a demandé à son Père de le damner à notre place, à la place de tous les pécheurs de tous les temps. Il voulait payer pour nos péchés pour nous éviter notre châtiment, pour nous sauver ; il voulait être notre Sauveur.

Pour cela il devait devenir vrai homme : sa soumission à la Loi de Dieu devait se faire dans les mêmes conditions que la nôtre. Il ne devait en rien connaître des privilèges, des aménagements.

En même temps, si son obéissance et son expiation devaient avoir la valeur suffisante « pour les péchés du monde entier » (1 Jn 2.2), il fallait qu’il soit aussi vrai Dieu.

C’est ainsi que Jésus de Nazareth, à la fois vrai Dieu et vrai homme, est devenu notre Sauveur.

2

Sa résurrection

nous atteste avec éclat notre salut

La Bible présente toujours à nouveau la mort et la résurrection de Jésus comme un tout.

Ainsi, quand Paul écrit aux Philippiens : « Jésus-Christ s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix. C’est aussi pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place. » (Ph 1.8-9)

Ou quand il écrit aux chrétiens de Rome : « Jésus, notre Seigneur, a été donné à cause de nos fautes et est ressuscité à cause de notre justification. » (Rm 4.25)

Dans notre histoire, après que Pierre ait dit à Corneille et aux siens : « Jésus de Nazareth qu’ils ont tué en le clouant sur la croix, »il continue : « Dieu l’a ressuscité le troisième jour. » (v. 39-40)

En entendant ces paroles, on ne peut se défaire de l’impression que les pouvoirs démoniaques voulaient anéantir le Sauveur, le salut et donc nous, les sauvés, mais Dieu a déjoué leurs plans. Ils n’ont pu tuer Jésus que parce qu’il l’a bien voulu, mais « Dieu l’a ressuscité », une fois sa mission « accomplie » à la perfection (Jn 19.30)

C’est là l’événement sensationnel de Pâques : la mort a trouvé son maître ! De nombreuses personnes peuvent en témoigner pour avoir vu le Ressuscité. Un jour, il est même « apparu à plus de 500 frères et sœurs à la fois, dont la plupart sont encore vivants, » écrit Paul quelques 25 ans plus tard (1 Co 15.6) ; on pouvait donc vérifier auprès d’eux.

Mais nous ne croyons pas seulement à la résurrection de Jésus parce qu’elle a eu d’innombrables témoins, mais surtout parce que tout le témoignage du Saint-Esprit dans la Bible se focalise sur cette résurrection.

Sa mission de sauver l’humanité des conséquences du péché tendait vers cet aboutissement : la résurrection. Et là il devient évident : la résurrection de Jésus était inéluctable pour différentes raisons, et chacune de ces raisons nous apporte soulagement et réconfort.

Sa résurrection atteste que son Père est satisfait de l’œuvre de rachat « accomplie » (Jn 19.30) par son Fils ; que le Père accepte comme suffisant pour notre rachat le sacrifice apporté par son Fils.

Aussi le Père « l’a ressuscité », nous signifiant ainsi : vous pouvez faire entièrement confiance à l’expiation de vos péchés par mon Fils ; il vous a vraiment « réconciliés » avec moi (2 Co 5.18-19), sa résurrection vous le prouve.

Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est inutile, » il est inutile d’attendre de lui votre salut, « vous êtes [alors] perdus », car toujours sous la colère de Dieu (1 Co 15.17-18).

« Mais en réalité, Christ est ressuscité des morts » (1 Co 15.20) ; aussi avez-vous tout à fait raison de vous en remettre à lui pour obtenir le pardon, la vie et le salut.

Ayez foi en lui ! D’autant que sa résurrection prouve aussi « qu’il est le Seigneur de tous », comme le dit Pierre ici (v. 36). Rien ne peut s’opposer à son autorité ; tout lui est soumis, même la mort, cette chose qui nous fait tellement peur. Rien ne peut l’empêcher de tenir parole, pas non plus la mort. Il avait dit qu’il serait là, vivant, parmi eux, trois jours après sa mise à mort. Eh bien, la mort n’a su le retenir ; elle a dû se coucher devant lui.

Cela ne pouvait réussir qu’à Dieu : tenir parole malgré la mort. Sa résurrection prouve donc aussi que Jésus est Dieu et que nous pouvons nous fier à ce qu’il nous dit.

C’est à ce « Seigneur de tous » que nous avons la chance d’appartenir, à ce Seigneur qui étend sa seigneurie sur tout, même sur la mort ! Que pourrions-nous espérer de plus merveilleux ? de plus rassurant ?

Et « Jésus », ce « Seigneur de tous » et sur tout, dit Pierre, « nous a ordonné de prêcher au peuple » (v. 42). Voilà comment notre Seigneur ressuscité exerce maintenant sa fonction prophétique dans le monde : à travers nous, son Eglise de graciés, de sauvés, de témoins.

Et qu’est-ce qui doit être attesté et prêché ? La Loi et l’Evangile !

La Loi qui dit que « c’est lui [Jésus] que Dieu a désigné juge des vivants et des morts. » (v. 42). « Il nous faudra tous comparaître devant le tribunal de Christ » (2 Co 5.10) mort et ressuscité pour nous, et nous serons jugés selon que nous aurons accepté avec foi ou rejeté sa mort expiatoire et sa résurrection.

C’est surtout cet Evangile que l’Eglise doit annoncer, Evangile que Pierre résume ainsi à Corneille : « que toute personne qui croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés. » (v. 43)

Oui, viens te réfugier avec foi auprès du Ressuscité ! Il a payé pour nos péchés ! Toi qui viens te réfugier auprès de Jésus avec foi, Dieu ne te compte plus tes péchés, il ne t’en tient plus rigueur, en Jésus tu as reçu le pardon !

Toi qui crois en ton Sauveur, le verdict de damnation ne te concerne plus, Jésus te fait partager sa vie, déjà ici-bas, puis, plus tard, dans la félicité éternelle. « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle. » (Jn 3.36) Celui qui se confie au Ressuscité est reçu dans sa communion de vie, une communion éternelle que même la mort ne peut détruire.

A l’occasion d’un décès, Jésus a déclaré : « C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et toute personne qui vit et croit en moi ne mourra jamais ! » (Jn 11.25-26)

En cela aussi, sa résurrection nous est une garantie. Sa glorieuse victoire sur le péché, la mort et Satan nous touche de si près qu’elle affecte et transforme notre existence pour l’éternité.

Maintenant nous pouvons jubiler avec les prophètes Esaïe et Osée et avec l’apôtre Paul : « La mort a été engloutie dans la victoire. Mort, où est ta victoire ? Enfer, où est ta victoire ? […] Que Dieu soit remercié, lui qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1 Co 15.54-57 ; cf. Es 25.8 et Os 13.14)

« Tous les prophètes rendent témoignage de lui, » le Ressuscité (v. 43), de même que le font tous les apôtres. C’est avec ce témoignage unanime des prophètes et des apôtres que le Saint-Esprit nous a convaincus, comme il l’a fait avec Corneille et les siens, de la Seigneurie de Jésus de Nazareth. C’est ce témoignage qui nous fait chanter en ce jour, louer et adorer notre Seigneur comme le Dieu de notre salut.

C’est en lui que nous voulons nous confiez, c’est à lui que nous voulons rendre hommage et mener une vie en son honneur, entraînés par la force de sa résurrection.

Qu’il nous accorde aussi la grâce de mourir un jour à la lumière de sa résurrection en attendant de la vivre réellement et dans la joie lors de son retour en gloire !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du vendredi saint (04 avril 2010)

VENDREDI SAINT

Texte :Mt 27.19

« Pendant que Ponce Pilate siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire :"N’aie rien à faire avec ce juste, car, aujourd’hui, j’ai beaucoup souffert dans un rêve à cause de lui." »

Chers frères et sœurs en Jésus, notre Sauveur,

S’il y a une femme, dans l’histoire de la Passion de notre Seigneur, à laquelle nous ne pensons pas souvent, c’est bien la femme du gouverneur romain Ponce Pilate !

Peut-être que vous ne vous rappeliez même plus qu’elle intervenait aussi dans ce récit. C’est que, toute femme de gouverneur romain qu’elle était, elle ne fait que passer furtivement : notre verset, chez Matthieu, est le seul à parler d’elle dans les quatre Evangiles.

Et encore reste-t-elle dans l’anonymat ; nous n’apprenons pas son nom – la tradition l’appellera Claudia Procla – et elle n’apparaît pas elle-même : elle fait intervenir un messager.

Pourtant, cette femme cantonnée dans l’ombre a un message important à nous délivrer. Ce n’est pas pour rien que le Saint-Esprit a cru bon de faire consigner ce bref épisode dans l’un des quatre Evangiles. Là aussi, « ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction. » (Rm 15.4)

Voyons comment

L’épisode de

la femme de Ponce Pilate,

nous apprend qu’il faut

1. mettre les autres en garde avec humilité ;

2. considérer avec humilité les mises en garde des autres.

1

L’épisode de

la femme de Pilate nous apprend

qu’il faut mettre les autres en garde

avec humilité.

Ce n’était pas facile, pour l’épouse de Pilate, d’intervenir auprès de son mari au cours du procès de Jésus. Ce n’était pas une affaire de famille. Vous voyez la femme d’un juge intervenir auprès de son juge de mari en pleine séance d’un procès ? Aujourd’hui aussi ce serait impossible.

Pourtant l’épouse de Pilate devait absolument le mettre en garde ! Que faire ? D’autres auraient baissé les bras. Devant des difficultés, on se résigne trop facilement avec l’excuse : « C’est impossible ! » Cela ne vous est-il pas déjà arrivé ?

Nous avons vu qu’un tel s’engageait dans une voie où il allait transgresser la loi du pays ou la Loi de Dieu, où il allait commettre une injustice et nuire à autrui … ou à lui-même. Nous aurions dû le lui dire, le mettre en garde. Mais voilà, ce n’était pas si facile.

Sans doute n’était-ce pas une loi qui nous en a empêchés, ou un règlement publique. Peut-être avions-nous seulement peur du désagrément : ce n’est pas agréable de devoir dire la vérité à quelqu’un. Peut-être avions-nous peur de perdre son amitié en le mettant en garde. Ou cela nous aurait demandé trop d’efforts. Peut-être étions-nous même contents d’avoir l’excuse facile : « Il s’est mis lui-même dans ce pétrin ; il n’a qu’à voir lui-même comment s’en sortir ! » Ou : « Ce n’est pas ma fonction, mais la sienne ! »

La femme de Pilate aurait pu raisonner ainsi. Mais son honnêteté, son amour du prochain, de son mari comme de Jésus, l’accusé, la poussèrent à trouver une solution, à contourner les obstacles et les difficultés pour faire ce que sa conscience lui dictait. « Elle fit dire » à Pilate – sans doute par un garde ou un huissier du tribunal – « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en rêve à cause de lui ! »(v. 19 ; NSB)

Peut-être vous dites-vous : « Voilà bien une de ces femmes riches et désoeuvrées qui a le temps de rêver et d’avoir des songes pendant que son mari est au travail ! » Seulement, il ne faut pas oublier que Ponce Pilate, on l’a réveillé avant 6h du matin. Il a dû se lever en catastrophe. Ou bien sa femme n’a pas eu le temps de lui faire part de son rêve fait auparavant, ou alors elle n’a fait ce rêve qu’une fois Pilate parti.

Ce rêve tournait autour de Jésus de Nazareth. En avait-elle déjà entendu parler auparavant ? Ce ne serait pas impossible. Pilate avait un efficace service de renseignements : il était certainement au courant de ce Jésus de Nazareth qui drainait de grandes foules derrière lui depuis trois ans.

Généralement, le gouverneur romain résidait à Césarée, ville nouvelle construite par Hérode le Grand en l’honneur de César Auguste, son protecteur. Césarée se trouve sur la côte de la Méditerranée en Samarie, dans une direction à environ 50 km de Nazareth et 90 de Capernaüm, dans l’autre direction à une centaine de km de Jérusalem.

Mais pour la fête de la Pâque juive, pour surveiller la concentration de centaines de milliers de pèlerins parmi lesquels naissaient périodiquement des soulèvements contre Rome, pour la Pâque juive, le gouverneur venait s’installer à Jérusalem avec une forte armée.

Pilate et sa femme s’étaient-ils déjà entretenus de ce Jésus auparavant ? Peut-être, vu sa renommée. Ou sa femme n’a-t-elle été mise au courant de l’existence de Jésus que lors de ce songe ? La Bible ne le dit pas. Qu’importe : « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1.37).

Quoi qu’il en soit, dans ce songe, Dieu a présenté son Fils comme étant innocent et « juste ». Dieu connaissait Pilate, et sa femme le connaissait aussi. Ce que nous savons de lui des Evangiles et par d’autres documents historiques nous le présente comme un politicien qui gouvernait avec justice tant qu’il n’avait rien à y perdre. Quand son intérêt était en jeu, il pouvait être injuste et cruel.

Sa femme craignait-elle qu’il soit de nouveau injuste, rien que pour être bien vu par les chefs juifs qui l’avaient déjà accusé devant l’empereur Tibère par le passé ?

Dieu utilise cette femme honnête pour mettre Pilate en garde.

Certes, Jésus devait mourir pour expier nos fautes et nous en racheter, et il voulait se sacrifier pour nous, sinon il aurait très bien pu empêcher d’être arrêté au Jardin de Gehtsémané en foudroyant ses assaillants.

Il fallait bien que « le Juste […] souffre une mort humaine […] pour les injustes » comme nous (1 P 3.18). Notre salut était à ce prix, comme nous le verrons plus loin.

Mais Dieu n’oblige personne à être injuste pour que ses plans se réalisent, dans le cas présent, pour que Jésus expie nos péchés. Au contraire, Dieu met en garde ceux qui contribueront aux souffrances et à la mort du Christ. Il essaye de les détourner de leur crime de lèse-majesté.

Jésus a mis Judas en garde contre sa future trahison ; il a mis Pierre en garde contre son reniement futur. Il a aussi mis clairement Pilate en garde, en lui disant par exemple : « Toute personne qui est de la vérité écoute ma voix. » (Jn 18.37)

Et voilà que sa femme, elle aussi, le met en garde. Dieu multiplie les mises en garde. Ne disons jamais : « D’autres ont déjà mis celui-ci ou celle-là en garde ; je peux donc me dispenser de le faire ; je peux m’épargner ce moment désagréable. »

Une telle fuite devant nos responsabilités est encore plus coupable si nous connaissons bien les travers de celui qui va commettre la faute – comme la femme de Pilate connaissait les travers de son mari. Rien ni personne ne peut nous dispenser de notre devoir d’ouvrir les yeux à notre prochain, même si les modalités, la façon de s’y prendre, peuvent être diverses et doivent être recherchées dans la prière.

2

L’épisode de

la femme de Pilate nous apprend

qu’il faut considérer avec humilité

les mises en garde des autres.

En d’autres termes : nous devrions aussi être prêts à examiner avec humilité les mises en garde des autres.

Bien sûr, les autres peuvent se tromper, ou nous mettre en garde avec de mauvaises intentions. Ils sont pécheurs – mais nous aussi. L’humilité et le bon sens voudraient qu’on examine au moins, et avec soin, les mises en garde des autres.

Il y a une chose qu’on doit concéder à Pilate : il n’a pas bâclé son interrogatoire. Il a consciencieusement interrogé Jésus, étudié ses réponses et ses mises en garde.

Après un premier interrogatoire, « Pilate sortit de nouveau à la rencontre des Juifs et leur dit : "Pour ma part, je ne trouve en lui aucun motif de le condamner." » (Jn 8.38)

A ce moment-là, il aurait déjà pu l’acquitter et le libérer. Mais il recule devant les menaces des Juifs.

Après un deuxième interrogatoire, Pilate ressort et « dit aux chefs des prêtres et à la foule : "Je ne trouve chez cet homme aucun motif de le condamner." » (Lc 23.4) Pourtant, il n’ose toujours pas l’acquitter.

Au contraire, lâche et roué qu’il est, il croit avoir trouvé une échappatoire, une solution qui lui permet de ne pas avoir à condamner Jésus, tout en ne heurtant pas les Juifs de front : il fait transférer Jésus devant un autre tribunal. Celui qu’il a déclaré innocent et « juste » par deux fois, il l’envoie devant un autre tribunal ; il l’envoie à Hérode.

Manque de pot, sa manœuvre échoue : Jésus lui est renvoyé.

Dans un dernier sursaut d’honnêteté, Pilate déclare une troisième fois : « Je l’ai interrogé devant vous et je ne l’ai trouvé coupable d’aucun des actes dont vous l’accusez ; Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. Ainsi, cet homme n’a rien fait qui soit digne de mort. Je vais donc le relâcher après l’avoir fait fouetter » (Lc 23.14-16)

Malheureusement, dans sa lâcheté, il consent à cette injustice, il consent à torturer l’innocent pour apaiser la foule. Il leur a donné le petit doigt. La lâcheté ne paye pas. Il va bientôt leur céder et capituler sur toute la ligne.

Sa femme le sent. C’est là qu’elle lui fait parvenir son ultime mise en garde. Pilate n’en tient pas plus compte que des feux clignotants de sa propre conscience. Pourtant, la mise en garde de son épouse disait exactement ce que sa conscience et ses interrogatoires avaient révélé : Jésus de Nazareth est un « juste ».

La différence entre Pilate et sa femme, c’est que celle-ci avait encore une conscience que l’injustice faisait souffrir. Pilate, pour préserver sa place, par égard pour sa carrière politique, étouffait sa conscience.

« Sa femme lui fit dire : "[…] J’ai beaucoup souffert dans un rêve à cause de lui," » ça a été un vrai cauchemar que de voir en songe ce « juste » maltraité, et en plus, maltraité par son propre mari.

Pilate, lui, ne s’en est pas ému. « Il prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule » et crut pouvoir dégager sa responsabilité en déclarant de façon hypocrite : « Je suis innocent du sang de ce juste. C’est vous que cela regarde. » (Mt 27. 24)

N’est-ce pas frappant ? Il reprend exactement les mots de sa femme : « ce juste » ! D’ailleurs, ni elle ni lui ne pensaient si bien dire. Ils croyaient Jésus« juste » selon la loi civile, ce qui était vrai. Mais Jésus est bien plus : il est aussi « juste » aux yeux de Dieu ; il est aussi « juste » devant la Loi divine ! Il n’a jamais commis de péché en actes, ni en paroles, même pas en pensées !

Il est « le Saint d’Israël » annoncé dans l’Ancien Testament. Pour cette raison il y est aussi déjà appelé « ton Sauveur », « notre Rédempteur »(Es 41.14 ; 47.4).

C’est pour toi, pour moi, pour nous tous qu’il a mené sa vie en toute sainteté, en toute perfection. C’est avec sainteté et perfection qu’il a expié nos péchés à nous tous. Et c’est encore à cause de sa sainteté et de son innocence que Dieu a accepté son expiation de nos péchés comme suffisante pour notre pardon et notre salut.

« Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste ! » avait dit sa femme à Pilate. S’il l’avait écoutée, il aurait pu éviter d’être coresponsable de cette sale affaire judiciaire.

Mais même dans ce cas, il aurait été « mêlé à l’affaire de ce juste », comme nous tous y sommes « mêlés », car ce sont nos péchés qui l’ont poussé au sacrifice ; c’est eux qu’il est allé expier dans les souffrances de l’enfer.

Nous ne pouvons, pas plus que Pilate, dire que nous sommes « innocents du sang de ce juste », car « il était blessé à cause de nos transgressions, brisé à cause de nos fautes : la punition qui nous donne la paix est tombée sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. […] L’Eternel a fait tomber sur lui nos fautes à tous. »(Es 53.5-6)

Comment ne pas en être attristé ? Comment cela pourrait-il ne pas nous pousser à la repentance ?

D’un autre côté, nous sommes soulagés et heureux d’être « mêlés à l’affaire de ce juste ». Car il a conduit cette triste « affaire » à une glorieuse fin pour nous : Dieu est satisfait par l’expiation faite par son Fils ; il nous accorde son pardon en échange du sacrifice de Jésus. Dieu nous fait grâce parce que Jésus s’est substitué à nous et s’est fait condamner à notre place.

Quel bonheur, pour nous, que Jésus ait bien voulu nous « mêler » à son destin, terrible dans un premier temps, mais finalement et définitivement glorieux !

Qu’il nous envoie aussi des personnes comme l’épouse de Pilate pour nous mettre en garde quand nous le foulons aux pieds avec nos péchés !

Ainsi, dans une repentance de tous les jours, nous avancerons vers notre glorieuse éternité, unis à notre Seigneur et Sauveur pour toujours !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du dimanche 28 mars 2009

DIMANCHE DES RAMEAUX

JEUDI SAINT

(Institution de la Cène)

Texte : Lc 22.19-20

19 « Ensuite, il prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le rompit et le leur donna en disant :

 "Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites ceci en souvenir de moi !"

20 Après le souper, il prit, de même, la coupe et la leur donna en disant :

"Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est versé pour vous."

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ, qui s’est donné pour nous pour le pardon de nos péchés !

Le choix de ce texte pour un Dimanche des Rameaux vous surprend peut-être. Je l’ai fait parce que nous n’avons pas de culte du Jeudi saint, jour anniversaire de l’institution de la Cène par notre Seigneur Jésus-Christ. Je l’ai fait ensuite parce que nous somme le dimanche qui précède cette commémoration et que nous célébrons aujourd’hui la Cène.

Nous sommes « la nuit où le Seigneur Jésus a été arrêté » (1 Co 11.23). Un jeudi soir. Les heures avant son arrestation au Jardin de Gethsémané, Jésus les a passées avec ses disciples à Jérusalem dans « une grande pièce aménagée à l’étage » (Lc 22.12). C’est là qu’il a institué la Sainte Cène.

C’était « le jour des pains sans levain où l’on devait sacrifier l’agneau pascal » (Lc 22.7). Jésus et ses disciples font en cela ce qui se fait ce soir-là dans toutes les familles juives.

Dieu lui-même a institué ce repas la veille de la délivrance du peuple d’Israël de l’esclavage en Egypte (Ex 12). Là-bas – c’était du temps de Moïse – les Israélites ont dû tuer « un agneau sans défaut » et badigeonner les montants et le linteau de la porte d’entrée avec son sang. Les Israélites ont rôti la viande de l’agneau, puis l’ont mangée tout en restant debout, prêts à partir.

Durant cette nuit, l’ange de l’Eternel a passé et frappé les familles égyptiennes, mais il a épargné les familles israélites qui lui ont fait confiance en badigeonnant le tour de leurs portes comme Dieu l’avait demandé.

Devant cette démonstration de puissance de l’Eternel, Pharaon, le roi d’Egypte, avait cédé et laissé partir les Israélites : 600 000 hommes, avec leurs femmes et leurs enfants.

Mais Dieu a voulu que son peuple commémore cette libération miraculeuse par une fête annuelle. Chaque année, dans chaque famille, le repas pascal devait mettre en scène ce puissant acte libérateur de Dieu.

C’est ce repas du souvenir que Jésus prend à Jérusalem avec ses disciples dans cette « grande pièce aménagée à l’étage ». La première Cène, Jésus la célèbre donc à l’occasion de son dernier repas pascal. Il remplace ainsi le repas pascal de l’Ancienne Alliance par le repas de « la Nouvelle Alliance en son sang » (v. 20).

C’est là l’un des moments les plus solennels et les plus décisifs de tous les temps. Dorénavant ses disciples peuvent entrer en communion avec leur Seigneur d’une façon qu’ils n’ont pas connu jusque-là. Quelle bénédiction pour ceux qui assistent à cet événement !

Qui sont-ils ? Nous y voyons Pierre, Jacques, Jean et les autres. Mais Jésus ne voit-il pas bien plus de personnes que la petite douzaine qui se trouve avec lui ?

Te voit-il peut-être aussi ?

Y ETAIS-TU

QUAND JESUS A INSTITUE LA CENE ?

Tout à fait, car en instituant la Cène

1. il pense déjà à toi ;

2. il te destine déjà les bienfaits de la Cène.

3. Aussi, viens et reçois-les de lui-même !

X X X 1 X X X

Oui, là-bas, dans « la grande pièce aménagée à l’étage », il songe à toi. Ce qu’il fait durant ces jours et ces heures intenses et tragiques jusqu’à sa mort, tout cela il le fait en songeant à toi aussi, il le fait même parce qu’il songe à toi aussi.

Au cours du repas pascal, lisons-nous, « il prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le rompit et le leur donna en disant : "Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites ceci en souvenir de moi !" Après le souper, il prit, de même, la coupe, [« remercia Dieu » (Mt 26.27)] et la leur donna en disant : "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est versé pour vous." » (v. 19-20)

Le miraculeux, le voilà : sous l’espèce du « pain » il donne son « corps » ; sous l’espèce du « vin », il donne son « sang » !

L’étonnant, l’incompréhensible même, c’est qu’il « donne » ce même « corps » qui, dans quelques heures, sera cloué en croix ; il « donne » ce même « sang » qu’il va incessamment « verser pour le pardon des péchés » (Mt 26.28).

Cela dépasse tout ce que nous pouvons comprendre. Le Seigneur se trouve parmi eux dans cette salle en chair et en os, donc avec son « corps » et son « sang », et en même temps il nous assure avec force qu’en recevant le pain et le vin dans la Cène, les siens reçoivent en même temps – de façon surnaturelle et incompréhensible, certes, mais non moins réellement – son vrai « corps », celui qui sera cloué en croix, son vrai « sang », celui qui coulera de la croix !

« Cela », nous devons le « faire » continuellement « en souvenir de lui »(v. 19). Cela montre aussi, que dans cette salle de Jérusalem, Jésus ne voit pas seulement les douze et ne songe pas seulement à eux, il voit ses disciples de tous les temps, il nous voit nous aussi et le fait pour nous aussi.

Dans les heures sombres que ses disciples traversent à l’époque, ils ont tout particulièrement besoin qu’on leur rappelle combien Dieu les aime et les retient dans sa communion. Ce n’est pas rien que de voir son Maître bien-aimé être arrêté et exécuté, puis de ne plus pouvoir le voir à partir de son ascension.

Que pouvait-il leur donner de meilleur pour les encourager et les assister alors qu’il les envoie dans le monde hostile pour l’évangéliser ? – Rien de meilleur et de plus fort que son vrai « corps » et son vrai « sang » qu’il va offrir pour eux sur la croix.

Chaque fois qu’ils célébreront la Cène, cela leur rappellera – comme cela nous rappelle quand nous la prenons – que nous ne sommes pas seuls et abandonnés dans le monde.

Aujourd’hui, comme si souvent, vous vous approchez de nouveau de la Table du Seigneur « en souvenir de » ses souffrances et de sa mort. Soyez assurés qu’il a pensé à vous, là-bas à Jérusalem, à vous qui répondez à son invitation aujourd’hui à Châtenay-Malabry.

Il t’avait en vue en instituant la Cène, toi qui reconnais ton péché et crois en Jésus,

X X X 2 X X X

Il te destine aussi les bienfaits de sa Cène aujourd’hui.

Au fond, Jésus n’apprend rien de neuf à ses disciples dans cette « grande pièce » à Jérusalem, en tout cas rien qui ne soit dans le complet prolongement de ce qu’il a toujours dit. Ne leur a-t-il pas dit précédemment, par exemple : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19.10). « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Mt 20.28). « Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, […], qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite trois jours après » (Mc 8.31).

Tout cela, le Seigneur le leur avait déjà maintes fois expliqué patiemment. Ce jeudi saint, il leur dit encore que son corps va être donné et son sang répandu « pour eux » (v. 19), « pour le pardon des péchés » (Mt 26.28).

C’est là de l’Evangile pur, la merveilleuse nouvelle : la mort de Jésus nous procure le pardon de nos péchés ! C’est là « la Nouvelle Alliance » qu’il a établie entre le Dieu trois fois saint et nous les pécheurs coupables, « la Nouvelle Alliance » qu’il fonde avec « son sang »,qu’il érige sur « son sang ».

C’est là aussi exactement ce que les prophètes avaient déjà annoncé dans l’Ancien Testament. Songez au merveilleux chapitre 53 du prophète Esaïe.

Mais avec la Cène, Jésus a ajouté quelque chose à la parole d’Evangile. Dans la Cène, il ajoute un gage à ses promesses de grâce, une sorte de garantie de son amour sauveur ; et ce n’est rien de moins que son vrai « corps » et son vrai « sang ».

Nous savons ce qu’est un gage ou un certificat de garantie. L’anneau nuptial est le gage et le signe de l’amour fidèle dans le mariage. De façon analogue, le corps et le sang du Christ nous sont donnés dans la Cène – et doivent être donnés aux croyants « jusqu’à ce qu’il vienne » à la fin du monde (1 Co 11.26) – pour servir de gage de l’amour fidèle de notre Seigneur.

Quand vous recevrez tout à l’heure, dans la Cène, le pain et le vin, vous recevez en même temps comme gages de votre salut son vrai « corps » et son vrai « sang » avec lesquels il vous a rachetés.

De cette manière il vous assure tout à fait individuellement et personnellement de son pardon. C’est plus parlant, réjouit, console et affermit davantage que si on ne fait que vous parler de l’amour de Dieu.

Ici, dans la Cène, tu expérimentes : Dieu t’aime, toi, malgré tes péchés. Dans la Cène il agit tout à fait personnellement avec toi

Jésus déclare : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous. […], mon sang qui est versé pour vous. » En nous donnant ainsi son vrai « corps » et son vrai « sang », il nous reçoit dans une étroite et intime communion avec lui, mais aussi entre nous. Le Maître de l’univers te fait la grâce de venir à toi, pécheur coupable, d’une façon incompréhensible sous les espèces du pain et du vin. « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ? » (1 Co 10.16)

Cette communion intime avec lui, Jésus nous l’offre pour affermir notre foi dans le pardon de nos péchés et notre salut, comme pour nous donner plus de punch pour vivre chrétiennement. C’est aussi une façon de confirmer sa grande promesse : « Voici je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28.20)

Vous vous trouvez dans cette communion bénie parce que le Seigneur a aussi pensé à vous lorsqu’il a institué la Cène là-bas à Jérusalem.

Aussi

X X X 3 X X X

Venez et recevez aujourd’hui aussi sa bénédiction particulière dans la Cène !

Bien des années se sont écoulées depuis que les futurs apôtres ont été invités à la première de ce repas céleste. Depuis lors – depuis près de 2000 ans ! – des millions de croyants ont trouvé réconfort et affermissement dans cette bienheureuse communion.

« La grande pièce aménagée », tout croyant l’a trouvée, la trouve et la trouvera jusqu’à la fin des temps. Cette semaine, c’est, par exemple, la chambre de Mme […] à la maison de retraite qui a été cette « grande salle aménagée ». Aujourd’hui, c’est notre lieu de culte, et d’innombrables autres à travers le monde.

Et partout et chaque fois que la Cène est célébrée, nous nous trouvons face au même hôte divin : « Christ, le Seigneur » ! (Lc 2.11)

Et chaque fois, ses disciples se pressent autour de lui. Aujourd’hui, ici, c’est nous, ses disciples, nous qui croyons en ses paroles prononcées il y a 2000 ans : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous. […], mon sang qui est versé pour vous. »

« Pour vous ! » Combien nous sommes reconnaissants pour ces mots ! Nous savons et reconnaissons que nous sommes pécheurs, donc coupables devant Dieu. Chacun de nous sait le mieux où il pèche contre la sainte volonté de Dieu : comme parent, comme enfant, comme conjoint, comme voisin, comme employé ou employeur, comme élève ou étudiant, comme paroissien, comme citoyen, …

Si notre Seigneur ne nous invitait pas avec insistance, s’il ne nous promettait pas si chaleureusement son pardon et sa paix dans le sacrement de la Cène, nous hésiterions sans doute à nous y présenter, par peur de la colère de Dieu contre le péché.

Mais comment pourrions-nous douter du pardon de celui qui est allé jusqu’à« donner son corps » et « répandre son sang » pour rétablir la paix entre Dieu et nous ?

En pensant à cet amour sans borne pour nous, comment ne pas jubiler avec Paul :

« Ainsi donc, déclarés justes sur la base de la foi, nous avons la paix avec Dieu par l'intermédiaire de notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est aussi par son intermédiaire que nous avons accès par la foi à cette grâce, dans laquelle nous tenons ferme, et nous plaçons notre fierté dans l'espérance de prendre part à la gloire de Dieu. » (Rm 5.1-2)

« Vous n'avez pas reçu un esprit d'esclavage pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : "Abba! Père !" L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin de prendre aussi part à sa gloire. » (Rm 8.15-17)

Une des expériences les plus amères dans la vie, c’est de se sentir traité en parent pauvre, de se sentir la victime de passe-droits. On peut endurer bien des choses, mais être repoussé par les autres, cela fait mal. Rien ne peut remplacer le fait d’être reconnu ou accepté par les autres, ni l’argent, ni l’érudition, ni rien d’autre.

Dieu a fait de nous des êtres sociaux, pour vivre ensemble. Etre reconnu par ceux avec lesquels nous vivons, c’est nécessaire à notre épanouissement.

Mais plus important encore est d’être reconnu par Dieu. Il n’y a pas de plus grande terreur que de se croire abandonné, rejeté par Dieu. C’est cela l’enfer.

Jésus, notre Seigneur, a dû subir les deux. Il a été abandonné et rejeté par les hommes, mais aussi par Dieu à la croix (Mt 27.46). C’est justement cet abandon de Jésus qui a amené Dieu à nous accepter, à nous adopter même comme ses enfants. Jésus s’est fait rejeter à notre place. Tu n’as donc pas besoin d’être tiraillé par la peur que Dieu ne voudrait pas de toi qui acceptes avec foi le sacrifice de son Fils.

Oui, Jésus pensais aussi à toi, quand il a institué la Sainte Cène. Il l’a aussi instituée pour toi. Remercie l’en et loue l’en ta vie durant !

Et ancre solidement ton espérance et ta joie sur ces paroles : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous. […], mon sang qui est versé pour vous. […] Faites ceci en souvenir de moi ! » (v. 19-20)

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

sermon du dimanche 21 mars 2010 - Judica

Texte : Lc 23.1-5

« Ils se levèrent tous et conduisirent Jésus devant Pilate.

Ils se mirent à l'accuser, disant : "Nous avons trouvé cet homme qui sème le désordre dans notre nation ; il empêche de payer les impôts à l'empereur et se présente lui-même comme le Messie, le roi."

Pilate lui demanda : "Es-tu le roi des Juifs ? " Jésus lui répondit :"Tu le dis. "

Pilate dit aux chefs des prêtres et à la foule : "Je ne trouve chez cet homme aucun motif de le condamner."

Mais ils insistèrent en disant : "Il excite le peuple à la révolte en enseignant dans toute la Judée, depuis la Galilée où il a commencé et jusqu'ici."

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

si souvent accusé !

Nous avons vu, dimanche dernier, comment, après avoir capturé Jésus dans le Jardin de Gethsémané, ses ennemis l’ont conduit au palais du grand prêtre.

Dans un premier temps, Jésus a été conduit dans l’aile du palais où habitait Anne, le précédent grand prêtre. Là, il dut supporter bien des outrages et des vexations.

Enfin, une fois que tous les membres du sanhédrin – le grand conseil juif – eurent été rameutés pour cette session nocturne, ils firent comparaître Jésus.

Il est étonnant de voir avec quelle rapidité les membres du sanhédrin se trouvèrent réunis. Ils auraient pourtant dû savoir que cette session extraordinaire était illégale en raison de son heure. Il faut savoir qu’au regard de la loi de l’Ancien Testament, Jésus a été accusé et condamné par une assemblée illégale et manipulée par son chef, le grand prêtre Caïphe.

L’occupant romain leur avait enlevé le droit de condamner à mort. Qu’à cela ne tienne ! « Ils se levèrent tous et conduisirent Jésus devant Pilate. » (v. 1)

Voyons d’un peu plus près cette foule de gens qui se rend du palais du grand prêtre à celui du gouverneur romain Ponce Pilate.

S’y trouve le grand prêtre ou souverain sacrificateur lui-même. S’y trouvent ensuite les 70 autres membres du sanhédrin. Mais s’y trouvent aussi des serviteurs en armes et hommes de confiance. En tout sans doute une centaine de personnes … peut-être plus.

En fait, dans l’histoire de la Passion du Christ, il faut que nous distinguions constamment deux histoires parallèles : les faits historiques et la dimension universelle de ce que le Christ est en train de vivre.

Il nous faut donc penser non seulement à la centaine d’accusateurs de l’époque, mais à l’humanité entière impliquée dans l’accusation de cet innocent.

Comme nous le verrons encore, nous sommes tous – nous et l’humanité entière – coupables d’avoir péché en accusant Jésus d’être coupable.

Pour bien nous rendre compte de cette terrible réalité, nous allons nous poser la question :

Y ETAIS-TU QUAND JESUS FUT ACCUSE ?

1. C’est quoi, l’accusation, au juste ?

2. Qui sont ses accusateurs ?

3. Qui est réellement l’accusé ?

X X X 1 X X X

C’est quoi, l’accusation, au juste ?

Devant le sanhédrin, le conseil suprême des Juifs, les accusations sont d’ordre religieux. Les accusateurs ont d’ailleurs du mal à produire des témoins. Cela la foutrait vraiment mal s’ils ne pouvaient pas donner un semblant de vérité à leurs accusations.

Ils en produisent finalement deux – d’ailleurs de faux témoins – qui soutiennent que Jésus a parlé de détruire le magnifique Temple construit par Hérode le Grand, et de le reconstruire en trois jours.

C’est là tout simplement une déformation de ce que Jésus avait dit à propos de sa mort et de sa résurrection trois jours plus tard.

Mais l’accusation la plus grave, c’est le grand prêtre Caïphe qui la lance en personne. Curieux, sa façon de faire : de président de séance il se fait accusateur ! Il amène Jésus à reconnaître qu’il se dit Fils de Dieu pour ensuite l’accuser d’offenser Dieu, de blasphémer contre Dieu.

Le dossier du procès contient maintenant suffisamment d’éléments – pensent-ils – pour pouvoir le condamner à mort selon la loi de l’Ancien Testament. La mort est en effet requise par la Loi de Moïse contre un blasphémateur.

Les Romains leur ayant retiré le droit de condamner à mort, ils traînent Jésus dans le quartier où réside Ponce Pilate, le gouverneur romain. Lui seul peut leur donner l’autorisation de condamner à mort et de faire exécuter un condamné.

Devant l’autorité romaine ils changent de tactique. Devant Ponce Pilate, l’accusation prend, curieusement une autre forme : de religieuse qu’elle était devant le sanhédrin, l’accusation devient politique devant Pilate. « Ils se mirent à l'accuser, disant : "Nous avons trouvé cet homme qui sème le désordre dans notre nation; il empêche de payer les impôts à l'empereur et se présente lui-même comme le Messie, le roi." » (v. 2)

Devant le gouverneur romain, les Juifs accusent Jésus de crimes contre l’Etat.

Pas bête, leur tactique, pour arriver à leurs fins. « La fin justifie les moyens » se sont-ils dit. « Nous voulons que Jésus soit condamné par Pilate ? Il faut donc que nous l’accusions de menacer l’occupant romain ! »

Il n’est même pas nécessaire de démontrer que cette accusation est ridicule, entièrement fausse, un savant mélange de mensonges purs et de demi vérités.

Le gouvernement romain ne se laisse pas prendre au piège. Il connaît fort bien les Juifs qui se sont souvent opposés à lui, qui l’ont même accusé devant l’empereur à Rome !

Pilate est intrigué par l’étrange intérêt que les chefs juifs montrent subitement pour le bien de l’Etat romain. Son interrogatoire de Jésus l’éclaire pleinement. « Pilate dit aux chefs des prêtres et à la foule : "Je ne trouve chez cet homme aucun motif de le condamner." » (v. 4)

Cela ne les décourage pas. Jésus continue d’être accusé par eux, et il continue de l’être à travers tous les siècles. De quels maux ne doit-il pas tous s’être rendu coupable !

Les uns l’appellent menteur ou trompeur, d’autres rêveur. Et dans pratiquement tous les régimes totalitaires il est dénoncé comme dangereux pour l’Etat ! Tenez, comme veulent le faire croire les Juifs à Pilate.

Ces attaques, ces critiques, ces accusations contre Jésus s’écroulent – aujourd’hui comme à l’époque – sous le poids de leur fausseté. Un jour, Jésus avait demandé à ses adversaires : « Qui de vous me convaincra de péché ? » (Jn 8.46) Il n’a pas eu de réponse.

Quant à ceux – comme Pilate – qui doivent prononcer le verdict, même s’ils ne croient pas en lui et n’acceptent pas son enseignement et son offre de pardon et de salut, s’ils sont honnêtes, ils ne peuvent que répéter le verdict du Romain : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de le condamner. »

Nous n’avons pas besoin qu’on nous confirme ce verdict. Son Evangile nous a convaincus de son innocence.

Jetons maintenant un regard sur

X X X 2 X X X

Les accusateurs de Jésus.

Nous y découvrons tout de suite, à leur tête, les souverains sacrificateurs, les prêtres et autres membres du sanhédrin. Ce sont, eux, les vrais initiateurs, les inventeurs, les auteurs des accusations lamentables contre le Fils de Dieu.

Mais ils ne sont pas seuls à l’accuser.

Le péché qui consiste à mettre Dieu et son Fils en accusation est, malheureusement, un péché universellement répandu. C’est un péché de l’humanité entière. Nous y trempons donc aussi d’une manière ou d’une autre.

Adam est le premier à accuser Dieu, là-bas, dans le Jardin d’Eden. Après avoir désobéi, après avoir transgressé la volonté de Dieu, Adam lui reproche d’être responsable de la chute dans le péché. « C’est la femme que tu a mise à mes côtés qui m’a donné de ce fruit, et j’en ai mangé. » (Gn 3.12) Adam n’accusait pas réellement Eve ; en fait, il accusait Dieu : « C’est toi, Dieu, qui m’as mis dans cette situation dangereuse. »

Plus tard, la femme de Job attribue aussi à Dieu la faute pour tous ses malheurs et ses peines. Elle insiste auprès de Job pour qu’il maudisse Dieu, puis meure…

Durant son périple de 40 ans à travers le désert, le peuple d’Israël accuse toujours à nouveau Dieu de ne l’avoir délivré de l’esclavage en Egypte que pour le faire périr dans le désert ; en fait, de le conduire de Charybde en Sillas.

Il oublie complètement comment Dieu les secourt chaque fois qu’ils sont en danger : de l’armée égyptienne en leur frayant un passage à travers la Mer Rouge (Ex 13.17 – 14.31) ; de la mort par la soif, en rendant potable une eau imbuvable (Ex 15.22-25), une autre fois en faisant jaillir de l’eau d’un rocher (Ex 17.1-7) ; de la mort par la faim, en envoyant la manne et les cailles (Ex 16) ; etc.

L’accusation que ses contemporains portent contre Jésus, contre l’Innocent par excellence, est tragique – qui voudrait le nier ? – mais elle n’est en fait qu’une accusation parmi une infinité du même genre. Depuis toujours, les humains essayent d’accuser leur Créateur, d’inculper leur Sauveur.

Quand on s’imagine la scène de Jésus accusé devant Pilate, il faut bien entendu y voir les grands prêtres et leurs acolytes du sanhédrin. Mais il faut aussi y voir Adam, la femme de Job, le peuple d’Israël et bien d’autres.

Question : Y étais-tu, toi aussi, parmi ses accusateurs ?

La pensée ne t’a-t-elle jamais effleuré – ne serait-ce que légèrement, ne serait-ce que furtivement – surtout quand tu te sens malheureux, quand tu es déçu dans tes espoirs, que Dieu ne se conduit pas correctement envers toi – ou envers un autre ?

T’est-il déjà arrivé d’avoir prié intensément et régulièrement pour une chose à quoi tu tenais particulièrement, puis, après une vaine attente, d’avoir reproché à Dieu de ne pas t’avoir exaucé ?

T’est-il déjà arrivé de penser que Jésus attend trop de toi ?

ð trop de temps (pour les cultes de famille, pour les études bibliques, pour les réunions de jeunes, pour ton engagement dans l’évangélisation, pour différents services dans ta paroisse) ?

ð trop de tes talents (pour exercer telle fonction ou rendre tel service dans la paroisse) ?

ð trop de ton argent ?

ð qu’il exige plus de fidélité que tu n’es prêt à lui accorder, parce que tu ne tiens pas à sacrifier trop de choses à quoi tu tiens et à quoi tu devrais renoncer ?

Qu’est-ce là d’autre qu’accuser Dieu ou Jésus d’être incapable ou infidèle, voire un despote ?

Et s’il nous arrive ainsi d’accuser Dieu, en quoi sommes-nous différents de ceux qui font injustement comparaître le Fils de Dieu devant le sanhédrin et le gouverneur romain ?

Si nous accusons Dieu, nous nous trouvons parmi la foule des accusateurs à Jérusalem.

Nous y sommes aussi à cause de nos transgressions répétées, par ex., du 8ème Commandement : « Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain ! » (Ex 20.16)

Ce qui blesse injustement notre prochain, blesse aussi le Fils de Dieu. C’est que ce commandement ne se limite pas aux fausses dépositions de témoins véreux devant un tribunal. Luther l’explique ainsi : « Nous devons craindre et aimer Dieu afin de ne pas mentir à notre prochain, le trahir, calomnier ou diffamer. » (Petit Catéchisme).

Pour un seul cas de déposition mensongère devant un tribunal, il y a sans doute au moins mille cas où de méchantes langues disent du mal des autres et les dénigrent, que ce soit au sein de la parenté, entre amis, voire, parfois, dans une paroisse.

Des bruits sans fondement et non vérifiés sont transmis sans réfléchir. Parfois on les arrange ou les complète même. Ce ne sont là que des accusations honteuses. Cela fait partie des péchés qui, à l’époque, ont blessé et tué « Jésus-Christ, le Juste » (1 Jn 2.1).

Et ceux qui écoutent ces accusations sans réagir sont autant coupables que les calomniateurs eux-mêmes.

Chers amis, si nous sommes honnêtes, nous ne pouvons pas simplement nous dresser pour condamner les Juifs qui accusent Jésus devant Pilate. Il nous faut confesser que nous sommes tout autant coupables et que nous faisons aussi, à l’occasion, partie de ses accusateurs.

Après nous être penchés sur les accusations et les accusateurs, voyons encore d’un peu plus près

X X X 3 X X X

Qui est réellement l’accusé ?

Qui voyons-nous ? Un innocent ! Pilate donne finalement l’ordre d’exécuter l’accusé, par crainte du peuple, par crainte d’une émeute s’il acquitte Jésus. Mais Pilate ne reviendra jamais sur son verdict innocentant Jésus. Tout simplement, par calcul politique, il fait exécuter un innocent.

Jésus est bien innocent. D’ailleurs, n’est il pas le Fils de Dieu pur de tout péché ? La situation est tout ce qu’il y a de plus incongrue : celui qu’on accuse et condamne n’est-il pas lui-même « le Seigneur, le juste Juge »de tous les hommes (2 Tm 4.8), « le Juge des vivants et des morts » ? (Ac 10.42) Il ne dit rien d’autre quand il déclare au sanhédrin : « Vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. » (Mt 26.64)

Il est non seulement le Juge de tous, mais aussi le Sauveur unique de l’humanité. Cela aussi il l’a dit très clairement : « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. » (Mt 20.28) Il dépose sa vie – pure, innocente et sainte – sur le plateau de la balance divine comme contrepoids au péché du monde entier, … comme contrepoids à ton péché et au mien aussi.

Heureusement que tous nos péchés – aussi ceux, abjects, de nos fausses accusations contre le Fils de Dieu – ont été effacés par son sang précieux.« En lui – le Fils bien-aimé du Père – nous sommes rachetés, pardonnés de nos péchés. » (Col 1.14)

L’époustouflant dans cette histoire c’est que ce Christ faussement accusé offre à notre foi de saisir sa justice et son innocence. Il sait : c’est le seul moyen, pour nous, de subsister devant le Dieu trois fois saint.

« Voyez quel amour le Père nous a témoigné, » voyez tout ce qu’il a mis en œuvre, voyez jusqu’où il est allé, « pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, » nous, les accusateurs de son Fils ! (1 Jn 3.1)

Face à tant d’amour nous ne pouvons que ressentir de la répulsion pour ce péché, cette tendance à accuser Dieu et son Fils, sous quelque forme que ce soit.

Tenons en bride nos pensées et nos lèvres pour ne pas répandre de calomnies sur le compte de nos prochains et ne pas ainsi blesser Jésus à nouveau.

Efforçons-nous de toujours dire la vérité et d’agir en conséquence.

La vérité – pas la nôtre, celle de Dieu et de sa Parole ! – voilà ce dont nous avons le plus besoin. C’est là la chose indispensable, essentielle, dans nos vies.

Soyons-lui éternellement reconnaissant de posséder en lui cette vérité, car il est « le chemin, la vérité et la vie » ! (Jn 14.6)

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

Sermon du dimanche 14 mars 2010 - laetare

Texte : Mt 26.58-75 
+ récits parallèles : 
Mc 14.53-72 + Lc 22.54-71 + Jn 18.13-27

58 Pierre le suivit de loin jusqu'à la cour du grand-prêtre, y entra et s'assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.

59 Les chefs des prêtres, les anciens et tout le sanhédrin cherchaient un faux témoignage contre Jésus afin de le faire mourir,

60 mais ils n'en trouvèrent pas, quoique beaucoup de faux témoins se soient présentés. Enfin, il en vint deux qui dirent :

61 "Celui-ci a dit : 'Je peux détruire le temple de Dieu et le reconstruire en trois jours.'"

62 Le grand-prêtre se leva et lui dit : "Ne réponds-tu rien ? Pourquoi ces hommes témoignent-ils contre toi ?"

63 Mais Jésus gardait le silence.

 Le grand-prêtre [prit la parole et] lui dit : "Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu."

64 Jésus lui répondit : "Tu le dis. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l'homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel."

65 Alors le grand-prêtre déchira ses vêtements en disant : "Il a blasphémé! Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d'entendre son blasphème.

66 Qu'en pensez-vous ?"

 Ils répondirent : "Il mérite la mort."

67 Là-dessus, ils lui crachèrent au visage et le frappèrent à coups de poing; certains lui donnaient des gifles en disant :

68 "Christ, prophétise-nous qui t'a frappé !"

69 Or Pierre était assis dehors dans la cour.

 Une servante s'approcha de lui et dit : "Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen."

70 Mais il le nia devant tous en disant : "Je ne sais pas ce que tu veux dire."

71 Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit et dit à ceux qui se trouvaient là : "Cet homme [aussi] était avec Jésus de Nazareth."

72 Il le nia de nouveau, avec serment : "Je ne connais pas cet homme."

73 Peu après, ceux qui étaient là s'approchèrent et dirent à Pierre :"Certainement, toi aussi tu fais partie de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître."

74 Alors il se mit à jurer en lançant des malédictions : "Je ne connais pas cet homme." Aussitôt un coq chanta.

75 Pierre se souvint alors de ce que Jésus [lui] avait dit : "Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois." Il sortit et pleura amèrement.

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

si souvent renié par les siens !

Notre histoire, après celle du Jardin de Gethsémané, explique pourquoi, dans l’Eglise luthérienne, on préfère parler du Temps de la Passion du Christ, plutôt que du Temps du carême. D’autant que « carême » ne veut pas dire grand-chose. Cela vient du latin « quadragesima » et signifie « quarantième », sous-entendu : jour avant Pâques. Déjà que le mercredi des cendres, n’est pas 40 mais 46 jours avant Pâques.

Ceux qui privilégient ce terme mettent l’accent sur la pénitence. En appelant ce temps « le Temps de la Passion du Christ », on met l’accent sur les souffrances et la mort expiatoires de Jésus. Cela produit une saine repentance, une salutaire remise en question, mais à l’ombre de la croix où le Seigneur nous a sauvés.

Aujourd’hui nous voyons

Notre Sauveur renié

1. Bien qu’il doive se voir si lamentablement renié

2. il jette cependant un regard plein de grâce sur celui qui le renie.

1

Notre Sauveur doit assister

comme il est lamentablement renié.

« Pierre le suivit de loin. » (v. 58) De loin ? Mais où a donc passé cette foi qui confessait avec clarté et netteté : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous, nous croyons et nous savons que tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » (Jn 6.68-69)

Rappelons-nous aussi cette déclaration tapageuse de ce même Pierre, il y a quelques heures seulement : « Même si tous trébuchent à cause de toi, ce ne sera jamais mon cas ! […] Même s’il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas. » (Mt 26.33+35)

Après de telles déclarations, on se serait attendu à un autre comportement de Pierre ; on se serait attendu à lire ici : « Simon Pierre accompagnait Jésus de près » ou : « Simon Pierre marchait à côté de Jésus. »

Mais non ! Notre héro fait piètre figure. Il « suivait Jésus de loin ». Il ne donne pas l’impression de vouloir se faire reconnaître comme l’un des intimes de ce rabbi de Nazareth capturé. Il y a quelques instants encore, dans le Jardin de Gethsémané, dans une réaction pécheresse, il voulait taper dans le tas avec son épée. Mais il faut bien plus de courage pour partager le mépris et la honte d’un ami condamné que pour jouer les héros guerriers.

Nous ne nous sommes, cependant, pas réunis pour taper sur Pierre. Ce serait trop facile. Posons-nous plutôt la question : Qu’aurions-nous fait à sa place ? Lorsqu’il est question de reniement, nous faisons parfois comme si ce sujet ne nous concernait pas. Nous parlons de « reniement » avec quelque orgueil, mépris ou commisération pour je ne sais quels grands pécheurs, mais en songeant rarement aux chers croyants que nous sommes.

Eh bien ! nous avons tort. Ceux qui « renient » (v. 75) ne peuvent qu’être des croyants. Celui qui ne croit pas en Jésus, qui ne le connaît pas comme son Sauveur, ne peut pas le renier.

Cela devrait nous ébranler dans la haute opinion que nous avons parfois de nous-mêmes. Et l’exemple de Pierre devrait nous amener à faire extrêmement attention à nous-mêmes. Songez ! Même Simon Pierre, cet excellent témoin et confesseur, ce disciple intime, courageux et prêt à mourir pour son Maître, même lui l’a « renié » !

Et quelle attitude de mépris prend-t-il pour le renier ! Dans la cour du palais du grand prêtre, à la lueur du feu, plusieurs personnes le reconnaissent comme l’un des disciples de Jésus. Et elles le lui font savoir avec tout le mépris qu’elles ont pour ce Jésus de Nazareth.

« Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! » (v. 69) « Ne fais-tu pas partie, toi aussi, des disciples de cet homme ? » (Jn 18.17) – « De cet homme ! » « De ce type ! » Voilà ce que cela signifie dans la bouche de ces gens. « De ce menteur, de cet escroc, de ce suborneur ! »

La réaction de Pierre à laquelle Jésus assiste de loin, l’attriste au plus profond de lui-même. Pierre, qui l’a accompagné trois ans durant, Pierre, qui a confessé il y a peu que Jésus est « le Fils du Dieu vivant » (Mt 16.16), ce même Pierre ose dire : « Je ne le connais pas. » (Lc 22.57)

Pierre essaye de se faire passer pour quelqu’un d’autre : « Je ne connais pas cet homme ! » (v. 72) « Il ne m’est jamais venu à l’idée d’avoir quelque chose de commun avec ce type ! »

Mais les accusateurs renforcent leurs déclarations par serment : «Certainement » – le même « en vérité » que Jésus utilisait si souvent – « tu fais partie de ces gens-là, car tu es galiléen, tu as le même langage. » (v. 73 ; Mc 14.70)

Et là, Jésus doit assister au lamentable spectacle d’un Pierre qui « se met à jurer en lançant des malédictions », en prenant Dieu à témoin de sa bonne foi : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez ! » (v. 74 ; Mc 14.71)

Quel pitoyable naufrage ! Jésus doit assister aux imprécations de Pierre qui appelle la malédiction de Dieu sur lui. Pouvez-vous imaginer comment ces paroles de dédain ont meurtri notre Seigneur ?

Comment Pierre a-t-il pu en arriver là ? Répondre à cette question est important, mais seulement si Jésus doit aujourd’hui encore faire la même expérience avec les siens, avec nous.

Et malheureusement, Jésus vit ce genre d’expériences aujourd’hui encore. Année après année, il lui faut voir des gens qui se rangent autour de sa Parole et de ses sacrements emboîter le pas à Pierre et le renier. C’est sans doute quelque chose qu’il doit vivre chaque jour.

Nous ne nous en effrayons même plus. Nous nous y sommes habitués. Cela ne nous touche plus. Et c’est effrayant d’en être arrivé là. Nous avons vraiment sérieusement besoin d’être secoués.

Peut-être que l’un ou l’autre d’entre vous s’étonne-t-il de ma façon de présenter les choses. Ne pensez pas qu’il faille des circonstances extraordinaires pour renier notre Seigneur. Nul besoin de cour de palais de grand prêtre, nul besoin de serviteurs en armes ou d’accusations directes du genre : « Toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ! »

Il ne faut pas croire que pour renier le Maître il faille toujours, comme Pierre,« se mettre à jurer en lançant des malédictions ». On renie le Maître de multiples autres façons encore ; parfois cela passe inaperçu. Bien des gens en sont inconscients. Et pourtant ils le renient.

Ici, on se moque de Dieu, de Jésus et de sa Parole en présence de croyants, et eux se taisent pour passer inaperçus. Là, il arrive que des incroyants lancent des piques à un croyant en lui disant : « Toi aussi, tu fais partie de ces gens-là » qui croient au récit de la création, ou aux miracles, ou à la résurrection de nos corps. Peut-être qu’on pose même directement la question : « Tu y crois réellement ? »

Combien se réfugient alors dans des réponses évasives pour ne pas avoir à afficher leur foi en Jésus-Christ ? – Cela s’appelle « renier » Jésus.

Autre exemple. Voici in chrétien qui « cloche des deux côtés » (1 R 18.21) : d’un côté il se conduit comme les incroyants, de l’autre il va à l’église, ce qui amène les incroyants à lui dire leur étonnement. Et ce chrétien qui n’a pas le courage de choisir et d’indiquer clairement son camp répond : « Laissez tomber ! Ne voyez-vous pas que cela ne m’empêche pas de me comporter comme vous ? » – Cela s’appelle « renier » Jésus.

Ou encore, les incroyants s’adressent, flatteurs, au chrétien comme s’il était entièrement d’accord avec eux : « Nous savons que tu es un homme éclairé, intelligent ; tu as certainement ta petite idée sur la foi chrétienne ! » Plus d’un se tait alors, ou avance des réponses aussi embrouillées que peu courageuses. – Cela s’appelle « renier » Jésus.

Dans tous ces cas, c’est comme si on répondait : « Je ne le connais pas ! » C’est épouvantable, tout ce qu’on peut trouver comme faiblesses parmi les chrétiens ! Face au monde, nous manquons souvent de courage. Et ainsi Jésus doit toujours encore assister à des scènes lamentables où nous, les siens, nous le « renions », parfois même avec des airs de mépris.

Réfléchissons un instant au pourquoi de ces reniements. Comment Pierre a-t-il pu en arriver à offenser son Maître aussi gravement ? Pour répondre, nous n’allons pas nous lancer dans de grandes démonstrations. Il suffit de méditer l’histoire de la Passion du Christ : elle nous en révèle les dessous.

Le Seigneur avait dit à ses disciples : « Restez vigilants et priez pour ne pas céder à la tentation. » (Mt 26.41) Pierre est « tombé dans la tentation » parce qu’il était trop sûr de lui et n’avait pas cru devoir « rester vigilant et prier ».

Pierre avait complètement oublié ce que Jésus lui avait dit à propos de son instabilité. Il n’avait pas du tout réfléchi au fait que le Seigneur le connaissait mieux que lui. Il n’avait pas médité qu’il était un pécheur faible et faillible. Il aurait dû y penser dès qu’il s’était rendu compte qu’il n’osait suivre Jésus que « de loin ». Mais cela ne lui a pas donné à réfléchir. Il n’a pas été « vigilant ».

Il n’a rien vu venir. Il était si sûr de lui, il se faisait une image si fausse de lui, il avait une vision si grossissante de son courage et de sa fidélité, qu’il s’est jeté dans la gueule du loup sans s’en rendre compte.

N’est-ce pas aussi ce qui nous arrive souvent ? Notre pouvoir d’imagination est très grand quand il s’agit de notre personne. Comme nous pouvons être sûrs de nous ! N’oublions pas : l’orgueil précède la chute.

Par contre, celui qui connaît ses faiblesses et ses limites saura – essayera en tout cas – de s’arranger en conséquence. Mais celui qui ne connaît pas ses faiblesses et se surestime tombera certainement dans le panneau. Les présomptueux et orgueilleux sont à coup sûr ceux qui chutent le plus facilement. Comme Pierre.

Pierre n’a pas fait attention où il se rendait, ni aux gens auxquels il allait se mêler. Sinon il se serait dit : « Attention ! là tu t’exposes à de réels dangers ! » Surtout que Jésus l’avait prévenu : « Tu me renieras ! » (v. 75) Mais dans ce domaine aussi il n’a pas été « vigilant ».

Bien des chrétiens lui ressemblent à cet égard. Ils s’exposent inconsidérément au danger. Ils se mêlent sans nécessité à des gens à la moralité problématique. Se liant d’amitié avec eux, ils se laissent séduirepar des façons de vivre qui plaisent à leur nature innée pécheresse.

Ils devraient se dire que cela ne peut pas se faire sans danger pour leur foi et que s’ils restent en compagnie de ces gens, ils seront amenés à « renier » Christ.

Partager avec de telles personne leur façon de vivre, c’est « s’asseoir près du feu » (Mc 14.54) « dans la cour du grand prêtre » (Mt 26.58). Peut-on réellement être ami avec ceux qui rejettent le Christ ? Prenons la mise en garde de Jésus au sérieux : « Restez vigilants ! »

« Et priez ! » (Mt 26.41). C’est ce que Pierre a oublié de faire. Il aurait dû prier : « Aide-moi à ne pas "céder à la tentation" ! » (Mt 26.41) S’il avait prié ainsi, il ne se serait pas trouvé en train de « jurer en lançant des malédictions » au milieu des moqueurs : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez ! »

Il aurait alors été plongé dans une méditation reconnaissante du chemin dans lequel Jésus s’est engagé volontairement.

C’est là aussi une explication pour la vague de reniements du Christ et de sa Parole qui déferle sur le monde : les chrétiens ne prient pas. S’ils le faisaient davantage et plus régulièrement, ils ne seraient pas « assis en compagnie des moqueurs » (Ps 1.1)

S’ils priaient davantage, il confesseraient parmi les impies, chaque fois que l’occasion se présente : « Je ne connais parmi vous rien d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. » (1 Co 2.2) « Je le "connais", et c’est ce qui fait ma plus grande joie ! »

Chers amis, si l’un d’entre nous devait se rendre compte qu’il a offensé Jésus en le reniant ici ou là – et qui parmi nous peut affirmer qu’il est entièrement innocent dans ce domaine ? – qu’il médite alors attentivement

2

Comment notre Sauveur

jette un regard plein de compassion

sur celui qui le renie

« Le Seigneur se retourna et regarda Pierre. » (Lc 22.61) C’était un regard plein de grâce, mais aussi plein de tristesse. Et là, « Pierre se souvint de ce que Jésus lui avait dit : "Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois." » (v. 75)

Ce regard disait à Pierre : « Eh bien, voilà ! la chose terrible est arrivée : tu m’as "renié" ; tu m’as fait terriblement mal ! »

Mais ce n’était pas un regard de mépris. Ce n’était pas non plus le regard d’un juge qui condamne. C’était un regard plein de grâce qui rappelait cette promesse que Jésus avait faite à Pierre : « Mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne disparaisse pas. » (Lc 22.32). C’était un regard qui rappelait à Pierre : « Je ne t’ai pas encore exclu de mon amour. »

Ce regard s’adresse à tous les renieurs. Ce regard bouleversant du Christ a été fixé dans les Ecritures pour nous. Ce même regard se pose sur quiconque s’est rendu coupable de reniement.

Mais ce regard douloureux est aussi un regard de mise en garde. « Ne vous attirez donc pas le jugement par peur de ce monde éphémère et misérable ! Songez donc où sont les véritables trésors ! »

Prions que le regard que Jésus pose sur nous quand nous dérapons comme Pierre ait aussi les mêmes conséquences que chez Pierre. « Pierre se souvint de ce que Jésus lui avait dit. » Ce fut une illumination foudroyante pour lui. « J’ai nié que Jésus m’a aimé, nié que Jésus a si souvent rempli mon cœur de vie et de paix, nié que Jésus a altéré mon âme ; qu’il était devenu mon trésor et mon salut ! »

L’horreur de son péché éclate maintenant à ses yeux. Et cela lui brise le cœur. « Il sort et pleure amèrement. » (v. 75)

Mais la compassion dans le regard de Jésus lui rappela les promesses de pardon que Jésus lui avait faites. Elles l’aidèrent à reprendre courage dans sa désolation ; il saisit le pardon que le regard de Jésus lui proposait. Il n’était pas encore endurci : la conscience de son péché le fit « pleurer amèrement ». S’il n’a pas sombré dans le désespoir comme Judas, c’est qu’il s’est accroché à la grâce et au pardon que Jésus lui offrait.

Chers amis, ne perdons jamais de vue ce regard plein de grâce de notre Seigneur. Qu’il nous pousse aussi à la repentance et à saisir son pardon avec foi.

Pour cela, ne nous cachons pas les moments de reniement dans lesquels nous tombons. Et ne les banalisons pas : ils ont profondément offensé notre Seigneur.

Ne jouons pas non plus les orgueilleux en nous disant : « Nous ferons mieux la prochaine fois ! » Faisons amende honorable devant Jésus ; implorons son pardon ! C’est là le chemin pour être transformé de Pierre renieur en un Pierre témoin courageux et inébranlable.

« Le Seigneur » ne cesse de « se tourner » vers nous dans sa Parole et ses sacrements. Là il pose sur nous un regard plein de grâce, même si nous l’avons parfois « renié ».

Mais ne banalisons pas nos reniements. Cela pourrait conduire à l’endurcissement où le regard plein de compassion de Jésus ne fait plus aucun effet. Cela peut arriver si nos péchés ne nous attristent plus, si nous ne sommes plus capables de contrition. Là notre fin serait « dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt 8.12).

Que le regard plein de grâce et de bonté de notre Seigneur nous amène à pleurer sur nos péchés, mais aussi à pleurer de joie et de bonheur à cause du pardon. Alors nous ferons aussi cette autre expérience, bienheureuse celle-là : « Ceux qui sèment avec larmes moissonneront dans la joie. »(Ps 126.5)

Amen.

Jean Thiébaut Haessig



 

 

 

 

Sermon du dimanche 28 février 2010

DIMANCHE REMINISCERE

Texte : Mt 26.36-46 + récits parallèles : Mc 14.32-42 + Lc 22.40-46 + Jn 18.1-2

Mt 26.36 « Là-dessus, Jésus se rendit avec eux dans un endroit appelé Gethsémané et il dit aux disciples : "Asseyez-vous [ici] pendant que je m'éloignerai pour prier."

37 Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée et il commença à être saisi de tristesse et d'angoisse.

38 Il leur dit alors : "Mon âme est triste à en mourir. Restez ici, éveillés avec moi."

39 Puis il avança de quelques pas, se jeta le visage contre terre et fit cette prière : "Mon Père, si cela est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux."

40 Il revint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et dit à Pierre :"Vous n'avez donc pas pu rester éveillés une seule heure avec moi !

41 Restez vigilants et priez pour ne pas céder à la tentation. L'esprit est bien disposé, mais par nature l'homme est faible."

42 Il s'éloigna une deuxième fois et fit cette prière : "Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne [de moi] sans que je la boive, que ta volonté soit faite !"

43 Il revint et les trouva encore endormis, car ils avaient les paupières lourdes.

44 Il les quitta, s'éloigna de nouveau et pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.

45 Puis il revint vers ses disciples et leur dit : "Vous dormez maintenant et vous vous reposez ! Voici, l'heure est proche et le Fils de l'homme est livré entre les mains des pécheurs.

46 Levez-vous, allons-y ! Celui qui me trahit s'approche." »

Chers frères et sœurs

en Celui qui a lutté dans la prière pour nous !

« Voici, nous montons à Jérusalem ! » (Lc 18.31) C’est à cette invitation de notre Seigneur que nous voulons répondre, en le suivant, ces prochains dimanches, durant ce Temps de la Passion, alors qu’il va au-devant d’une mort certaine.

Bien avant que cela ne lui arrive, Jésus avait prédit que « tout ce qui a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l’homme va s’accomplir. »(Lc 18.31) Puis il a énuméré ce qui allait lui arriver, en commençant par : « être livré aux non-Juifs » (Lc 18.32)

Sans entrer dans les détails de ses souffrances, il avait prédit sa terrible lutte intérieure avant d’être fait prisonnier à Gethsémané.

Les souffrances dans ce jardin du Mont des Oliviers prennent une place importante dans sa Passion, sinon il n’aurait pas demandé à Pierre, Jacques et Jean de l’accompagner pour « veiller et prier » avec lui. (v. 41)

Nous aussi, nous ne pourrons jamais assez « être vigilants » pour méditer comment Jésus « a présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort »(Hé 5.7). C’est ainsi que l’épître aux Hébreux décrit le combat que Jésus a mené dans la prière à Gethsémané.

Il est important de noter que le Saint-Esprit fait ensuite rajouter que Jésus « a été exaucé » (Hé 5.7). Comment aurait-ce pu être autrement ? Comment Jésus n’aurait-il pas pu être exaucé ? Voyons donc

COMMENT NOTRE SEIGNEUR

1. A PRIE,

2. A ETE EXAUCE.

1

COMMENT NOTRE SEIGNEUR A PRIE

Penchons-nous sur les circonstances dans lesquelles cette prière a été prononcée, son contenu et celui qui la prononce.

Cette prière jaillit du fond d’une lutte intense de l’âme. Jésus a toujours prié de toute son âme, car tout est parfait en lui, mais cette fois-ci sa prière jaillit du fond d’un combat qui le mène dans les affres d’une tristesse, d’une frayeur, d’une angoisse indescriptibles.

A peine a-t-il laissé la plupart de ses disciples à l’entrée du jardin, à peine s’est-il enfoncé avec Pierre, Jacques et Jean plus loin, qu’« il commence à éprouver de la tristesse, de la frayeur et des angoisses » (v.37 ; Mc 14.33). Il est ébranlé par les frayeurs les plus horribles. Il est à bout.

Il est vrai que ce qui l’ébranle, c’est la frayeur des frayeurs. « Mon âme est triste à en mourir. » (v. 38) Ce n’est pas là une façon imagée de parler. Contrairement à nous, quand Jésus dit quelque chose, ses mots ne sont pas irréfléchis.

« Mon âme est triste à en mourir. » … « La mort assaille mon âme. Cela me fait trembler de tristesse, de frayeur, d’angoisse ! » Oui, une lutte s’est engagée entre Jésus et la mort, ce que Luc explique en disant que Jésus est – littéralement – « en agonie » (Lc 22.44), en train de mener la lutte extrême. Sa lutte atteint une telle intensité que « sa sueur devient comme des caillots de sang ». (Lc 22.44)

Cela, il l’avait prédit au Psaume 22 : « Mes forces s’en vont comme l’eau qui s’écoule, et tous mes os se disloquent ; mon cœur est comme de la cire, il se liquéfie au fond de moi. » (Ps 22.15)

La mort contre laquelle Jésus lutte est la mort dans toute son horreur. Grâce à son combat, nous n’aurons plus à connaître cette horreur. Nous pouvons considérer la mort autrement. Avec Siméon, nous pouvons dire : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix, conformément à ta promesse ! » (Lc 2.29). Ou avec Paul : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, » car pour moi « mourir représente un gain ». (Ph 1.23+21)

Grâce à Jésus qui a pris notre place dans les souffrances de l’enfer, nous n’avons plus a connaître la mort dans toute son horreur, nous ne connaîtrons pas la damnation éternelle, le rejet définitif de la part de Dieu.

Jésus appelle lui-même ce moment « l’heure des ténèbres » (Lc 22.53) : Satan est en train de lui faire violence. Jésus a pris sur lui notre culpabilité et notre péché, il a donc aussi choisi d’aller dans les souffrances de la mort éternelle pour nous, car « le salaire du péché c’est la mort ». (Rm 6.23) C’est ainsi qu’il s’expose pour nous aux attaques de Satan.

Jésus a pris nos péchés sur lui ; aussi Dieu déverse-t-il sur lui sa sainte colère, le condamne et le damne pour nos péchés et le livre aux peines infernales dans lesquelles nous aurions dû être plongés.

C’est dans ce marasme extrême que Jésus prie : « Abba, Père, […]éloigne de moi cette coupe ! » (Mc 14.36) Ce qu’il est en train d’endurer, ce qui l’attend encore, Jésus l’appelle la « coupe », la boisson que Dieu lui verse.

Jésus prie comme quelqu’un sur lequel se déverse toute la colère implacable de Dieu ; il est en train de se débattre dans la mort-malédiction à cause de nos péchés.

En même temps, c’est une prière de repentance. Jésus prie comme quelqu’un qui tremble sous le fardeau du péché et sous ses conséquences : la colère divine et la malédiction.

N’oublions cependant pas : tout cela il l’endure en tant que Sauveur, en tant que Rédempteur, en tant que Saint, en tant que Fils incarné de Dieu ! Aussi chantons-nous :

« Dans ce profond abîme,

Dis-nous, sainte victime,

Pourquoi tu descendis ?

Toi, le Saint, le Fidèle,

Notre divin modèle,

Quels crimes as-tu donc commis ? »

(LlS 71:1)

Aucun ! Il passe par là en tant que Sauveur, à cause de nous, pour nous sauver. Il est venu pour prendre notre place. Aussi à Gethsémané.

Il se débat à notre place dans une lutte indescriptible de repentance. Il fait sienne toute la culpabilité du monde et en endure la terrible damnation. Cela l’ébranle au plus profond de lui-même. Il est écoeuré de devoir endurer les affres de l’agonie. Vider une coupe de pus ne peut pas écoeurer davantage.

Et pourtant il l’a fait, il l’a vidée, dans une repentance sincère à notre place. Voilà dans quel état il a prié à Gethsémané.

Ses paroles révèlent la sainte perfection de sa repentance, de son combat de repentance en lieu et place de toute l’humanité pécheresse.

Trois fois Jésus a prié avec ferveur, est revenu à la charge :

  • « Abba, Père, tout t’est possible. Eloigne de moi cette coupe ! » (v. 39 ; Mc 14.36)
  • « Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne [de moi] … » (v. 42)
  • « Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! » (v. 44 ; Lc 22.42)

L’âme de Jésus a réellement été plongée dans des angoisses et affres surhumaines, inhumaines, sous le jugement et la colère de Dieu. Il nous arrive d’être envahis par une torpeur, une espèce de désespoir, quand nous avons mal agi, tant que nous n’avons pas obtenu le pardon. Jésus a connu ces souffrances infiniment plus durement encore, car il savait que lui ne sera pas délivré par le pardon, seulement par une expiation qui allait le plonger dans d’horribles souffrances.

Les terreurs sous les coups de la colère de Dieu ont réellement pris Jésus à la gorge. Et cependant, il ne se révolte pas, il ne dit pas que c’est injuste. Il répète là aussi à plusieurs reprises à l’adresse de son Père :

  • « Toutefois non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14.36)
  • « Que ta volonté soit faite ! » (v. 42)
  • « Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ! » (Lc 22.42)

Jésus ne verse pas dans le péché de la révolte ; il demeure saint, innocent, obéissant jusqu’au bout.

Quels sentiments nous viennent en contemplant ainsi Jésus en prière ?

Commençons par confesser que nous sommes bien éloignés de son exemple. Il prie avec un tel sérieux, une telle intensité, une telle ferveur ! Et nous ? Ne prions-nous pas si peu, et souvent avec tiédeur, sans grande ferveur ?

Notre Seigneur est infiniment plus grand, infiniment plus élevé, même au plus profond de son abaissement, de son anéantissement. Lui, le Dieu éternel et tout-puissant, combien s’est-il humilié, comment il se tort devant son Père !

Et nous, quand nous nous approchons de Dieu, chargés de nos péchés, le faisons-nous aussi avec l’humilité qui sied aux coupables que nous sommes ? Ou le faisons-nous comme si nous lui faisons une faveur en nous adressant à lui ?

N’oublions pas quelle grâce il nous témoigne en nous laissant l’aborder, lui le trois fois Saint, nous les impurs ! Cela devrait bien plus souvent nous jeter à genoux devant lui dans la prière.

En fait, de voir Jésus, le Saint, en lutte avec la mort à cause de nous, le voir se repentir dans une telle humiliation pour des péchés qu’il n’a pas commis, cela ne devrait-il pas nous faire rougir de honte ?

Et de voir à quoi ressemble souvent notre repentance ! Ne sommes-nous pas souvent trop peu abattus, bien peu attristés, bien peu effrayés par nos péchés ? Quelle terrible indifférence, parfois ! Combien peu remarque-t-on parfois que nos cœurs sont « brisés » (Ps 51.19) lors de la confession des péchés ou de la prédication de la Loi, voire de la Passion du Christ ! Jésus, lui, – lisons-nous – en a été « triste à en mourir » (v. 38)

Que le spectacle de notre Seigneur repentant et priant nous touche et nous amène à nous repentir avec davantage de sérieux !

Il est vrai que, même dans le meilleur des cas, notre repentance sera toujours imparfaite. Voyez, par exemple, Adam et Eve : Quelle frayeur, quelles angoisses les ont saisis tout de suite après leur chute … et pourtant, quelles excuses n’essayent-ils pas de faire valoir !

Comme dans leur cas, n’est-ce pas souvent plutôt la peur de la colère et du châtiment de Dieu, et non tellement le dégoût devant le péché, qui nous effraye ?

Heureusement que Dieu ne se conduit pas avec nous selon l’intensité ou le degré de perfection de notre repentance. Heureusement qu’il dirige ses regards vers Gethsémané où Jésus a prié dans une repentance authentique et parfaite à notre place.

Voilà ce qui compte aux yeux de Dieu lorsqu’il pense à ceux qui placent leur foi en son Fils.

Que la vue de ton Sauveur en prière à Gethsémané t’apporte donc consolation et réconfort !

Mais tu ne vois pas seulement dans notre histoire comment Jésus a prié, tu vois aussi

2

COMMENT NOTRE SEIGNEUR

A ETE EXAUCE

Cette affirmation vous étonne-t-elle ? Tout ne semble-t-il pas démontrer le contraire ? Certes, « un ange lui apparut du ciel pour le fortifier » (Lc 22.43), mais Jésus n’est quand même pas libéré de la colère de Dieu, il ne doit pas moins vider « la coupe » jusqu’à la lie, et il se soumet à ce verdict sans rechigner.

Cela ne semble-t-il pas prouver qu’il n’a pas été exaucé ? Comment faut-il comprendre alors ce que Jésus a dit un jour à son Père : « Je savais que tu m’écoutes toujours » ? (Jn 11.42) Et puis, n’est-il pas dit explicitement : « Christ a présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications […], et il a été exaucé » ? (Hé 5.7)

Mais, au risque de vous étonner, Jésus a effectivement été exaucé ! Réfléchissez ! Il a prié comme celui qui se repent pour nos péchés. C’est parce qu’il a pris notre place à nous, pécheurs coupables, qu’il s’est ainsi tordu de tristesse et de frayeur. Il l’a fait comme coupable à la place des coupables, comme punissable à notre place qui aurions dû être punis.

C’est qu’il veut payer toute notre dette, subir tout notre châtiment. Il a commencé de « boire la coupe » (v. 42). Il va la vider entièrement. Et les affres de la mort sous la colère de Dieu ont failli le broyer. Ne va-t-il pas jusqu’à livrer sa vie dans les horribles souffrances de l’enfer ? Il doit mourir, non pas comme nous un jour, sans connaissance ; lui doit mourir en pleine conscience. C’est sans allègement de peine qu’il doit aller au bout de sa mission, c’est sans atténuation qu’il veut « faire la volonté » de son Père. (Jn 4.34)

Il a prié : « Que ta volonté soit faite ! » Et il a été exaucé. La volonté conjointe du Père et du Fils de nous sauver a été exaucée. Et cela nous est d’un grand réconfort.

Nous pouvons maintenant être assurés d’être, nous aussi, exaucés si nous prions avec foi au nom de Jésus. Demander au nom de Jésus, c’est comme si Jésus demandait. Nous pouvons donc, nous aussi, dire à Dieu à la suite de Jésus : « Je savais que tu m’écoutes toujours. »

Si seulement nous voulions davantage nous en souvenir, particulièrement quand nous ne voyons pas de signe d’exaucement ! Jésus aussi n’a été exaucé qu’après avoir si intensément et longuement lutté dans la prière.

Ce ne devrait donc pas nous paraître étrange, à nous qui prions en son nom, de devoir parfois prier longuement et dans la douleur avant de pouvoir nous relever soulagés, dans la joie, la paix et la confiance.

Mais il y a d’autres leçons dans notre histoire.

Jésus se sait exaucé. Il connaîtra la délivrance, et quelle délivrance : le triomphe de Pâques !

Aussi se relève-t-il de sa prière pour aller avec calme et courage à la rencontre du traître, au-devant de la croix. Et il le fait POUR NOUS ! Quel amour indescriptible ! Notre vocabulaire est bien trop pauvre pour l’exprimer.

Tu peux lui dire :

« Avec quelle intensité, tu m’as aimé, Jésus ! Combien tu me montres que tu tiens à me sauver ! Comment pourrais-je douter de toi ? Quoi qu’il arrive dans ma vie, je sais que je peux me réfugier dans la foi auprès de toi. De voir que Dieu t’a exaucé me rend fort en ta présence. »

N’oublions pas, grâce à Jésus, Dieu exauce nos prières à nous qui plaçons notre foi en Jésus. Oh ! il ne nous exauce pas toujours au moment et de la façon dont nous aurions aimé l’être. Mais Dieu sait mieux que nous ce qui est le meilleur pour nous.

Cette certitude nous permet de nous relever de nos prières avec confiance. Comme Jésus s’est relevé à Gethsémané de ses prières avec sérénité pour affronter ce qui l’attendait.

N’oublions pas : si nous gardons foi en Jésus au milieu de l’épreuve, c’est déjà un exaucement de nos prières.

Et « si nous souffrons avec lui, » nous « prendrons aussi part à sa gloire » ! (Rm 8.17)

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

Sermon du dimanche 14 février 2010

DIMANCHE QUINQUAGESIME

Texte : 1 Co 13.1-13

1 « Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit.

Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance, si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.

Et si je distribue tous mes biens aux pauvres, et même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien.

L’amour est patient, il est plein de bonté, l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil,

il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal,

il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ;

il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.

L’amour ne meurt jamais. Les prophéties disparaîtront, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra.

En effet, nous connaissons partiellement et nous prophétisons partiellement,

10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra.

11 Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai mis fin à ce qui était de l’enfant.

12 Aujourd’hui, nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face ; aujourd’hui, je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement, tout comme j’ai été connu.

13 Maintenant donc ces trois choses restent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande des trois, c’est l’amour. »

Chers frères et sœurs unis dans l’amour du Christ !

Mettons tout de suite les choses au clair : je ne prêche pas sur ce texte parce qu’aujourd’hui nous sommes la « St-Valentin », la fête des amoureux. Bien sûr, ceux qui s’aiment dans le couple ont aussi tout intérêt à méditer certains conseils de Paul dans ce texte – certains conseils valent aussi pour l’amour conjugal – mais le sujet que Paul traite ici n’est pas l’amour conjugal mais l’amour chrétien.

Et puis, je traite ce texte aujourd’hui parce qu’il est prévu pour ce dimanche.

Vous l’avouerai-je ? Cela fait 42 ans que j’ai commencé à prêcher – d’abord comme étudiant, puis comme vicaire, enfin comme pasteur – mais je n’ai prêché qu’une seule fois sur ce texte, et encore, à reculons, parce qu’un jeune couple m’a demandé de le faire à l’occasion de leur mariage.

C’était un cadeau de mariage. Si un cadeau ne coûte rien, est-ce vraiment un cadeau ? Je m’y suis donc résolu.

Vous devez vous demander ce que j’ai comme problème avec ce texte. Sur le contenu, aucun. Je le connais pratiquement par cœur. Mais je n’aime pas paraphraser. Or il est tellement grand et riche que j’ai du mal à le caser dans un sermon. Il aborde tellement de thèmes que je ne sais par où commencer.

Bien entendu, le thème général, c’est l’amour, l’amour chrétien, l’amour qui découle de la foi en Jésus-Christ, l’amour qui met tout en œuvre pour rechercher le bonheur de l’autre.

Mais il est question aussi de foi et d’espérance, de dons particuliers et de connaissance, de bienfaisance et d’éternité. Comment arranger tout cela de façon cohérente dans un sermon si on veut faire plus que simplement paraphraser le texte ou dire des banalités ?

Constatons d’abord que Paul en arrive à ce sujet – l’amour chrétien – après avoir traité, au chapitre précédent, de charismes particuliers exercés par certains dans la communauté chrétienne de Corinthe. Apparemment, ceux qui possédaient ces charismes manquaient de ce que Paul développe dans notre texte ; ils manquaient de cet amour, ce qui les disqualifiait aux yeux de Paul.

Je vous propose donc de réfléchir à l’amour chrétien autour de cinq blocs :

L’AMOUR CHRETIEN

1. et la connaissance (v. 2+9-12)

2. et la foi (v. 2)

3. et l’espérance (v. 12-13)

4. et les dons (v. 1-2)

5. et la vie chrétienne (v. 4-7+13)

1

L’amour chrétien et la connaissance

Vous savez que notre Eglise tient à ce que ses membres aient une bonne connaissance des vérités évangéliques. Les enfants le savent qui vont à l’instruction catéchétique ; et ceux d’entre vous qui sont devenus membres de notre paroisse à l’âge adulte le savent aussi pour avoir suivi toute une série d’entretiens catéchétiques.

La raison en est simple : que ce soit Paul, que ce soit Pierre, les apôtres exhortent tous à « croître » ou à « progresser dans la connaissance de Dieu » (Col 1.10), à « grandir dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (2 P 3.18)

Les raisons en sont évidentes : c’est pour être mieux armé dans la tourmente, dans l’épreuve et la tentation, aussi dans le dialogue avec les autres et la présentation des vérités salutaires. Certains d’entre vous ont même suivi une formation de diacre pour cela.

Mais l’expérience nous le montre : on peut faire un bon et un mauvais usage des meilleures choses. Le fer peut servir à construire des machines outil mais aussi des armes ; les explosifs permettent d’exploiter les carrières, mais aussi de faire la guerre et de commettre des attentats ; les médias modernes sont une invention phénoménale pour se procurer des informations et progresser dans la connaissance, mais ils véhiculent aussi l’immoralité dans tous les domaines.

Il en va, malheureusement, de même avec la connaissance : elle peut être bien utilisée ou mal. A Corinthe, Paul a décelé chez certains de la hauteur, un mépris pour ceux qui en savaient moins, de l’orgueil, bref un manque d’amour. Aussi met-il en garde : « Si j’ai […] la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance, […] mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. » (v. 2)

Si, avec « la connaissance » que Dieu m’a accordée, je ne recherche pas l’intérêt et le bien de l’autre – car c’est cela « l’amour » – ma connaissance demeure stérile, ne sert à rien, « je ne suis rien ».

Déjà, le fait de m’insérer avec amour dans la communion des frères et sœurs dans la foi, m’amènera à être humble. J’en sais plus que « lorsque j’étais enfant » (v. 11) ? J’ai grandi dans la connaissance depuis ma confirmation ? Mais n’est-ce pas normal ? Il n’y a pas à s’en enorgueillir. Au contraire, même avec ma plus grande connaissance d’adulte, je dois reconnaître que je ne « connais » que « partiellement » (v. 9). Paul dit : « Aujourd’hui, nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face ; aujourd’hui, je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement, tout comme j’ai été connu. » (v. 12)

Ce n’est que dans l’autre monde que nous verrons Dieu « face à face » et les réalités célestes telles qu’elles sont.

Alors, ne nous gonflons pas d’orgueil à cause du peu que nous saisissons maintenant. Sachons cependant que ce que Dieu nous donne de connaître est amplement suffisant pour permettre au Saint-Esprit de nous amener et de nous maintenir dans la foi en Jésus-Christ et en son salut.

Cette « connaissance » de l’Evangile sauveur, sachons l’utiliser avec amour pour le bien des autres, pour la santé du Corps de Christ et pas seulement pour nous personnellement. Sinon « je ne suis rien », dit Paul.

2

L’amour chrétien et la foi

Au premier abord, il est surprenant de lire sous la plume de Paul : « Si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. » (v. 2) N’est-ce pas lui, l’apôtre Paul, qui insiste plus que tout autre dans ses épîtres que « l’homme est déclaré juste, » pardonné et sauvé par Dieu « par la foi », en faisant confiance à l’expiation de Jésus, et ceci « indépendamment des œuvres de la loi, »que nous pourrions accomplir (Rm 3.28), de la Loi dont, comme il l’écrit lui-même, « l’amour est » pourtant « l’accomplissement » ? (Rm 13.10) Il y insiste particulièrement dans ses épîtres aux Romains, aux Galates et aux Ephésiens.

Et maintenant, « je ne suis rien si j’ai la foi sans l’amour » ? Aimer Dieu et mon prochain, cela me sert-il finalement à quelque chose ou non ?

Les deux, mon cher ! Tout dépend de quoi nous parlons. Si je veux savoir comment être sauvé de la damnation éternelle, l’amour ne m’est d’aucun secours. Jésus seul peut me sauver, pas mon amour, aussi grand soit-il, car mon amour ne sera jamais assez grand pour que je puisse mériter le salut. Je ne peux échapper à la damnation qu’en me confiant avec foi dans les mérites du Christ.

Jacques écrit : « la foi, si elle ne produit pas d’œuvres, est morte » (Jc 2.17+20+26) Comment le salut obtenu par pure grâce par Jésus pourrait-il nous laisser insensibles, ne pas nous faire aimer Dieu en retour et ne pas nous pousser à vouloir faire sa volonté en aimant les autres comme il nous a aimés et comme il les aime eux aussi ?

Quelqu’un qui n’aime pas les autres peut-il être habité par la foi en Jésus-Christ ? Il connaît peut-être Jésus tel qu’il est présenté dans la Bible, mais il ne s’en remet pas à lui, il n’est pas animé par la foi en Jésus-Christ, sa foi n’est que du semblant, « il n’est rien », car sa « foi est morte ».

La foi en Jésus-Christ ne se vit pas renfermé sur soi-même, mais dans l’amour du prochain, comme nous-mêmes vivons de l’amour sauveur que Jésus nous porte.

Paul rejoint entièrement Jacques. D’ailleurs, comment cela pourrait-il être autrement vu qu’ils sont tous les deux inspirés par le même Esprit Saint ?

3

L’amour chrétien et l’espérance

Un des fruits de notre foi en Jésus-Christ, c’est « l’espérance qui nous est réservée dans les cieux » (Col 1.5), « l’espérance de la vie éternelle » (Tt 1.2). De même qu’une foi sans amour est morte, la foi sans espérance est inconcevable, en tout cas ce ne peut être la foi en Jésus-Christ, ne dit-il pas lui-même : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle » ? (Jn 3.36)

Il n’est donc pas étonnant de trouver ces trois réalités énumérées ensemble quand Paul écrit : « Maintenant donc ces trois choses restent : la foi, l’espérance, l’amour. » (v. 11)

Il les énumère ensemble parce qu’elles sont inséparables : là où il y a une d’entre elles, il y a les deux autres. Vous ne pouvez pas croire en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous, sans éprouver de l’amour pour lui et pour tous ceux qu’il a rachetés comme vous.

Et si vous placez votre existence avec foi entre ses mains de divin Ressuscité, ce n’est pas que pour cette vie, mais pour ressusciter avec lui. Ne nous a-t-il pas dit : « Je vis, et vous vivrez aussi ! » (Jn 14.19) Alors « nous verrons face à face » notre Seigneur en gloire, alors « nous connaîtrons complètement » les réalités célestes que nous ne pouvons qu’entrevoir pour l’instant (v. 12)

L’amour et l’espérance de la vie éternelle sont donc deux fruits à la fois naturels et inséparables de la foi en Jésus-Christ.

« Maintenant donc ces trois choses restent : la foi, l’espérance, l’amour. »

4

L’amour chrétien et les dons

C’est à ce niveau qu’il y avait problème au sein de la communauté chrétienne de la ville grecque de Corinthe.

Au début de l’histoire de l’Eglise chrétienne, pour appuyer son démarrage dans le monde païen, pour épauler les premiers chrétiens dans leur effort missionnaire, pour les affermir dans leur foi au milieu d’un monde qui les rejetait, Dieu avait donné à certains des siens, des charismes, des « dons » particuliers.

Il y avait le parler en langues, le don de prédire l’avenir, même celui de guérir. Le problème, c’est que cela leur est monté à la tête. Ces personnes, au lieu de rester humbles et reconnaissantes devant tant de bonté à leur égard de la part de Dieu, se sentaient supérieurs ; ils exerçaient ces dons reçus de Dieu par orgueil et non par amour, pour en retirer gloire, non pas pour rendre un service d’amour.

Aussi Paul doit-il mettre le holà : « Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit. Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères, […] mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. » (v. 1-2)

Aujourd’hui, Dieu nous accorde ses dons différemment : « les langues des hommes », nous avons la chance de pouvoir les apprendre à l’école : Y discernons-nous un don de Dieu qu’il faut s’approprier pour pouvoir servir les autres avec amour ?

« La compréhension des mystères », nous pouvons la développer en étudiant le Nouveau Testament. N’oublions pas que les premiers chrétiens ne l’avaient pas encore à leur disposition. Cette « compréhension » que le Seigneur nous a permis d’acquérir et de développer au contact du Nouveau Testament, nous en servons-nous avec « amour » pour en faire bénéficier les autres ?

« Le don de prophétie », ce don d’exposer et de transmettre la Parole de Dieu, c’est le don de rendre témoignage de notre Dieu Sauveur. Sans doute l’avons-nous à des degrés différents. Mais pries-tu pour que Dieu t’aide à le développer pour que tu puisses, avec « amour », parler aux autres de leur Sauveur ?

Voyez-vous, si je garde tout cela pour moi, si je ne gère pas mes dons avec« amour » dans l’intérêt et pour en faire bénéficier les autres, « je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit », je suis creux, je n’ai pas de consistance, ma foi est morte, elle est en tout cas en fort mauvais état.

C’est l’amour qui donne sa valeur à nos dons. C’est quand nous les exerçons avec amour pour le bien des autres que nous « sonnons » juste.

5

L’amour chrétien et la vie chrétienne

Que dire de plus que ce qu’écrit Paul ? Dans tous les domaines dont nous venons de parler, quand nous vivons notre foi en Jésus-Christ, quand nous mettons nos connaissances en pratique et exerçons nos talents, notre amour doit ressembler à ce qui suit :

« L’amour est patient, il est plein de bonté,

l’amour n’est pas envieux ;

l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil,

il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt,

il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal,

il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ;

il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. » (v. 4-7)

Que dire de plus si le culte ne doit pas s’éterniser ? Par contre, c’est un beau texte pour une étude biblique, un texte tout à fait approprié pour y pénétrer dans un échange fraternel.

Nous serons sans doute d’accord sur un point : ce texte nous fait honte. Qui peut dire que son amour ressemble en tout point et de façon parfaite à cette description ? Sans doute est-ce là aussi une explication de cette conclusion de l’apôtre : « Maintenant donc ces trois choses restent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande des trois, c’est l’amour. »

L’amour est une chose si grande que nous ne l’atteindrons dans sa perfection que dans la gloire céleste. Ici-bas, nous nous efforçons de poursuivre l’idéal décrit par Paul, mais cette description de l’amour est hors d’atteinte pour nous.

Par contre, cela s’applique parfaitement à Jésus, le Fils de Dieu devenu homme. En vivant avec amour selon ce texte, il nous a montré ce que signifie : « Dieu est amour » (1 Jn 4.8) Mais il nous a aussi montré combien nous étions éloignés de cet idéal divin, combien nous avions besoin qu’il vienne faire à notre place ce que nous n’arrivons pas à faire, qu’à notre place il satisfasse les exigences de Dieu à notre égard.

Que son amour altruiste, son amour parfait, son amour sauveur réchauffe notre cœur et transfigure notre vie et notre existence pour que son nom soit glorifié et que son règne vienne !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

 

Sermon du dimanche 7 février 2010

DIMANCHE SEXAGESIME

Texte : Lc 5.1-11

Chants proposés :

Daigne en cette heure, ô tendre Père, LlS 1 : 1-3

Ta Parole, Seigneur, est ma force et ma vie LlS 151 : 1-5

Source de lumière et de vie LlS 331 : 5-10

1 « Un jour, Jésus se trouvait au bord du lac de Génésareth et la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu.

Il vit au bord du lac deux barques ; les pêcheurs en étaient descendus pour laver leurs filets.

Il monta dans l'une de ces barques, qui appartenait à Simon, et il le pria de s'éloigner un peu du rivage. Puis il s'assit, et de la barque il enseignait la foule.

Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : "Avance là où l'eau est profonde et jetez vos filets pour pêcher."

Simon lui répondit : "Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais sur ta parole, je jetterai les filets."

Ils les jetèrent et prirent une grande quantité de poissons, et leurs filets se déchiraient.

Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir les aider. Ils vinrent et remplirent les deux barques, au point qu'elles s'enfonçaient.

Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : "Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur."

En effet, lui et tous ceux qui étaient avec lui étaient remplis de frayeur à cause de la pêche qu'ils avaient faite.

10 Il en allait de même pour Jacques et Jean, les fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : "N'aie pas peur, désormais tu seras pêcheur d'hommes."

11 Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent. »

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ, qui exercez une profession,

En quoi, nous, les chrétiens, nous distinguons-nous des non croyants ? Est-ce par un comportement brillant par sa perfection ? Certainement pas, car aucun de nous n’a la fatuité et la prétention d’être parfait.

Ou parce que nous ne nous laissons pas entraîner dans les mêmes péchés grossiers que les incroyants ? Dans ce cas il faudrait ranger toutes les personnes droites et honnêtes, qu’elles croient en Jésus-Christ ou non, parmi les chrétiens. Dans ce cas des athées à la vie exemplaire – comme le grand philologue Littré, ennemi déclaré de la foi chrétienne – devraient être considérés comme chrétien, parce qu’ils mènent une vie extérieurement rigoureusement irréprochable, une vie socialement irréprochable.

Non, ce qui nous distingue, nous les croyants, des incroyants, c’est la conversion à Jésus-Christ, ce changement en profondeur de notre être, la nouvelle naissance à la vie spirituelle, à la foi en Jésus-Christ, en sa grâce et en son salut.

La distinction entre croyants et incroyants est interne, non pas externe. Aussi ne devons-nous pas tirer des conclusions trop hâtives à propos des gens.

Nous pouvons constater que quelqu’un vit dans l’impénitence s’il persévère dans un comportement contraire à la volonté de Dieu, qu’il ne demande pas le pardon du Christ, ne mène donc pas une vie de foi en son Sauveur. Il y a certaines choses qu’un chrétien ne fait pas, ou s’il y dérape, il s’en repent et repart d’un bon pied avec la force que lui donne le pardon du Christ.

Mais une vie irréprochable et exemplaire ne nous permet pas encore de conclure que dans son cœur quelqu’un place sa foi en Jésus-Christ et que sa v ie exemplaire est le fruit d’une telle foi.

La différence entre croyants et incroyants est interne, est une différence d’état d’esprit.

Ceci s’applique aussi à la différence d’attitude face au travail chez le croyant et l’incroyant. Et cette différence d’état d’esprit se manifeste aussi dans le monde du travail.

Voyons donc, aujourd’hui

COMMENT ET POURQUOI

LE CROYANT TRAVAILLE-T-IL ?

Pierre et ses collègues pêcheurs – les deux fils de Zébédée Jacques et Jean – avaient passé la nuit à pêcher sur le lac de Génésareth, en vain. A l’aube, ils sont rentrés bredouille.

C’est la vie, diraient certains. Ils ne se découragent pas pour autant au premier raté, à la première désillusion. Ils ne plaquent pas leur boulot aussi astreignant que décevant, du moins ce jour-là. Ils descendent à terre et se remettent au travail : ils remettent leurs filets en état pour pouvoir resservir la nuit suivante. (v. 2)

C’est une première leçons que ce trio de futurs apôtres nous donne : Aussi dur que puisse être notre travail, aussi décourageant qu’il puisse être certains jours, cela ne doit pas nous décourager, nous déprimer. A moins d’avoir une raison valable pour changer de travail, il faut persévérer, comme nos trois pêcheurs galiléens.

Mais ce n’est pas encore cela qui distingue le croyant de l’incroyant. Bien entendu, nous devons être zélés, patients et persévérants quand les conditions de travail deviennent pénibles, mais les incroyants peuvent l’être tout autant. Ce n’est pas en cela que nous nous distinguons nécessairement des incroyants.

D’ailleurs, cœur sur la main : le sommes-nous toujours, zélés, patients et persévérants au travail ? Faisons-nous toujours honneur à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ qui, lui, est resté zélé, patient et persévérant dans sa mission de Sauveur, tout en portant le poids de nos péchés, et ceci au milieu du rejet et du mépris de son peuple, même au milieu des tortures et de sa mise à mort injustes ?

Heureusement qu’il a aussi expié nos moments de relâchement et de paresse au travail, nos moments d’impatience et de manque de persévérance.

& & &

Un premier indice de la différence du rapport au travail pour un croyant et un incroyant, c’est Pierre qui nous le procure.

Mais est-ce vraiment un bon exemple ? Voilà Pierre qui arrête de préparer ses filets pour le lendemain, voilà qu’il se met à suivre ce prédicateur errant de Nazareth pour l’écouter prêcher, même pour lui donner un coup de main, pour lui faciliter la tâche !

A un moment donné, il abandonne son temps et sa barque à Jésus ; il l’emmène, dans sa barque, en face du rivage, face à la foule (v. 3). N’est-ce pas irresponsable comme attitude de la part de Pierre ?

C’est qu’il a reconnu en Jésus et l’a accepté avec foi comme son Seigneur et Sauveur.

Pierre place l’écoute de la Parole de Dieu avant son métier de pêcheur. Pierre connaît cette parole de l’Ecclésiaste : « Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel. » (Ec 3.1) Un temps pour travailler et un temps pour écouter et méditer la Parole de Dieu.

Le tout est de trouver le temps pour chacune de ces occupations, ainsi que l’ordre de priorité de ces occupations selon le temps.

Un croyant connaît cet ordre de priorités. Certes, il est zélé au travail, persévérant dans l’effort, mais il sait que le travail n’est pas un but en soi, n’est pas le but de la vie. Notre vocation terrestre doit céder la première place à notre vocation céleste. Cela est infiniment plus important que notre profession, que notre travail.

Dans son Sermon sur la Montagne, Jésus nous dit : « Recherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu ! » (Mt 6.33) Il ne dit pas : « Ne faites que rechercher le Royaume de Dieu et ne travaillez jamais. » Certainement pas ! Mais : « Recherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu ! » Il y a un ordre de priorité, dans votre intérêt.

Rappelez-vous aussi ce que Jésus a dit à Marthe qui reprochait à sa sœur, Marie, de ne pas l’aider dans la maison mais d’être assise à écouter Jésus : « Marthe, Marthe ! tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses, mais une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10.41-42)

Le travail est important, oh ! que oui, mais quand c’est l’heure du culte – que ce soit le culte quotidien en famille ou celui de la paroisse – ou quand c’est le temps de l’étude biblique en paroisse ou du catéchisme, on sait où est « la bonne part » et on ne la rate pas sans nécessité.

Le travail nous prend l’essentiel de notre temps en semaine – et c’est normal – mais n’oublions pas de nous réserver chaque jour un moment pour nous placer sous la lumière de Dieu en lisant et méditant sa Parole et en faisant monter vers lui nos prières.

Puis vient le moment fort de la semaine : le culte que nous rendons ensemble à notre Dieu Sauveur, assemblés autour de sa Parole et des sacrements. Tout cela, c’est ce que Jésus appelle « le nécessaire », placé bien au-dessus du travail.

Le travail n’est qu’une occupation secondaire, certes une occupation dont Dieu nous a chargé depuis le Jardin d’Eden, mais le travail n’est pas un but en soi ; il est un moyen pour gérer la création et pour avoir de quoi subvenir à nos besoins et venir en aide aux nécessiteux.

Le chrétien travaille avec un cœur dirigé vers les réalités célestes, vers son véritable Patron au ciel, un Patron à l’écoute duquel il se met quand celui-ci fait entendre sa Parole. Le chrétien travaille habité par la Parole de son Dieu Sauveur et porté par ses promesses et ses encouragements.

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En Pierre nous découvrons encore un autre trait caractéristique du chrétien au travail, l’humilité.

« Quand il vit [la quantité impressionnante de poissons qu’il a finalement pêché], Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : "Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur." » (v. 8)

Nous connaissons tous le terme de « self made man ». Par là on désigne quelqu’un qui a réussi à force de travail et d’ingéniosité. Admettons que tout s’est passé honnêtement, un examen minutieux de son parcours montrera sans doute qu’il a bénéficié de circonstances favorables, qu’il est venu au bon moment (combien ont échoué, non pas parce que leur idée était mauvaise, mais parce qu’ils l’ont eue au mauvais moment).

Pierre aurait pu dire : J’avais du nez. En fait non : la pêche miraculeuse était due à un concours de circonstances, un concours de circonstances qui s’appelle Jésus-Christ.

Pierre se rend compte : j’ai assisté à un miracle ; je vis quelque chose qui m’échappe ; ma prise est contraire à toute mon expérience et mon savoir de pêcheur. Il est assez honnête pour ne pas se vanter, pour ne pas s’attribuer la réussite de cette pêche extraordinaire. Il ne le met pas au compte de son adresse et de son savoir (en cherchant bien, il aurait sans doute trouvé un semblant de mérite), mais non il la met au compte de la main toute-puissante de Dieu.

Nous devrions tous avoir cette attitude au travail ; nous devrions tous rester humbles, même quand nous réussissons brillamment. Sans doute nous sommes-nous démené au travail, j’espère que nous avons été assidus, zélés et honnêtes, mais …

Qu’est-ce qui fait que tu as un travail et d’autres non ? Qu’est-ce qui fait que dans notre pays notre travail nous procure le niveau de vie qui est le nôtre et que dans d’autres c’est la misère bien qu’on se défonce au travail ? Ou qu’est-ce qui fait que toi tu réussisses mieux que d’autres ?

C’est le fruit de la bénédiction incompréhensible de Dieu. Dieu nous a placés dans cette situation. Cela devrait nous rendre aussi humbles qu’éminemment reconnaissants.

Voici des indications qu’on peut retirer de ce récit quant à notre attitude de chrétiens au travail.

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Voyons encore brièvement ce qui nous pousse à travailler, la cause de notre travail.

Quand Jésus ordonne à Simon Pierre et à ses compagnons d’aller au large,« là où l’eau est profonde », et d’y « jeter leurs filets pour pêcher » (v. 4), Pierre lui répond : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais sur ta parole, je jetterai les filets » (v. 5)

« Sur ta parole, je jetterai les filets » : voilà la cause première qui nous pousse à travailler !

C’est Dieu qui en a disposé ainsi. C’est Dieu qui l’ordonne.

Certes, tu ne l’entendras jamais dire : « Valdo, cette nuit, tu vas cuire le pain de telle manière ! » « René, aujourd’hui, arrivé au bureau, tu feras ceci ou cela ! » « Marjolaine – ou Alice – ou Martine, voilà les soins que vous apporterez à vos patients demain matin. »

Même à moi, pasteur, il ne me donne pas mon emploi du temps… Pourtant, il m’a adressé un appel dans le ministère parmi vous, il m’a appelé à travailler dans sa « boîte » !

Certes, nous savons que nous devons nous comporter en enfants de Dieu au travail. Pour ce qui et du travail des pasteurs et de l’église, il donne quelques indications supplémentaires, mais vous comme moi, moi comme vous, nous travaillons parce que Dieu nous met au travail.

Le travail est une disposition de Dieu. Cela est évident depuis le récit de la création. Et combien de fois ne trouvons-nous pas des passages bibliques du genre : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » ? (2 Th 3.10)

Le travail est un devoir sacré. En nous y consacrant nous répondons à un ordre de Dieu, nous rendons même service à Dieu en faisant sa volonté, et nous rendons service à nos prochains, que ce soit ceux de notre famille ou, par taxes et impôts interposés, à la société entière, et, par nos cotisations paroissiales, à l’avancement du Règne de Dieu dans nos cœurs et sur toute la terre.

Que le Seigneur nous aide à lui faire honneur au travail, et à travailler dans la conscience que c’est sa volonté et qu’il nous accompagne de sa bénédiction !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

Sermon du dimanche 3 janvier 2010 - Nouvel An

 Texte :Jc 4.13-15

13 « A vous maintenant qui dites : "Aujourd'hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous y ferons des affaires et nous gagnerons de l'argent",

14 vous qui ne savez pas ce qui arrivera demain ! En effet, qu'est-ce que votre vie ? C'est une vapeur qui paraît pour un instant et qui disparaît ensuite.

15 Vous devriez dire, au contraire : "Si Dieu le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela." »

Chers frères et sœurs engagés dans une nouvelle année,

Nous venons d’entrer dans une nouvelle année. En soi le passage d’une année à une autre n’est en rien différent du passage de n’importe quel jour à son lendemain. Du point de vue de la nature, il y aurait des dates plus marquantes : ainsi le solstice d’hiver, le 21 décembre : jusque-là les jours raccourcissent ; après cette date ils se rallongent de nouveau.

Mais voilà : notre ami Jules – César de son titre – a décidé qu’à partir de l’an 45 av. J.-C., l’année commencerait le 1er janvier, et personne n’y a rien changé depuis … 2055 ans.

Il ne savait pas que l’église chrétienne allait, un jour, célébrer la naissance du Sauveur le 25 décembre, donc huit jours avant le 1er janvier. Il ne savait pas que, de ce fait, le 1er janvier, l’Eglise chrétienne allait célébrer la circoncision et le nom de Jésus. Il n’avait pas prévu qu’ainsi, au début de l’année, les chrétiens allaient placer cette nouvelle année sous le nom du Sauveur du monde, sous sa bénédiction et sa grâce, et dater ainsi les années de cette manière : « anno Domini » – « année du Seigneur » tant et tant.

Jules ne le savait pas, mais Dieu avait certainement sa main dans cette disposition.

Les choses étant ce qu’elles sont, les années civiles commençant le 1erjanvier ont leur importance dans l’organisation et la programmation de notre vie et de nos activités.

Justement, Jacques nous rappelle quelques vérités importantes à propos d’organisation et de programmation, y compris pour l’année nouvelle.

On a l’impression – comme souvent – que Dieu n’a inspiré la Bible qu’il y a peu et qu’il l’a révélée précisément pour nous, les humains de ce début de 3ème millénaire. Cela ne devrait pas nous surprendre. Dieu a révélé à ses apôtres des vérités divines valables pour tous les temps, pour ce début du 3ème millénaire comme pour les temps apostoliques, pour cette nouvelle année comme pour l’année passée.

Notre texte va nous aider à répondre à

TROIS QUESTIONS :

1. que voulons-nous,

2. comment le voulons-nous,

3. et que veut le Seigneur

POUR LA NOUVELLE ANNEE ?

X X X 1 X X X

QUE VOULONS-NOUS

POUR LA NOUVELLE ANNEE ?

Que voulons-nous y faire ? Qu’avons-nous comme projets ? Jacques écrit :« Vous dites : "Aujourd'hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous y ferons des affaires et nous gagnerons de l'argent !" » (v. 13)

Comme pasteur d’une communauté, Jacques savait comment ses paroissiens stressaient pour courir après une augmentation de leurs « gains » ou rentrées d’argent.

« Gagner de l’argent, », améliorer notre situation matérielle, n’est-ce pas ce que nous recherchons constamment, de façon consciente ou inconsciente ? Nous en avons des plans !

Nous voulons acquérir cela, rembourser ces dettes-ci, passer des vacances là-bas, réussir tel examen, décrocher un emploi dans cette spécialité, voire changer de profession. Je vais me soumettre à telle opération chirurgicale ou suivre tel traitement ou cure pour guérir d’une maladie ou au moins mieux la supporter. Nous allons acheter une maison, ou la retaper, voire la transformer. Il faudra changer de voiture, ou d’ordinateur.

Oui, nous avons des projets, aussi pour l’année 2010. En soi, il n’y a rien à redire. Jacques ne dit pas : « Vous n’en avez pas le droit : ce serait impie que d’avoir des projets ! » Comment pourrait-ce être le cas ? Dieu nous a créés avec une intelligence pour que nous l’utilisions pour gérer la vie.

Quand Dieu a créé les êtres humains, « Dieu les bénit et leur dit : "Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la ! Dominez sur […] tout […] !" » (Gn 1.28)

« Se reproduire » signifie aussi prendre soin des enfants qu’on a, prendre des décisions à leur sujet pour qu’ils soient élevés dans l’amour et la crainte de Dieu, dans une atmosphère chrétienne ; cela signifie aussi réfléchir à la meilleure façon de les aider à devenir des êtres autonomes et responsables.

« Remplir la terre », cela non plus ne va pas bien sans programmation, sinon ça va se terminer dans le chaos. Peut-être que certains problèmes dans la monde – dans le Tiers-monde, mais aussi dans le nôtre – viennent de ce qu’on n’a pas réfléchi ni programmé correctement ce qu’on a fait.

« Soumettre la terre et dominer sur tout » dans le monde, cela va encore moins sans réfléchir et programmer. C’est bien parce qu’on n’a pas assez bien prévu l’avenir que nous nous retrouvons avec un monde pollué dans l’air, sur terre et dans l’eau.

Dès le 6ème jour de la Création, le Créateur a chargé les humains de réfléchir et de programmer leur façon d’organiser la vie sur terre dans le respect de sa volonté. « Car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Co 14.33).

Le désordre rend impossible de vivre ou de travailler harmonieusement et en paix avec les autres. Le désordre provoque des tensions, de l’énervement, des querelles.

Rien que pour cela il est déjà bon d’avoir pris certaines résolutions pour l’année 2010, d’avoir fait certains projets, en famille, en paroisse, au travail.

Cela correspond à l’attente de notre Créateur, si nous agissons en faveur de la paix avec notre mise en ordre et notre organisation.

Demeure la question :

X X X 2 X X X

COMMENT PROGRAMMONS-NOUS

POUR LA NOUVELLE ANNEE ?

Quel est notre état d’esprit quand nous réfléchissons et programmons ?

Le faisons-nous comme si nous étions libres de décider ce que nous voulons, comme si nous étions les seigneurs du monde ? Le faisons-nous comme si notre volonté et nos souhaits devaient se réaliser quoi qu’il en coûte, et allons-nous soumettre sans scrupules toute l’année 2010 à nos désirs et à nos projets ?

Jacques nous rappelle à plus de réalisme. « Qu'est-ce que votre vie ? C'est une vapeur qui paraît pour un instant et qui disparaît ensuite. »(v. 14)

Tous, nous avons déjà suivi une fumée du regard. Elle est plus ou moins importante selon qu’elle part d’une cheminée, d’un barbecue ou d’une maison en feu. Certaines, on peut les suivre du regard pendant longtemps. Mais toutes, à un moment donné, « disparaissent ».

Quelle qu’ait été la renommée d’une personne, aussi important et bénéfique qu’ait pu être ce qu’elle a apporté à l’humanité, l’heure vient où elle « disparaît », et parfois étonnamment vite.

Combien sont morts subitement alors qu’ils étaient en pleine possession de leurs moyens ! Combien ont perdu pouvoir, poste et influence alors qu’ils étaient à l’apogée de leur vie ! « Qu'est-ce que votre vie ? C'est une vapeur qui paraît pour un instant et qui disparaît ensuite. »

As-tu aussi prévu cette éventualité pour 2010 ? Il serait bon de l’envisager, même si tu devais être jeune ou en bonne santé, intelligent ou aisé. Là aussi, sachons qu’en fin de compte cela ne dépend pas de nous. C’est un autre qui tient les rênes de nos vies.

D’où le rappel de Jacques : « Vous devriez dire, au contraire : "Si Dieu le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela." »

« Si Dieu le veut … » Si c’est là notre état d’esprit – notre confiance aussi – dans tout ce que nous projetterons en 2010, nous essayerons de trouver ce qu’est la volonté de Dieu dans le domaine précis qui nous préoccupe.

Nous serons alors aussi prêts à nous repentir et à corriger nos projets s’il s’avère qu’ils ne correspondent pas à la toujours bonne et miséricordieuse volonté de Dieu.

Quand nous faisons des projets, nous devrions toujours reconnaître à Dieu une connaissance supérieure et le confesser en lui disant, comme notre Seigneur l’a fait au Mont des Oliviers : « Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ! » (Lc 22.42)

La volonté de Dieu devrait nous être en tout la chose la plus précieuse. Nous savons : il nous accordera le temps et les moyens pour faire ce qui correspond à sa bonne et miséricordieuse volonté. Encore faut-il l’accepter et suivre ses indications avec confiance.

Lui est omniscient, nous ne voyons même pas ce qui va se passer d’ici ce soir. Bien entendu que nous faisons des projets – pour la famille, pour les enfants, pour la paroisse, pour l’église, pour le travail – mais nous demandons à Dieu de bénir nos projets selon sa volonté.

Aussi, nos projets pour 2010, nous devrions les lui présenter dans la prière : qu’il dirige nos projets selon sa volonté, et qu’il les bénisse, car rien de réellement bon ne peut se faire sans sa bénédiction.

Se pose donc la question :

X X X 3 X X X

QUE VEUT LE SEIGNEUR

POUR LA NOUVELLE ANNEE ?

Qu’attend-t-il que nous projetions pour cette nouvelle année ? Et comment pouvons-nous reconnaître ce qu’est sa volonté en ce qui nous concerne ?

Une première erreur consisterait à penser que tout ce qui réussit correspondrait à la volonté de Dieu. Un jour quelqu’un m’a confié : « Je ne regrette pas mon parcours pécheur antérieur, puisque Dieu l’a permis ; c’était donc sa volonté. » Vous savez comment j’appelle cela ? Une pirouette pour éviter de devoir se repentir.

Heureusement que Dieu va de nouveau nous faire annoncer sa Loi et son Evangile dans la nouvelle année. Ainsi le Saint-Esprit peut nous éclairer pour nous permettre, avec la force qu’il nous donne, de mener une vie qui sanctifie son nom.

N’oublions pas : le Saint-Esprit n’utilise pas trente-six outils pour que nous puissions mener une vie où « sa volonté est faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6.10) : il n’en utilise qu’un seul : l’Evangile, sous forme de Parole, de Baptême et de Cène.

Le fait que Dieu nous ramène de nos égarements pécheurs ne sanctifie pas ces égarements antérieurs. Que « Dieu change en bien » des intentions ou actes méchants (Gn 50.20) – comme il est venu en aide à Joseph vendu par ses frères comme esclave – cela ne fait pas des comportements pécheurs quelque chose d’honorable et de bon ?

Si Dieu ne tape pas tout de suite dans le tas chaque fois que nous faisons ou planifions quelque chose de mauvais, c’est qu’il veut nous travailler avec sa Loi et son Evangile pour nous ramener à lui, pour faire triompher en nous la foi en sa grâce et son pardon.

Dieu merci ! l’année 2010 sera de nouveau une « année de grâce » si nous vivons, dans la repentance et la foi, selon ce mot d’ordre « Si Dieu le veut ! »

Dieu ne nous donnera pas d’indication détaillée sur ce que nous pouvons projeter et faire en 2010. Nous n’apprendrons pas dans sa Parole quelles études il faut suivre, quelle voiture acheter, combien d’enfants nous devons avoir, si nous devons partir en vacances ou non, et si oui, à quel endroit ; si je dois rester locataire ou acheter un appartement ou une maison, voir en faire construire une.

Mais si nous nous engageons dans ces projets avec l’état d’esprit « Si Dieu le veut ! », nous irons rechercher la volonté de Dieu dans la prière. Aussi la sagesse pour que nous prenions une sage décision, une décision qui soit une bénédiction pour les personnes concernées.

Nous nous demanderons aussi si cela n’est pas un obstacle à notre vie dans la foi, si de trop fortes tentations ne sont pas liées à nos projets.

Un jour, « Paul prit congé » des chrétiens d’Ephèse. Il leur indiqua qu’il comptait revenir travailler parmi eux, mais ajouta : « Si Dieu le veut ! » (Ac 18.21). Dieu le lui permit effectivement : il put revenir travailler parmi eux pendant près de trois ans (Ac 19).

Si nous traversons l’année 2010 en disant régulièrement : « Si Dieu le veut ! », nous nous reposerons avec confiance sur sa volonté sage et bienveillante, et nous en tiendrons compte dans ce que nous planifierons et ferons.

Rappelez-vous comment Jésus a, un jour, résumé la volonté de Dieu : « Que votre lumière brille devant les hommes afin qu’ils voient votre belle manière d’agir et qu’ainsi ils célèbrent la gloire de votre Père céleste ! » (Mt 5.16)

A y regarder de près, seul Jésus est vraiment « la lumière du monde » (Jn 8.12). Mais « le Saint-Esprit nous a appelés et assemblés par l’Evangile » dans son Royaume et nous y « a éclairés de ses dons »(Martin Luther, Petit Catéchisme). « Eclairés » par la grâce, le pardon et l’amour sauveur de Dieu en Jésus-Christ, nous sommes nous-mêmes devenus « lumières du monde » (Mt 5.14), nous avons été rendus capables de transmettre la lumière de Jésus-Christ dans notre monde.

Sommes-nous vraiment sérieux quand nous disons : « Si Dieu le veut » ? Alors nous veillerons aussi à ce qu’au cours de la nouvelle année la lumière de Jésus-Christ ne soit pas cachée par nos projets et notre comportement.

« Vous devriez dire, au contraire : "Si Dieu le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela." »

Si la phrase « Dieu voulant » ou « si Dieu le veut » doit être plus qu’une simple formule de routine, si ça ne doit pas consister à « utiliser le nom de l’Eternel, notre Dieu, à la légère » (Ex 20.7), si ça doit être une confession de foi, une façon de lui exprimer notre confiance, alors nous allons aussi nous efforcer d’organiser notre vie selon sa bonne et miséricordieuse volonté.

Nous nous efforcerons d’autant plus à le faire que Dieu recherche en tout notre bien. Et même s’il peut, à l’occasion, être plus difficile de suivre sa volonté que de lui tourner le dos, nous savons : ce n’est qu’en organisant notre vie selon sa volonté que nous pouvons compter sur sa bénédiction.

« Si Dieu le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela. »

Ce que Dieu veut avant tout – aussi en l’an 2010 – c’est notre salut. C’est pour cela que son Fils s’est incarné, pour cela qu’il s’est sacrifié. Ainsi Jésus nous a rachetés et fait le nécessaire pour que Dieu nous adopte. C’est dans cette intervention de Jésus que nous puisons la consolante certitude qu’entre les mains de Dieu nous sommes en de bonnes mains, même si certains projets ne devaient pas s’accomplir en 2010.

Serons-nous encore de ce monde à la fin de 2010 ? « Si Dieu le veut ! »Peut-être pas. Mais l’essentiel, c’est que « rien ne nous sépare de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » (Rm 8.39). L’important, c’est d’être avec Dieu, que ce soit ici-bas ou dans l’au-delà. L’important, c’est de savoir que, quoi qu’il arrive, « la bonne et miséricordieuse volonté de Dieu » (Martin Luther, Petit Catéchisme) s’accomplit avec nous pour l’amour de Christ.

Et si tous nos projets ne se réalisent pas en 2010, ce n’est pas le plus grave ; le plus important, c’est que nous n’ayons pas piétiné la grâce de Dieu, qu’elle nous enveloppe toujours et nous réchauffe le cœur, qu’elle nous pousse à lui faire honneur en organisant autant que faire se peut notre vie selon sa volonté.

Seigneur, aide-nous à vouloir ce que tu veux ! Pardonne là où nous avons entrepris quelque chose sans compter avec toi. Maintiens-nous, par une repentance et une foi de tous les jours dans ton Royaume qui s’étend infiniment au-delà de 2010 !

Amen.

Jean Thiébaut Haessig